Chapitre 74
"Hermione !" Ginny prononça le nom dans une exclamation, et dévala quelques marches, tirant Hermione dans ses bras et la serrant férocement. "Oh mon dieu. Oh mon dieu. Hermione."
Les mains de Ginny couraient sur Hermione, lui touchant le visage et les épaules comme si elle ne pouvait pas croire qu'Hermione était réelle.
Hermione se sentait presque incrédule alors qu'elle fixait Ginny.
Ginny avait la même expression. Comme si les deux dernières années l'avaient fait l'oublier. Ses cheveux roux remarquables, ses yeux et son sourire familier voilé par les larmes alors qu'elle s'agenouillait, sanglotait et enlaçait Hermione. La cicatrice irrégulière courait toujours sur le côté de son visage.
Hermione commença à pleurer alors que ses mains s'élevaient et agrippaient les épaules de Ginny. "Ginny… Oh Ginny."
Elles restèrent agenouillées sur le sol, accrochées l'une à l'autre et sanglotant pendant plusieurs minutes.
Ginny se rassit, essuyant ses larmes alors qu'elle étudiait Hermione. "Je pensais que je n'allais plus jamais te revoir. Regarde toi. Oh mon dieu, tu es si maigre."
Les yeux de Ginny passèrent sur le corps d'Hermione, s'arrêtant sur son ventre, et elle le fixa, figée, pendant un moment.
Le soulagement joyeux disparut du visage de Ginny. Elle avait l'air de s'être faite éviscérée. Elle tint l'épaule d'Hermione et baissa les yeux. "Oh, oh mon dieu, je suis tellement désolée. Je suis tellement, tellement… désolée."
La tête de Ginny se leva brusquement, et elle fixa Drago avec une haine non dissimulée. "Éloigne-toi d'elle. Tu n'as aucun droit de la toucher encore…"
Elle se précipita vers Drago comme si elle avait l'intention de l'étrangler.
Hermione attrapa l'épaule de Ginny pour l'arrêter. "Ginny."
"Lâche-moi !" Ginny essaya d'enlever la main d'Hermione. "Il a dit qu'il se souciait de toi ! Il continuait à venir ici, disant que tout était pour toi, et puis" la voix de Ginny tremblait d'une rage dévastatrice "il t'a violée jusqu'à ce que tu tombes enceinte !"
La gorge d'Hermione se serra, et elle s'inséra protectivement devant Drago. "Ginny… il n'avait pas le choix. Ne lui fais pas de mal."
Ginny regarda au-delà d'Hermione vers Drago mais arrêta de se précipiter vers lui. Sa main se leva, et elle agrippa le poignet d'Hermione.
Hermione entendit Drago soupirer. "Ce n'est rien, Granger. Va à l'intérieur et repose toi. Je dois vérifier les protections."
Elle le sentit se lever. Avant qu'Hermione puisse se lever, Ginny sauta sur ses pieds et gifla vivement le visage de Drago. Drago ne cilla pas, et Ginny le gifla de nouveau violemment.
"Tu devrais être mort," dit froidement Ginny. "Tu ne mérites pas de respirer près d'elle. Rien de ce que tu feras jamais ne rattrapera ce que tu as fait."
"Ginny, arrête !" Hermione se força à se remettre sur ses pieds. "Ferme la. Ferme la. C'est moi qui l'ai sauvé. Je l'ai amené ici. Il n'a jamais demandé à survivre, ne l'a jamais espéré. Si tu veux être en colère contre quelqu'un pour ça, ça devrait être contre moi."
Elle attrapa le poignet de Drago et s'avança protectivement plus près de lui. "Laisse-le tranquille. Je le pense vraiment. Si tu lèves encore la main sur lui…"
L'expression de Ginny vacilla alors qu'elle levait les mains en signe de reddition. "Bien," dit-elle d'une voix forcée, son expression se tirant lentement alors qu'elle regardait Hermione et Drago.
Hermione fixa Ginny pendant un moment de plus avant de se tourner vers Drago.
Son expression était fermée. Il y avait une trace de main écarlate sur chacune de ses joues. Hermione sortit sa baguette et marmonna un sort pour le soigner et caressa ses pommettes alors que les marques s'estompaient lentement.
"Ce n'est rien, Granger," dit-il. "Tu devrais aller à l'intérieur."
Hermione s'approcha plus près de lui. "J'irai avec toi. Tu peux… me montrer où nous sommes."
Il secoua la tête. "Il faut que je transplane. Va à l'intérieur. Tu devrais voir la maison." Sa bouche se courba dans un faible sourire. "Je pense que tu vas l'aimer. Je serai de retour dans une demi-heure."
Hermione hocha la tête avec réticence, mais le ne lâcha pas.
"Allez." Drago la guida hors des fougères où ils avaient atterri jusqu'à un sentier de pierres.
Ils étaient dans une forêt. Il y avait des arbres qui les surplombaient, et la maison était grande, lisse, de style architectural asiatique, couverte de fenêtres grillagées.
Ils grimpèrent plusieurs larges marches de pierre qui montaient vers la maison. Il y avait une terrasse couverte en bois sans rampe à plusieurs mètres du sol qui semblait entourer toute la maison. Alors qu'ils arrivaient sur la terrasse couverte, Ginny passa devant Drago et Hermione et fit glisser une porte en bois grillagée. Le sol était en bois lisse et ciré et ils entrèrent dans un couloir étroit. La lumière filtrait à travers les murs.
Hermione entra à l'intérieur, mais Drago s'arrêta dans l'encadrement de la porte et sortit sa baguette, inspectant et testant différentes protections à l'intérieur des murs du bâtiment. Après plusieurs minutes, il agita sa baguette et leva les yeux vers Hermione et Ginny, qui le regardaient toutes les deux en silence.
"Weasley, elle est fatiguée. Garde la au calme, assure-toi qu'elle se repose. Je serai de retour dans une demi-heure." Ses yeux se verrouillèrent sur Hermione. "Ça ira avec Ginny ?"
Hermione lui fit un petit sourire nerveux et hocha la tête.
Il la fixa un instant de plus et disparut sans un bruit.
Hermione étudia l'espace vide pendant plusieurs secondes avant de se tourner avec hésitation vers Ginny.
Les retrouvailles lui semblaient plus teintées de douleur qu'elle ne l'avait imaginé. Bien sûr, ce ne serait pas simple, mais quelque part, elle ne s'était pas attendue à ce que ce soit si immédiatement compliqué. Elle n'avait pas pensé qu'elle se sentirait obligée de légitimer quelque chose d'aussi intensément personnel que sa relation avec Drago.
"Tu n'aurais pas dû le frapper."
Ginny la fixa, une résignation déçue sur le visage. "Tu pourrais avoir tellement mieux que lui, Hermione."
Hermione s'esclaffa, son ventre se nouant. "Ce que tu penses ne m'intéresse vraiment pas. Il t'a sauvé la vie. Je n'aurais jamais été capable de te sauver par moi-même."
Hermione pouvait voir une douzaine d'objections dans l'expression de Ginny, mais elle soupira et ferma les yeux.
"D'accord." Ginny fit glisser la porte pour la refermer. "Si c'est ce que tu veux, je ne dirais plus rien. J'ai juste… Hermione…" sa voix se serra, et elle hésita pendant un moment. "Laisse tomber."
Il y eut un long silence gênant.
Hermione regarda lentement le couloir de haut en bas. "Où sommes-nous ?"
Ginny regarda autour d'elle. "Nous sommes en haut de la maison. Ou… tu veux dire où est la maison ?" Elle haussa une épaule et mit une mèche de cheveux derrière son oreille. "Je ne le sais pas réellement. Malefoy dit qu'on est quelque part en Asie de l'Est, mais ça pourrait tout à fait être un mensonge. Nous sommes sur une île… quelque part. Il faut à peu près une demi journée pour la traverser en marchant. Je ne suis jamais partie. Je ne suis même pas sûre de comment on part. Les elfes vont chercher des ravitaillements tous les quelques mois, mais ils ne prennent pas leurs ordres de moi."
La lumière qui filtrait à travers les murs bougea, et Hermione réalisa qu'elle pouvait voir les ombres des arbres à travers les murs. Elle tendit la main et toucha un mur grillagé et se rendit compte que le grillage était fait de papier.
"Il faut du temps pour s'y habituer," dit Ginny en regardant Hermione. "La plupart des murs sont coulissants, donc tu peux ouvrir la maison et les pièces pour avoir un grand espace, ou les séparer. Malefoy… il a dit que tu n'aimais pas quand c'était trop ouvert, alors j'ai demandé aux elfes de mettre tous les murs."
Ginny fit coulisser un autre ensemble de portes qui faisait face à celles par lesquelles elles étaient entrées. Elles révélèrent une pièce avec une grande fenêtre circulaire qui montrait le sommet des arbres et l'océan au-delà.
Les meubles rappelèrent à Hermione le Manoir Malefoy, de frêles fauteuils et méridiennes victoriens.
Hermione glissa lentement la main dans sa poche, et elle agrippa fermement sa baguette alors qu'elle regardait par la fenêtre.
Elle se força à faire quelques pas hésitants en avant puis se figea, essayant de prendre la mesure de son environnement. Elle était certaine que le bâtiment était déjà enchanté pour être calmant, ou Drago ne serait pas parti si vite. Quand même, elle voulait que Drago soit là, près d'elle, où elle le savait en sécurité.
Ils n'y retourneraient jamais.
Il n'y retournerait jamais.
Elle ferma les yeux et se rassura sur ce point.
Si elle pouvait le voir, elle s'en sentirait plus convaincue. Elle n'était plus certaine que ce n'était pas un beau rêve qui tomberait en poussière au moment où elle se laisserait y croire réellement.
Elle devrait être avec Drago. Il pourrait encore utiliser la magie du sang. Elle ne savait pas s'il avait des potions de régénération sanguine avec lui.
Au lieu de ça, elle était avec Ginny, dont les yeux marrons étaient conflictuels et tristes alors qu'elle regardait Hermione rester immobile dans l'encadrement de la porte.
Hermione pinça les lèvres et se reconcentra, essayant de réfléchir à quelque chose à dire. "Où est James ? C'est… James, c'est ça ?"
Ginny eut un sourire hésitant. "Oui. James. Il fait la sieste. Il dort quelques heures l'après-midi. Je t'emmènerais bien le voir, mais il est cauchemardesque sur le sommeil et s'il se réveille, ça sera des présentations très mauvaises." Ginny leva lentement la main et toucha le bras d'Hermione. "Allons dans ta chambre. Tu es si maigre. Tu devrais manger quelque chose et t'allonger."
Hermione hocha lentement la tête et détourna les yeux de la mer ouverte.
"La maison est grande." Ginny glissa une main dans celle d'Hermione et la serra. "Elle n'est pas magique, à part les protection, donc tu n'as pas à te soucier de la réorganisation des couloirs ou de quoi que ce soit du genre. Par contre, il y a ici un énorme réseau de magie protectrice. Je pensais que le Square Grimmaurd avait beaucoup de protections, mais Grimmaurd n'arrive pas à la cheville de cet endroit en ce qui concerne la paranoïa. Malefoy est complètement fou à ce sujet. Chaque fois qu'il est venu, il a passé au moins une heure à ajouter des protections supplémentaires."
La maison était adossée à une grande colline boisée. Le Portoloin les avait déposés près du sommet de la colline, et le reste de la maison formait une vague forme de U, sur les rochers et autour des arbres, comme si elle avait été installée là comme une pièce de puzzle.
Il ne s'agissait pas d'un bâtiment, mais de dizaines de bâtiments reliés par les toits et les ponts reliant la terrasse couverte de chaque bâtiment. Il y avait un grand jardin luxuriant au centre.
Ginny montrait des choses en cours de route.
"C'est mon potager là-bas," dit Ginny, "il bénéficie du meilleur soleil. Avant, il y avait des roses, mais je mourais d'ennui et les elfes les ont déplacées pour que j'aie un coin avec quelque chose à faire. Je suis... en fait je suis devenue une sacrée cuisinière, comme maman. Harry cuisinait aussi. Il m'apportait parfois le petit-déjeuner, tu sais…" La voix de Ginny s'éteignit et elle resta au sommet d'un escalier de pont en croissant de lune qui surplombait un étang dans lequel nageaient de gros poissons koi. "Mon Dieu… je donnerais n'importe quoi pour avoir une photo."
Elle regarda Hermione et lui fit un sourire mélancolique. "C'est tellement bizarre d'avoir enfin quelqu'un à qui parler qui n'est pas un elfe de maison. Quoi qu'il en soit, tes quartiers sont tous ici, de ce côté de la maison, et James et moi sommes juste de l'autre côté du jardin, dans ces quartiers." Ginny montra la gauche. Elle fit coulisser une double porte et recula.
Les portes s'ouvraient sur une pièce de la taille de la chambre d'Hermione au manoir. Ses murs étaient remplis de livres jusqu'au plafond. Un fauteuil à oreilles se trouvait dans un coin et un secrétaire dans un autre. Il y avait des milliers de livres. Les étagères étaient toutes pleines malgré l'utilisation évidente de sorts d'expansion, et il y avait des boîtes et des piles de livres supplémentaires couvrant la majeure partie du sol.
Hermione franchit la porte et se retourna, prenant la mesure de tout cela.
"Malfoy a apporté tout ça," dit Ginny derrière elle. "J'imagine que c'est évident."
Il y avait des portes sur trois des murs. Hermione en ouvrit une et regarda de l'autre côté pour trouver un laboratoire de potions et d'alchimie, rempli de chaudrons, de pots et de matériaux, et de paniers récolte suspendus à des crochets au mur. Ses doigts tressaillirent contre la porte en bois et sa gorge se serra alors qu'elle la refermait.
"Il nous rendait visite, vérifiait que James et moi n'étions pas morts, ajoutait des protections, puis passait la plupart de son temps ici. Il revenait souvent, au début, mais de moins en moins avec le temps. Il apportait parfois les trucs les plus étranges et s'excusait toujours en disant que tu aurais besoin de choses pour t'occuper. Les trucs de jardinage étaient aussi pour toi. J'espère que ça ne te dérange pas que je les ai volés."
Hermione secoua la tête alors qu'elle faisait coulisser l'autre double porte pour trouver un salon avec d'autres étagères remplies de livres.
Il y avait des rideaux aux fenêtres. Hermione en écarta un lentement et fut soulagée de ne pas trouver une autre vue sur l'océan. La fenêtre donnait sur un bosquet de bambou.
Hermione le fixa pendant un moment avant de laisser retomber le rideau.
Il y avait une autre grande double porte de l'autre côté du salon. Une peinture de forêt enveloppée dans le brouillard s'étalait sur le mur et la porte.
Hermione fit glisser les portes et trouva une chambre. La pièce était sombre, avec des rideaux qui pendaient le long de la plupart des murs. Il y avait une commode et un miroir. Hermione aperçut son reflet et découvrit qu'elle ressemblait à une biche effrayée.
Trop maigre.
Portant toujours les mêmes vêtements que quand elle avait coupé le bras de Drago et s'était échappée.
Elle avait désespérément voulu arracher son uniforme de mère porteuse, mais en regardant son reflet, elle ressentit un désir égal de brûler ses vêtements d'équitation. Il devait y avoir des vêtements propres ici. Quelque chose d'autre à porter. Quelque chose qui n'avait pas trempé dans un cauchemar.
Elle regarda la commode puis se tourna vers Ginny.
L'expression de Ginny était toujours tendue, ses doigts étaient remontés et jouaient avec la pointe de ses cheveux. Elle jeta un coup d'œil autour des pièces, semblant mal à l'aise de s'y tenir. "Je ne savais pas si tu voudrais rester ici ou avec James et moi. Tu n'es pas du tout obligée de rester ici. Je voulais juste m'assurer que tu saches que tu disposes d'espace et d'intimité si tu le souhaites. Je…" La voix de Ginny s'interrompit et elle prit une profonde inspiration. "Je suis tellement contente que tu sois enfin là."
Hermione hocha lentement la tête. Elle jeta un coup d'œil dans la pièce. "Non. C'est sympa. Je suis encore… en train de m'habituer aux choses. Ça fait si longtemps que…" Elle déglutit et passa ses doigts sur la couette en lin sur le pense qu'un peu d'espace serait préférable."
Ginny hocha la tête, mais ses yeux se firent peinés. "Mais tu viendras parfois avec nous, n'est-ce pas ? James n'a jamais vu d'autres humains que Malefoy et moi. Je lui ai raconté tellement d'histoires sur toi, Harry et Ron…"
"Bien sûr. Je veux juste dire…" Hermione ne savait pas comment l'expliquer à Ginny. "Rien de tout cela ne semble réel pour l'instant. Ce que nous avons fait…" Sa poitrine se serra. "C'était un tel pari. Nous ne savons toujours pas si cela a fonctionné jusqu'au bout."
Elle chercha sa baguette. Encore quinze minutes et Drago serait de retour.
Ginny pencha la tête sur le côté. "Je me posais la question à ce propos ? Comment était-ce censé fonctionner exactement ? Malefoy a juste dit que vous tentiez de vous échapper en amputant sa Marque des Ténèbres et en utilisant Lucius. Mais… Malefoy finira par y retourner, parce qu'il a fait le Serment Inviolable de vaincre Voldemort, n'est-ce pas ?"
Hermione se tendit si rigidement qu'elle crut que sa colonne vertébrale allait se briser. "Non. Il ne peut pas y retourner. Il n'y retournera jamais. Il va rester ici maintenant, avec moi," dit Hermione d'une voix plate.
L'expression de Ginny se fit consternée sans réserve pendant une fraction de seconde avant qu'elle ne la masque.
La gorge d'Hermione se serra alors qu'elle regardait froidement Ginny. "Son serment était de faire de son mieux pour aider l'Ordre à vaincre Voldemort. Il a fait de son mieux. Il en a assez fait. Voldemort l'a tellement torturé qu'il peut à peine se battre maintenant. Il n'y a… il n'y a rien d'autre qu'il puisse faire."
Elle agrippa le dossier d'un fauteuil jusqu'à ce que ses phalanges deviennent blanches. "Il a fait de son mieux", répéta-t-elle. "Vraiment. Il a fait tout ce qu'il pouvait. N'importe quoi d'autre…" Sa gorge se serra. "Il a rempli son serment. Alors… ce qu'on a fait, c'est mettre de en scène sa mort. Après que j'aie enlevé la Marque des Ténèbres de Drago, Lucius a incendié le manoir avec un Feudeymon. On espère que tout le monde pensera que Drago et moi sommes tous les deux morts dans l'incendie. L'Europe est instable. Si tout le monde pense que le Haut Préfet est mort, la Confédération internationale pourrait enfin décider d'intervenir."
Il y eut un bref silence.
"Mais… Voldemort ne sera pas mort," dit lentement Ginny. Gentiment. Comme si elle annonçait une mauvaise nouvelle à Hermione.
Hermione sentit une chaleur éclater dans le creux de son ventre. Elle avait envie d'exploser.
"Non." La voix d'Hermione était si tendue qu'elle vibrait. "Mais il n'a pas besoin d'être tué : le vaincre devrait suffire. Il peut mourir par lui-même. Ou quelqu'un d'autre peut le faire, pour changer." Elle prit une profonde inspiration irrégulière et se força à continuer. "Si Drago pouvait le tuer avant que la Confédération Internationale intervienne, les Marques des Ténèbres disparaîtraient. Aucun des membres de la Résistance, mères porteuses ou emprisonnés, ne pourrait se débarrasser de ses menottes à moins de trouver un moyen de forger la signature magique de Voldemort."
Il y avait une sensation de brûlure qui s'étalait dans ses muscles trapèzes. Elle glissa une main dans sa poche et saisit sa baguette. L'ancienne baguette de Drago.
"Drago n'est pas en état ni en position de faire plus. Il a fait de son mieux. C'est au tour de quelqu'un d'autre de faire quelque chose. La perte du Haut Préfet est l'un des coups les plus préjudiciables que Voldemort puisse subir. Si la Confédération Internationale considère Drago comme une menace, elle pourrait retarder son intervention. Passer pour mort est la meilleure chose qu'il puisse faire."
"Et c'est… compatible avec le Serment ?"
Hermione hocha vivement la tête, et ses doigts furent agités d'un spasme autour de sa baguette. "Je pense que oui. J'ai fait le Serment avec lui. Il est défini par mon intention, et a toujours eu pour but de le sauver, alors ça devrait suffire. Et si ça ne marche pas…" Sa gorge se serra alors que son cœur commençait à tambouriner. "Si ça ne marche pas… je vais… je vais…"
Sa voix s'éteignit et sa poitrine se serra si douloureusement qu'elle eut l'impression que son sternum se brisait en deux. Ses yeux s'écarquillèrent.
Sa mâchoire commença à trembler. "Je vais…"
Sa voix s'éteignit.
Elle prit une inspiration superficielle.
"Je vais…"
Ginny la regarda avec perplexité puis une compréhension horrifiée apparut sur son visage. Elle traversa rapidement la pièce et toucha l'épaule d'Hermione. "Hermione ? Hermione, oh mon Dieu. C'était une question stupide. Allez, respire. Je n'aurais pas dû demander. S'il te plaît, respire. Que dois-je faire? Qu'est-ce qui aide ? J'ai un philtre de Paix."
Ne pas paniquer.
Ne pas paniquer.
Hermione secoua la tête en direction de Ginny et s'efforça de continuer à respirer.
Ginny la guida vers un fauteuil et enroula étroitement ses bras autour des épaules d'Hermione. "Tu es en sécurité ici. Tu es en sécurité. Il ne faut pas paniquer. Peux-tu utiliser l'occlumencie ? Tu as ta magie maintenant, l'occlumencie t'aide-t-elle ?"
Hermione hocha la tête et essaya de contenir sa panique, mais c'était comme essayer d'attraper des dizaines d'anguilles alors qu'elles disparaissaient dans d'autres parties de son esprit.
Elle ferma les yeux et se concentra sur un seul point.
Respire. Respire. Respire.
Ne fait pas de crise d'épilepsie. Tu ne peux pas avoir de crise d'épilepsie.
"Appelle Drago," se força-elle à dire alors qu'elle prenait une inspiration hachée et douloureuse.
"Comment dois-je… oh, oui. Spero Patronum !"
Hermione ouvrit brièvement les yeux pour voir la jument argentée de Ginny apparaître.
"Va trouver Malefoy. Dis-lui qu'Hermione fait une crise d'angoisse."
La jument fonça, et Ginny se tourna de nouveau vers Hermione.
"Oh Hermione, tu vas bien. Tu as été si courageuse. Tu as réussi jusqu'ici. Tu es en sécurité maintenant. Je suis sûre que tout s'est bien passé. Personne n'y retournera. Malefoy et toi êtes tous les deux en sécurité ici. Vous avez réussi à arriver ici. Vous êtes en sécurité. Tu dois juste respirer."
Hermione continuait à se forcer à respirer, prenant des inspirations irrégulières et haletantes jusqu'à ce que soudain son visage soit enfoui dans un tissu qui sentait la forêt.
Elle s'accrocha à Drago et sentit sa main courir sur ses cheveux et descendre le long de son dos.
"Hermione, allez, respire pour moi," dit-il doucement en l'attirant contre son torse et en la tenant fermement. Puis son ton devint coupant comme un couteau. "Qu'est-ce que tu as fait? Je t'ai dit de la garder au calme."
"Je suis désolée, je ne savais pas…"
Hermione enroula ses doigts dans les robes de Drago et leva la tête, l'attirant plus près et le regardant dans les yeux. "Drago… Drago… si ça n'a pas marché… si tu n'es toujours pas libre de ton Serment Inviolable… je vais… j'ai promis…"
"Si ça ne marche pas," l'interrompit-il, "je serai avec toi jusqu'à la fin. C'est tout ce que j'ai toujours voulu."
Elle secoua violemment la tête et lui tint le visage. "Non… Non. Je pourrais encore te sauver. Je pourrais aller…"
"Tu n'iras nulle part. Tu en as fini", dit-il, et ses yeux se firent d'acier. "Tu vas rester ici et prendre soin de notre fille comme tu l'as promis. C'était votre accord il y a deux ans. J'ai sauvé Ginny pour toi, et tu as promis que tu arrêterais. Tout ce que je voulais. Tu as promis de partir et de ne jamais revenir. Tu as fait un détour extrêmement long, mais je tiens à ce que tu tiennes cette promesse à présent."
Elle secoua de nouveau la tête. "Drago…"
Il poussa un profond soupir et son expression passa d'implacable à suppliante. Il pressa sa main contre la mâchoire d'Hermione. "Ce n'est pas ton rôle de continuer à te briser en morceaux pour sauver tout le monde. Tu t'es vue, Granger ? Il ne reste presque plus rien de toi." Ses yeux étaient écarquillés alors qu'il la regardait attentivement. "Pour moi, vivre ne vaut pas la peine si c'est toi qui continue à en payer le prix."
Hermione grimaça. "Mais… j'ai besoin de toi, Drago… je ne peux pas…" Sa voix tremblait.
Il pressa son front contre le sien, sa main posée sur sa nuque. "Et j'ai besoin de toi aussi."
Elle eut un sanglot brisé et passa ses bras autour de son cou.
"Si ça n'a pas marché, nous trouverons autre chose", dit-il à voix basse, la bouche près de son oreille. "Mais tu ne partiras en aucun cas dans une autre mission suicide pour tenter de me sauver. Allez, respire lentement. Je ne suis pas mort, je suis ici avec toi. Tu es en sécurité."
Hermione poussa une exclamation frissonnante. "Et si ça tournait mal ? Que ferons-nous ?"
Il passa son pouce sur sa joue. "On verra.
"Tu ne peux pas mourir. Ne meurs pas, Drago." Elle ne cessait de le répéter dans un souffle.
"As-tu besoin que je fasse quelque chose ?" Ginny s'agitait à côté d'eux. "Je suis désolée. Je ne savais pas que ça la contrarierait."
"Elle a besoin de manger. Elle a à peine mangé depuis des jours. Ça, ça serait utile." La voix de Drago était glaciale.
"Oh mon Dieu, elle n'a pas mentionné… Je vais aller chercher à manger maintenant."
Il y eut un bruit de coulissement puis un claquement sec alors que Ginny sortait.
Hermione s'assit, tenant Drago fermement pendant encore plusieurs minutes alors que son cœur cessait lentement de tambouriner. "Désolé. J'allais bien, et puis…"
"Ce n'est rien." Il lui caressa les cheveux. "De toute façon, j'étais en train de rentrer. J'aurais dû rester. Je pensais que Ginny et toi vous entendriez mieux sans moi."
Hermione eut un sourire mélancolique. "Ça faisait si longtemps que je n'avais pas vu quelqu'un que je connaissais. J'ai oublié… combien il y en avait."
Drago poussa un soupir et ses doigts tressaillirent . "Tu n'es pas obligé de la voir. Elle peut rester dans sa propre partie de la maison."
"Non." Elle secoua la tête et se redressa pour le regarder. "Je veux la voir. C'est juste que je pensais que ce serait plus simple. Je suppose que rien n'est jamais simple pour nous. Elle était curieuse de savoir comment nous nous étions échappés, et en parler m'a fait réfléchir à la façon dont cela pouvait encore mal tourner. J'ai été dépassée… mais j'ai continué à respirer, d'habitude je n'y arrive pas. Cette fois, je me suis forcé à continuer à respirer jusqu'à ce que tu viennes. Ce n'était pas de sa faute. Elle ne savait pas que demander me bouleverserait. Je ne le savais même pas moi-même." Ses doigts effleurèrent légèrement la joue de Drago. "Elle n'aurait pas dû te frapper ; c'est de ça que je suis fâchée."
Il renifla. "Elle m'a attaqué avec un couteau la première fois que je suis arrivé pour vérifier qu'elle allait bien. Une gifle ce n'est rien." Il y eut une pause et une légère lueur brilla dans ses yeux. "Il me semble me rappeler que tu m'as giflé une fois."
Hermione le regarda pendant un moment puis le coin de sa bouche se leva alors que la chaleur montait au creux de ses joues.
Elle détourna les yeux, jetant un regard autour de la pièce. "Elle a dit que c'était toi qui avait aménagé ces quartiers."
Il hocha la tête.
"Ils sont adorables."
Il grimaça. "C'est devenu surchargé. Je me suis laissé emporter par l'achat de livres."
Elle sourit et lui lança un regard en coin. "C'est pour ça que c'est adorable."
Il rit. Elle pensa que c'était peut-être le premier rire sincère qu'elle entendait de sa part.
Cela ne dura qu'un instant.
Hermione sentit les coins de ses yeux se plisser alors qu'elle le regardait. "Et tu m'as fait un laboratoire."
Le coin de sa bouche se leva alors qu'il haussait un sourcil. "Hé bien, je t'empêche de pratiquer la guérison. J'ai pensé qu'il était temps que tu te lances dans une branche de la magie que tu apprécies."
Le sourire qui jouait avec la bouche d'Hermione s'effaça et elle baissa les yeux sur ses genoux. "Je…je ne déteste pas la guérison. C'était juste… traumatisant… à cause de la guerre. La science m'intéressait."
Il la regarda, les yeux sceptiques. "Avais-tu déjà envisagé une carrière de guérisseuse avant de réaliser que la Résistance avait besoin de guérisseurs ?"
"Hé bien," elle tripota l'ourlet de sa chemise, "il n'y avait que quelques options disponibles pour tout le monde."
"Et par pure coïncidence, tu t'es retrouvée dans celle dont personne d'autre ne voulait." Sa voix était caustique.
Un grand plateau de nourriture apparut, avec des assiettes pleines de légumes, une tourte au steak et aux rognons, de la purée de pommes de terre et des chaussons aux pommes.
De la nourriture réconfortante.
Drago émit un son consterné alors qu'il regardait la nourriture. "Weasley se mêle toujours de la cuisine."
Hermione l'ignora et leur servit à tous les deux des assiettes contenant plus de nourriture qu'aucun d'eux ne pouvait en manger.
Drago ne cessa de marmonner des plaintes dans sa barbe pendant qu'Hermione se gavait. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait autant mangé. Tout avait un goût si familier. La nourriture qu'elle avait mangée en grandissant. Les dîners au Terrier pendant les étés avant la rentrée scolaire.
Ce souvenir la fit presque pleurer.
Malgré toutes ses plaintes concernant l'utilisation inappropriée des elfes de maison formés à la gastronomie française, Drago ne fut pas enclin à sauter le repas. Il leva les yeux vers elle lorsqu'elle commença enfin à manger plus lentement. "Tu devrais t'allonger une fois que tu auras mangé."
Hermione secoua la tête. "Non. Je veux rencontrer James."
"Tu pourras le rencontrer demain. Il n'ira nulle part."
"Je veux le rencontrer aujourd'hui. J'étais censée m'occuper de lui, mais il a presque deux ans et je ne l'ai même pas encore rencontré."
Drago la regarda alors qu'elle croisait son regard et se forçait obstinément à avaler une autre bouchée de chausson aux pommes. Il poussa un soupir irrité. "Bien. Je vais appeler un elfe et lui demander de dire à Ginny de l'amener."
Hermione hocha la tête et posa son assiette. "As…Est-ce qu'il y a d'autres vêtements ici pour moi ? Ou… est-ce que tu as juste apporté des livres ?"
Les yeux de Drago se plissèrent et le coin de sa bouche tressaillit. "Il y a des vêtements. Je ne sais pas combien sont compatibles avec la grossesse. Si rien ne te convient, Ginny en a."
Hermione hocha la tête et partit explorer la commode. Il y avait une énorme quantité de vêtements, tout comme il semblait y avoir des quantités déraisonnables de tout le reste. Les tiroirs de la commode semblaient s'allonger à mesure qu'elle les tirait.
Il y avait quelques robes, mais la plupart des vêtements étaient moldus. Hermione chercha jusqu'à ce qu'elle trouve un pull et un pantalon qui lui allaient sans avoir besoin de charmes d'ajustement.
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James avait des cheveux roux foncés qui se dressaient sur sa tête et des yeux d'un vert choquant.
Mis à part ses cheveux, il ressemblait exactement à Harry. Hermione le regarda et eut l'impression que son cœur se brisait.
Les yeux vert émeraude de James l'étudièrent avec méfiance alors qu'il s'accrochait fermement à Ginny.
Les mêmes yeux. La même bouche. Harry. C'était encore Harry.
"James, voici ta marraine, tante Hermione. Tu te souviens, je t'ai parlé d'elle ? Elle était la meilleure amie de ton père à l'école. Elle aime les livres, tout comme toi, mais pas les balais." Ginny lui parlait doucement à l'oreille, le frottant affectueusement avec son nez. "Et c'est Malefoy avec elle. Tu l'as rencontré quand tu rampais encore. N'oublie pas que c'est dans sa maison que nous vivons. C'est lui qui envoie les elfes venir nous voir."
James se pencha plus près de Ginny, enfouissant son visage contre le cou de sa mère et jetant un coup d'œil timide à Hermione et Drago.
"Bonjour, James," dit Hermione une fois qu'elle eut retrouvé sa voix. "Je t'ai connu un peu avant ta naissance. Je suis tellement heureuse de te rencontrer enfin."
James renifla et se couvrit le visage d'une main.
"Il n'a jamais vu d'humains à part Malefoy et moi," dit Ginny, posant sa tête contre celle de James. "Mais si la façon dont il se comporte avec les elfes est significative, une fois qu'il aura surmonté sa timidité, il ne te laissera plus jamais tranquille. James, peux-tu dire 'Tante Hermione' ?"
"Non." La voix de James était claire et obstinée.
"Veux-tu dire bonjour?"
"Non."
Ginny soupira et lui chatouilla les côtes. "Vilain garçon."
James enfouit son visage avec plus de détermination dans l'épaule de Ginny et rit.
"Tout va bien," dit Hermione d'une voix serrée, se sentant dépassée rien qu'en le regardant. "Il ressemble tellement à Harry."
Ginny hocha la tête avec un sourire tendu et déposa un baiser dans les cheveux de James. "Oui, vraiment. Ça me surprend parfois. Il fait parfois des grimaces et ça me frappe comme un cognard, et pendant un instant j'oublie que je le regarde parce que… c'est Harry. Et puis c'est de nouveau James." Elle rit. "Quand il est né, il avait les cheveux et les yeux bruns, puis à six mois, ses doux cheveux de bébé sont tous tombés et sont revenus sous forme de ce désordre roux et raide et ses yeux sont devenus verts. Je ne pensais pas qu'il pouvait avoir les cheveux roux. Mais la mère de Harry avait aussi les cheveux roux, donc je suppose qu'il y avait suffisamment de gènes de cheveux roux dans la soupe pour qu'il le soit."
James releva brusquement la tête et regarda Hermione. "Mi-one." Il la montra du doigt. "Mi-one"
"Hermione," dit lentement Ginny, faisant ressortir les consonnes.
James secoua la tête. "Mi-one."
"Je ne savais pas non plus le dire quand j'étais petite," dit Hermione avec un sourire.
"C'est un bon petit gars." Ginny le passa sur son autre hanche. "Il ne dort pas beaucoup et nous avons eu des coliques au début. Mais il est plutôt heureux maintenant. Par contre, depuis qu'il a commencé à marcher, il est devenu beaucoup plus turbulent. Il attrape tout ce qu'il peut atteindre…"
Hermione hocha automatiquement la tête en continuant à regarder James.
Elle ne savait pas vraiment comment interagir avec un bébé. Elle était tellement habituée à penser à eux de manière abstraite. En fait, en rencontrer un qui parlait et avait des opinions sur les choses faisait qu'Hermione se sentait perdue.
Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait vu ou tenu un enfant dans ses bras. C'était probablement lorsqu'elle avait aidé à transporter les orphelins pendant la guerre.
Le monde dans lequel Ginny existait lui sembla soudain étranger.
Hermione avait oublié à quel point les gens pouvaient être expressifs. Qu'elle n'avait pas besoin de décrypter les gens juste à la façon dont leurs yeux vacillaient et en fonction de ce qu'ils ne disaient pas.
Bébés, coliques, étapes de développement. Si Drago et elle étaient vraiment libres, ce serait le genre de monde dont ils feraient partie.
Si ça avait marché.
S'ils étaient en sécurité.
Si Drago était libre.
La poitrine d'Hermione se serra et elle hocha de nouveau la tête à ce que Ginny disait.
Sa tête commençait à lui faire mal.
"Ginny, Granger a besoin de se reposer maintenant," l'interrompit soudain la voix froide de Drago.
Hermione cligna des yeux.
L'expression de Ginny se figea puis se fit déconfite. "Désolée. Je me suis laissée emporter." Elle se força à sourire à nouveau. "James a besoin de manger de toute façon. Repose-toi. Les elfes apporteront plus de nourriture. Si tu…si tu as besoin de quoi que ce soit, nous sommes là."
Les yeux et la bouche de Ginny étaient tendus alors qu'elle replaçait James sur son autre hanche et se détournait, se dirigeant vers son aile de la maison.
Hermione les regarda partir. "Elle est si seule, Drago. Tu aurais pu la laisser m'en dire plus sur James.
"Tu as besoin de te reposer. Tu as des années pour apprendre à le connaître."
Hermione voulait argumenter, mais elle était sur le point de s'endormir debout.
Elle se roula en boule dans le lit et ferma les yeux.
Drago s'assit à côté d'elle, lui tenant la main de la même manière qu'il l'avait fait lors de ses nausées matinales, son pouce courant le long de ses phalanges.
Elle était sur le point de s'endormir lorsqu'elle sentit qu'il déposait sa main doucement sur le lit. Le matelas bougea.
Elle l'observa à travers ses cils alors qu'il la regardait un instant de plus puis se tournait lentement, posant sa main contre le mur comme s'il sentait quelque chose à l'intérieur.
Il sortit sa baguette et commença à marmonner des sorts.
Hermione le regarda alors qu'il ajoutait enchantement après enchantement dans la pièce. Certains étaient des sorts simples et inoffensifs et d'autres des incantations magiques élaborées. Elle grimaça lorsqu'il sortit un couteau de sa robe et tint le manche entre ses dents pour s'ouvrir la main et utiliser le sang pour dessiner des runes écarlates sur les murs. Les symboles brillèrent alors qu'il continuait à en ajouter de plus en plus jusqu'à ce qu'ils finissent par être absorbés dans le mur et disparaître.
Il sortit une fiole de potion de régénération sanguine et la but avant de sortir une fiole d'essence de Dictame qu'il utilisa pour fermer la coupure. Il fixa sa main couverte de sang et l'essuya sur sa robe avant de nettoyer ses vêtements d'un sort.
Il posa de nouveau sa main sur le mur.
Ses épaules s'affaissèrent un instant avant qu'il ne se redresse et se dirige vers la porte.
"Drago ?"
Il se figea et se tourna lentement vers elle. Son expression était fermée.
Elle l'étudia juste pendant plusieurs secondes, son cœur lui semblant être en plomb. "Sommes-nous en sécurité ici Drago ?"
"Oui," dit-il immédiatement.
Elle s'assit et l'expression de Drago se tendit.
"Vraiment?"
Il se tenait dans l'encadrement de la porte, la baguette à la main. "On est en sécurité ici. Tu as ma parole."
Elle hocha la tête. "Si tu le dis, je te crois."
Il hocha la tête aussi avec raideur.
Elle se lécha les lèvres. "Dois-tu continuer à ajouter des protections ? Si on est en sécurité ?"
Il la regarda, apparemment incertain de quoi lui répondre.
Elle lui fit un pâle sourire alors qu'un sentiment de chagrin lancinant submergeait sa poitrine. "Nous sommes censés nous reposer maintenant. Tu n'es pas censé continuer à… te battre encore et encore comme si nous étions toujours enchaînés à la guerre."
Il resta juste debout près de la porte.
Elle l'observa tristement en réalisant la différence entre eux : il n'avait jamais rêvé de ce qu'il ferait ou serait après la guerre. Contrairement à elle, il avait peu d'attentes susceptibles d'être déçues.
Il ne savait pas non plus quoi faire, à part continuer à faire ce qu'il avait toujours fait.
Elle tendit la main vers lui. "Reste avec moi. C'est censé être le moment où nous pouvons nous reposer."
Il resta debout devant la porte, ses yeux se tournant vers la pièce voisine.
"Si tu as quelque chose à faire, je t'attendrai."
Elle vit sa main trembler avant qu'il ne serre sa baguette son un poing. Ses yeux étaient soudain enfantins et incertains.
Il ne savait pas comment être autre chose qu'un soldat.
Il jeta à nouveau un coup d'œil vers la pièce voisine.
Elle tendit la main vers lui. "Reste ici, Drago. Tu es censé te reposer aussi à présent."
Il hocha lentement la tête mais ne bougea pas d'où il se tenait dans l'encadrement de la porte. Hermione se leva et s'approcha. Elle croisa son regard en retirant la baguette de sa main, la posant sur la commode. Elle enleva ses robes des épaules de Drago et passa ses mains sur sa chemise et son pantalon, trouvant la multitude de poches cachées qu'il avait, sortant des baguettes et des armes supplémentaires.
Elle ne savait pas s'il avait emporté avec lui d'autres effets personnels que des armes.
Il grimaça alors qu'elle enlevait tout ça et l'empilait sur la commode.
Elle fit une pause et le regarda dans les yeux. "Nous sommes en sécurité, n'est-ce pas ?"
Il déglutit et hocha lentement la tête.
Elle lui prit la main. "Alors pose tout ça."
Elle le regarda alors qu'ils étaient allongés face à face sur son lit. Ses yeux n'arrêtaient pas de se tourner vers les armes qu'elle lui avait retirées.
"Que voulais-tu être… avant d'être forcé de devenir un Mangemort ? Qu'aurais-tu fait si la guerre n'avait pas eu lieu ?"
Il la regarda sans expression. "J'étais l'héritier des Malefoy. Si je n'étais pas devenu un Mangemort, j'aurais simplement été l'héritier des Malefoy. Mon père avait des aspirations politiques pour moi : j'aurais été un homme politique."
"Oh… Alors, quelle était ta matière préférée à l'école ?"
Elle ne lui avait jamais posé cette question auparavant, et elle n'était pas sûre de pouvoir deviner la réponse. Ils ne se connaissaient qu'à travers les facettes qui avaient été polies par la guerre.
Il resta silencieux pendant plusieurs secondes et sembla essayer de se souvenir. "J'aimais bien les Sortilèges."
Le coin de la bouche d'Hermione se souleva. "J'aurais dû le deviner. Je me souviens que tu étais doué pour ça. Tu pourrais reprendre. L'alchimie utilise beaucoup de sortilèges. Peut-être qu'on pourrait un jour travailler ensemble sur des projets."
Le coin de la bouche de Drago tressaillit. "Peut être."
Il avait l'air fatigué. Hermione se blottit contre lui et il passa sa main dans ses cheveux, la rapprochant de lui.
"Nous sommes en sécurité ici ?" demanda-t-elle à nouveau en passant ses doigts sur la patte de sa chemise. "Tu n'es pas… tu ne dis pas seulement qu'on l'est pour que je reste calme, n'est-ce pas ?"
Drago recula et la regarda. "Nous sommes en sécurité, Hermione."
Une sensation de serrement disparut de sa poitrine. "Très bien alors."
Elle inspira profondément et ferma les yeux.
Lorsqu'elle se réveilla quelques heures plus tard, il dormait aussi. C'était comme si neuf années d'épuisement l'avaient finalement rattrapé et englouti.
Il dormit plusieurs jours, presque de façon insensée. Hermione pouvait défaire les bandages de son bras et le soigner, et il ne bougeait pas.
Elle dormit avec lui la première semaine. Elle n'avait pas pensé être assez fatiguée pour dormir pendant des jours consécutifs, mais c'était comme si une tension permanente dont elle n'avait même pas eu conscience s'était finalement apaisée pour la première fois, et le sommeil était plus réparateur qu'il ne l'avait jamais été dans sa vie.
La plupart de ses maux de tête disparut progressivement. Elle trouva du parchemin et une plume et nota soigneusement tout ce dont elle pouvait se rappeler des souvenirs qui s'estompaient, et lorsqu'elle les relut plusieurs jours plus tard, de nombreux détails ne lui étaient plus familiers.
Mais elle avait l'impression que son esprit avait trouvé un équilibre précaire.
Drago continua à dormir régulièrement la semaine suivante. Il se réveillait brièvement pour se lever et manger, vérifiait les protections, puis s'effondrait dans le lit, agrippant Hermione. Parfois, elle craignait qu'il ne soit malade pour dormir autant. Elle vérifiait son état avec des sorts de diagnostics pour se rassurer.
Il ne dormait pas si elle partait.
Elle essaya de se glisser silencieusement dans la pièce voisine pour explorer les étagères, mais il apparut dans l'embrasure de la porte au bout de deux minutes, baguette à la main. Elle attrapa plusieurs livres sur les étagères et retourna dans le lit.
"Je peux me lever maintenant", dit-il, toujours debout sur le pas de la porte.
"Non. Je devrais continuer à me reposer", dit-elle en s'allongeant doucement. "Je voulais juste lire un peu pour le plaisir."
Il se rendormit quelques minutes plus tard. Elle entrelaça leurs doigts pendant qu'elle lisait.
Il dormait depuis neuf jours quand Hermione entendit un léger coup à la porte.
Ginny entrouvrit la porte et jeta un coup d'œil à l'intérieur. "James fait sa sieste. Je peux entrer ?"
Hermione ferma le livre et hocha la tête. Elles s'étaient envoyé plusieurs messages via des elfes de maison, mais elle n'avait pas vu Ginny plus de quelques minutes depuis le jour de leur arrivée.
Ginny se fraya un chemin à travers les pièces jusqu'à la chambre puis s'arrêta, regardant Drago pendant plusieurs secondes avant de détourner le regard et de faire venir un petit fauteuil.
Elles restèrent assises à se regarder pendant plusieurs minutes. Il y avait de l'appréhension dans les yeux de Ginny alors qu'elle étudiait Hermione. Hermione saisit la main de Drago en attendant que Ginny dise quelque chose.
Ginny regarda leurs mains puis détourna le regard, bougeant avec gêne. "Je n'avais pas… je n'avais pas réalisé à quel point vous seriez intenses l'un avec l'autre. Je veux dire, je savais que Malefoy était intense, mais je suppose que je ne m'attendais pas à ce que tu le sois… que ce n'était pas seulement Malefoy… que vous êtes tous les deux… comme ça."
Hermione pouvait voir l'inquiétude dans les yeux de Ginny. Elle ne dit rien.
Ginny avait sa baguette dans la main et elle n'arrêtait pas de la passer d'une main à l'autre. Lorsqu'elle réalisa qu'elle jouait avec, elle s'arrêta et regarda ses mains pendant un moment. "Tu sais, il ne m'a pas donné de baguette la première année."
Hermione ne savait pas quoi dire. Elle passa ses doigts sur la couverture ornée de son livre.
"C'était probablement pour le mieux," dit Ginny, la bouche tordue par l'ironie. "J'ai quand-même essayé de l'assassiner une douzaine de fois. La dernière chose dont je me souvienne, c'est d'avoir été droguée avec quelque chose sur une table de laboratoire, puis je me suis réveillée ici, seule. La première fois qu'il est venu, il m'a dit que tout le monde était mort sauf toi, et je lui ai lancé un couteau à steak. Plus tard, il m'a parlé de ce que tu avais fait pendant la guerre… que tu…" L'expression de Ginny se tordit légèrement, "tu avais été avec lui… je ne le croyais pas du tout. Je veux dire… j'avais pensé que tu étais peut-être avec quelqu'un, mais pas… Malefoy. Mais quand il a raconté comment c'était arrivé, ça te ressemblait…" La voix de Ginny s'éteignit.
Elle baissa les yeux et s'éclaircit la gorge. "Mais c'était Malefoy. Il a tué Dumbledore. Son père…" Sa main effleura la cicatrice irrégulière sur sa joue. "Les Malefoy ont toujours détesté les nés-Moldus. Et puis Malefoy n'arrêtait pas de prétendre qu'il allait t'amener ici, mais ce n'était pas le cas. Donc, j'ai supposé que c'était une ruse. Je pensais que Voldemort prévoyait de faire quelque chose à James une fois qu'il serait né."
"Je suis désolée," fut tout ce qu'Hermione put dire.
Ginny bougea. "Je… j'ai essayé de me suicider. J'ai failli réussir à plusieurs reprises." Elle évitait le regard d'Hermione et jouait avec les pointes de ses cheveux. "Au début, Malefoy venait tous les deux jours, apportant des vêtements et des vivres, puis il est venu avec tous les livres et tout ce qu'il y a ici… disant que tu aurais besoin de quelque chose à faire une fois qu'il t'aurait trouvée."
Les doigts d'Hermione, entrelacés avec ceux de Drago, tressaillirent.
Ginny regarda à nouveau leurs mains avant que son regard ne revienne sur sa baguette. "Le jour où j'ai accouché, j'ai failli étouffer James. J'avais tellement peur que Malefoy apparaisse et l'amène à Voldemort. Il est arrivé quelques heures plus tard en tenue de marié. Il était tellement soulagé que je sois encore en vie. Je pense que c'était la première fois que je voyais une véritable émotion sur son visage. Apparemment, il était sûr que j'allais mourir pendant l'accouchement… non pas qu'il semblait réellement se soucier de nous, c'était plutôt comme si James et moi étions des priorités sur une liste de contrôle. Mais il était moins contrôlé ce jour-là. J'étais tellement en colère contre lui que je lui ai demandé s'il était en retard parce qu'il t'avait épousée, étant donné qu'il se souciait soi-disant tellement de toi."
Ginny prit une vive inspiration. "Je ne pensais pas qu'il pourrait se soucier de tout ce que je pouvais dire sur lui. Je lui avais à peu près tout dit à ce moment-là. Mais quand je lui ai parlé de t'épouser, il est devenu blanc et il a dit que non, c'était quelqu'un d'autre. Par la suite, il n'est plus venu aussi souvent."
Ginny regarda Drago. "C'était comme regarder quelqu'un mourir de faim. Il apportait des choses qui étaient censées être pour toi, mais il a cessé… je ne sais pas comment le décrire. Il n'agissait plus comme si tout irait bien une fois arrivé ici. C'est à ce moment-là qu'il a commencé à être complètement obsédé par les protections."
Hermione baissa les yeux, le ventre noué.
"La dernière fois que je l'ai vu, c'était l'été dernier. Il a dit que tous ces voyages avaient rendu Voldemort suspicieux et qu'il ne serait plus autorisé à quitter la Grande-Bretagne. Il a dit que s'il te trouvait, Rogue t'amènerait ici, et m'a rappelé que tu étais la seule raison pour laquelle j'étais en vie et m'a ensuite menacé si je ne jurais pas de prendre soin de toi. C'est à ce moment-là qu'il m'a donné une baguette. Je ne l'ai pas revu jusqu'à votre arrivée la semaine dernière."
Ginny baissa les yeux et fit tourner sa baguette dans ses mains. "Une fois que j'ai eu à nouveau une baguette, j'ai fabriqué une radio comme Fred et George le faisaient avant, et j'ai commencé à récupérer le journal. Il arrive avec des semaines de retard, mais j'ai finalement commencé à découvrir ce qui se passait. Je… je savais que ça devait être terrible mais… je n'ai jamais pensé…" Le visage de Ginny se plissa et elle ne put croiser les yeux d'Hermione. "Je suis vraiment désolée. Je suis tellement désolée."
Hermione n'était pas sûre de savoir pourquoi Ginny s'excusait. Elle baissa les yeux sur le livre qui était sur ses genoux. "Ce n'était pas de ta faute. Tu n'étais membre de l'Ordre que depuis quelques mois avant de tomber enceinte. Ce n'est pas comme si tu aurais pu changer quoi que ce soit."
Ginny se mordit la lèvre et baissa les yeux. "Je savais que tu voyais la guerre différemment de Harry et Ron, mais… je n'avais pas réalisé à quel point jusqu'à ce que je découvre ce que tu avais fait. Je pense que personne n'a réalisé que tu voyais les choses si différemment que tu serais prête à… à…"
Hermione se contenta de fixer Ginny, se sentant soudain trop épuisée pour avoir cette discussion. "Je ne demanderai jamais à personne de faire quelque chose que je n'aurais pas fait moi-même. Je pensais que vous en étiez tous conscients."
Ginny pâlit, sa peau devenant si blanche que la cicatrice ressortit violemment sur ses traits. "Je sais. Je le sais. C'est juste que… je croyais en Harry. Je croyais à ce qu'il croyait à propos de la guerre et du pouvoir de l'amour. Sur les champs de bataille, tu voyais le pire chez les gens, mais tu voyais aussi le meilleur. Je pensais que peut-être tu n'avais tout simplement pas pu voir ça depuis la salle d'hôpital. Mais tu avais raison… tu as toujours eu raison, et cela a dû rendre la situation pire pour toi que pour n'importe qui d'autre… parce que tu es resté avec nous tout ce temps en le sachant."
La poitrine d'Hermione se serra, elle avait l'impression que Ginny avait touché une agonie qu'elle avait oublié qu'elle portait encore. Elle pinça les lèvres et serra la main de Drago.
Des larmes coulaient silencieusement sur le visage de Ginny. "Je suis désolé de ne pas avoir voulu te croire. Tu n'aurais jamais dû avoir à faire ce que tu as fait."
Hermione commença à répondre, mais Ginny continua. "Je ne veux pas que tu te sentes obligée de me pardonner quoi que ce soit. Ce qui s'est passé – tout ce qui s'est passé – tu n'as pas à dire que ce n'est rien. Tu ne devrais pas te forcer à l'accepter. Tu as le droit d'être en colère. Ne te sens pas obligée de surmonter tout ça. Je ne veux pas que tu te sentes piégée pour le reste de ta vie parce que les gens t'ont forcé à leur faire des promesses."
Hermione se raidit et rapprocha la main de Drago d'elle.
Les yeux de Ginny se baissèrent et sa bouche se tendit en la voyant faire. "Je ne parle pas seulement de Malefoy. Je sais que tu as promis à Harry que tu prendrais soin de James et moi. Je veux que tu saches que tu n'es pas obligée. Tu as fait plus que ce que quiconque n'aurait jamais dû te demander. Tu avais raison, il est temps que quelqu'un d'autre fasse quelque chose. Cela ne devrait plus être toi. Tu mérites de faire réellement des choix. C'est ça être libre. Alors ne…ne passe pas le reste de ta vie enchaînée par de vieilles promesses. À personne. Ni Harry, ni moi, ni Malefoy.
Ginny se leva brusquement. "J'avais juste besoin de te dire tout ça. Il fallait que je te le dise au moins une fois. Tu…" Ginny fixa Hermione, une douleur dans le regard alors qu'ils se posaient brièvement sur l'indéniable gonflement du ventre d'Hermione. "Je suis tellement contente que tu te sois échappée. Tu mérites d'être libre maintenant. Vraiment libre. Pas juste ce que les autres te permettent."
Les doigts de Ginny remontèrent vers son visage et essuyèrent rapidement ses joues alors qu'elle quittait la pièce.
Hermione regarda la main de Drago entrelacée dans la sienne pendant un moment avant de regarder son visage. "Tu peux arrêter de faire semblant de dormir."
Les yeux argentés de Drago s'ouvrirent et il la regarda. Son expression était réservée.
Le coin de la bouche d'Hermione se souleva lorsqu'elle le remarqua. "Je n'ai pas pris la peine de te sauver à cause d'une vieille promesse si c'est ce que tu te demandes. Après tout, n'est-ce pas toi qui as dit que je faisais des promesses contradictoires juste pour pouvoir faire ce que je veux ?"
"Granger…"
"On a dit 'toujours', n'est-ce pas?" demanda-t-elle d'une voix tendue. "Toujours. Si tu ne veux plus de cette promesse intégralement, je te la donnerai un peu à la fois."
Elle lui serra la main plus fort. "Tous les jours. Je te choisirai."
Elle se tourna pour mieux lui faire face, entrelaçant leurs mains et passant le bout de ses doigts le long de ses phalanges. Ses doigts s'arrêtèrent sur la bague en onyx et elle la fixa, se repassant leur histoire.
Douleur aveuglante et dévotion brûlante à parts égales.
"Je suis sûre qu'il y aura de bons et de mauvais jours pour nous", dit-elle après une minute. "Il y a… il y a probablement trop de choses pour que nous puissions vraiment les laisser derrière nous. Mais si tu choisis de rester avec moi, et que je choisis de rester avec toi – tous les jours – je pense que nous sommes assez forts pour y arriver un jour à la fois." Elle croisa son regard. "Non ?"
Il l'étudia attentivement pendant un moment et hocha la tête.
Le lendemain, le petit-déjeuner arriva avec un exemplaire de la Gazette du Sorcier vieux de deux semaines sur le plateau. La couverture présentait une photo des ruines incendiées du Manoir Malfoy.
Hermione l'attrapa sur le plateau et le regarda, le cœur battant.
"Le Haut Préfet tué dans un accident de Feudeymon."
Elle le déplia avec des mains tremblantes afin d'en lire le résumé sous le titre.
"Drago Malefoy tué par son père dans une affaire de meurtre-suicide choquante au Manoir Malefoy."
Elle leva les yeux vers Drago, poussant un soupir de soulagement. "Ça a fonctionné, Drago. Tu es libre."
