Une menace qui se révèle
Altaïr «Harry» Sirius Gaunt, né le 31 juillet, dormait paisiblement dans son berceau. Non loin, Lilian Helen Evans, lady Gaunt, consultait son courrier en laissant couler de temps à autre un regard attendri sur son fils.
L'accouchement avait été plus long et un peu plus compliqué que prévu mais Sirius avait été heureux de pouvoir serrer son fils dans ses bras. Comme prévu, le couple avait accepté que le parrain devant la Magie soit Severus Snape – devenu Prince après une petite visite à Gringotts pleine de surprises – qui s'éclatait à passer tous les degrés de maîtrise de potions à l'académie de Lyon, en France. Le débat avait été plus âpre concernant la marraine mais après plusieurs semaines de discussions, leur choix s'était porté sur Pandora Senwo, une camarade de leur année à Serdaigle avec laquelle ils avaient gardé une grande amitié que même Dumbledore n'avait pas réussi à briser.
Même si elle savourait sa maternité avec des hauts et des bas, Lily avait dû se remettre au travail assez rapidement. Grâce à l'aide de Gringotts ces dernières années, personne n'aurait pu penser qu'elle n'était qu'une née de moldus qui ne devait qu'à la chance de la généalogie d'hériter d'un clan magique. Maintenant qu'elle se faisait plus présente et qu'elle était mariée au fils rebelle du clan Black, elle était demandée partout, à un tel point qu'elle ne savait pas où donner de la tête. Si elle avait clairement décrété qu'elle ne voulait rien avoir à faire avec Albus Dumbledore tant qu'il ne donnerait pas des réponses honnêtes et franches à ses questions, elle était courtisée par Voldemort pour cette même raison. Elle repoussait ses avances mais elle savait qu'un jour ou l'autre, ils auraient un face-à-face qu'elle ne pourrait éviter. Sirius lui avait fait remonter le harcèlement conjoint d'Albus Dumbledore, de James Potter et de Remus Lupin, mais également son impression poignante d'être la cible des mangemorts présents quand il partait en intervention. La rousse avait engagé des gardes du corps pour discrètement surveiller son mari et elle avait découvert la présence de membres de l'Ordre du Phénix dans son sillage à son insu. Ce n'était pas pour autant qu'elle n'avait pas son lot de désagréments et elle jetait très souvent les missives de Dumbledore et de ses alliés au feu!
Lily reposa la lettre qu'elle tenait en main, mécontente. Dumbledore exigeait un énième rendez-vous dans son manoir et elle n'avait pas l'intention de le laisser entrer sur ses terres. Mais contrairement aux autres fois, elle sentait qu'il fallait qu'elle écoute ce qu'il avait à dire. Pas au point de suivre la moindre de ses directives mais au moins, pour ajuster ses plans en cours. C'était comme quand elle avait récupéré Regulus Black, l'entretien que réclamait le vieux sorcier à cors et à cris allait revêtir une importance capitale dans son avenir. Soupirant lourdement, elle s'empara d'une plume et d'un parchemin ensorcelés pour accorder l'entretien demandé. Toutefois, il était certain qu'elle n'allait pas faire entrer le loup dans la bergerie et que s'il avait quelque chose à dire, ce serait dans un endroit neutre ou nulle part.
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ASG – 1 an
-Sirius, quelle surprise de te voir! s'exclama Albus
-Vraiment? railla Sirius. Vous vouliez parler à ma femme et où elle va, je suis. J'ai bien eu raison puisque la présence de votre accompagnateur n'était pas prévue!
-Sirius … calma Lily.
Son regard vert aux reflets rouges – quand elle avait récupéré le titre de lady Gaunt, elle avait pris quelques caractéristiques visibles de la famille qui l'éloignait physiquement de Lily Evans – se porta sur le fameux accompagnateur. Lord James Potter était devenu chef d'équipe quelques semaines plus tôt avec le précieux soutien d'Albus Dumbledore à l'âge surprenant de vingt-et-un ans. Il se gargarisait de ses nouvelles fonctions alors que de l'avis de plusieurs collègues, Sirius compris, il peinait déjà à remplir ses obligations en tant que simple auror. Sa présence incongrue les avait donc mis sur leurs gardes.
-Très chère, comment allez-vous? demanda Albus d'un air débonnaire. Pardonnez-moi, je n'ai pas retenu votre prénom, mademoiselle …?
-C'est normal, je ne vous l'ai donné à aucun moment, répondit Lily sur un ton policé. Lady Gaunt suffira amplement pour cet entretien que vous avez sollicité. Que pouvons-nous faire pour vous aider?
Le sourire du vieux sorcier se fit un peu plus crispé devant cette rebuffade évidente. La sorcière face à lui n'était clairement pas coopérative et n'avait pas l'intention de nouer le moindre lien avec lui. Or, il fallait absolument qu'elle lui fasse confiance. Ne voulant pas pousser sa chance, il renonça à exiger que l'entretien n'ait lieu qu'avec la jeune femme et passa directement au cœur du sujet.
Tandis qu'Albus convainquait le couple de le rejoindre dans sa lutte contre Voldemort, James ne quittait pas des yeux lady Gaunt. Elle avait quelques traits similaires à Lily Evans, qui l'avait obsédée pendant leur scolarité et qui avait disparu dans le monde moldu après ses ASPICS, mais ça s'arrêtait là. Sa chevelure sombre aux reflets ocre et ses pupilles jade avec des pointes rubis la rendaient encore plus belle en vrai, les photos volées, même d'excellente qualité, ne lui rendaient pas justice et il était déçu qu'elle n'ait pas accepté sa proposition de contrat de mariage. Encore une fois, c'était Sirius qui lui raflait le gros lot mais cette fois, il n'avait pas pu demander à Albus de détourner son regard de sa proie et ça le rendait furieux.
-Je tenais à vous féliciter pour l'arrivée de votre enfant dans votre famille, fit Albus.
-Merci, sourit Sirius. Nous en sommes très heureux.
Le sourire du vieux sorcier se crispa encore plus. Comme tous les parents de Grande Bretagne sorcière, il était connu que tous les enfants magiques apparaissaient dans le Grimoire de Poudlard à leur première manifestation magique. Cependant, si le nom de l'enfant apparaissait, seule l'initiale du prénom le précédait, le genre n'étant précisé que lors de la confirmation de l'inscription de l'enfant, entre son onzième anniversaire et la rentrée scolaire. Une information précieuse, surtout avec ce qu'il comptait en faire.
-Si j'ai demandé à vous voir, c'est parce que je voudrais vous informer d'une mésaventure, déclara Albus.
-Nous vous écoutons, fit Sirius.
-Dans le cadre de mes fonctions de directeur, je suis amené à recevoir les candidats aux postes de professeur, déclara Albus. Il y a quelques temps, j'ai reçu une personne qui postulait pour la divination et pendant l'entretien, elle m'a révélé une prophétie qui annonçait la venue d'un enfant qui pourrait vaincre Voldemort. Cela m'a fait penser à vous avec la naissance de votre enfant et je voudrais vous demander de vous protéger et pour cela, je souhaite vous aider.
-Comment? demanda Lily
-C'est pour cela que je suis là, se rengorgea James en bombant le torse. Sirius et moi nous pourrions nous relayer pour votre protection et celle de votre enfant.
-Je suis persuadé que votre maison est très bien protégée mais la présence de James ne serait pas superflue et je pourrais également renforcer vos barrières, offrit Albus.
-C'est une offre généreuse, concéda Lily. Mais nous devons d'abord en discuter entre nous avant toute chose. La protection de notre famille est notre priorité et agir sur un coup de tête pourrait nous être néfaste.
-Je comprends, acquiesça Albus. Mais je ne suis pas le seul à avoir entendu cette prophétie. J'étais espionné et heureusement que le barman a pu chasser la personne qui me suivait. Qu'importe ce qu'elle a entendu, j'ai bien peur qu'elle en ait informé Voldemort.
Un silence glaçant s'installa, imprimant dans leurs esprits ce qui n'était pas dit: si Voldemort prenait au sérieux les bribes qu'on lui aurait rapporté, alors la famille ne serait plus en sécurité.
-Cela nous confirme que nous devons réfléchir un minimum sur les mesures que nous devons prendre, déclara Sirius. Merci de nous en avoir informé, nous vous préviendrons de ce que nous allons faire. Autre chose?
Comprenant que le couple ne comptait pas réfléchir avec eux, Albus ne pouvait s'imposer à eux sans être taxé d'insistance. Il dût donc se retirer, entraînant derrière lui James qui voulait renouer avec Sirius dans l'intention visible de se rapprocher de sa femme.
Quand le duo eut quitté le salon particulier réservé à Gringotts, le couple se regarda, sur la même baguette.
-On est d'accord qu'on ne sait toujours pas pourquoi cette fameuse prophétie nous correspond, fit Lily.
-Oui, confirma Sirius. Je suis surtout étonné que James ne lui ait pas dit que normalement, si notre fils est concerné par une prophétie, c'est l'un de ses proches qui doit l'entendre. Or, aucun d'entre eux ne l'est.
-Donc la première chose à faire est de savoir ce que dit cette prophétie, déclara Lily.
-Il suffit de se rendre au département des Mystères pour ça, renseigna Sirius. Chaque prophétie en Britannia y est répertoriée. En plus, si ça concerne vraiment notre fils, on nous laissera l'écouter. Ensuite, je veux entendre comment Dumbledore veut s'y prendre pour nous «protéger». Je n'aime pas l'idée que James soit autour de toi, surtout avec la manière dont il te regarde.
-Il fait partie des personnes qui m'ont proposé un contrat de mariage, indiqua Lily. Je dois aussi lui faire penser à Lily Evans qui a disparu sans laisser de trace, sans compter qu'il doit toujours être jaloux de toi.
Sirius grimaça. Ça avait été dur de comprendre que celui qu'il prenait pour son meilleur ami avait tout fait pour le rabaisser à son profit, y compris pour trouver la sorcière de sa vie.
-Commençons par cela, fit Lily en déposant une main réconfortante sur la sienne. Ensuite, nous œuvrerons pour protéger notre famille.
