Tenir un commerce magique en pratique – 26 ans
Severus soupira de soulagement quand le journaliste quitta le bureau de la pharmacie magique qui allait ouvrir ses portes le lendemain matin. Sa présentation en tant que lord Prince l'avait épuisé et l'ouverture de sa boutique avait rencontré des obstacles inattendus. Tout d'abord, le ministère avait ressorti de son chapeau ses soupçons comme quoi il serait un mangemort. La guilde de potions était intervenue en rappelant que la scolarité à l'académie de potions de Lyon ne souffrait d'aucune absence et que si le ministère surveillait aussi bien ses frontières qu'il le prétendait, il aurait dû savoir si Severus Snape était revenu en Grande Bretagne sorcière pour ruiner l'avenir radieux qui s'était profilé devant lui. À la plus grande rage de l'institution, un non-lieu avait été décrété, tout comme quand le ministère avait dû faire marche arrière quand il avait prétendu que Severus comptait vendre des potions de magie noire, qui n'étaient en fait que des potions de grands pouvoirs qu'un maître du 3e degré pouvait brasser et vendre en toute légalité à travers le monde. L'interview n'avait que pour but d'affirmer que peu importait les préjugés, il était tout à fait en droit d'ouvrir son commerce et de le faire fonctionner avec succès.
Le bouche à oreille avait poussé certaines de ses anciennes connaissances à se rappeler à son bon souvenir, pensant ainsi obtenir des privilèges. Le plus spectaculaire avait été Lucius Malfoy qui, sans une seule once de subtilité, avait demandé s'il pouvait brasser des potions «réglementées» contre rémunération. Même s'il ne l'avait pas connu pendant longtemps, ce comportement l'avait intrigué et il comptait bien aller au fond des choses, d'autant plus qu'il comptait faire rencontrer Harry et le jeune Draco Malfoy.
Severus prit le temps de faire le tour des locaux avant de se rendre dans la salle de repos du personnel qui était en train d'apprendre à se connaître. Recruter avait été une épreuve de chaque instant car il fallait que les vendeurs aient des connaissances poussées dans les potions mais également des notions solides en médicomagie. Il fallait également qu'ils passent outre le fait que le propriétaire soit passé par Serpentard mais surtout, qu'ils comprennent que rien de ce qui était vendu n'était illégal. Sans surprise, les nés de moldus convenaient parfaitement aux postes et il se faisait un devoir, s'ils avaient les compétences, d'engager les Serpentards qui avaient des difficultés à trouver du travail à cause de leur maison à Poudlard.
Severus ne s'était pas encombré de scrupules quand il avait fallu engager des brasseurs. Les rares britanniques qui avaient candidaté étaient des incompétents complets, il s'était donc servi du réseau des anciens élèves de l'académie de potions pour trouver ceux dont il avait besoin. Deux mères au foyer avaient accepté avec plaisir cet emploi à temps partiel et une maîtresse et un maître du 1er degré avaient accepté un temps plein pour rassembler l'argent pour présenter le deuxième degré. Il attendait que la réputation de la boutique soit bien installée avant de chercher à engager des apprentis.
Le maître de potions n'avait pas pris de risques pour la gestion administrative de son commerce. Doutant sincèrement de ses compatriotes, il avait tout confié à Gringotts qui s'en sortait haut la main face aux tentatives des membres du ministère de récupérer à leur profit une partie des bénéfices. Le fait d'avoir pour interlocuteurs des gobelins avait refroidi leurs ardeurs et même les accusations de ne pas laisser cette responsabilité à d'honnêtes sorciers coulait sur le propriétaire. Pour éviter les complications, il avait fait acheter toute la propriété, sol et murs, et l'avait intégré au patrimoine Prince car en consultant les études de terrain, il avait été surpris d'apprendre que la plupart des commerces de Pré-au-Lard était le fruit d'investisseurs qui ne se gênaient pas pour imposer leur point de vue. Ce n'était certainement pas ce que recherchait le jeune homme qui avait donc réglé le problème. Pour les ingrédients, de la faune comme de la flore magique, il avait préféré tout exporter en attendant de trouver les bons partenaires.
Après avoir salué ses employés, Severus retourna dans son bureau pour vérifier l'un des points les plus importants de la boutique. Le dossier qu'il ouvrit contenait des informations très sensibles car il s'agissait de la liste des protections magiques entourant la pharmacie. Il n'était pas assez naïf pour croire que personne ne viendrait le cambrioler voire le vandaliser et il n'avait pas l'intention de les laisser faire. Il avait carrément contacté la guilde d'enchantements pour qu'elle lui indique une liste de ses membres, leurs prestations et leurs prix. Il avait ainsi installé un véritable bunker et était même jusqu'à aller tester les protections. L'essai avait été concluant et le jeune homme était satisfait de son investissement.
En espérant que personne ne serait assez con pour s'en prendre à ce qu'il avait construit …
