Musique écoutée : Un Homme Heureux - Colt (William Sheller)


Chapitre 9 : La Fissure

Le terrain de Quidditch.

Le vent se faisait violent et le ciel était chargé de nuages menaçants. Un parfait après-midi d'automne où l'orage pouvait éclater à tout moment.

Scorpius et Albus étaient assis dans les gradins qu'ils partageaient avec quelques élèves qui étaient venus encourager leur équipe et les futurs joueurs. La plupart était de Gryffondor et n'avait pas particulièrement apprécié l'arrivée du capitaine de Serpentard dans les tribunes, mais Albus les ignorait, appréciant simplement la compagnie du garçon à ses côtés. Il était venu pour Scorpius et c'est tout.

Son frère se tenait debout au milieu du terrain, en grande conversation avec son gardien de but Ross Finnigan. Albus l'observait donner les dernières recommandations. Il était capitaine pour la première fois cette année, et même s'il ne l'avouerait jamais, il avait beaucoup d'admiration pour son frère, qui était accompli à ce poste. Pourtant dans ce jeu, il redoutait l'impartialité de James et il était curieux de voir comment il allait gérer le match de recrutement.

"Regarde, voilà tes Glousseuses !" murmura Scorpius en montrant un groupe de filles, qui chuchotaient et riaient niaisement tout en regardant Albus, fraiches et rougissantes.

"Le nombre des membres de ton fanclub augmente de manière effrayante et elles sont de plus en plus jeunes. Tu devrais sérieusement penser à engager quelqu'un pour trier ton courrier de fans.

- Tais-toi !" répliqua affectueusement Albus en entourant les épaules de Scorpius avec son bras.

Un bruit sourd envahit le ciel, et les joueurs pénétrèrent sur le terrain par les airs, fiers sur leur balai. Le groupe se dirigea vers le centre du stade où se tenait le capitaine de l'équipe, mais un des joueurs se détacha de l'équipe et vola jusqu'aux gradins où étaient assis Scorpius et Albus.

Scorpius se leva, reconnaissant Nott qui volait jusqu'à lui. Il sourit en apercevant l'uniforme écarlate de Dorian. Il lui donnait une allure guerrière ce qui lui correspondait parfaitement. L'air humide avait trempé les mèches de ses cheveux qui lui collaient au visage.

Il vola jusqu'à Scorpius, et lui attrapa la main. Il embrassa la bague d'argent qu'il portait au doigt et murmura :
"Porte-moi chance."

Scorpius secoua la tête, lui cogna le front de la paume de sa main avant de répondre :
"Si tu fais de ton mieux, tu n'en auras pas besoin."

Dorian sourit avant de lui décocher un clin d'œil. Il fit ensuite un geste sec de la tête pour saluer Albus et se dirigea vers le centre du terrain.

Un premier coup de sifflet se fit entendre et les candidats s'élancèrent dans les airs.

Pour les essais, deux équipes avaient été constituées pour s'affronter. A l'issus du match serait désigné le nouveau gardien, deux batteurs, les trois poursuiveurs et l'attrapeur.

« Nott doit marquer dans les buts gardés par Finnigan » observa Albus secouant la tête, en regardant les équipes qui avaient été formées par le capitaine.

Scorpius ne répondit rien mais il se mordilla nerveusement la lèvre en regardant les joueurs se mettre en position. Tout le monde savait quel excellent gardien de but était Ross Finnigan. James mettait visiblement Dorian en difficulté pour cette première rencontre.

Finnigan se posta devant les trois cercles d'or délimitant les buts. Il repassait lui aussi les essais, comme tous les autres, mais personne n'avait le talent pour lui disputer son poste. Ross était une force de la nature, à la stature robuste et aux épaules larges. A cheval sur son balai, il semblait que rien ne pouvait l'ébranler.

Le second coup de sifflet se fit entendre et James lança le souafle dans les airs pendant que deux assistants de l'équipe libéraient les cognards et le vif d'or.

Les joueurs encombrèrent le ciel au-dessus du terrain, voltigeant si vite que leur passage laissait des trainées rouges. Les cris des spectateurs dans les tribunes se firent entendre, encourageant leur favori.

Après la première minute de match, Dorian s'était emparé du souafle suivit par deux poursuiveurs décidés à le lui reprendre. Serré de prêt, il fondit vers le sol avant de faire une vrille qui laissa un de ses poursuivants étalé sur le sol. Il remonta ensuite en piquet droit pour fondre sur les anneaux d'or, mais alors qu'il s'apprêtait à marquer, deux cognards l'atteignirent, lui faisant perdre l'équilibre.

Dans les tribunes Scorpius se leva brusquement, laissant échapper un cri révolté. Serrant les poings, il s'apprêta à descendre vers le terrain mais Albus le retint.

"Il va bien, regarde !"

Scorpius se tourna vers le terrain et vit que Dorian avait repris le contrôle de son balai avant de toucher le sol et était parti à la poursuite du joueur qui lui avait ravi le souafle.

"Les batteurs ont le droit de faire cela ?" demanda-t-il à Albus. "Envoyer deux cogneurs sur le même joueur ?"

Albus hésita, serrant toujours sa main, l'obligeant à se rasseoir à ses côtés.
« Ce n'est pas fair play, et on évite de le faire," finit-il par dire. "Mais rien ne l'interdit."

Scorpius acquiesça mais Albus pouvait voir à quel point le jeune garçon était écœuré par l'attitude des joueurs. Lui-même n'approuvait pas cette manière de jouer.

Sentant les doigts de Scorpius se crisper sur les siens, il retourna son regard sur le match.

Un coup de coude dans les côtes avait permis à Dorian de reprendre le souafle des mains de son adversaire. Le souafle bien coincé sous son bras, il se précipita vers les buts où l'attendait Finnigan. Alors qu'il s'apprêtait à marquer dans l'anneau central, il aperçut un cognard du coin de l'œil et vrilla, évitant l'impact. Il profita de la déception de Finnigan pour marquer dans l'anneau de droite.

James siffla et leva la main vers Dorian pour désigner l'acceptation du premier but. Scorpius, ravi, claqua ses mains dans un geste sec et observa avec délectation le visage furieux de Finnigan qui battait violemment du talon sur l'étrier de son balai, lançant un regard noir à Dorian.

" La colère le rend encore plus vilain,"entendit-il Albus dire, alors que lui aussi observait le gardien de but en train de fulminer.

" Je croyais que c'était un ami de ta famille," dit Scorpius en reprenant la main d'Albus, comme si la pression du match rendait ce contact indispensable.

"Le fils d'un ami de la famille," le corrigea doucement Albus, en regardant les doigts de Malfoy s'entremêler avec les siens.

Scorpius rougit, et lâcha sa main.
"Excuse-moi, si ça te gène…

- Non," dit-Albus rapidement, en reprenant sa main dans la sienne. "Non pas du tout."

Scorpius rougit de plus belle et sourit avant de reporter ses yeux sur le match.

Au bout d'une demi-heure de match, Scorpius eut envie d'étrangler Ross Finnigan de ses propres mains. Les scores des joueurs étaient serrés et le groupe de filles de poufsouffles qui gloussaient en regardant Albus ne faisaient que l'agacer d'avantage.

"Désolé pour le retard, alors les résultats ?"
Scorpius se tourna vers Nicolas, son cousin, qui venait de s'asseoir à ses côtés, mais énervé comme il l'était, il préféra ne pas lui répondre.

Le jeune garçon aux cheveux châtains soupira avant de tendre la main vers Albus qui la serra.

"Dorian a marqué deux buts", expliqua Potter, "tout comme deux autres des poursuiveurs. Mais Finnigan a tendance à laisser plus facilement passer les souafles des autres joueurs.

- Il triche pour que d'autres joueurs réussissent les essais ?" s'exclama Nicolas.

"Ce n'est pas tricher puisque ce ne sont que des essais," expliqua Albus. Il ignora le son dédaigneux qui sortit de la gorge de Scorpius. "Il n'est pas rare qu'un joueur privilégie un ami, même inconsciemment. C'est au capitaine d'être équitable.

- Donc tout repose sur la décision de James", soupira le jeune Greengrass, désabusé.

Le dernier coup de sifflet retentit et les joueurs quittèrent le ciel pour se rassembler au centre du terrain. Albus et Scorpius attendirent les résultats. Les scores étaient serrés pour les poursuiveurs et il y avait six candidats en liste, dont Dorian.

Après un moment, des voix s'élevèrent parmi les joueurs. James et Ross s'étaient mis à l'écart et semblaient se disputer.

Albus fronça les sourcils, c'était la première fois qu'ils voyaient son frère se quereller avec Finnigan.

"Qu'est ce qui se passe ?" demanda Scorpius.

"Venez, on va voir," dit Albus en l'attrapant le bras de Scorpius et en faisant signe à Nicolas de les suivre.

Ils descendirent rapidement vers le stade et arrivèrent près des joueurs. Scorpius s'approcha de Dorian pour le féliciter, mais son attention se porta rapidement sur Potter et Finnigan.

"Tu déconnes complètement, James !" s'écriait Ross. "Prendre Nott est la pire décision que tu es prise en tant que capitaine.

- Je dois sélectionner les meilleurs pour former cette équipe," répliqua James, parfaitement calme, contrairement à son ami dont le visage arborait un rouge maladif. "Dorian est parmi les trois sélectionnés parce qu'il a réussi les essais mieux que les autres.

- Il a eu le même score que les autres candidats !" dit- Ross en attrapant son bras, l'obligeant à lui faire face.

S'ils avaient sensiblement la même taille, Finnigan était plus musclé et sa stature plus carrée mais Potter ne sembla pas du tout effrayé.

"En effet," dit James, le regard sombre, ignorant la pression douloureuse qu'exerçait son ami sur son bras. " Il a eu le même score que les joueurs que tu as laissé gagner. Toi aussi tu as de la chance d'être le meilleur Ross, sinon je t'aurais dégagé de mon équipe pour avoir saboter mes essais."

Finnigan expira bruyamment, puis baissa la tête et lâcha son ami.

James se tourna vers l'ensemble de son équipe et annonça les noms des nouveaux membres. Quand il cita le nom de Dorian, Scorpius s'attendit à un rejet de la part des autres joueurs. Il fut surpris lorsque les joueurs lui serrèrent la main et le félicitèrent pour le match.

"Désolé pour les cognards, mais tu les as bien gérer," dit un garçon aux cheveux blonds, et lui donnant une tape sur l'épaule.

Sentant une étrange mélancolie lui enserrer le cœur, Scorpius se recula, laissant Dorian profiter de ses nouveaux coéquipiers et retourna vers Albus qui se tenait à l'écart, les yeux rivés sur son frère, une expression soucieuse peinte sur son visage. Il interrompit sa contemplation lorsqu'il sentit Scorpius posait sa tête sur son épaule.

Il porta son regard sur Nott, toujours encerclé par les membres de son équipe. Il entoura Scorpius de son bras et murmura :
"Ce n'est pas parce qu'il a de nouveaux amis qu'il t'oubliera tu sais ?

- Je ne vois pas de quoi tu parles," répondit Malfoy en se serrant un peu plus contre le jeune Potter.

"Oui, bien sûr," dit-il en souriant. "Ils vont surement fêter la constitution de l'équipe dans leur salle commune. J'irais bien y faire un tour.

- Ce qui veut dire que tu aimerais que je vienne.

- Évidemment."


Salle Commune de Gryffondor

La salle commune de Gryffondor était réellement agréable.

Contrairement à la salle de Serpentard, qui gardait toujours une certaine lueur verdâtre puisque la maison était située juste en dessous du lac, la salle de Gryffondor portait des couleurs chaudes et réconfortantes. De lourds tapis couvraient les murs et une grande cheminée gardait la pièce chauffée et entretenait une ambiance détendue et conviviale.

Si cette pièce ne lui rappelait pas autant le décor de la salle sur demande où James l'avait emmené ce matin, Scorpius se serait senti beaucoup plus détendu.

Il était assis sur le grand canapé faisant face à la cheminée, entouré d'Albus et de sa cousine, un verre de bière-au-beurre à la main.

En fait il s'agissait de son troisième verre.

Il avait ignoré le regard réprobateur d'Albus quand il s'était servi le dernier. Il écoutait Rose lui parler des problèmes de gestion de l'école, discussion que Scorpius écoutait d'une oreille, tout en regardant les lèvres ravissantes de la jeune fille remuer avec enthousiasme.

Elle était très jolie et il n'avait pas hésité à le lui dire. Elle lui avait souri et il avait adoré le rouge qui lui était monté aux joues. Il aimait beaucoup la jeune Weasley.

En dehors d'Albus, elle était celle qui lui aspirait le plus de sympathie. Elle se montrait très affectueuse envers lui, mais ne cherchait jamais à l'étouffer avec des conseils maternels. Simplement croiser son regard dans le couloir et la voir lui sourire le rassurer énormément. Elle l'avait accepté sans rien attendre et ne lui demander jamais rien. Elle se contentait d'être là s'il désirait quelque chose.

Le reste du clan Potter-Weasley le mettait mal-à-l'aise.

Hugo et Lily le fixaient comme s'il était la preuve vivante des ragots de leurs parents. Le passé était trop lourd entre les Malfoy et les Weasley. Son grand-père lui-même n'était pas avare quand il fallait dénigrer les têtes rousses et il se doutait que les Weasley-Potter se montraient tout aussi bavards. Il était donc normal que les jeunes l'évitent.

Quant à James…

Scorpius ne savait pas ce que pensaient des autres membres de leur famille, mais il savait qu'Albus n'avait jamais parlé de lui à ses parents et il ne s'attendait pas à ce que Rose le fasse.

Albus préférait garder leur «relation » secrète vis-à-vis de sa famille. Il ne s'était pas étendu sur le sujet, mais il avait fait comprendre à Scorpius qu'en dehors de son père, les membres de sa famille ne le comprenaient pas, et il n'avait aucune envie « de leur expliquer ce qu'ils ne pouvaient pas comprendre ».

Scorpius n'avait pas insisté. Lui-même n'avait pas parlé de son amitié avec le jeune Potter avec son père alors qu'il lui écrivait régulièrement plusieurs fois par semaine. Il ne souhaitait pas lui cacher quoique ce soit, c'était simplement qu'il ne savait pas qui était Albus pour lui.

"C'est le jour et la nuit entre eux," dit-Albus en montrant quelque chose de la tête.

Scorpius se tourna vers la direction qu'il avait indiquée et aperçut Dorian en grande conversation avec son « Capitaine ».

Scorpius sentit la nausée lui montait aux lèvres à la vue des deux hommes échangeant des politesses. Il n'aurait su dire lequel des deux était le plus hypocrite… ou peut-être était-ce lui-même ?

Albus observait avec attention les échanges entre les deux hommes. Il avait interrogé son frère sur ses motivations un peu plus tôt dans la soirée, mais James était resté vague, disant que Nott « était réellement doué » et qu'il se montrait « impartial » tout comme Albus le lui avait conseillé lorsqu'il avait parlé de Nott avant de commencer leur année à Poudlard.

Mais Albus ne comprenait toujours pas comment un tel changement avait pu s'opérer chez son frère. Lui qui l'avait averti que faire rentrer Nott dans son équipe aurait sans doute des conséquences désastreuses, qui lui avait dit que ce serait une honte pour leur famille qu'Albus se permette d'intégrer Dorian…

"Oui c'est assez bizarre," dit Rose en observant le duo. "Mais James adore gagner alors peut-être a-t-il mis sa hargne de côté pour le bien de l'équipe ?"

Scorpius ignora la conversation et se concentra sur son grand verre de bière-au-beurre, décidé à le vider. Il remarqua avec déception que l'alcool disparaissait trop vite. Qu'importe, la salle commune des Gryffondors regorgeait de trésor liquide.

Soudain il sentit le verre quittait ses lèvres et lui échappait des mains. Il leva des yeux brumeux vers le garçon qui lui avait retiré sa boisson.

"Ne bois pas trop vite," dit Dorian d'un ton désapprobateur. "Tu sais très bien que tu ne tiens pas l'alcool."

Et il vida le reste du verre en une longue gorgée.

Scorpius regarda le jeune garçon devant lui, cet homme qu'il connaissait si bien et pourtant qui semblait si loin de lui aujourd'hui. Il ne reconnaissait pas cette lueur de bien-être dans ses yeux. Cette joie simple que ressentait Dorian maintenant qu'il se sentait accepté par les autres Gryffondors, cette joie qui l'éloignait doucement de lui…

Le bruit de la pièce devint insupportable. Il regarda tous les élèves qui s'amusaient autour d'eux, toutes ces personnes qui les avaient rejetés, ces personnes qui les avaient blessés, qu'ils avaient fuis pendant des années. Comment Dorian pouvait-il oublier si vite, simplement pour connaître le soulagement qu'apporte la normalité ? Il échangeait des gestes amicaux avec les autres élèves, souriait aux avances des filles qui n'auraient pas osé l'approcher auparavant…

Mais ce qui le blessait d'autant plus c'était que Dorian était heureux et que lui ne l'était pas. Au contraire, il se sentait sombrer de plus en plus.

Un goût amer engourdit sa bouche, un goût de souillure et d'abandon. Scorpius ne s'était jamais senti aussi seul. Il avait pensé que si Dorian était heureux, lui-même se sentirait mieux.

Mais non, le bonheur de Dorian dépendait de ce qu'il avait fait et devait faire. Il lui devait ce bonheur alors pourquoi il ne pouvait pas l'avoir aussi ? Et c'était injuste !

"C'est toi qui ne tient pas l'alcool," riposta Scorpius d'une voix rauque et haineuse. "Sinon tu ne serais pas aussi mielleux avec le Grand James Sirius Potter. Je ne pensais pas que tu oublierais aussi vite ce que ces chiens t'ont fait. Mais si j'étais toi je garderais l'œil ouvert avant que l'un de ces salauds ne te lacère encore le visage."

Dorian perdit lentement son sourire. Sa bouche s'entrouvrit mais aucun son ne sortit. Au côté de Scorpius, Albus et Rose s'étaient figés, de même que les personnes qui avaient entendus les paroles de Malfoy, créant un soudain malaise dans la salle commune.

"Al", dit James en apparaissant derrière Dorian. "Je crois que tu devrais ramener Malfoy dans votre maison, avant qu'il ne dise encore quelque chose qu'il pourrait regretter."

Albus attrapa Scorpius et le tira doucement du canapé, mais il se dégagea violemment, les yeux toujours rivés sur Dorian.

Celui-ci n'avait pas bougé et son visage ne trahissait pourtant aucune émotion. Il attrapa à son tour le bras de Scorpius et l'entraina à travers la salle commune jusqu'à l'escalier en colimaçon conduisant au dortoir des garçons. S'assurant qu'ils étaient seuls, il plaqua Scorpius contre le mur.

"Qu'est-ce qu'il se passe? Qu'est-ce que tu veux me dire ?" demanda-t-il en scrutant Scorpius. Il semblait lutter pour garder son calme.

"J'ai dit ce que j'avais à te dire," riposta le garçon en supportant le regard interrogateur de son ami.

"Non. Tu as juste essayé de me faire mal," insista-t-il avec force. "Qu'est-ce que tu essaies vraiment de me dire ?"

Scorpius ouvrit la bouche mais les mots s'éteignirent dans sa gorge. Troublé, il détourna les yeux.

Il aurait voulu déverser sur lui des mots de haine et de reproches. Lui dire que s'il était accepté aujourd'hui c'était grâce lui et qu'en échange il n'avait rien sinon un ami qui s'éloignait de lui. Mais ces mots lui parurent faux.

Nott avait mérité son poste dans l'équipe, et s'il ne s'était pas fait tabasser depuis un moment grâce à ses ébats avec Potter, Malfoy n'était pas sûr que James ne l'ait pas sélectionné pour ses talents puisqu'il avait fait un match incroyable. Et puis, cette situation était son choix… Il lui avait égoïstement reproché ses propres décisions. Dorian ne l'avait pas poussé dans le lit de James.

"C'est bien ce que je pensais," dit Dorian avec dédain devant le silence de Malfoy. "Tu es incapable de me dire ce qu'il se passe vraiment. Tu sais simplement te taire. Et tu lances des phrases blessantes contenant les indices de ton mal-être et c'est à moi de décoder ce qui se passe dans ta putain de cervelle !"

Nott frappa le mur à côté de la tête de Scorpius qui sursauta. Il sentit les larmes envahir ses yeux.

"Tu ne peux pas continuer à faire ça", continua Dorian. "Si tu as quelque chose à dire, dis-le ! Mais ce genre de phrases cinglantes, je ne veux plus jamais les entendre !"

Scorpius tremblait. Il sentait d'avantage une demande implorante dans les paroles de Nott plutôt qu'une menace.
"Je suis juste jaloux," dit-il enfin et les larmes coulaient sur ses joues. "Et j'ai peur de te perdre.

- Ce genre de phrases non plus, je ne veux plus les entendre," dit Dorian en posant ses lèvres sur son front.

Sa voix était plus légère maintenant, presque tendre. Scorpius sourit et ferma les yeux, bercé par la chaleur familière de Dorian. Ils restèrent un instant ensemble, goûtant au réconfort qu'ils savaient si bien s'apporter. Puis Malfoy sentit les lèvres de Nott quitter son visage.

"Tu devrais retourner dans ta maison," dit-il enfin en s'éloignant.

Scorpius acquiesça et laissa son ami le ramener dans la salle commune. Tous deux ignorèrent les regards qui fusèrent sur eux et Dorian s'approcha du canapé où Rose et Albus étaient restés assis.

"Tu peux le ramener?" demanda-t-il à Albus.

Le jeune Potter posa son verre et après avoir souhaité une bonne nuit à Rose, se retrouva dans les couloirs isolés du château avec Scorpius.

Pendant leur retour au dortoir, Albus n'avait pas prononcé un seul mot. Au départ, Scorpius ne s'en était pas inquiété, lui-même n'avait pas vraiment envie de parler.

Mais maintenant qu'ils s'approchaient du dortoir des Serpentards, ce silence devenait franchement désagréable. Il observait le jeune Potter qui avançait, tête baissée, concentré sur ses pas, les mains plongées dans les poches de son jeans.
Scorpius, même s'il respectait le besoin de tranquillité de son ami, n'avait aucune envie de le regarder ruminer tout le long du chemin.

" Tu vas finir par me parler, ou tu comptes te morfondre jusqu'à ce que tu rejoignes ton lit ?"

Albus stoppa net, levant les yeux vers Scorpius qui fut surpris d'une réaction si brutale.
"Alors comme ça, on est des chiens ?" demanda Potter, en jaugeant Scorpius de haut en bas.

Scorpius écarquilla les yeux. Pendant un moment, il ne sut pas de quoi Albus voulait parler. Puis il se souvint de ses paroles dans la salle commune de Gryffondor.

"Cette phrase ne t'était pas destinée", dit-il en posant sa main sur l'épaule de d'Albus, mais celui-ci la repoussa négligemment.

"Oui bien sûr, elle était destinée à tout le monde sauf à moi", dit-il avec ironie.

Il s'adossa contre le mur, gardant toujours ses mains dans les poches de son pantalon. Il semblait fatigué.

"Tu as insulté des membres de ma famille et les personnes qui t'avaient accueilli dans cette école et tu penses que tu peux t'en sortir avec ta petite gueule d'ange. Oh efface cette expression indignée de ton visage ! Tu parles de ton physique comme d'un désavantage mais le fait que la moitié de l'école veuille te sauter t'arrange bien. Seulement ça ne marche pas toujours comme ça. Et moi j'en ai marre d'être celui qui te ramasse à chaque fois que tu fais une connerie. J'ai l'impression ne servir qu'à ça.

- Tu es vraiment gonflé de me dire ça," s'indigna Scorpius. "D'accord je ne suis pas facile à vivre et j'agis égoïstement, je m'en rends compte et j'en suis désolé, mais tu ne peux pas dire que tu ne fais que m'assister quand j'ai un problème. Depuis qu'on se connait tu en as appris plus sur moi que Dorian en a appris en plusieurs années.

- Ah ouais ?" répliqua Albus, profondément désabusé. "Et bien Dorian ne doit pas savoir grand-chose, parce que je ne sais rien de toi. Tu ne comprends pas tes réactions, je ne connais pas tes goûts. Tu ne me dis rien et chacune de tes caresses ressemblent à des manipulations. Tu ne ressens rien pour personnes, tu possèdes les gens, rien de plus. Pour connaître ton passé, il faudrait d'abord que je brise ta carapace et je commence à penser que j'en suis incapable. Je pensais qu'on commençait à construire quelque chose de fort… Et voilà tu piques une crise simplement parce que Dorian commence à se sentir mieux, comme si tu voulais le maintenir dans le même état de tristesse dans lequel tu te complais. Et dans ces moments-là, je n'existais même plus."

Il leva les yeux vers Scorpius qui n'avait pas bougé, les yeux fixés sur le sol, et il sourit tristement.

"J'ai tout faux avec toi, toujours. Et j'essaye, je suis tellement con que j'essaye encore. Mais à quoi bon puisque tu ne vois rien."

Le silence tomba entre eux comme une sentence, mais Scorpius avait l'impression que les mots de Potter résonnaient encore contre les murs, à moins que ce ne fût dans son crâne. Il ne parvenait pas à assimiler ce qu'Albus venait de lui dire. Est-ce qu'il essayait de lui déclarer quelque chose ? Scorpius savait que leur relation était intense mais il avait pensé qu'il s'agissait plus d'un état de dépendance qu'un lien affectif réel.
Et maintenant, Albus…

"Pourquoi tu fais tout ça ? Qu'est-ce que tu attends de moi ?" demanda Scorpius après un moment de silence.

"Si tu poses la question c'est que tu n'as rien compris.

- Non en effet !" explosa Scorpius, et Albus se redressa soudain, surpris. Scorpius s'avança vers lui. Il porta les mains à son visage, massa doucement ses paupières comme s'il essayait de s'éclaircir les idées tout en repoussant la fatigue qui le tenaillait.

"Je ne comprends pas", dit-il enfin. "Je ne comprends pas ce qui te pousse à me dire ça, ni même ce que tu essaie de me dire. Tu débites des paroles qui n'ont simplement aucun sens. Tu dis qu'on a commencé à construire quelque chose de fort ? Mais moi je n'ai rien construit ! Ce qui se passe entre nous a surgi de nulle part. Je n'ai jamais recherché ta présence, ni même ton aide ou ton affection. Avant que tu ne viennes me parler le week-end avant le départ, je n'avais jamais imaginé que nous pourrions être aussi proches. C'est toi qui est venu vers moi, qui m'a tout offert et qui a créé cette dépendance chez moi. Tu as débarqué subitement dans ma vie, occupant le plus de place possible et maintenant tu me reproches de ne pas répondre des sentiments dont je ne sais rien !

- A t'entendre j'ai tout manigancé," dit sèchement Albus.

"Je n'ai pas dit ça non plus…

- Je voulais simplement te rencontrer," l'interrompit Albus. "Je n'avais pas prévu ce qui s'est passé ensuite."

Scorpius le regarda longuement, surpris.
"Tu voulais me rencontrer… mais pourquoi ?"

Albus se mit à rire, un rire grave et désabusé.
" Je ne sais même plus maintenant", dit-il enfin. "Écoutes, je ne suis pas en train de te parler d'amour ou quoique ce soit, je dis seulement qu'il y a quelque chose de fort entre nous et j'aimerais savoir si je suis le seul à penser cela. Parce que toi, j'ai l'impression que tu ne ressens rien ! "

Albus était fatigué. Il avait l'impression que seul le mur contre son dos lui permettait de rester debout.

Les mots de Scorpius résonnaient dans sa tête et lui serraient le cœur. Il avait raison, Malfoy n'avait rien exigé de lui, c'est lui qui avait tout déclenché.

Il regardait le garçon qui se trouvait devant lui et qui gardait maintenant les yeux sur le sol. Il avait entouré son corps de ses bras, comme pour se protéger du froid ou de ses démons.

Albus remarqua qu'il se mordillait sa lèvre, réflexe qu'il avait toujours lorsqu'il désirait dire quelque chose, mais il finissait toujours par se taire.

Al maudissait ce silence, il en avait assez il voulait que Scorpius parle !

"Oui, quoiqu'il soit en train de se passer entre nous, c'est très fort", finit par dire Scorpius.

Sa voix était très faible, presque un murmure. Il passa nerveusement les mains sur son visage avant de glisser ses doigts dans ses cheveux, les tirant en arrière.

"Mais je ne sais pas ce que c'est. Et pour tout te dire, je trouve que c'est effrayant que ce soit si intense alors que nous nous connaissons depuis si peu de temps. Même toi tu ne sais pas comment appeler notre « relation ». C'est trop tôt et ce n'est peut-être pas encore le bon moment."

Scorpius vit Albus acquiescer mais il ne semblait pas convaincu pour autant. Il le regarda passer sa main dans ses cheveux bruns décoiffés, un tic nerveux familier qui fit sourire Scorpius.

"Et pour Dorian, qu'est-ce que tu ressens ?" demanda Albus, redoutant la réponse qu'il obtiendrait.

"Dorian est presque mon frère", répondit Scorpius une pointe d'agacement dans la voix, visiblement mécontent de la tournure de la conversation.

" Et vous n'avez jamais…

- Non.

- Mais il a surement voulu…

- Peu importe ce qu'il a voulu ou non, ça n'est jamais arrivé ! Mais bon sang... comment on en est arrivé à cette conversation ?

- J'ai besoin de savoir qui je suis pour toi."

Scorpius hésita et s'approcha de Potter pour le prendre dans ses bras, mais Albus l'arrêta, l'attrapant par les épaules. Il voulait que Scorpius lui parle. Il en avait assez de ses étreintes silencieuses où il devait deviner ce que Malfoy voulait lui dire.

Le jeune garçon, détourna les yeux, troublé par le regard brillant de Potter. Il hésita puis murmura :
"Tu es important et je tiens à toi. Est-ce que tu peux te contenter de cela pour l'instant ?"

Albus soupira et acquiesça avant referma ses bras autour du garçon.

Fin du Chapitre 9


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