Musique d'écoute : Paperthin Hymn - Anberline
Chapitre 4 : Les Au Revoir
Dimanche soir, la veille du départ pour Poudlard.
"M'man, est-ce que tu as vu mon pull noir à col roulé?"
- Oui Lily, le chat est en train de dormir dessus dans la salle à manger," cria Ginny du bas des escaliers pour que sa voix arrive à l'étage supérieur. "Al, vérifie que tu as bien pris tous tes livres de cours cette fois. James, je vérifierai le contenu de ta valise avant le départ, j'ai promis au Professeur McGonagall que tu n'emmènerais pas les inventions de farces et attrapes de ton oncle à Poudlard cette année."
Ginny était à bout de souffle. Trois enfants et chaque année, le départ pour Poudlard transformait la maison en usine à gaz sur le point d'exploser. A la veille du départ, tout le monde s'activait pour retrouver ses affaires.
« Chaque année, on dit qu'on commencera à faire les valises le vendredi soir pour être tranquille le weekend, dit –elle en s'affalant dans le fauteuil vert près de la cheminée.
- Et chaque année on s'y prend à la dernière minute, » fit remarquer Harry, qui s'était lui aussi réfugié dans le salon pour échapper au branlebas de combat de l'étage d'au-dessus.
Albus revérifia pour la cinquième fois le contenu de sa valise. Il avait tous ses livres pour les cours obligatoires, potions, défenses contre les forces du mal, sortilèges et métamorphoses. À la fin de sa deuxième année, il avait choisi l'Étude des Moldus parce qu'il adorait leurs technologies, surtout le cinéma, et Divination. Il a vite découvert qu'il s'agissait du cours le plus assommant qu'il n'ait jamais connu. Il vérifia ensuite l'ensemble de son uniforme, de la robe ornée de bandes vertes et de l'écusson de Serpentard à la cravate rayée. Et enfin, les jeans qu'il adorait porter, t-shirts, pulls et sous-vêtements. Tout était là. Il plaça dans sa valise des magazines sur les parutions des derniers balais et des revues de sport, qui se mettaient à jour automatiquement, pour suivre les résultats de son équipe de Quidditch.
Mais alors qu'il cherchait son exemplaire de « Quidditch Games++ » il se rendit compte que celui-ci avait disparu. Il poussa un râle de frustration, et sans hésiter, se dirigea vers la chambre de son frère.
Il trouva celui-ci affalé sur son lit au côté de Lily, tous deux occupés à lire un magazine people.
"Vous ne devriez pas lire ça, c'est dans ce genre de magazine qu'on trouve les pires saloperies sur notre famille," dit-il en s'approchant du bureau de son frère, espérant y apercevoir sa revue de sport.
"Tu m'étonnes, répondit sa jeune sœur, James est encore dedans !
- Ah ouais ? demanda Albus en se tournant vers son frère.
- Oui un peu, à cause de la crise que m'a tapé Kathleen hier au club quand je l'ai quitté," dit-James, "mais ils parlent surtout de Scorpius et de son nouveau petit-ami."
Albus se figea, une étrange sensation traversait sa colonne vertébrale et une douleur sourde apparue au creux de son ventre.
"Un nouveau petit ami ?
- Ouais, regarde," dit-Lily en arrachant le magazine des mains de son frère et en le tendant à Albus. Celui-ci le prit et examina la photo en première page.
Le magazine datait d'aujourd'hui. Scorpius était visible au premier plan. Il avait un verre à la main et était assis sur les genoux d'un jeune homme qui embrassait son épaule. Albus reconnut tout de suite l'individu, c'était un acteur anglais célèbre dans le monde des Sorciers, Adam Rice. Albus n'était pas surpris. Scorpius était connu pour avoir des relations avec des personnalités très en vogue et des célébrités.
"Il sort avec lui, vous croyez ? demanda Lily à ses deux frères en reprenant la revue que lui tendait Albus.
- L'amour de Lily sort avec Malfoy ! Jalouse sœurette ? demanda James en riant.
-Tu dis n'importe quoi, dit la jeune fille, en lançant le magazine dans la tête de son frère. Et même si c'était le cas, Malfoy ne garde jamais une relation. La seule qui aurait pu être sérieuse c'était celle avec Lev Danilovich et elle a duré quoi ? Deux semaines ?"
Albus se souvenait très bien de ce scandale. Lev Danilovich était un grand joueur de Quidditch. En Mai dernier, les Malfoy vinrent assister à la Coupe de Quidditch du Monde des Sorciers, sans doute pour anticiper leur rentrée dans le Monde des Sorciers. Lors de l'évènement, Scorpius fit un pari avec la nouvelle star de l'équipe russe de Quidditch pendant le match le plus important contre l'équipe anglaise.
Le pari était simple : "si tu gagnes, je te laisserai me sauter"… et l'équipe russe gagna avec une victoire écrasante.
Lev et Scorpius restèrent ensemble deux semaines et le Russe semblait très attaché à Malfoy, mais celui-ci mit fin à sa relation avec le jeune joueur assez rapidement. Lev fut dévasté par cette rupture, et écœuré par Scorpius, qui en fait, Lev l'avoua plus tard, ne l'avait jamais laissé le toucher.
" Malfoy est un petit con," dit James en regardant la photo. "Il s'amuse avec les gens, leur promet pleins de choses, puis il les jette en ne leur donnant rien. Il me dégoute.
- Alors que toi, James, tu tiens toujours tes promesses, dit Lily, quand tu dis à quelqu'un que tu vas le sauter, tu le fais forcément. Le problème c'est que tu le promets à un peu trop de personnes.
-T'as pas une valise à faire l'emmerdeuse ?" rétorqua son frère en la poussant du lit avec son pied. Lily lui fit un doigt en souriant et sortit de la pièce.
"J'adore ma sœur", dit James en riant et se tourna vers Albus, "t'es venu pour quelque chose ?
- Ouais, mon « Quidditch Games ++ »…
- Dans ma valise qui est fermée, l'interrompit James, tu l'auras à Poudlard.
- N'oublies pas de me le rendre, soupira Albus en se dirigeant vers la porte.
- Hey Al, attends."
James se leva et s'approcha de son frère.
"T'as pensé à ce que je t'ai dit ? De rester loin de Malfoy ? demanda-t-il à voix basse, car la porte était restée ouverte.
- James, pourquoi tu me parles de ça ? Ouais j'y ai pensé, mais je ne vois pas ce que tu veux dire. Pourquoi est-ce que je m'approcherais de Malfoy ? s'exaspéra Albus.
- Parce que j'ai vu comment tu le regardes. Avec son physique, il attire l'attention ce môme. Et toi, tu fais partie des gens qui le regardent un peu trop. Et je t'ai dit, si les choses tournent mal il ne faut pas que tu sois dans le mauvais camp.
- Tu délires, je ne sais pas ce que tu manigances ou ce que tu sais, mais tu devrais faire gaffe parce que si les « choses tournent mal » comme tu dis, je n'hésiterais pas à en parler à Papa. Et les préjugés à la con il apprécie moyennement.
- Je suis dans rien du tout Al," dit calmement James. Il sourit et posa les deux sur les épaules de son frère, en approchant son visage du sien. "Je t'avertis c'est tout. Ce serait con que tu te retrouves seul alors que Malfoy n'en vaut pas la peine. Ne te fais pas d'illusion. Jamais il ne sera proche d'un Potter."
- Qu'est-ce que tu en sais ? demanda Albus, mal à l'aise de la proximité de son frère qui était plus grand que lui. Il se sentait dominé.
- Oh je le sais, dit James en relâchant son frère. Il se rallongea sur le lit et reprit le magazine. Je n'oublierais pas de te rendre ta revue quand on sera rentré au château, ne t'inquiète pas pour ça."
Albus resta quelques instants figé à examiner son frère puis sortit de la chambre.
James regardait encore la photo de Scorpius et passa doucement les doigts sur son image.
"Tu vas me le payer," murmura-t-il avant d'arracher la page, de la chiffonner et de marquer un panier dans la poubelle de bureau.
King's Cross Station, lundi matin
Il faisait froid et humide en ce lundi 1er septembre et la plateforme 9 ¾ était bondée de jeunes sorciers et de leur famille, de valises et d'animaux de compagnie. L'express pour Poudlard était déjà à quai, mais il n'était pas encore onze heures.
Certains étudiants montaient à bord du train et s'agglutinaient aux fenêtres pour faire des signes à leur famille. D'autres restaient sur le quai pour profiter de derniers moments avec leurs parents qu'ils ne reverraient pas avant les vacances de décembre.
Sur le départ, les Potter et Weasley partageaient leurs derniers instants en famille.
"N'oubliez pas de passer nos amitiés à Neville et Hagrid… et aux professeur McGonagall et professeur Slughorn", dit Harry en lançant un sort sur les valises de Lily pour les rendre plus légères.
- Cette année, c'est au tour d'Hugo de passer le bonjour à Poudlard, dit Rose soulagée que son fardeau de l'année dernière soit passé.
- Teddy prendra le train avec nous ?
- Non Hugo, répondit Hermione à son fils, Teddy est déjà à Poudlard depuis hier comme tous les autres professeurs.
- Il sera responsable d'une maison ?" demanda Hugo qui triait ses cartes chocogrenouilles dans l'espoir de pouvoir échanger celles qu'il avait en double pour finir sa collection.
"Non certaine pas, s'exclama Ron, c'est déjà incroyable qu'il soit professeur de sortilèges à 22 ans, même s'il est très talentueux. »
James se tourna vers son frère et lui murmura : " Si Teddy croit que je vais lui donner du « Monsieur Lupin » il se goure complètement."
Le jeune homme vit alors que les adultes avaient entendu ces paroles et le regardaient les sourcils froncés.
"Quoi ?" dit James en haussant les épaules, "Le type, qui mettait des grenouilles mortes dans mes chaussures quand j'avais 10 ans, va être mon professeur de sortilèges. Je ne vais quand même pas le prendre au sérieux !"
A ce moment, un groupe de jeunes sorcières passèrent à côté d'eux, en lançant des regards langoureux aux deux frères Potter.
"Je sens que cette année va me plaire," murmura James en regardant les jeunes filles s'éloigner.
Il sentit la main de sa mère le frapper derrière la tête avant même d'entendre sa voix.
"Concentre-toi sur tes B.U.S.E, James. On attend des résultats plus que satisfaisants de ta part," dit Ginny d'une voix ferme où on discernait pourtant une pointe d'amusement.
James grommelait quand quelque chose attira son regard. Albus sut tout de suite ce qu'avait vu son frère et suivit son regard.
Les Malfoy étaient là, Scorpius et ses parents, ainsi que Dorian et son père.
Ils restaient un peu à l'écart des autres sorciers, et les personnes qui les dépassaient, laissaient une certaine distance entre eux et la famille et ne manquaient pas de leur lancer des regards soupçonneux.
" Curieux comme réaction, remarqua Ginny, ce ne sont pas les premiers enfants de Mangemorts à aller à Poudlard, les rejetons de Macnair et Goyle y sont aussi.
- C'est la venue de Malfoy qui les intrigue, dit Ron. Après tout, Lucius était le chef des Mangemorts et Drago le plus jeune serviteur de Voldemort.
- Nott est venu accompagner son fils, remarqua Harry. J'aurais cru qu'il serait resté à l'écart.
- Sa mère n'est pas venue ? demanda Ginny.
- Elle est morte, elle était alcoolique, dit Ron. »
Rose se tourna vers son père, visiblement choquée, et demanda si l'alcool l'avait tué.
" Si on veut, répondit Harry, alors qu'elle était ivre, elle est tombée dans la salle de bain et s'est cognée la tête contre le rebord du lavabo. Elle était trop soûle pour comprendre la gravité de sa blessure. Elle a mis une serviette autour de sa tête avant d'aller se coucher et elle s'est vidée de son sang pendant la nuit. Je crois que Dorian était trop jeune pour s'en souvenir."
Quelle mort stupide, se dit Albus malgré lui.
Il regardait Dorian qui semblait totalement indifférent au monde qui l'entourait, les mains dans les poches de son uniforme, le dos droit. Son père se tenait à ses côtés. C'était un homme brun et grand, il aurait pu être beau, mais son teint était blafard, presque maladif et lui enlevait tout éclat. Non loin de lui se trouvait la mère de Scorpius, une belle femme, il était vrai, mais il émanait de sa personne une froideur déconcertante. Drago Malfoy discutait avec son fils.
Soudain Drago Malfoy tourna la tête vers lui, il croisa son regard, et Albus rougit et détourna les yeux.
" Si quelque chose ne va pas, dit Malfoy à son fils, appelle-moi tout de suite."
" Je sais papa, mais ça ira, tu verras."
" Et même s'il ne se passe rien, écris-moi.
Drago Malfoy regarda son fils de 14 ans dans son uniforme de Poudlard. Il était heureux et fier, car Scorpius avait sa place à Poudlard, comme tous les Malfoy, et il avait eu honte de le priver de cet honneur pendant trois ans, même si ce fut pour son bien. Mais maintenant, à l'heure du départ, il avait peur. Les regards ne lui avaient pas échappé, les gens qui les bousculaient « par accident » non plus. Et Scorpius n'avait pas la carrure pour se battre. Il lui ressemblait, mais il avait pris le corps svelte et longiligne de sa mère. Il était trop ravissant pour que ce soit un avantage. Il pensait que c'était un nouveau fardeau de plus à porter pour le jeune garçon. Ses os étaient menus, ses poignets fragiles et ses doigts fins. S'il y avait une bagarre… il ne gagnerait pas.
Heureusement qu'il sait courir très très vite, se dit-il.
Il tira doucement sur les cheveux de son fils pour lui pencher la tête en arrière.
" Pas de maquillage aujourd'hui ?" lui demanda-t-il d'un ton moqueur. Scorpius sourit et pinça la main de son père pour que celui-ci le lâche. "Tu te tiendras tranquille ?".
Scorpius ne répondit pas. Drago avait toléré tous les excès de son fils tant qu'ils avaient vécu en sécurité, pensant que les frasques de Scorpius et Dorian étaient une sorte de crise d'identité puisque ceux-ci étaient forcés de vivre loin des leurs la plupart du temps et ne se sentaient pas totalement à l'aise dans le monde moldu. Il avait expliqué aux deux jeunes gens qu'il attendait une autre attitude de leur part depuis qu'ils étaient de retour.
La publication d'une photo de Scorpius la veille ne l'avait pas rassuré…
" Papa, ils nous regardent, » dit Scorpius en indiquant discrètement le clan Potter-Weasley de la tête.
Drago se tourna et reconnut des visages familiers. Il les salua rapidement, puis se détourna.
" Beaucoup trop de têtes rousses… dit-il à Scorpius, je ne devrais pas être surpris, ils ont toujours eu tendance à se multiplier rapidement. Et je crois que Weasley commence à avoir des cheveux blancs. Vivre avec Granger, ça doit user sans doute…"
" Tu sais, j'ai parlé avec Albus Potter", dit brusquement Scorpius.
Drago fut surpris par la soudaine révélation de son fils, non parce que l'information était incroyable – quoi que la pointe qui s'était formée dans son estomac n'était pas très agréable-, mais parce que Scorpius semblait y attacher de l'importance.
- Vraiment ? dit-t-il finalement. Et que t'as dit le jeune Potter?
- Il a dit qu'il n'était pas mon ennemi. »
Intéressant… Drago regarda Albus. Le jeune garçon ressemblait beaucoup à son père à son âge. Avec quelques changements cependant. Albus était mieux nourri et n'avait pas le corps maigre d'Harry Potter adolescent. Il n'avait pas non plus la célèbre cicatrice imprimée sur le front ni de lunette. Et il semblait plus réfléchi et plus doux.
Un beau jeune homme, admit Drago avec réticence…
"Un Serpentard il parait ?"
Scorpius acquiesça.
"Les Potter sont des aimants à problème, soupira Drago, mais ce ne sont pas des menteurs. S'il t'a dit cela, alors crois-le."
Scorpius hocha la tête, un sourire discret sur les lèvres.
En observant son fils, Drago eu la désagréable impression d'avoir donné son consentement à quelque chose qui le dépassait.
Le train siffla soudain, et le cœur de Drago se serra. C'était le départ.
Dorian se tourna vers son père, qui lui posa la main sur les cheveux avec douceur, mais ne fit aucun geste de plus vers lui, comme toujours.
Il se tourna alors vers Drago qui posa les mains sur ses épaules en un geste de réconfort.
" N'oublie pas de vivre et de t'amuser Dorian, tu ne pars pas en guerre, tu vas dans une école."
Dorian sourit et hocha la tête. Drago lui emprisonna le visage dans ses mains, et déposa un baiser sur son front, puis le relâcha. Dorian prit sa valise et celle de Scorpius et se dirigea vers le train.
Astoria déposa un baiser sur la joue de son fils, et lui souhaita bon voyage, sans plus de cérémonie; feindre l'affection était fatigant après tout. Malfoy se retourna vers son père et celui-ci le prit dans ses bras. Le train siffla une nouvelle fois et Drago lâcha son fils et le poussa vers le train. Scorpius rejoignit Dorian qui l'attendait devant la porte ouverte du compartiment et ils montèrent ensemble, alors même que le train commençait à avancer.
Nott et Astoria quittaient déjà la plateforme. Drago attendait que le train disparaisse totalement, quand il aperçut Blaise Zabini qui s'approchait.
Celui-ci le salua d'un signe de tête.
"C'est dur de laisser partir ses mômes," dit-il.
Drago acquiesça, mais ne répondit pas.
"Ça ira, tu verras, continua Zabini, il ne sera pas seul. Nott et mon fils sont là. Et les autres aussi.
- Je sais…
- Je t'offre un verre ?
- A onze heures ?"
Blaise osa les épaules.
-Okay.
Fin du Chapitre 4
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