Musique d'écriture : Le Dernier Jour du Disco - Juliette Armanet


Chapitre 8 : Le Désenchantement

Il y a quelques mois, Le Salon Bleu.

Un désastre. C'était ainsi que le souvenir se présentait dans la mémoire de Scorpius. Un désastre.

Scorpius avait accompagné Dorian pour l'inauguration d'un nouveau club de nuit.

Le Salon Bleu, lieu élégant à la décoration blanc et bleu profond, se composait d'un bar, d'une piste de danse et de trois pièces annexes où les amoureux des jeux d'argent et d'objets rares pouvaient s'affronter aux cartes. Et pour pimenter le tout, tous les invités devaient porter un masque bleu nuit, de quoi garantir l'anonymat des visiteurs et éviter des déboires.

Dorian avait rapidement disparu dans une pièce annexe où se disputait une grande partie de jeu de cartes, bien décidé à y dépenser une somme conséquente.

N'ayant aucun attrait pour les jeux d'argent, la soirée s'annonçait profondément ennuyeuse, mais Scorpius n'avait de toute façon pas le cœur à s'amuser.

Nott était venu pour jouer aux cartes et lui pour se soûler. C'était sans doute la seule chose qui lui permettait d'oublier ce qui lui était arrivé.

Il avait trouvé un coin éloigné et discret pour observer la petite foule anonyme sans être vu, bien blotti dans les coussins bleus moelleux, un verre à la main.

Il avait laissé son esprit dériver quand une conversation avait attiré son attention. Dans une alcôve près de lui, deux gardes de sécurité discutaient d'un visiteur particulier.

James Potter était là. Incognito. Cependant, la direction avait été prévenue, afin de pouvoir prévenir tout mouvement de foule, si l'information était éventée. Et maintenant, Malfoy était au courant et il avait balayé des yeux des hommes masqués dans la pièce, mais sans apercevoir le fils d'Harry Potter.

Après son quatrième verre de whisky pur feu, une boisson qu'il n'avait pas l'occasion de déguster dans le monde moldu, Scorpius avait aperçu un beau garçon accoudé au bar, seul.

Ses yeux voilés par l'alcool, il avait pourtant reconnu le jeune Potter. Poussé par l'ennui et une pointe de curiosité, il s'était arraché au canapé, avait replacé convenablement son masque, avant de traverser la pièce pour s'asseoir à la gauche du jeune homme.

"Salut, avait-il lancé, sans préambule.

"Je bois seul", avait répondu sèchement le jeune homme, sans même lui lancer un regard.

"C'est ta façon de me dire de dégager ?"

Potter s'était tourné vers lui, sur le point d'acquiescer, mais à la vue de Scorpius, il avait semblé sans voix.

Malfoy avait cessé de respirer. Avait-il été démasqué si vite?

Mais James avait souri, un sourire timide, un peu gêné.

"Désolé. Il m'arrive rarement d'être seul, alors j'en profite. Mais tu peux rester.

- J'ai ta permission ? Trop aimable."

Potter avait eu un petit rire en portant le verre à ses lèvres. Apparemment, il n'était pas rebuté par le mauvais caractère de Malfoy.

Il doit avoir l'habitude qu'on lui lèche le cul, ça doit le changer, avait pensé Scorpius.

"J'ai réagi un peu vivement", s'était-il expliqué en perdant son ton revêche. "J'ai oublié…"

Que tu portais un masque, eut envie de finir Scorpius. Évidemment, il devait passer son temps à éconduire les fans.

"Tu es si populaire que ça ?" l'avait interrogé Scorpius en vidant son verre et en faisant signe au serveur de le resservir.

James avait haussé les épaules, mais sans répondre.

"Tu es connu pour quoi ?

- Rien du tout," dit James avec un sourire sincère, les yeux bruns plongeant dans les siens. "La vérité c'est que je ne suis personne."

Scorpius avait souri, lui aussi.

"Alors, "Monsieur Je-ne-suis-Personne", comment fais-tu pour être tranquille quand tu n'as pas de masque?

- J'ai une technique pas très glorieuse. En général, je choisis une fille, pour une soirée. Juste pour avoir un bouclier, un genre de pancarte qui dit : "Il est pris, foutez le camp"."

Scorpius s'était souvenu que les journaux aimaient étaler toutes les conquêtes féminines de l'ainé des Potter.

"C'est triste", s'était-il entendu dire, malgré lui.

Potter avait eu une grimace et un soupir désabusé.

"Elles ne sont pas à plaindre, crois-moi. Elles ont leur moment à la Une des journaux. C'est tout ce qu'elles veulent.

- Je ne parlais pas d'elles," avait murmuré Scorpius. L'alcool lui engourdissait les sens. Sa voix lui semblait à peine audible. Potter l'avait dévisagé, ses pupilles avaient dessiné chacun de ses traits avec douceur. "Tu dois te sentir seul."

Son propre regard avait étudié son visage en partie dissimulé par le masque. Mais l'échauffement lui avait brouillé l'esprit. Il n'avait distingué que les iris bruns et brillants et les cheveux auburns. Des yeux si sombres, si beaux. Des lèvres pleines qui avaient paru si douces. Son cœur s'était serré, frappant rageusement dans sa poitrine, au point qu'il eut du mal à respirer.

Scorpius n'avait pas dit un mot et avait entouré tendrement ses bras autour du cou du garçon étonné.

"Qu'est-ce que tu… ?" avait-il entendu le jeune homme murmurer, surpris.

Et Malfoy avait souri avant de poser ses lèvres sur les siennes, y laissant un baiser chaste, avant de l'embrasser à nouveau, traçant la ligne de sa bouche avec sa langue.

Le monde avait cessé d'exister, rien ne comptait sinon la chaleur du garçon dans ses bras.

Il avait senti le jeune Potter répondre à son baiser, entrouvrir ses lèvres et caresser sa langue de la sienne.

Un frisson avait parcouru son corps et il avait gémi de plaisir, adorant cette douceur nouvelle. Il avait senti des mains se poser sur ses hanches, les masser. Il s'était serré contre lui, intensifiant le baiser alors que James avait glissé ses mains le long de ses fesses.

Ce fut à ce moment que Scorpius s'était raidi, le souffle coupé. Il avait été trop loin et l'alcool ne pouvait plus étouffer ses souvenirs.

Sous le contact de ses mains, il avait senti la nausée lui monter aux lèvres. Il aurait voulu ne penser qu'à James, mais il ne parvenait pas à supporter le dégoût que lui inspiraient ses caresses.

Il était trop tôt pour oublier et pour guérir.

Brisant le baiser, il avait tenté de repousser le jeune garçon qui s'accrochait à son corps.

"Attends, non, ne me touche pas comme cela", avait-il murmuré en repoussant Potter qui embrassait son cou.

Mais le jeune garçon n'avait pas écouté et l'avait poussé doucement vers une banquette vide pour l'y allonger.

Scorpius avait paniqué.

"Je t'ai dit de me lâcher, Potter !"

Et le coup était parti. Il ne s'était pas rendu compte qu'il l'avait giflé, et pourtant James portait la marque de sa main et des fines griffures de ses ongles sur sa joue. Mais il n'avait pas semblé sentir la douleur du coup. Il fixait Scorpius.

Il l'avait appelé "Potter".

Soudain, James s'est penché vers lui pour arracher son masque et dans sa panique, Scorpius avait relevé les mains devant lui. Un jet magique avait jailli vers le garçon. Non maitrisé, le sort l'avait dépassé et avait fait exploser les bouteilles derrière le bar.

Profitant des cris et de la sidération de James, Malfoy s'était précipité vers les vestiaires.

La voix de James lui parvenait derrière lui alors qu'il arrachait son manteau d'un des cintres.

"N'appelez pas l'aurors, c'est bon, je vais payer. Attendez-moi juste une seconde."

Il avait franchi à la porte et les escaliers du porche quand une main l'avait attrapé par les cheveux et tiré en arrière avant de lui arracher son masque.

Dans la rue, dans un froid glacial, Scorpius avait vu le visage démasqué de James Potter le fixer avec fureur, ses yeux brûlant de colère alors qu'il l'avait reconnu.

Il l'avait violemment attrapé par les poignets, l'avait tiré vers lui, avant de le renvoyer contre le mur du club, le dominant de sa hauteur.

"Putain, Malfoy, tu joues à quoi ?" avait-il craché, en serrant ses poignets un peu plus fort.

Scorpius avait gémi de douleur, mais n'avait pas répondu. Il n'avait rien à répondre.

Il avait regardé l'homme en colère qui se trouvait devant lui, qui le fixait d'un œil noir. Il était tellement beau, et Scorpius s'était senti amer, car il avait compris qu'il ne pourrait jamais être avec lui.

« Ce monstre » l'avait détruit au point qu'il ne pouvait plus supporter le contact d'un autre homme, malgré son désir pour le garçon qui meurtrissait son poignet.

C'était telle injuste !

Alors puisqu'il ne pouvait l'avoir, il avait voulu que James ait mal.

Conscient que les regards étaient fixés sur eux, des curieux qui étaient sortis du club, ou des passants surpris par leur altercation, il avait levé les yeux vers le garçon, rassemblant dans son regard tout le dédain que les Malfoys étaient capables d'exprimer et avait dit d'une voix méprisante.

"Tu y as cru ? Vraiment? Oh Petit Cœur… Tu es pathétique ! Un Potter n'aura jamais un Malfoy. Et tu peux toujours crever en essayant."

D'un coup de pied dans la jambe, il s'était brutalement libéré de l'emprise de James et ignorant le cri de douleur du garçon, il s'était enfui, laissant le jeune homme derrière lui.

Il avait couru sans s'arrêter, à s'enflammer les poumons. Il savait que personne n'était à sa poursuite, mais il courrait encore, dans un désir futile de se fuir lui-même.

"Quel putain de désastre…" avait-il soufflé.

(Fin du souvenir)

Chambre du Demande, maintenant

Allongé sur le lit, Scorpius avait chaud.

Des draps rouges… Quel goût douteux…

Cette Salle sur Demande était vraiment incroyable. Elle devenait sur commande ce dont la personne qui l'invoquait, avait le plus besoin.

Et dans le cas présent, James avait eu besoin d'une chambre isolée pour lui faire l'amour.

Les murs étaient couverts de tapis rouges ornés de fils dorés. Le sol était de bois vernis et une grande cheminée imposante abritait un feu, seule source de lumière qui éclairait la chambre d'une lueur douce.

James embrassait son épaule, mais il était trop épuisé pour repousser ses caresses. Il regardait le feu dans le foyer, se concentrant sur les flammes qui léchaient les parois de pierre, pour ne penser à rien.

James se montrait particulièrement affectueux après « l'amour », même si l'expression était inadéquate pour décrire leur activité.

Leur arrangement n'avait rien à voir avec l'amour.

Cela faisait plus d'un mois que leur « pacte » -comme il l'appelait - avait commencé et James avait tenu sa promesse.

Les insultes avaient continué mais plus aucun Gryffondor n'avait osé lever la main sur Dorian. Scorpius supposait que la prise de position de James pour Dorian avait énervé un certain nombre de ses voisins de chambrés, dont ses amis, qui haïssaient viscéralement Dorian. Mais personne n'avait envie de s'opposer au capitaine de Gryffondor, et encore moins au fils aîné du « Grand Harry Potter ».

Personne ne soupçonnait les causes de ce changement de comportement de la part de James, et une « liaison » entre eux n'avait jamais été suspectée, pour la simple raison qu'ils s'ignoraient superbement en dehors de leurs rendez-vous secrets.

Scorpius ferma les yeux. Sa respiration se faisait moins haletante bien que son cœur ne se soit pas encore calmé et tambourinait dans sa poitrine.

" Tu sais que je ne vais pas lui faire de traitement de faveur," murmura James dont les lèvres touchaient encore sa peau.

"Je sais", dit-il d'un ton endormi. "Je te demande juste d'être honnête et équitable. Si Dorian réussit les essais, laisses-le rentrer dans l'équipe de Quidditch."

James ricana doucement, faisant glisser ces doigts sur le dos nu du jeune garçon.

Scorpius avait d'abord été surpris par cette délicatesse de la part du jeune Potter qui ne se montrait jamais brutal envers lui, rendant même l'expérience agréable.

La première fois, il avait été tétanisé, incapable de résister ou de participer, et James s'était montré d'une telle tendresse qu'il en était resté tremblant.

C'était dans cette même Chambre sur Demande. Sauf que ce jour là, elle était blanche et bleu. Comme le Salon Bleu.

(Souvenir)

Il n'avait rien dit. Il avait vu un certain étonnement dans les yeux de James. Le jeune Potter avait sans doute pensé qu'il avait plus d'expérience et avait été surpris de son innocence.

Mais le désir, qui enflammait son corps, avait repoussé la conscience qui aurait pu le faire changer d'avis.

Scorpius n'avait pas bougé pendant que James le prenait, immobile sur le dos, écrasé par un corps étranger. James l'avait serré très fort contre lui, sa tête enfouie dans le creux de son cou, embrassant amoureusement sa gorge et son épaule, soupirant à son oreille.

Il avait détourné la tête, portant son regard sur les roses bleues et blanches, disposées dans un vase de cristal bleu sur une petite table près du lit. Il s'était concentré sur les pétales soyeuses et singulières alors que les soupirs de plaisir de son amant résonnaient sur les murs de pierre. Ses propres lèvres, entrouvertes et tremblantes, ne laissaient échapper aucun son qui aurait pu conforter l'égo de l'homme blotti entre ses cuisses.

C'était James qui avait invoqué la chambre, qui avait imaginé ce grand lit aux draps de satin blanc et ces coussins de taffetas bleus nuit.

En pénétrant dans cette pièce, Scorpius avait été surpris par le raffinement du lieu, d'autant plus que James avait imaginé cet agencement à son égard.

Une délicate intention de la part du jeune homme qui avait marchandé son corps.

Et surtout ces roses. Il les avait trouvé belles, ces fleurs froides et douces. Il s'était imprégné de leur couleur glacée pour oublier la chaleur honteuse qui montait en lui, au rythme du plaisir qui lui engourdissait le corps à chacune des poussées de James en lui.

A la fin, quand son corps avait cédé sous les caresses et les délicieuses percées, il avait porté sa main à ses lèvres, mordant sa paume pour étouffer ses propres gémissements alors que son plaisir joignait celui de James dans une extase finale.

James était resté un long moment blotti contre lui, tremblant. Scorpius s'était demandé, s'il s'était endormi, mais cela n'avait aucune importance. Ces roses étaient vraiment belles.

Quand James s'était soulevé, quittant son corps, une sensation de vide avait envahi Scorpius. Potter avait cherché ses lèvres et l'avait embrassé avec douceur, puis il s'était levé pour se diriger vers la chaise où il avait déposé ses vêtements. Il s'était habillé en silence. Quand il s'était tourné vers le lit, il avait vu que Scorpius n'avait pas bougé. Le jeune garçon avait toujours les yeux fixés sur les roses. Sa paume portait des marques de dents qui avaient brisé la chair, et une fine ligne de sang avait coulé sur sa peau, tâchant les draps blancs.

Mais Malfoy s'en fichait.

Il avait vu James se diriger vers la petite table où se trouvait le vase portant les fleurs et y avait pris une rose blanche.

Il s'était dirigé vers le lit et avait déposé la rose satinée dans la main blessée de Scorpius avant de sortir sans un mot.

Scorpius était resté immobile un moment, regardant la rose de James qui se trouvait toujours dans sa main. Il n'avait pas su pourquoi il avait entaillé le bout de son doigt sur une épine et avait souillé les pétales clairs avec des gouttes de son sang mais il s'était senti apaisé.

Car maintenant, la rose lui ressemblait.

(Fin du souvenir)
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Et là encore, il se retrouvait dans cette chambre avec James, qui décidait du moment et de l'heure de leurs « réunions », tout comme du décor de la chambre qui changeait à chaque rencontre.

Scorpius ne savait pourquoi, mais James n'avait jamais demandé qu'ils se voient pour une extase rapide, dans une salle de classe ou un lieu isolé, comme il le faisait avec ses petites amies occasionnelles. Il insistait pour se rendre à la salle sur demande à chaque fois.

Décidément la chaleur de cette chambre était étouffante. La cheminée n'était vraiment pas la meilleure idée de James. Scorpius se leva, repoussant la main qui parcourrait encore sa peau, il ramassa ses vêtements qui jonchaient le sol et se rhabilla.

"Tu ne restes pas ?" ironisa James, feignant d'être blessé.

Scorpius se tourna vers le jeune homme aux cheveux auburn, allongé nu dans les draps rouges carmins. Il savait que James aimait mimer les phrases mielleuses qui plaisaient aux femmes, sachant qu'elles étaient inappropriées dans leur situation.

"Bien sûr que non," répondit Malfoy, en fermant les boutons de sa chemise.

James émit un petit rire entendu.
"Tu as le temps," rajouta-t-il tout en baillant. "Inutile de te presser comme ça. »

Il s'étira, avant de se blottir contre le matelas douillé. Il n'avait visiblement aucune envie de partir.

"Je dois rejoindre ton frère à la bibliothèque," expliqua Scorpius, en se rasseyant sur le lit pour enfiler ses chaussures. "On travaille ensemble sur un projet, en sortilège.

- Il a l'air de t'apprécier.

- On s'entend bien", dit Scorpius d'un ton détaché.

Il détestait parler d'Albus avec James et se sentait mal à l'aise lorsqu'Al évoquait son frère. Il sentit des mouvements sur le matelas alors que James se rapprochait de lui. Ses doigts caressaient ses cheveux, propageant des fines ondes de plaisirs dans son crâne.

"Il veut la même chose que moi, tu sais ?" murmura James, tirant doucement sur les mèches blondes.

"Tu feras ce que je t'ai demandé ?" dit-Scorpius rapidement en se tournant vers lui, ignorant sa remarque.

Potter soupira et acquiesça. Il se rejeta en arrière sur le matelas et plaça son bras en travers de ses yeux, cachant la lumière.

Scorpius regarda James un moment, hésitant. Il se demanda si cette situation – la demande de James, son attitude envers lui- était de sa faute. Potter lui avait reproché ce qui s'était passé lors de leur première rencontre, et Scorpius savait très bien que cette nuit-là, il s'était montré odieux et qu'il l'avait blessé.

C'était seulement maintenant que James le lui faisait payer qu'il se rendait compte à quelle point il lui avait fait du mal.

Alors que le souvenir l'assaillait, il quitta la chambre.
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Il claqua la porte de la Salle sur Demande et longea les couloirs du 7ème étage en tout hâte.

Il aurait dû être à la bibliothèque depuis plus de vingt minutes, et il ne souhaitait pas expliquer à Albus pourquoi il était en retard.

Ce qui se passait avec James était son secret, une part de sa vie à Poudlard qui ne regardait que lui. Dans ces moments, il se détachait de tout, c'était le seul moyen de rendre la situation supportable. Surtout qu'elle n'était pas aussi détestable et écœurante qu'il l'avait imaginé. Il aurait voulu haïr ces instants mais il ne pouvait pas se mentir. Il ne recherchait pas ses rencontres, il n'aurait jamais pensé les provoquer et il ne sentait toujours souillé quand James les lui annoncé.

Mais pendant les ébats, Scorpius parvenait presque à s'évader.

Il aurait presque voulu que James soit méprisant et violent, cela lui aurait permis de haïr ces moments et d'évité d'être hypocrite ou de se dégoûter ainsi.

Mais dès qu'il sortait de la Salle sur Demande, il oubliait tout. Et il parvenait même à se convaincre que tout cela n'avait pas eu lieu. Il pouvait profiter des moments réels, ceux où il était avec Albus.

Cela faisait maintenant plus d'un mois qu'Albus et lui se côtoyaient et ils étaient presque inséparables. Il se sentait extrêmement proche du garçon, et appréciait son élan naturel, son humeur piquant et bien sûr son physique agréable.

Mais Albus lui faisait peur.

Ils étaient devenus trop proches, trop vite. Scorpius ne comprenait même pas comme cela était arrivé. Avant de lui parler dans ce restaurant, il n'avait jamais pensé à Albus, ni même prêté attention à lui.

Oh bien sûr il savait un tas de choses qu'il avait pu lire dans les journaux mais il y avait un tel ramassis de mensonges à son égard dans ces mêmes articles qu'il n'y portait aucune foi.

Ce qui était clair, c'était que contrairement à lui, Albus avait fui les médias comme la peste, ou du moins il s'était forgé une image de garçon sans problème pour en sortir indemne. A en croire les journaux, il était un garçon sans histoire, sage, consciencieux et intègre.

Le parfait fils d'Harry Potter.

Et pourtant, Scorpius ne pensait pas du tout que cette image correspondait au vrai Albus Potter. Il y avait une grande force dans ce garçon, mais le Prince de Serpentard portait en lui un profond malaise qu'il masquait en se montrant toujours volontaire, bien qu'il aimait l'isolement et l'anonymat.

Une colère désastreuse se cachait au plus profond de son cœur, et Scorpius aimait déclencher sa fureur, simplement parce que lui seul en était capable.

Au début il avait trouvé cela amusant d'emmener le jeune Potter dans les mêmes abysses qui l'emprisonnaient et de lui montrer la face sombre et inconnue qui se cachait en lui.

Mais cela avait été… beaucoup trop facile de faire surgir sa colère. Et Scorpius avait compris qu'il dissimulait tout comme lui des blessures ensanglantées et que sa personnalité n'était qu'une façade.

Ils étaient presque tout le temps ensemble, de sorte qu'ils s'étaient rendu compte que leurs deux caractères étaient un mélange explosif. Ainsi, ils alternaient les élans affectueux et les querelles violentes, tout en conservant un désir brulant d'être ensemble.

Pendant un certain temps, Scorpius avait eu besoin de tester son affection, le poussant à bout par des paroles dédaigneuses, déclencher sa colère - par des actions téméraires et des gestes de provocation envers d'autres élèves, - toutes occasions où Albus était obligé d'intervenir pour éviter que la situation dégénère.

Pourtant quand il avait compris qu'Albus commençait à craquer pour de bon, une panique inconnue l'avait envahi et un cri silencieux avait résonné dans sa tête : « Ne me quitte pas».

Il s'était accroché au garçon, le serrant contre lui, et avait posé son front contre le sien mais ne lui avait pas demandé pardon. Il avait attendu qu'Albus lui pardonne ses manigances. Ce qu'il avait fini par faire, comme toujours.

Quand il pénétra dans la bibliothèque et qu'il aperçut le jeune garçon aux yeux verts qui lui faisait un signe de main, il se surprit à sourire. Il ne s'habituait toujours pas à ce gonflement qui lui emprisonnait le cœur à chaque fois qu'il apercevait son ami.

Albus avait pris une table à l'écart, sachant que Scorpius aimait la discrétion, tout comme lui d'ailleurs. Il poussa du pied la chaise qui se trouvait en face de lui pour que Malfoy s'y installe mais celui-ci préféra prendre la chaise à côté de lui. Il s'y assit, s'approcha du jeune garçon pour entourer ses bras autour de sa taille, et posa sa tête sur son épaule.

Il aimait l'odeur d'Albus, il la trouvait rassurante. C'était comme rentrer à la maison après un long voyage. Il aurait pu rester comme cela pendant des heures.

Albus sourit, continuant à écrire. Les élans de tendresses de Scorpius à son égard étaient rares et toujours soudains. La plupart du temps il repoussait tous contacts.

Un instant, il eut envie de lui demander où il était et ce qu'il avait fait. Mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge.

Après l'épisode de la douche, Scorpius et lui était devenus très proches, mais une barrière de silence se dressait entre eux, avec toujours cette sentence qui planait au-dessus d'eux : "Ne me demande rien". Scorpius ne s'expliquait jamais. Et il ne s'excusait jamais d'ailleurs.

Albus avait accepté cela, pensant que le jeune garçon parlerait quand il serait prêt. Mais cela faisait plus d'un mois maintenant et ce silence rendait leur relation insupportable.

Il voulait savoir.

Il ne voulait aucun obstacle entre eux car leur relation était devenue profonde et Albus se demandait quelle place il avait dans le cœur de Scorpius. Il commençait à savoir ce qu'il représentait dans le sien.

"Tu as des idées pour le sujet de sortilège", entendit-il Scorpius murmurer.

Son souffle chatouilla légèrement son cou, provoquant des frissons de plaisir le long de son dos.
"Non pas vraiment, j'ai avancé sur le devoir de potion en t'attendant."

Scorpius releva la tête et regarda les notes du garçon.
"J'ai presque fini ce devoir," dit-il en tirant sur la feuille de parchemin, interrompant l'écriture d'Albus. Je te le passerai demain.

"Et en échange tu veux mon devoir de transfiguration," soupira son ami avec un sourire déprimé.

"Tu as tout compris," dit-il en sortant ses affaires de son sac.

"Tu devrais essayer de travailler cette matière tu sais," dit Albus en tapant nerveusement sa plume sur l'encrier. Il savait que Scorpius détestait parler de ce sujet mais son niveau en transfiguration était réellement inquiétant.

"Ce n'est pas que je ne veux pas la bosser, c'est que je ne peux pas."

Albus n'insista pas. Il le croyait. Après tout il observait avec attention les réactions du jeune garçon lorsqu'il pénétrait dans la salle de cours. Il semblait que Scorpius devait faire preuve d'une maîtrise surhumaine pour ne pas s'enfuir de la pièce. Entre tremblements et respiration saccadée, il était clair que Scorpius faisait beaucoup d'effort pour se concentrer sur les explications de Mc Gonagall.

"Tu peux me rappeler le sujet de sortilège s'il te plait," demanda Scorpius, sortant Potter de ses pensées.

Le jeune garçon feuilleta un moment dans son cahier et finit par citer :
"Donnez à un objet des propriétés nouvelles et inattendues."

Scorpius fronça les sourcils.
"Lupin aurait pu être encore plus vague," grommela-t-il.

"Crois-moi, si Teddy nous a donné une consigne aussi vague et simple, c'est pour nous permettre de trouver des idées originales".

Malfoy soupira et commença à feuilleter son livre. Albus hésita puis finit par dire :
"On peut bosser une heure et ensuite nous pourrons aller sur le terrain.

- Sur le terrain ?

- Pour les essais de Gryffondor," expliqua Albus en haussant les épaules. "Dorian va y participer, comme poursuiveur non ?

- Oui, ce serait une manière de s'intégrer dans sa maison. Les joueurs de Quidditch ont un statut particulier. Mais…, enfin je ne pensais pas que tu viendrais. Est-ce que le capitaine d'une équipe rivale peut assister aux essais ?

- Ils n'apprécieront pas mais qu'importe," dit Albus en souriant. "Ils n'auront cas venir pour les essais de Serpentard à la fin de la semaine. D'ailleurs, tu devrais passer les essais aussi. Tu voles très bien et tu ferais un très bon attrapeur.

- Non, on en a déjà parlé," dit-il les yeux rivés sur les pages de son livre, évitant soigneusement de regarder Albus. "Je ne veux pas me faire remarquer. Mon nom est assez connu comme cela. Je veux juste être tranquille."

Albus acquiesça et n'insista pas d'avantage. Scorpius aspirait à un calme dans sa vie qui lui était interdit. Tout comme lui, il était observé et toutes actions faisaient place à une série de ragots proprement insupportables.

Rien que leur proximité leur valait de nombreuses rumeurs, bien que la réputation d'Albus atténuait quelques peu les débordements. Mais le physique autant que l'attitude de Malfoy entretenaient toujours le désir et la jalousie ou l'agacement et la colère de certains élèves.

Et ces sentiments désastreux se manifestaient souvent par des bousculades dans les couloirs, ou des menaces.

C'était sans doute pour cette raison que Scorpius lui avait un jour confiait qu'il aimerait être invisible.
Albus avait pensé que ce n'était que des paroles en l'air mais il avait tout de même décidé de lui montrer la cape d'invisibilité de son père et ils l'avaient utilisé tout un dimanche pour se promener dans le château au milieu des élèves et dans les jardins au dehors. Et alors qu'ils étaient assis sur un banc dans la cour de l'école, couvert de la cape qui les dissimulait aux yeux du monde et des personnes présentes, Albus s'était rendu compte que les yeux de Scorpius brillaient de larmes qui ne coulaient pas, et malgré cela, il semblait tendu. Il avait compris les sentiments qui l'assaillait car lui aussi aurait voulu rester invisible pour toujours. Il avait passé son bras autour de ses épaules et ensemble ils avaient attendus le coucher du soleil.

"Pourquoi ne pas ensorceler un tabouret pour qu'il marche et nous servent de moyen de transport ?"

Albus sortit de ses pensées et se concentra sur Scorpius qui cherchait un projet pour leur cours. Il réfléchit un instant et secoua la tête. Scorpius expira bruyamment visiblement ennuyé du manque d'imagination et de motivation qui régnait dans cette bibliothèque.

"Ou un tiroir qui rend invisible les objets que l'on met à l'intérieur, dit-il après un moment de réflexion. Un genre de tiroir secret et seul la personne qui a déposé les objets dans le tiroir, pourrait les voir ?"

Albus soupira en refermant son livre.
"Ça ne te plait pas non plus ?" demanda Scorpius qui commençait à perdre patience. Il était le seul à travailler.

"C'est vraiment inutile comme procédé.

-Quoi ? Mon idée ?" s'énerva doucement Scorpius en tapant ses ongles sur la table de bois.

"Non tout cela, ce projet et ce cours. Quel besoin peut-on avoir d'ensorceler des objets pour leur donner de nouvelles propriétés. Regardes mon grand-père, tout ce qu'il a fait, c'est faire voler une voiture ou faire marcher une machine à laver pour qu'elle effraie les gnomes du jardin. Mais cela n'a rien de compliqué ni d'intéressant. J'ai l'impression de perdre mon temps.

- Tu te trompes."

Albus se tourna vers Scorpius qui le fixait d'un air grave.
"Les objets ensorcelés peuvent être extrêmement utiles," dit-il lentement. "Encore faut-il leur trouver des propriétés réellement ingénieuses et c'est cela le plus compliqué. C'est imaginer une situation parfois improbable où un objet enchanté peut être un avantage."

Il plaça sa main gauche devant Albus. A son index se trouvait une bague en argent qu'Albus connaissait bien maintenant car elle ne quittait jamais sa main.

"Cette bague appartenait à la mère de Dorian," expliqua-t-il en la faisant glisser et tourner sur son doigt avec son pouce. "Elle l'a taillé elle-même et a gravé le nom de son fils à l'intérieur de l'anneau. Elle l'a ensuite ensorcelé pour que la bague retourne toujours à la personne dont le nom est marqué à l'intérieur. C'est cette bague qui m'a mené à Dorian."

Scorpius détourna les yeux et continua :
"Je revenais de la foire avec mes parents et sur le chemin du retour, j'ai aperçu un objet luisant sur la route pavée. C'était cette bague, sauf qu'à ce moment-là elle était entourée d'un halot bleuté. Je l'ai ramassé et j'ai prononcé le nom qui se trouvait à l'intérieur de l'anneau. Et la bague s'est aussitôt échappée de mes mains et s'est envolée, propageant une vive lumière argentée. On aurait dit une petite étoile filante. Je ne sais pas pourquoi je l'ai suivi, mais j'ai couru à sa poursuite sans écouter les appels de mon père. La bague a disparu dans une ruelle et quand j'y ai pénétré à mon tour, j'ai trouvé un petit garçon qui gisait dans son propre sang, le visage lacéré."

Un léger spasme secoua le corps de Scorpius. Il était clair que le souvenir de cet enfant meurtri l'effrayait encore.

"La bague s'était remise à son doigt, trop petit pour la porter. Il avait sans doute dû la perdre quand il avait été agressé. Je me suis agenouillé près de lui, et j'ai pris sa main. Je pensais qu'il était mort mais sa peau était chaude et quand je l'ai touché, il a ouvert son œil… celui qui n'était pas crevé. Il a essayé de parler mais il en était incapable. Mon père est arrivé et nous l'avons emmené à l'hôpital, puis chez nous. Dorian m'a donné cette bague quand il est venu habiter avec ma famille. Ainsi je pourrais le retrouver où qu'il soit, s'il est en danger."

Albus resta un instant silencieux. Malgré les révélations cruelles de Scorpius sur son passé et sa rencontre avec Dorian, Albus se sentait presque heureux, car enfin Scorpius lui avait parlé de lui et lui avait raconté un souvenir. C'était la première fois, et sans doute une grande marque de confiance de la part de son ami. Il déglutit avec peine et tendit la main pour la poser sur celle de Scorpius, mais le jeune garçon se tourna vivement vers lui, coupant son élan.

"Et non !" l'interrompit Scorpius. "Nous n'utiliserons pas cette bague pour notre projet de sortilège."

Albus rit doucement. Cela ne lui avait même pas effleuré l'esprit et Scorpius le savait surement, mais c'était sa manière bien personnelle de couper court aux séquences émotions.
"Ok, alors trouve une meilleure idée Einstein !

- C'est qui cet Einstein ?

- Aucune idée," dit Albus en haussant les épaules et en rouvrant son livre. "Ma tante Hermione nous appelle comme ça quand on fait les malins."

Fin du Chapitre 8


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