Musique d'écriture : Kagayaku Sora no - Kalafina
Chapter 10 : La Fabrique du Silence
Dorian referma la lettre et la remit dans son enveloppe. Il eut envie de la déchirer, mais se retint. Les lettres de son père étaient toujours détestables même s'il essayait de mettre autant d'indulgence dans leur lecture que son père mettait de maladresse à les écrire.
Bien sûr, son père l'aimait, mais il est tout bonnement incapable de l'exprimer. Il avait une sorte de retenue envers son fils, fruit de sa culpabilité maladive d'avoir eu un enfant qu'il n'avait pas su protéger, qu'il avait créé malgré le passé de sa famille. Un fils qui vivrait sans mère pour le réconforter.
Mais Dorian était fatigué de cette culpabilité qui marquait le visage de son père à chaque fois que celui-ci posait les yeux sur la blessure de son fils. Il était fatigué de devoir être fort pour deux.
Dorian soupira et plongea pensivement sa cuillère dans les œufs brouillés dont il avait rempli son assiette. Il n'écoutait pas Nicolas qui entretenait une conversation animée avec Sally Macnair, la jolie Sally.
Dorian avait beaucoup d'admiration pour la jeune fille, aux cheveux noirs et aux larges lunettes rondes, qui se montrait toujours positive, quelque soit la situation. Nicolas lui avait dit que le passé de la jeune fille lui avait sans doute apprit à relativiser la vie et à en apprécier les meilleurs côtés.
Dorian n'avait pas posé d'avantages de questions, il connaissait le passé de la jeune fille. Son père avait été la victime innocente de la folie des fanatiques du sang pur avant même sa naissance, quand Macnair, le Mangemort connu pour sa cruauté au service de Voldemort, avait pensé que la pureté de son sang serait intensifiée s'il avait un enfant avec sa propre sœur.
Ainsi n'acquit David Macnair qui ne connut jamais la joie d'avoir trente ans.
A l'âge de 16 ans, quand il eut compris que la maladie qui entrainait la dégénérescence de ses poumons était causée par la consanguinité et la folie de son père, il s'enfuit pour le monde moldu, décidé à mourir loin de cette démence qui pourrissait ses veines.
Il erra dans différents pays pendant des années, et s'établit en Hongrie. Malgré sa condamnation génétique, il tomba amoureux d'une jeune magyar moldue aux cheveux d'ébène et aux yeux bleus, qui l'aimait tellement qu'elle lui demanda de l'épouser.
Emu par l'audace de cette beauté non magique qui lui offrait son cœur, il accepta et ils se marièrent. Deux ans plus tard, la belle Helena était enceinte mais Sally ne connut jamais son père qui mourut avant sa naissance.
"Mais je lui ressemble beaucoup", disait-elle. Et elle souriait encore.
Et Nicolas était très vite tombé amoureux de ce sourire. Pour ces deux-là, tout était si simple, ils voyaient leurs sentiments de manière si claires. Nott leur enviait cela.
Dorian leva les yeux vers la grande porte et aperçut Scorpius qui pénétrait dans la Grande Salle, suivit d'Albus, qui restait toujours à ses côtés maintenant que lui ne pouvait plus y être.
A la vue de son ami, Dorian ne put réprimer un sourire. Scorpius ne portait pas sa robe d'uniforme, elle était repliée sur son bras. Il avait son uniforme mais sa chemise était débraillée, sa cravate desserrée et ses manches recourbées sur ses avant-bras blancs. C'était vraiment trop lui demander d'être convenable, il faisait toujours ce que bon lui plaisait.
Au moins, à Poudlard, il ne se maquillait pas. Dorian n'aimait pas lorsque Scorpius se peignait le visage, même s'il le faisait avec beauté et finesse. Pourtant c'était une autre manière de provoquer et de cacher à quel point Scorpius se sentait mal à l'aise en public.
Nott était conscient des regards qui suivaient son ami : des coups d'œil furtifs mais intenses des personnes qui voulaient cacher leur intérêts pour le jeune Malfoy ou les regards frustrés de jeunes filles qui ne seraient jamais aussi jolies que lui. A la manière dont Potter se rapprocha du corps de Scorpius, Dorian comprit qu'il était lui aussi conscient de l'attention que Malfoy attirait sur lui.
Quand ils l'aperçurent, les deux serpentards se dirigèrent vers lui et s'assirent à ses côtés à la table des Gryffondors, comme ils le faisaient de temps en temps.
Albus ne laissait pas Scorpius s'asseoir seul à la table des Lions. Dorian était conscient des efforts que faisait Potter pour être amical avec lui. Mais il était jaloux, Dorian le sentait, il voulait garder Scorpius pour lui seul.
Dorian serra la main de Potter, puis se tourna vers Malfoy et déposa un baiser sec sur la tempe du garçon, avant de lui tendre la lettre de son père.
Il la prit et soupira.
"De bonnes nouvelles encore ?" ironisa-t-il en sortant la lettre de son enveloppe.
" Il dit qu'il ait déçu que je sois un Gryffondor et encore plus déçu que ce soit Drago qui ait dû lui apprendre la nouvelle.
- Cela fait plus un mois que l'attribution des maisons a eu lieu", s'exclama Scorpius. "Tu ne lui avais rien dit ?"
Dorian haussa les épaules. Il tira doucement sur la mèche qui couvrait son œil gauche, où la longue et fine cicatrice barrait sa paupière et ignora la question. Il n'avait rien à répondre. Scorpius soupira à nouveau et secoua la tête avant de reposer les yeux sur la lettre.
Dorian sourit en regardant le jeune garçon. Il n'avait pas beaucoup de souvenirs de son ancienne vie, celle où Scorpius n'était pas présent. Il lui semblait que le jeune garçon avait toujours été à ses côtés. Il gardait de son agression un souvenir vague de douleur et d'humiliation. Son passé commençait lorsque Drago l'avait emmené pour vivre avec les Malfoys dans le monde moldu.
Il se souvenait de cette petite tête toute ronde et blonde qui le suivait partout dans les jardins du château où ils avaient passés ces dernières années.
Tout lui avait semblé si étrange dans ce nouveau monde, tout était nouveau les lumières, les couleurs…
Et ces mots simples et « magiques » qui sortaient de la bouche des enfants des domaines alentours qui venaient jouer avec eux :
ce qui faisait tellement de bruit - et qui faisait que Scorpius serrait très fort sa main de ses petits doigts - c'étaient des « voitures ».
Il ne fallait pas mettre des insectes dans le « micro-ondes ». Il avait pleuré quand « Edward aux mains d'Argent » était passé à la « télévision » et avait fait promettre à Scorpius de ne rien dire.
Et puis il y avait « internet ». Drago disait que c'était l'invention qui se approchait le plus de la magie dans le monde moldu. Car on pouvait tout faire avec internet : lire des livres ou son journal, regarder des films, faire des courses, engager du personnel, s'occuper de son compte en banque, parler à des inconnus et s'en faire des amis… ou découvrir le sexe.
Les Malfoys avaient été réticent à installer un « ordinateur » dans le château, mais il avait fini par céder aux deux garçons.
Mais après quelques essais, il semblait qu'il était difficile d'en faire décoller Narcissa qui y cherchait des recettes de cupcake et consultait tous les sites d'astrologie présents sur la toile, même si elle trouvait les connaissances moldues en astronomie très limitées.
Dorian se sentait bien parmi les Malfoy, et Drago voulait qu'il se sente entouré, autant que l'était Scorpius. Il ne faisait pas de différence entre Dorian et son propre fils, même si ses yeux avaient une lueur toute particulière quand il regardait son enfant.
Malgré son adoration pour son petit-fils, Lucius avaient des remarques paternelles pour Dorian. L'ancien mangemort se sentait sans doute obligé de prodiguer des soins à Nott dont le grand-père connaissait un sort peu enviable que lui-même aurait dû vivre. Il leur répétait régulièrement qu'il ne fallait pas effrayer les domestiques moldus. Les Elfes de maison étant interdits, il avait fallu trouver de nouveaux serviteurs et Dorian et Scorpius s'amusaient à les terroriser, en faisant claquer les portes et trembler les tableaux, ou bien simplement en déplaçant des objets. Lâcher un épouvantard dans le salon avait achevé de rendre les femmes de chambre complètement folles et Drago avait dû lancer un sort d'amnésie aux dames terrifiées.
Et les années passaient dans l'insouciance qui permettait à Dorian de panser ses blessures, celles de son corps et celles de son âme. Mais la fine douleur qui lui meurtrissait l'œil de temps en temps lui rappeler la méfiance envers les autres.
Seul Scorpius avait toute sa confiance. Scorpius qui changeait au fil du temps. Ses jambes s'allongeaient et sa bouche devenait pleine et rouge. Sa bouille ronde d'enfant devenait un doux ovale parfait où brillaient deux perles grises. Et lorsqu'il prenait la main de Nott, le cœur de celui-ci se mettait à battre rageusement dans sa poitrine.
Il n'avait pourtant jamais regretté ce doux baiser, humide et tendre, qu'il lui avait volé avec toute la maladresse de l'enfance.
Il avait pris sa main, et l'avait emmené vers le lac, derrière un grand chêne où ils avaient déjà gravé leurs noms et où ils aimaient venir lire. Dorian avait pris son visage entre ses mains, plongés ses doigts dans ses longs cheveux blonds et l'avait embrassé. Et son cœur s'était arrêté. Le baiser avait été tendre et quand Dorian l'avait brisé et s'était reculé, tenant toujours dans ses mains tremblantes le visage de Scorpius, celui-ci lui avait demandé, complètement désintéressé « s'ils pouvaient aller jouer maintenant ».
Dorian s'était mis à rire devant le visage indifférent du garçon alors que lui-même se sentait fiévreux.
Dès lors, lorsqu'il se retrouvait seuls, Dorian prenait la main de Scorpius et caressait le dos de ses doigts avec les siens.
Pourtant, il n'avait plus jamais embrassé les lèvres de Scorpius. La curiosité passée, cela ne l'intéressait plus.
Dorian ne pensait pas qu'il s'agissait de sentiments malsains ou de passions amoureuses. Il trouvait simplement le jeune garçon incroyablement joli. Une vraie poupée.
Et plus Malfoy devenait ravissant, plus sa mère s'éloignait de lui, car il devenait plus beau qu'elle. Astoria passait plus de temps avec sa sœur que dans le château. Elle disait qu'elle n'avait pas à souffrir des erreurs de la famille de son mari. Dorian avait été écœuré de la jalousie de cette mère envers son propre enfant, mais Scorpius n'en avait pas souffert.
Son père représentait tout son univers.
Le jeune garçon savait le rôle que Drago avait joué pendant la guerre, il ne lui avait rien caché. Il fallait bien expliquer les regards et les remarques que murmuraient les gens dans la rue ou les menaces de mort qui leurs arrivaient par lettres et beuglantes. Il fallait expliquer la blessure de Dorian et leur fuite.
A quoi bon mentir ? Drago lui avait tout dit.
Malgré cela, Scorpius n'avait jamais jugé ou repoussé son père, ni son grand-père pour leurs actes passés. Il ne voulait pas les blesser. Il les avait acceptés sans mots mais non sans mal, car il avait perdu du poids qu'il n'avait jamais repris.
Dorian se rappelait cette nuit chaude où en sortant sur la véranda, il avait trouvé Drago et son fils, assis dans le grand rocking-chair, qui se balançaient doucement en regardant les étoiles.
Drago avait passé son bras gauche autour de son enfant et lui racontait l'histoire de sa constellation tandis que Scorpius tapotait doucement la longue cicatrice qui se dessinait sur son avant-bras. Sa manière, toujours sans mot, de dire à son père qu'il l'aimait malgré tout.
Mais depuis lors, Scorpius avait développé une attitude méfiante envers les autres sorciers et se montrait manipulateur et hautain lors de leurs excursions dans le monde magique, se parant d'une apparence désinvolte pour cacher son malaise et sa colère de ne pouvoir être accepté à cause de ses origines. Il avait construit une carapace autour de son cœur et Dorian avait vu Scorpius murer doucement ses sentiments. Il ne parlait jamais de son désir de normalité, mais Dorian savait qu'il était vivace. A vrai dire, Scorpius disait très peu de choses sur lui.
Et cela était devenu pire l'année dernière. Dorian n'avait jamais su ce qui lui était arrivé mais il s'en doutait. Pourtant son esprit avait fait un blocage et un film noir se posait sur ses pensées lorsqu'il réfléchissait aux événements de cette journée.
Il avait été en cours de sortilège dans une des pièces du château et Scorpius avait son cours de transfiguration. Mais ensuite, après les leçons, Scorpius n'était pas venu le trouver comme il le faisait d'habitude. Dorian avait couru à la salle où se déroulait le cours et avait percuté dans sa hâte le jeune professeur de Transfiguration.
"Excusez-moi professeur," dit Dorian en s'inclinant légèrement devant le professeur aux cheveux bruns qu'il venait de bousculer. "Je cherche Scorpius. Vous ne savez pas où il a pu aller?
- Non, dit le professeur un peu trop rapidement au goût de Dorian. Non je ne sais pas."
Nott le regarda. Quelque chose était différent chez l'homme, à la cravate desserrée, aux yeux brillants et aux joues rouges qui se tenait devant lui. Le professeur avait toujours eu une attitude austère malgré son âge. Il avait un peu moins de trente ans. Il était toujours impeccable, en costume moldu gris et cravate de soie bleu. Il gominait ses cheveux bruns vers l'arrière, seules quelques mèches rebelles tombaient légèrement sur son visage froid et il remettait inlassablement en place ses... lunettes ?
"Vous n'avez pas mis vos lunettes aujourd'hui professeur ?" demande Dorian en le jaugeant.
Celui-ci se raidit, et pinça ses lèvres qui devinrent une ligne fine.
"Non, dit-il sèchement, je les ai oublié."
Il tendit ensuite une lettre à Dorian.
"Peux-tu la remettre à Monsieur Malfoy, je te prie ?"
Dorian acquiesça et prit la lettre qu'il plia et mit dans la poche de sa veste. Quand il leva les yeux, le professeur avait déjà transplané.
Dorian resta seul, debout devant la porte de la salle de classe. Il ne savait pourquoi, mais il sentait que quelque chose n'allait pas, qu'il devait rentrer dans cette pièce.
Il ouvrit la porte. La pièce était toute à fait normale, le grand bureau était rangé, les livres et cahiers en ordre. La grande fenêtre ouverte derrière le bureau menaçait tout de même de laisser pénétrer le vent qui faisait voler les feuilles.
Dorian s'approcha pour la fermer et après avoir tourné le loquet il se décida à quitter la salle pour trouver Scorpius.
Mais un objet tombé au sol près d'un des pieds du bureau attira son attention et il se pencha pour mieux le voir.
Les lunettes du professeur gisaient sur le sol, brisées.
Dorian se redressa, une sueur froide se mit à couler le long de son dos et il se précipita hors de la chambre. Et déjà un voile noir se posait sur ses pensées, lui refusant toutes réponses. Il savait seulement qu'il lui fallait trouver Scorpius.
Ils étaient seuls ce jour-là dans le château, mis à part quelques domestiques. Les Malfoy étaient partis régler des affaires financières à Gringott. Leurs comptes avaient, semblait-il, été vérifiés, ce qui violait la loi sur la confidentialité bancaire.
Dorian devait donc se débrouiller seul. Il chercha dans toutes les pièces du manoir mais ne le trouva nulle part. Il sortit dans le jardin appelant son ami. Il courut vers le grand chêne près du lac, et enfin il le vit.
"Où étais-tu ? dit-il en s'approchant de Scorpius, je t'ai cherché partout."
Scorpius leva la tête et sourit.
"Je suis là, je n'ai pas disparu. Ne t'inquiète pas."
Dorian eut envie de lui rendre son sourire mais il ne put. Quelque chose dans la posture de Scorpius le troublait et même lui faisait peur.
Malfoy était assis contre l'arbre, ses genoux étaient relevés et ses bras étaient de chaque côté de son corps, raides. Il enfonçait ses doigts dans la terre comme si planter ses ongles dans le sol étaient la seule chose qui pouvait l'empêcher de s'enfuir. De faibles tressautements secouaient ses épaules. On aurait dit un animal aux aguets, craignant un prédateur.
Quand Dorian s'approcha de lui, Scorpius se leva d'un bond.
« Ne restons pas ici, tu veux me montrer ce que tu as appris en sortilège ? »
Et ils étaient rentrés au château. Scorpius avait écouté Dorian lui raconter le nouveau sort que lui avait enseigne le professeur Bail. Mais ses yeux étaient voilés, et son esprit semblait ailleurs. Pourtant chaque bruit suspect déclenchait en lui une frayeur nouvelle.
Dorian ne fit aucune remarque, mais il se demanda pourquoi un grincement de porte pouvait faire sursauter le jeune garçon ainsi.
Ce fut le soir, alors qu'ils allaient se coucher, quand Scorpius se mit à pleurer et à trembler et qu'il le repoussa violemment que Dorian comprit ce qu'il refusait d'admettre.
Il était resté assis sur le lit tandis que Scorpius, en chemise, debout et tremblant, tentait de se calmer, enserrant son corps de ses bras maigres. Pendant une heure, il resta debout ainsi, trépignant sur place. Et Dorian fixait le vide, écoutant les sons plaintifs que son ami essayait d'étouffer. Mais il refusait de le regarder. Il ne savait pas quoi faire, il n'était qu'un enfant. Et Scorpius ne voulait pas de ses bras.
Les pleurs cessèrent et Malfoy entra dans les couvertures. Son visage froid ne laissait transparaitre aucune émotion, bien que ses joues fussent encore humides de larmes. Il se mit sur le dos, bien droit, et fixa le plafond.
Dorian voulu éteindre la lampe mais Scorpius se redressa soudain :
"Non ! Laisses allumer", dit-il et sa voix glaciale ne tremblait pas.
Dorian acquiesça et s'allongea ses côtés, mais ne colla pas son corps contre le sien comme il avait l'habitude de le faire. Scorpius attrapa sa main sous les couvertures et Nott la serra. Il s'endormit ainsi.
Dans la nuit, Dorian se réveilla et ce qu'il vit le glaça d'effroi. Scorpius n'avait pas bougé, il était toujours allongé sur le dos, le corps droit, le visage fixe, tourné vers le plafond et les yeux grands ouverts. Avec sa peau pâle et ses cheveux qui entouraient parfaitement son visage, il ressemblait à un cadavre sur son lit de mort. Seuls ses yeux, qui bougeaient dans tous les sens, trahissaient la vie. Mais la manière dont ils s'agitaient était affolante, comme si Scorpius s'attendait à voir sortir de l'ombre un monstre affamé.
Dorian resta ainsi à regarder son ami, mais ne lui dit rien, sa main toujours serrée autour de la sienne.
Le sommeil avait dû l'envelopper car quand il se réveilla le lendemain, Scorpius était assis dans le lit, le visage tourné vers la lumière qui filtrait à travers la fenêtre. Quand il sentit Dorian remuer à ses côtés, il se tourna vers lui, et lui sourit. Et son visage était clair, plus aucune ombre ne l'enlaidissait. Mais ses doigts serraient toujours la main de Dorian.
Et ce fut fini, jamais Scorpius ne laissa transparaitre le souvenir de cette journée.
Dorian donna à Drago le courrier que lui avait remis le Professeur. Dans l'enveloppe, il y avait une lettre de démission.
"Des membres du ministère sont venus fouiller la maison" dit Dorian ramenant ses pensées vers Scorpius qui lisait toujours la lettre. "Ils ont emporté certaines de mes affaires pour les examiner. Il y a eu des agressions de moldus. Rien de spécialement surprenant mais les enfants de mangemorts sont toujours les premiers soupçonnés. Je crois que c'est ton oncle qui a mené les fouilles Potter."
Albus remua sur sa chaise, visiblement mal-à-l'aise.
"Mon oncle Ron est un homme suspicieux, et il a de la mémoire", dit-il sur un ton d'excuse. "Si mon père ne le raisonnait pas, il ferait des rafles toutes les semaines dans les maisons d'anciens mangemorts. Je suis désolé.
- Ce n'est pas grave, tu n'y es pour rien," dit Dorian après une gorgée de café. "Ils n'ont rien pris de valeur de toute façon, toutes mes affaires sont chez les Malfoys. Et Drago ne laissera pas les gens du ministère rentrer chez lui.
- Tu vis toujours chez les Malfoy ?" s'étonna Albus.
Scorpius et Dorian levèrent tous deux les yeux vers Potter, surpris et Albus continua : "je pensais que tu étais rentré chez toi quand les Malfoy étaient revenus. Il était logique que tu retournes vivres avec ton père. Arrêtez de me regarder comme cela ! J'ai dit quelque chose de mal ?
- Non", intervint Scorpius. " Tu n'as rien dis de mal, c'est juste que…"
Il se lança un coup d'œil vers Dorian et regarda à nouveau Albus.
"Je crois que nous n'y avions jamais pensé. Dorian est comme un membre de la famille, je n'ai jamais pensé qu'il devrait retourner avec son père. Cela expliquerait pourquoi ses lettres sont tellement amères, il veut peut-être que tu retourne vivre avec lui.
- Il pensait sûrement que je reviendrai de moi-même", dit Dorian. "Cet homme est plein d'illusions." Scorpius s'apprêta à intervenir mais Dorian le coupa : "Je sais que c'est mon père mais s'il avait vraiment voulu il serait venu avec nous quand les Malfoys m'ont emmené. Je sais que Drago le lui a proposé et il a décidé de rester, car malgré ce qu'il dit, il déteste les moldus et leur monde, comme ta mère d'ailleurs et il a préféré rester dans son immense maison sans son fils. Je partagerai les vacances entre le manoir et la maison de mon père mais je ne retournerai pas vivre chez lui.
- Je n'ai pas dit que tu devais partir", répondit Scorpius en rangea la lettre dans son enveloppe et en la posant sur la table. "Mais tu devrais être plus tolérant avec ton père. C'est un homme fragile.
- Faible est le mot que tu cherches", répliqua Dorian.
Il s'apprêtait à continuer quand il aperçut James Potter qui s'avançait vers eux. A ses côtés se trouvait Elisa Waldon, une grande brune, aux yeux immenses et à la poitrine volumineuse. Elle se tenait très droite, fière d'être au bras du beau Capitaine de Gryffondor, et gonflait le torse au point que son chemisier menaçait de craquer sous la pression de ses seins.
James serra la main de Dorian, et émit un léger hochement de tête pour saluer Scorpius, qui l'ignora.
"Tu sais que la même nourriture est servie à la table des Serpentards et des Gryffondors ?" dit-il à son frère, en passant son bras autour des hanches de la jeune fille qui gloussa de plaisir. "Inutile d'envahir notre espace, même si notre table est plus agréable.
- C'est maladif chez toi, tu ne peux pas t'empêcher de raconter des conneries," répliqua Albus avec tant de calme et d'indifférence que Scorpius ne put réprimer un sourire.
- Et bien, et bien," dit doucement James donc les lèvres suaves dessinées une moue déçue. "Moi qui voulait te souhaiter bonne chance pour les essais de Serpentards de cette après-midi. Je regrette de mettre inquiété pour toi.
- Tu t'inquiétais pour moi ?" demande Albus en haussant les sourcils.
"Non pas vraiment," avoua James, un sourire béant sur le visage. "Je voulais juste te dire qu'il fallait réunir tous les capitaines pour une réunion ce soir afin de faire le planning des entrainements. Oh et aussi te dire que j'avais déjà réservé le terrain pour un entrainement juste après tes essais. Donc si tu pouvais ne pas monopoliser indéfiniment le terrain cette après-midi cela m'arrangerait…"
Albus sentait ses nerfs se contracter tandis qu'il essayait de ne pas montrer à quel point le discours de son frère l'irritait.
"Quoique tu vas avoir du mal à trouver une équipe digne de ce nom parmi tes serpents. Je pense que Briani et compagnie seront dans l'équipe à nouveau mais où penses-tu dénicher un bon attrapeur ?"
Albus se redressa et posa son corps contre le dossier, jaugeant son frère, et annonça d'une voix claire :
"J'en ai déjà un en vue.
- Vraiment ?" demanda James intéressé, lâchant la taille de sa compagne. "Et qui donc ?
- Scorpius.
-Quoi ?" sursauta Malfoy qui s'intéressa enfin à la conversation. Il regarda Albus comme si celui-ci avait perdu la raison. Il lui avait pourtant dit qu'il ne voulait pas faire partie de l'équipe !
"Tu vas faire les essais de Quidditch ?" s'exclama Dorian derrière lui.
Scorpius se tourna pour lui dire la vérité mais en voyant son visage, sa gorge se noua. Son ami était fier de lui.
"C'est génial !" continua Dorian en attrapant le bras de son ami. "Tu es excellent sur un balai ! Je ne pensais pas que tu le ferais, tu me surprends vraiment !
- Et moi donc…" céda Scorpius en souriant faussement. Mais il ne tarda pas à lancer un regard noir à Albus dont le sourire malicieux et ravi lui tapait sur les nerfs. Il était pris au piège. Il leva les yeux vers le plus âgé des Potter et se rendit compte que celui-ci le regardait.
"Comme c'est intéressant…" dit James dont les yeux avaient un éclat que Scorpius avait appris à détester. "Et bien bonne chance pour cette après-midi Malfoy."
Il se tourna vers son frère. "Toi aussi Al."
Il quitta la grande salle, Elisa sur ses talons, visiblement oubliée dans l'esprit du Capitaine de Gryffondor.
"Ton frère a de bons côtés Potter, mais il n'a aucun respect pour les femmes" dit Dorian en rajoutant trois sucres dans son café qui en contenait déjà deux.
"Il n'a aucun respect pour personne", renchérit Albus avec indifférence.
"Il ne couche jamais avec la même deux fois en tout cas."
Albus, qui avait porté son bol à ses lèvres, s'étouffa avec son chocolat au lait.
" Ça, tu vois j'aurais préféré ne pas le savoir !
- Alors tu ferais mieux de lui dire d'être plus discret," insista Dorian, qui s'amusait beaucoup de voir le rouge montait aux joues du jeune Potter. "Quoique ce sont les filles qui font du bruit, pas lui.
- Ok c'est bon," dit Albus en se levant.
"Où est-ce que tu vas ?" demanda Scorpius en regardant le garçon quitter maladroitement le banc.
" Je vais vomir et ensuite je vais en cours," déclara-il en prenant son sac.
Scorpius se leva en vitesse à son tour, en lançant un coup d'œil à Dorian qui voulait dire « c'est pas malin !», avant de suivre Albus dans l'allée centrale.
Dorian, fier de lui-même et souriant, se beurra une nouvelle tartine.
Fin du Chapitre 10
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