Chapitre 75 : Epilogue 1

Le Haut Préfet tué dans un accident de Feudeymon.

Drago Malefoy tué par son père dans une affaire de meurtre-suicide choquante au Manoir Malefoy.

Drago Malefoy, figure éminente du gouvernement du Seigneur des Ténèbres, et son père, veuf, sont soupçonnés d'être morts dans l'incendie de leur maison.

Les Aurors enquêtent toujours sur l'affaire. La déclaration officielle du Département de la Justice Magique est que la cause de l'incendie reste inconnue, mais les responsables s'exprimant officieusement ont confirmé que l'incendie présentait tous les signes d'un Feudeymon intentionnellement allumé et entretenu.

Les photos des ruines du Manoir Malefoy sont presque identiques aux ruines de l'incendie du Manoir Lestrange plusieurs années auparavant. "Tout le monde savait que Lucius était obsédé par cet incendie", dit une source anonyme, "il a récupéré toutes les archives et les documents liés et a revisité les ruines du Manoir Lestrange des dizaines de fois. Il est presque indéniable que l'incendie était une reproduction. C'est tellement tragique : il ne s'est jamais remis de la mort de Narcissa."

Des amis proches de la famille disent que Lucius a abandonné la plupart de ses obligations après la mort de sa femme, cédant le titre et la succession à Drago, qui avait alors vingt ans. Lucius est rarement retourné en Grande-Bretagne dans les années qui ont suivi, mais lors de sa dernière visite, son comportement a été particulièrement erratique. Les Aurors communiquant officieusement confirment que Lucius est désormais suspecté dans plusieurs cas de personnes disparues, dont Astoria Malefoy, qui a disparu moins de vingt-quatre heures après son retour de vacances en France.

Des rumeurs persistantes faisaient état de tensions entre le père et le fils. Bien qu'apparemment cordiaux, ils étaient rarement vus ensemble, et Lucius n'est pas revenu de son poste à l'étranger pour le mariage de Drago en 2003.

Le titre et les responsabilités du Haut Préfet devraient être transférés à un autre Mangemort dans la semaine. Plusieurs généraux sont à l'étude. Cependant, au moment de la mise sous presse, il n'y a aucune déclaration officielle du Seigneur des Ténèbres concernant un successeur ou concernant la mort de Drago et Lucius.

La perte d'une lignée familiale aussi ancienne et distinguée que la famille Malefoy est un coup dévastateur pour le monde sorcier. Drago était le dernier des familles Malefoy et Black. Un guérisseur du programme de repeuplement a confirmé que la mère porteuse de Drago Malefoy était également morte dans l'incendie. Elle était enceinte de quatre mois d'un héritier Malefoy.

Après deux semaines de sommeil, Drago et Hermione émergèrent enfin. Drago alla immédiatement vérifier toutes les protections de l'île. Après son retour, il fit visiter la maison à Hermione. Elle lui agrippa la main lorsqu'ils entraient dans les jardins.

Ils contournèrent un coin de la maison et trouvèrent Ginny en train de regarder James tenter d'escalader une pagode. Elle fit un sourire crispé en les voyant.

"Bien, tu es levée. Je me demandais quand tu arrêterais d'hiberner." Elle regarda Drago. "Il y a quelqu'un qui attendait de te voir. Topsy !"

Il y eut immédiatement un pop alors que Topsy se matérialisait. Elle resta debout à regarder Drago pendant un moment, ses mains jointes et ses énormes yeux brillants. Puis elle s'avança et lui donna un coup de pied.

"Topsy être tellement en colère contre vous !" dit-elle alors que ses orteils heurtaient son tibia. "Topsy ne jamais être aussi en colère de toute sa vie."

Elle enroula ses bras autour de la jambe de Drago et commença à sangloter. "Vous avoir renvoyé Topsy sans dire au revoir. Topsy penser que vous être mort !"

Elle enfouit son visage dans les vêtements de Drago et pleura bruyamment pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que Drago se penche maladroitement et lui tapote la tête.

Ginny lui lança un regard acéré. "Quand elle est arrivée et a découvert que vous étiez tous les deux là, elle a refusé d'y croire jusqu'à ce qu'elle aille voir par elle-même, puis elle a pleuré pendant le reste de la journée. Je ne peux pas croire que tu l'aies envoyée ici comme ça."

Quand Topsy lâcha finalement Drago, elle alla prendre James dans ses bras et l'emporta, sanglotant toujours.

Hermione, Drago et Ginny se regardèrent dans un silence inconfortable.

Ginny tira sur la pointe de ses cheveux, puis sa tête eut un petit sursaut alors qu'elle redressait ses épaules. "Je pense que nous devrions prévoir de dîner tous ensemble la plupart du temps. Il n'est pas nécessaire que ce soit tous les jours de la semaine, mais je pense que cela devrait être souvent. Le reste du temps, nous pouvons tous avoir… notre intimité, mais nous devrions dîner ensemble."

Elle étudia les réactions d'Hermione et de Drago. Drago ne dit rien.

"Dîner c'est bien," dit Hermione. "C'est une bonne idée."

L'expression de Ginny fut submergée de soulagement. "Bien." Elle hocha la tête. "Super. Hum. Je vais le dire aux elfes et je vous verrai tous les deux au dîner alors."

Ginny se retourna et se précipita à l'intérieur.

Hermione la regarda s'éloigner et réalisa tardivement que Ginny se serait probablement arrêtée et serait revenue si elle l'avait appelée. Elle ouvrit la bouche, mais Ginny avait déjà disparu par la porte.

Hermione et Drago restèrent silencieux dans le jardin pendant plusieurs minutes. Elle ne savait pas ce qu'ils étaient censés faire.

C'était surréaliste. Ils avaient été coupés d'une réalité, plongés dans une autre et laissés à eux-mêmes pour trouver leur chemin.

Ça ne ressemblait pas à un rêve. C'était réel. Elle pouvait sentir le sel dans l'air, entendre les feuilles bouger sous la brise et l'eau couler. Elle sentait le camphre et les aiguilles de pin. La main de Drago était chaude et entrelacée avec la sienne.

Et pourtant, il y avait une pointe de paranoïa dont elle ne parvenait pas à se débarrasser. Il devait y avoir quelque chose qui se tramait, quelque chose qui attendait, quelque chose qui allait mal se passer. La ruine inévitable pendait au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès.

Elle avait l'impression que l'île était construite sur une fine couche de glace. Si Hermione faisait un pas de travers ou oubliait de faire preuve de prudence pendant un moment, elle craquerait et elle replongerait dans le monde noir et froid dont elle venait de s'échapper, entraînant Drago et tous les autres avec elle.

Chaque étape. Chaque respiration.

Soit prudente. Soit tellement prudente.

Tu perds toujours les choses que tu aimes. Toujours.

Sa mâchoire commença à trembler. Elle voulait rentrer à l'intérieur ; elle se sentait plus en sécurité à l'intérieur. Où était sa baguette ?

"Je n'avais jamais prévu ça," dit Drago. "Être ici."

Hermione le regarda, arrachée à sa rêverie. Il regardait la mer comme s'il avait du mal à croire qu'elle était là.

Il trouvait tout cela aussi difficile à croire qu'elle. Le monde n'avait jamais été tendre avec eux.

Cependant, lorsqu'il la regarda, elle réalisa qu'il y avait eu en lui une tension qui était absente pour la première fois. Il était toujours nerveux ; il portait toujours deux baguettes, plusieurs couteaux et un artefact sombre, mais il y avait chez lui l'absence d'une certaine force à laquelle Hermione s'était habituée. Il ne se comportait plus comme s'il s'attendait constamment à être frappé quelque part.

C'était l'expression qu'il avait eu l'habitude d'avoir lorsqu'ils se voyaient à Whitecroft ; quand elle pouvait dire, alors qu'il apparaissait dans la pièce, qu'il s'était mentalement préparé au fait qu'elle pouvait avoir été blessée. Depuis qu'elle était arrivée au manoir, réalisa-t-elle, il avait toujours eu cette expression. Maintenant, pour la première fois, ça s'était estompé.

La glace mince était au moins quelque chose sur lequel se tenir.

"Que veux-tu que je fasse maintenant?" demanda-il.

Elle cilla. "Tout ce que tu veux. Tu peux faire ce que tu veux maintenant."

Il regarda autour d'eux. "Je ne pense pas me rappeler comment on fait ça."

Hermione eut un pâle sourire. "Moi non plus." Elle regarda autour d'elle et lui serra la main plus fort. "On découvrira ensemble ce que c'est. On n'est pas pressés. On a le reste de notre vie pour le découvrir."

ooo

Une fois qu'elle n'eut plus peur de réveiller Drago, Hermione se mit au travail dans son laboratoire. Il lui a fallu une semaine pour lui fabriquer une prothèse de base. L'amputation avait parfaitement guéri, mais son sang restait fluide en permanence à moins qu'il ne prenne régulièrement une potion pour contrer ça.

Il s'assit sur le bord de sa paillasse pendant qu'elle installait soigneusement la base de la prothèse sur son avant-bras.

"Cette première prothèse, ce n'est pas grand-chose", dit-elle en marmonnant les sorts. "Cela ne se connectera qu'aux nerfs majeurs, tu n'auras donc qu'une vague sensation du mouvement et du toucher. Tu ne pourras rien faire qui nécessite un contrôle moteur fin, mais cela aidera à maintenir les structures neuronales pendant que je fabrique quelque chose de mieux. Si on attend trop longtemps, il sera difficile de retrouver toute l'amplitude de mouvement avec une prothèse car on ne la ressent pas aussi bien."

Elle fit glisser le bras métallique sur la base. Il y eut un léger clic lorsque les deux pièces s'assemblèrent. Elle tapota sa baguette le long des doigts métalliques, et il y eut un bruit de rouages alors qu'ils tressaillaient. Elle passa plusieurs minutes à vérifier que tout était connecté et à étudier les diagnostics pour vérifier qu'elle avait tout parfaitement ajusté. Drago avait tendance à prétendre que tout allait bien jusqu'à ce qu'il s'évanouisse.

Elle leva les yeux vers Drago avec une expression nerveuse. "Ça va faire très mal, mais juste pour une fraction de seconde et seulement cette fois-ci. À moins que tu ne casses la base de la prothèse, je n'aurai plus jamais à refaire ça. Je connecte les nerfs. Si je ne le fais pas quand tu es conscient, la connexion ne s'intègrera pas aussi bien."

Il serra la mâchoire. "Vas-y."

"Amalgame."

Drago cria entre ses dents alors que les nerfs de son bras se liaient avec les nerfs magiques de la prothèse. Un frisson parcourut tout son corps, y compris la prothèse. Les doigts métalliques spasmèrent avec un déclic audible.

"Désolée. Je suis désolée."

Il secoua brusquement la tête et leva le bras pour le regarder. "Ça va."

Elle posa sa main contre le métal froid. "Peux-tu sentir mon contact?"

Drago resta silencieux pendant une minute. "Je peux dire qu'il y a un contact, c'est une vague sensation de pression, mais sans sensation de texture, de température ou de la pression avec laquelle on me touche."

Hermione passa sa main le long de l'avant-bras jusqu'aux doigts. "C'est à peu près tout ce que tu pourras ressentir avec ça." Elle le regarda avec sérieux. "Il faudra être prudent. Comme tu ne le sens pas, tu ne sauras pas toujours quelle pression tu exerces. Il y aura une tentation de surcompenser le manque de retour sensoriel en faisant les choses de manière plus brutale afin de le ressentir. J'ai rendu la main cassable de sorte que si tu dépasses un certain seuil, ce sont les mécanismes internes qui seront brisés et non autre chose.

L'expression de Drago se tendit et il la regarda attentivement.

Elle commença à faire courir sa baguette et ses doigts le long de la prothèse, vérifiant le sortilège. Drago essaya de lui retirer son bras.

Elle referma sa main autour du poignet pour le calmer et il tira plus fort. Elle leva les yeux et croisa son regard inquiet.

Elle leva sa baguette. "Drago, tu ne vas pas me faire de mal. Regarde."

Elle tapota un panneau à l'intérieur du poignet et l'ouvrit, révélant les mécanismes à l'intérieur. "Tu vois où les tendons se connectent ici ? Les pièces reliant chacun d'eux sont intentionnellement cassables. Si tu essaies d'utiliser suffisamment de pression pour briser un os, cette pièce se brisera. Tu pourrais abîmer un fruit, mais tu ne pourrais pas casser une baguette en deux. S'ils se cassent, la partie de la main à laquelle ils sont connectés deviendra molle." Elle referma le panneau. "Tu ne me feras pas de mal. Je voulais juste t'expliquer pourquoi elle sera probablement souvent cassée au début. Ça fait partie de la conception. Il te faudra un certain temps pour comprendre comment utiliser la force adéquate. Je vais également t'apprendre à la réparer toi-même. Tout cela fait partie du processus."

Elle passa plusieurs minutes à lancer des sorts et à les tester avant de reculer. "Peux-tu faire toucher ton pouce et ton index ?"

Drago regarda la main pendant plusieurs secondes. Ses yeux se plissèrent lorsque la main resta immobile. Au bout d'une minute, le pouce tressaillit.

Il eut l'air ennuyé. "Je peux dire que j'y suis connecté, mais je ne sais pas comment lui faire faire quoi que ce soit."

"Ce n'est rien. Il faut s'y habituer. Il te suffira de t'entraîner. Ferme les yeux et voit si tu peux dire quel doigt je touche."

ooo

Ils avaient tellement de temps.

Ils explorèrent l'île. Drago lui montra les sentiers et les vieux chemins moussus qui serpentaient à travers les forêts. Ils descendirent vers la plage rocheuse, et Hermione resta au bord de l'eau à regarder le vaste océan qui s'étendait à perte de vue.

C'était comme s'ils étaient seuls sur terre. Caché à un monde de la guerre.

Hermione alla récolter de la nourriture. Drago avait acheté des livres sur la végétation comestible et magique de la région. L'île se trouvait quelque part au large des côtes du Japon. Drago, et parfois Ginny et James, l'accompagnaient pendant qu'elle se promenait à travers les forêts et les champs, rassemblant des végétaux pour créer son propre stock d'ingrédients.

Ils dormaient. Ils se couchaient tôt et dormaient tard et parfois ne se levaient que bien après midi.

Ils s'asseyaient dans le jardin et Hermione ne savait jamais quoi dire. Il y avait tellement de temps qu'elle ne savait jamais vraiment quand c'était le bon moment pour dire quoi que ce soit.

Parfois, elle voulait juste exister en faisant comme si sa vie n'avait commencé que quelques jours après leur arrivée sur l'île. Elle ne voulait pas repenser au passé. Elle était tellement lasse de vivre sa vie sur un éternel compte à rebours.

Il y avait tellement de temps qu'Hermione ne savait pas quoi en faire.

Finalement, cela commença à sembler contre nature et anxiogène. Une sensation froide de terreur se déployait au creux de l'estomac d'Hermione lorsqu'elle essayait de se détendre trop longtemps. C'était pire lorsque Drago était absent, ce qui était le cas deux fois par jour lorsqu'il partait vérifier les protections de l'île.

Elle rendait visite à Ginny et James seule pendant une demi-heure, mais lorsque les visites duraient plus d'une heure, elle commençait à devenir tendue et gênée.

Les heures vides ressemblaient à toutes les journées futiles et empoisonnées du Manoir Malefoy.

Elle ne pouvait pas éteindre son esprit. James ressemblait tellement à Harry, mais quand ce n'était pas le cas, il était un bébé, et les mains d'Hermione passaient nerveusement sur son ventre alors qu'elle le regardait interagir avec Ginny.

James parlait constamment. Il saisissait l'humeur de Ginny comme une pierre de touche et la lui renvoyait. Ginny maternait instinctivement. Elle savait immédiatement ce dont James avait besoin et semblait comprendre couramment les mots tronqués qu'il baragouinait rapidement, parfois en larmes.

Hermione était assise sur la terrasse de la maison et regardait James glisser sur un petit balai qui planait à un trente centimètres du sol.

Ginny regarda Hermione et remarqua l'air tendu sur son visage. "Topsy, pourrais-tu emmener James à la plage ?"

Ginny s'assit à côté d'Hermione et, après un moment d'hésitation, tendit la main et toucha légèrement celle d'Hermione là où Hermione avait inconsciemment enroulé ses bras autour de son ventre.

Ginny ne dit rien, ne posa aucune question.

Hermione avait remarqué que Ginny posait très rarement des questions lorsque Drago n'était pas présent.

"Je ne sais pas comment être mère, Ginny," dit Hermione après quelques secondes.

Le coin de la bouche de Ginny se leva et elle eut un petit rire. "Tu as materné pratiquement toutes les personnes avec qui tu as été amie. Harry et Ron seraient morts au cours de leur première année sans toi."

Hermione déglutit. "Ce n'est pas pareil. Je ne sais même pas comment interagir avec James. Je peux lui lire un livre, mais je ne comprends pas pourquoi il est bouleversé ni ce qu'il dit. Je ne sais pas dire s'il est fatigué. Je ne sais pas lire les enfants. Et si je n'arrive pas à comprendre ?"

"Hé bien, ils ne naissent pas à deux ans. Tu apprendras à la connaître. Au début, ils veulent juste dormir, manger et se faire câliner. Si ce n'est rien de tout cela, il s'agit probablement d'une couche à changer. On arrive à deux ans un jour à la fois. Ne t'inquiète pas, je serai là. Et Topsy sait tout sur les bébés. Elle pourrait probablement à elle seule élever un orphelinat."

Elle s'appuya sur ses mains. "Quand James est né, je ne voulais pas le lâcher, mais je ne connaissais rien aux bébés à part ce que j'avais lu. Je n'avais jamais vu de bébés grandir non plus, tu sais. L'allaitement semblait facile quand j'ai lu le chapitre du livre, mais quand j'ai essayé, James se tortillait et criait. Je n'arrivais pas à comprendre comment le faire prendre le sein et y rester, et j'avais tellement peur de le briser si je le serrais trop fort. J'ai commencé à pleurer et James a continué à crier plus fort. Topsy était là depuis un mois, mais je ne faisais confiance à aucun des elfes de Malefoy. J'étais au bord de l'hystérie avant qu'elle ne parvienne à me convaincre de la laisser aider James à téter. Tu ne seras pas seule."

Hermione regarda Ginny pendant un moment. "Je suis désolé. Je ne peux pas imaginer ce que ça a dû être d'être seule ici pendant si longtemps."

Ginny se contenta d'éclater de rire et de détourner le regard. "Je pense que c'était bien mieux que partout où toi ou n'importe qui d'autre était pendant tout ce temps. Je n'ai vraiment pas de quoi me plaindre."

"Quand même."

Ginny hocha la tête, et son expression se fit peinée alors qu'elle regardait le jardin. "Parfois, je pense à tout le temps que j'ai passé à cacher ma grossesse, et j'ai l'impression d'avoir un gouffre dans la poitrine dans lequel je vais tomber un jour. Parfois, j'aurais aimé mourir avec eux. C'est tellement mal que je sois en vie alors que personne d'autre ne l'est."

"Ne dis pas ça," dit Hermione. Sa voix était tendue et aiguë. "Tu ne devrais pas penser ça. Harry tenait à ce que tu sois en vie et en sécurité plus qu'à toute autre chose."

Ginny baissa les yeux. "Je sais. Je sais… je n'ai… c'est juste comme ça parfois, tu sais ? Je suis en vie uniquement parce que j'ai fait quelque chose d'égoïste et que j'ai menti à tout le monde. Maman aurait été tellement excitée. Elle a toujours dit qu'elle serait la meilleure grand-mère du monde. Elle ne l'a même jamais su."

"Si quelqu'un avait été au courant de ta grossesse, Voldemort t'aurait cherchée. Drago n'aurait pas pu faire passer le corps de quelqu'un d'autre pour le tien. James et toi êtes en vie parce que c'était un secret."

Ginny avait toujours l'air affligé, mais elle hocha lentement la tête.

"Harry a dit…" Hermione hésita et ressentit une vague de culpabilité de ne pas en avoir parlé à Ginny plus tôt. "Avant de me faire promettre de prendre soin de vous deux… il m'a demandé de vous dire qu'il penserait à toi jusqu'à la fin."

Ginny resta silencieuse pendant plusieurs secondes avant que sa bouche ne se courbe en un petit sourire mélancolique. "Je suis vraiment contente que tu lui aies parlé de James. Je suis contente qu'il le sache au moins."

Hermione tendit la main et attrapa celle de Ginny. Elles restèrent assises en silence pendant plusieurs minutes, partageant le poids de tout ce qu'elles avaient perdu.

ooo

Hermione s'enfermait dans le laboratoire quand elle ne pouvait plus gérer tout le temps en excès. Si elle était productive, elle se sentait capable de respirer. C'était agréable d'être créatif sans avoir l'impression que le temps qu'elle y passait était un compte à rebours pour la vie de quelqu'un.

Elle pouvait faire d'innombrables choses. Drago avait apporté suffisamment de livres et de matériel pour l'occuper pendant des années.

Drago, cependant, errait.

Il vérifiait les protections de manière obsessionnelle. Il lisait. Il s'entraînait en utilisant sa main prothétique. Il lui fallut deux semaines pour arrêter de briser les mécanismes internes, mais après ça, il réussit à faire avec beaucoup plus que ce à quoi Hermione s'était attendue. Ensuite, il s'asseyait dans le laboratoire et regardait Hermione travailler pendant des heures.

Il n'interagissait pas avec Ginny ou James à moins qu'Hermione ne l'y incite.

Hermione le laissait tranquille à ce sujet. S'il voulait ne rien faire d'autre du reste de sa vie, il en avait le droit. Elle aimait l'avoir à proximité. Si elle ne pouvait pas le voir, elle avait l'impression d'avoir un nœud au fond de son esprit, et elle ne pouvait pas se concentrer aussi longtemps avant de devoir aller le trouver et s'assurer qu'il allait bien.

Quand il était là, elle pouvait se détendre et se concentrer.

Elle levait les yeux d'une potion ou de son travail sur sa nouvelle prothèse et le trouvait en train de la regarder avec une expression de possessivité ouverte qui la faisait frissonner et lui faisait sentir un feu dans ses veines.

Elle réalisa qu'il avait réfréné cette tendance au manoir. Il l'avait enterrée sous tout le reste. Étouffé par sa conviction qu'elle ne lui pardonnerait jamais, qu'il mourrait.

Mais à mesure que les semaines se transformaient en mois, sa possessivité s'était réaffirmée. C'était addictif, de pouvoir savourer quelque chose dont elle n'avait jamais mangé plus que des miettes.

Elle abandonnait tout ce qu'elle faisait et se noyait en lui. L'embrassant, lui retirant ses vêtements et le tenant dans ses bras, le sentant vivant. Ils étaient tous les deux vivants. Ils avaient survécu et ils se connaissaient. Il glissait sa main le long de sa gorge, l'embrassait sur le sternum, et elle l'entendait murmurer "à moi" contre sa peau.

"Je suis à toi, Drago. Je serai toujours à toi", lui disait-elle, comme elle le lui disait toujours.

Mais il y avait des vagues aux confins de la conscience d'Hermione. Parfois, quand elle détournait les yeux de Drago, elle voyait l'expression tendue de Ginny alors qu'elle les regardait.

Hermione refusait de se laisser le remarquer.

La seule chose extérieure à laquelle Drago s'intéressait était les nouvelles concernant l'Europe. Les elfes apportaient chaque semaine une pile entière de journaux : européens, asiatiques, nord et sud-américains, océaniens. Tout journal sorcier traduit en anglais, les elfes devaient l'acheter et le rapporter. En lisant les collectivement, il était possible d'obtenir un compte rendu vaguement précis de l'actualité.

C'était toute l'étendue des intérêts de Drago.

Hermione était assise au centre de son univers et, maintenant qu'elle était en sécurité, son attention infinie n'avait plus d'objet sur lequel exercer son obsession. Tout sauf Hermione était superflu.

Elle avait pensé que ça ne serait qu'une phase. Elle avait pensé qu'une fois qu'ils auraient plus de temps, il laisserait sa concentration s'élargir, mais peu à peu, elle commença à soupçonner que ça ne serait peut-être pas le cas. Il n'avait aucune envie ni aucune intention de s'intéresser à autre chose. Ginny, James, alchimie ; c'était juste pour faire plaisir à Hermione.

Même leur bébé, à certains égards. Il s'intéressait à la grossesse parce que c'était celle d'Hermione, parce qu'elle s'en souciait ; mais quand il ne lui rappelait pas que "leur fille" avait besoin qu'Hermione respire ou qu'Hermione devait rester en sécurité pour "leur fille", son inquiétude semblait réduite. Peut-être qu'elle était simplement pâle en contraste avec l'intensité fulgurante qu'Hermione recevait.

Cette situation était exacerbée par son inquiétude concernant sa lésion cérébrale. Elle se réveillait régulièrement pour trouver un diagnostic suspendu au-dessus de sa tête, Drago le regardant avec une expression tendue.

Elle repoussait sa baguette. "Ne fait pas ça. Il n'y a rien que l'on puisse faire."

Les dégâts étaient comme des fissures rampant dans sa mémoire ; le rouge mélangé aux lumières dorées encore dispersées dans l'esprit d'Hermione. Au cours du premier mois, la lumière dorée commença à se cristalliser autour des fissures rouges d'une manière qui rappelait la façon dont la propre magie d'Hermione avait enterré ses souvenirs. Ni Drago ni Hermione ne savaient quelle était la raison pour laquelle cela se produisait ou de ce que cela signifiait.

En septembre, Hermione découvrit qu'elle ne pouvait plus accéder aux souvenirs même lorsqu'elle essayait de le faire. Plutôt que de les sentir comme quelque chose de précaire dont elle ne devrait pas s'approcher, elle se retrouva complètement exclue d'eux, comme si on l'empêchait une fois de plus d'accéder aux recoins de son propre esprit.

Elle se souvenait que la mère de Drago avait été torturée et qu'il était devenu un Mangemort pour la protéger, mais elle ne se souvenait pas comment elle l'avait appris. Les connaissances générales étaient si profondément intégrées dans sa perception de Drago qu'elle s'en souvenait même sans en avoir les souvenirs.

Elle n'était pas sûre d'être pleinement consciente que les souvenirs manquaient, sauf qu'elle ne se souvenait pas du nom de la mère de Drago. C'était incroyablement arbitraire. Elle connaissait sa mère, mais elle ne savait toujours pas quel avait été son nom, d'une manière qui lui faisait prendre conscience avec choc de sa perte de mémoire.

Hermione savait qu'elle l'avait su. Elle le trouvait griffonné sur des morceaux de parchemin et glissé dans les livres qu'elle lisait et dans les tiroirs de sa commode. "La mère de Drago s'appelait Narcissa", avec l'écriture d'Hermione. Mais une fois qu'elle cessait d'y penser activement, le détail disparaissait de nouveau. Quelque soit l'endroit où son esprit conservait cette information, elle était incapable d'y accéder. Une conversation avec Ginny ou quelques heures dans son laboratoire et tout était terminé jusqu'à ce qu'elle tombe sur un autre morceau de parchemin lui rappelant "la mère de Drago s'appelait Narcissa".

ooo

Pendant plusieurs semaines, elle tint un journal qu'elle révisait et remplissait d'informations additionnelles toutes les heures. Elle découvrit qu'une fois que l'information n'était plus activement au premier plan de son esprit, elle disparaissait dans des parties de son esprit qu'elle ne pouvait pas atteindre. Le reste de ses souvenirs de la guerre revenait avec de plus en plus de clarté, mais tout ce qui concernait la mère de Drago restait vague.

Elle savait que Drago savait qu'elle ne se souvenait jamais du nom de sa mère. Chaque fois qu'il lui racontait quelque chose sur son enfance, il précisait toujours "Ma mère, Narcissa", d'une manière qui paraissait clairement habituelle.

La perte de mémoire semblait contenue et limitée aux informations sur sa mère. Tout le reste était précairement intact.

Drago et elle rédigèrent un livre contenant des détails sur toutes les choses dont elle ne se souvenait pas afin qu'elle puisse les passer en revue. C'était presque inutile car ce n'était qu'une question d'heures avant qu'elle ne se souvienne plus de tout cela. Elle se souvenait qu'elle allait oublier des choses, mais elle ne savait pas ce que c'était. Cependant, cela la rassurait de savoir qu'elle pouvait trouver l'information si elle en avait besoin.

Elle essayait de ne pas y penser la plupart du temps. Il y avait beaucoup de choses qu'elle pouvait faire sans qu'elle ait besoin de se souvenir de ces détails particuliers. Elle avait Drago. Il était vivant, et il ne le serait pas si elle avait encore tous ses souvenirs.

Elle aurait renoncé à bien plus que quelques souvenirs pour acheter sa vie.

Ce fait ne consolait pas Drago.

Ils étaient allongés dans le lit et elle essayait de trouver un endroit où il pourrait sentir le bébé donner des coups de pied.

Elle pressa sa main contre le haut de son ventre, et il y eut un soudain battement contre ses doigts.

Elle croisa son regard, les yeux plissés. "Tu as senti ça ?"

Il hocha la tête. Elle guida sa main près de ses côtes. "Sa tête est ici en ce moment, et ses pieds sont enfoncés dans mon bassin, me donnant des coups de pied dans la vessie toute la nuit."

Le coin de la bouche de Drago tressaillit, puis son pouce effleura l'étroite cicatrice qui courait entre les côtes d'Hermione, son attention se détournant du bébé.

Elle enroula ses doigts autour de sa main.

"Drago…" Sa voix était nerveuse et sa gorge se serra alors qu'elle parlait.

Il la regarda instantanément. Ses yeux argentés étaient attentifs, remplis de la même adoration possessive et désespérée qu'elle avait vue face à Lucius. Elle déglutit. "Drago, tu dois te soucier d'elle."

Il la regarda sans expression.

Le cœur d'Hermione se serra dans sa poitrine. "Tu… tu ne peux pas être comme ton père."

L'expression de Drago se ferma en un instant et elle serra sa main plus fort. "Tu dois t'en soucier", dit-elle avec férocité. "Vu comme tu es, tu dois décider de t'en soucier, car si tu ne le le décide pas, tu ne le fera pas, et elle le saura."

Les yeux de Drago vacillèrent de quelque chose d'indéfinissable.

Elle s'assit et continua à le regarder dans les yeux. "Elle doit être quelqu'un dont tu décides de te soucier. Quelqu'un qui compte pour toi. Je ne…" Sa gorge se serra. "Je ne sais pas comment… comment je serai dans le futur. Si quelque chose ne va pas, tu dois être celui qui l'aime pour moi" sa voix se brisa légèrement "comme je l'aimerais. Elle doit être importante pour toi."

Drago était devenu blanc, mais il hocha lentement la tête. "Très bien," dit-il.

"Promets-le moi."

"Je te le promets."

Elle hocha la tête. "Très bien."

ooo

Après des mois de révolutions éclatant dans les pays contrôlés par les Mangemorts, la Confédération Internationale annonça son intention "d'intervenir" dans la situation européenne en octobre 2005. L'instabilité de l'Europe menaçait le Statut du Secret et mettait en danger la communauté magique mondiale.

Voldemort avait à peine les troupes nécessaires pour tenter ne serait-ce qu'un semblant de résistance. L'armée des Mangemorts s'était toujours fortement appuyée sur le soutien des créatures sombres, et avec les alliances de Voldemort en lambeaux, il n'avait pratiquement pas d'armée à monter. Même les Mangemorts n'avaient aucune confiance en leur capacité à gagner une autre guerre. Le Ministre Thicknesse prononça des discours peu convaincants sur la souveraineté britannique, mais malgré la propagande consciencieuse de la Gazette du Sorcier, le monde sorcier était las de la guerre et n'avait plus peur de Voldemort.

Il y avait trop de mécontentement et trop peu de Mangemorts. Sans Drago en tant que Haut Préfet, il n'y avait personne pour inspirer la même terreur.

La Confédération Internationale débarqua au Danemark fin octobre et balaya l'Europe du Nord en direction de la Grande-Bretagne.

Regarder le Front de libération de la Confédération internationale écraser efficacement le régime de Voldemort donnait un sentiment de revanche, mais il y avait aussi un profond sentiment de trahison de voir à quel point les choses auraient pu être différentes si la Confédération internationale avait été prête à aider la Résistance pendant la guerre.

Un sentiment nauséabond de douleur et de rage envahissait la poitrine d'Hermione à chaque fois qu'elle y pensait. Il n'y aurait pas eu besoin d'un Front de Libération si le MACUSA et la Confédération Internationale n'avaient pas laissé la Résistance se faire anéantir, emprisonner et violer pendant plusieurs années.

Harry, Ron et tous les autres auraient pu être en vie si ça avait été le cas.

Chaque fois qu'ils recevaient les journaux, leur lecture était un flot à la fois de soulagement et de chagrin empoisonné.

ooo

Hermione consacrait la plupart de son temps à créer une meilleure prothèse pour Drago. C'était comme construire un puzzle de plusieurs milliers de pièces. Elle dut fabriquer elle-même tous les composants et les assembler de manière à ne pas interférer avec les autres éléments.

Elle l'acheva en novembre. Drago l'étudia pendant qu'elle détachait la prothèse métallique puis mettait en place la nouvelle prothèse. Drago siffla puis tressaillit tandis que tous les nerfs se connectaient à la nouvelle prothèse.

"Comment as-tu… ?"

Elle passa ses doigts le long du plat de porcelaine, un sourire jouant sur sa bouche. "Tu peux le sentir alors?"

Il hocha la tête. Il déplia ses doigts et les referma. Il y avait un bruit de rouages métallique presque indiscernable à l'intérieur.

Hermione tenait la prothèse dans ses mains, passant ses pouces sur la paume et regardant les doigts se contracter en réponse. "Tu vois les tourbillons ? La porcelaine est entrelacée de fils d'argent. Un aspect sensoriel sur le placage métallique aurait posé des problèmes de variation et aurait interféré avec les autres composants, mais en utilisant des fils d'argent, j'ai pu les fixer à travers le placage externe de la main et du bras comme de vrais nerfs. Ils sont concentrés sur les doigts (elle caressa ses doigts jusqu'au bout et il les courba précisément pour attraper les siens), donc tu devrais pouvoir ressentir la plupart des choses maintenant. Les mécanismes internes de celui-ci sont plus forts que les précédents. Mon plan est de les mettre à niveau chaque semaine environ à mesure que tu t'adaptes.

"Intelligent. Bien que," il prit un crayon et le fit tournoyer entre ses doigts avant de tourner son poignet et d'observer comment la main bougeait, "tu aurais pu me faire une main en argent. Ça aurait été plus rapide."

Hermione lui lança un regard incrédule. "Tu penses vraiment que j'allais te donner une main qui aurait lentement aspiré ta force vitale ? Tu as déjà suffisamment de magie noire constamment drainée à travers tes runes, tu n'as pas besoin d'une main d'argent qui le fasse également. Même si ça aurait été plus rapide, elles sont incroyablement peu fiables, je les ai étudiés, il y a des cas où elles ont étranglé…"

Drago rit tout bas, et Hermione s'interrompit et le regarda pendant un moment avant de lever les yeux au ciel.

"Tu as un sens de l'humour épouvantable." Elle tapota sa baguette contre le bout d'un doigt en porcelaine, lui donnant un petit choc électrique.

Il poussa un cri de surprise et posa sa nouvelle main contre son torse.

Hermione le regarda sévèrement alors qu'elle rangeait plusieurs outils puis elle sortit une plume d'oie.

"Maintenant, test sérieux, essaye un sort."

Drago attrapa sa baguette, mais Hermione l'arrêta avec un sourire narquois.

"Non. Pas avec ta baguette, juste comme ça." Elle tendit la main gauche de façon démonstrative, pointa son index et mima le mouvement de la main du Wingardium Leviosa.

Drago la regarda avec surprise et baissa les yeux sur la prothèse. "Tu as dit le mois dernier que ça ne marcherait pas."

Elle lui sourit et replaça une boucle derrière son oreille. "C'est vrai. Mais ensuite j'ai compris comment faire. Cependant, personne n'a jamais intégré une baguette dans une prothèse auparavant, nous devrons donc l'inspecter régulièrement pour nous assurer que tous les composants sont isolés de façon sécuritaire. Essaye. Ça n'a pas très bien fonctionné pour moi, mais j'ai utilisé une de tes baguettes, donc c'est difficile à dire."

Il tendit la main gauche vers la table. "Wingardium Leviosa."

La plume décolla de la table et flotta dans les airs sans difficulté.

Drago regarda la main à nouveau puis se tourna vers elle, les yeux brillants. "C'est… Comment as-tu fait pour que ça marche ?"

La gorge d'Hermione se serra légèrement, et elle regarda et redressa son jeu de tournevis. "Oh… hé bien, j'ai en fait utilisé mes recherches sur la déconstruction des menottes."

Elle leva les yeux vers Drago et constata qu'il restait immobile comme s'il avait été gelé.

Elle s'éclaircit la gorge. "Le Sussex a fait beaucoup de recherches vraiment exceptionnelles sur l'alchimie et les noyaux de baguette, tu sais, la façon dont ils ont décomposé et canalisé la magie, alors…" Elle leva le menton et croisa son regard. "J'ai pris les principes fondamentaux de ce qu'ils ont développé et je les ai utilisés pour faire quelque chose qui n'était pas horrible."

Il continua à la regarder pendant plusieurs secondes, puis il regarda la prothèse.

Hermione baissa les yeux sur ses poignets nus. "Les pires choses sont toujours créées pendant les guerres ; c'est aussi le cas dans le monde moldu. Il n'est jamais possible de les remettre dans la boîte de Pandore une fois libérées. Dans quelques années, j'en suis sûre, tous les gouvernements sorciers du monde utiliseront des menottes pour supprimer la magie des prisonniers. J'ai pensé que ça devrait être utilisé pour créer quelque chose qui aide aussi les gens. Elle lui fit un léger sourire puis prit sa baguette. "Peut-être qu'un jour je pourrais envoyer certaines de mes créations à un hôpital quelque part. En supposant que toutes les personnes mutilées pendant la guerre n'aient pas été tuées en prison, beaucoup de gens pourraient bénéficier d'une meilleure prothèse magique."

Elle leva de nouveau les yeux vers Drago, il se tenait toujours là où il s'était figé. Puis il s'avança vers elle et, avec hésitation, captura son visage à deux mains, le tournant vers le haut et le tenant dans ses paumes comme il le faisait auparavant. Il passa légèrement ses pouces sur la voûte de ses pommettes ; l'un était plus froid au toucher que l'autre. Elle frissonna.

Il pressa ses lèvres contre son front. "Tu es la meilleure," dit-il doucement, les mots effleurant sa peau. "Ce monde ne te mérite pas du tout."

ooo

Il neigea en décembre. C'était magnifique. La neige avait recouvert leur monde de blanc. Hermione s'assit à côté de Drago et ils écoutèrent le bruit de sa chute.

Hermione avait l'impression d'être aussi grande qu'une maison, et ses huit mois de grossesse lui donnaient envie d'hiberner, mais Drago la tira du lit et la persuada de sortir quand même.

"Il fait froid. Marcher me fait mal aux pieds et au dos", dit-elle d'un ton boudeur pendant qu'il enroulait des écharpes autour d'elle.

"Je vais te porter."

Elle renifla. "Non, tu te casserais le dos. Je pèse autant qu'un éruptif."

"Je vais renforcer ma main pour qu'elle ne se casse pas", dit-il avec un sourire narquois.

Hermione poussa une exclamation d'indignation, ses yeux s'écarquillèrent. "Tu es terrible."

"Tu m'as dit de te faire sortir tous les jours, même si tu n'en avais pas envie."

Hermione fronça les sourcils et enfila sa cape. "Je ne m'attendais pas à ce que cela signifie que tu interromprais ma sieste."

"J'ai essayé d'attendre, mais elle était interminable."

Hermione renifla et le laissa lacer ses bottes.

Ils marchèrent sur des sentiers soigneusement dégagés. Le ciel, les arbres et le sol scintillaient à cause de la neige fraîchement tombée.

"C'est presque Noël", dit-elle. Son souffle s'éleva comme un nuage alors qu'elle parlait.

Drago hocha la tête.

"Je ne savais pas que j'en aurais autant marre d'être enceinte, mais c'est difficile d'imaginer que nous allons bientôt avoir un bébé." Elle jeta un coup d'œil à Drago. "Ce sera différent une fois que nous serons trois."

Drago fit un autre signe de tête laconique. Hermione lui serra la main. "J'espère qu'elle n'héritera pas de notre entêtement combiné."

Drago renifla. "Si je devais parier, je dirais que les chances sont lourdement contre nous."

Hermione sourit. "Probablement."

Le bébé était effectivement têtu.

La date d'accouchement d'Hermione arriva et passa sans même une contraction de Braxton-Hicks. Hermione est passée de l'hibernation à une montée déterminée de tous les escaliers de la maison et à une randonnée sur les sentiers les plus raides de l'île dans l'espoir que quelque chose se produise. Rien.

Elle était enceinte de près de quarante et une semaines et était certaine qu'elle ne pourrait pas supporter d'être enceinte un jour de plus lorsqu'elle eut finalement une contraction. Puis une autre. Elles se produisirent à intervalles irréguliers pendant deux jours avant de se rapprocher progressivement pour arriver toutes les huit à dix minutes.

Topsy s'attarda, se balançant avec enthousiasme sur la pointe de ses pieds alors qu'elle regardait Hermione d'un air entendu. Ginny confia James à un elfe de maison et offrit du thé à tout le monde. Hermione essaya de lire sans se laisser espérer que les contractions cesseraient un jour d'être espacées de huit minutes. Elles étaient juste assez intenses pour qu'elle ne puisse pas les ignorer.

Drago semblait sur le point de mourir de stress chronique. Il se tendait à chaque fois qu'Hermione bougeait ou inspirait brusquement lorsqu'une contraction atteignait son apogée. Ses yeux ne la quittaient jamais.

Hermione ou Ginny lançaient des sorts de diagnostics toutes les heures pour voir si son col était complètement effacé et ne cessaient de constater que ce n'était pas le cas.

Finalement, Hermione se leva avec un soupir désespéré. Ginny et Drago sautèrent sur leurs pieds.

Elle enfila sa cape et glissa les pieds dans ses bottes avant de lancer un sort pour les lacer. "Je vais faire une autre promenade. Peut-être que cela fera réellement démarrer le travail. Si ça ne marche pas…" Elle regarda Drago mais ne mentionna pas les autres options qu'elle envisageait.

Ginny hocha la tête, la bouche tordue. "Je vais voir comment va James. Tu peux m'envoyer un mot quand tu voudras que je revienne."

Drago ouvrit la bouche mais la referma sans bruit.

Il donna son bras à Hermione et la laissa le conduire dans autant d'escaliers qu'elle le voulait.

Elle se tenait au sommet d'un pont, lui saisissant la main alors qu'elle essayait de réprimer un gémissement et de respirer pendant une contraction.

"Granger, je pourrais aller chercher une sage-femme."

"Absolument pas," dit Hermione entre ses dents alors qu'elle se pliait en deux. "Ginny et moi pouvons nous débrouiller. Je ne veux pas que tu prennes ce risque… et je ne veux pas que tu amènes quelqu'un ici et que tu le tues ensuite pour te couvrir."

Drago resta dans un silence coupable.

Hermione poussa un faible soupir. "On ne fait plus ça. On est en sécurité. On est en sécurité ici. Ne t'avises pas de le faire."

ooo

"Je déteste ça."

"Je sais."

"Ça fait mal."

"Oui."

"Je suis fatiguée. J'ai poussé pendant des heures."

"Je sais."

"Arrête d'être d'accord avec moi."

Drago resta silencieux pendant très longtemps après ça.

Hermione ne savait pas si c'était elle qui lui cassait la main ou si c'était lui qui lui cassait la sienne.

Ginny était entre les jambes d'Hermione à côté de Topsy. "Hermione, tu es sûre que tu ne veux pas de miroir pour voir ?"

"Oui," dit platement Hermione alors qu'elle reprenait son souffle avant qu'une autre contraction ne la traverse. Elle se plia avec force en avant en poussant un gémissement.

"Bon travail. La tête est dehors. Une de plus pour passer les épaules." Ginny leva les yeux vers Drago. "Tu veux l'attraper?"

Drago se contenta de fixer Ginny jusqu'à ce qu'elle regarde à nouveau entre les jambes d'Hermione.

Hermione serra les dents et ferma les yeux. Elle poussa à nouveau, concentrant tout son corps et son esprit sur la sortie du bébé.

"C'est ça. C'est ça. Oui ! Les épaules sont sorties, respire maintenant. Ne pousse pas."

Il y eut un gémissement et soudain un paquet mouillé et tortillant fut déposé sur la poitrine nue d'Hermione.

Hermione poussa un petit cri lorsque le petit visage froissé de sa fille se blottit contre son sternum. La tête du bébé était pleine de boucles sombres et humides.

Son épuisement fut instantanément oublié. Les mains d'Hermione tremblaient alors qu'elle enroulait ses bras autour du corps du bébé enduit de vernix et posait ses doigts sur sa tête trempée. Le bébé leva les yeux vers le visage d'Hermione, grimaçant alors qu'un cri vibrant émergeait avec force de sa bouche.

Hermione resta sans voix. Ginny et Topsy parlaient toutes les deux, mais Hermione n'y prêtait aucune attention. Le bébé fronça ses sourcils légers comme des plumes et écarquilla brièvement les yeux.

Ils étaient d'un argent aussi brillant qu'un orage.

Hermione eut un sanglot et la serra plus fort. "Drago… elle a tes yeux."