Musique d'écriture : Dark Paradise - Lana del Rey


Chapitre 12 : Le Corps Malmené

Scorpius se mordilla la lèvre nerveusement alors qu'il arrivait devant la Salle sur Demande, à l'heure indiquée sur le billet que James lui avait laissé. Il avait abandonné Albus dans la bibliothèque, promettant d'être de retour pour le dîner.

C'était la dernière fois, il le lui avait promis. Mais tandis qu'il avançait dans ce couloir sombre, détestant le seul bruit de ses pas qui résonnaient sur les pierres froides et dans le noir, Scorpius sentit une sensation désagréable au creux de son estomac : la peur des conséquences.

Cacher les choses plutôt que se rebeller, plutôt qu'affronter, avait toujours été plus facile pour lui, ou plutôt cela s'accordait à sa nature. Et ce soir pourtant, il devait apprendre à refuser, à dire non, et se retrouver face à la colère d'un homme plus fort que lui, et cela seul, sans Dorian, sans Albus. Car aucun d'eux ne devait savoir.

Il tourna à l'angle, ralentissant le pas, et s'arrêta quand il aperçut James, qui se tenait devant la porte invisible de tous. Il fixait le mur, impassible. L'instant où il porta ses yeux sur le sol, il sembla triste. Scorpius ne sut pourquoi, mais cela lui donna la nausée, non de dégoût, mais d'absurde.

Il avança vers Potter. Au son de sa marche, celui-ci leva son regard, toute trace de mélancolie envolée. Il souriait. Et Scorpius détestait cela.

Potter sembla l'étudier un moment, et une lueur féroce se forma dans ses yeux, si vive que le jeune Malfoy eut envie de fuir. Un bruit traînant et rocailleux se fit entendre, et le mur du 7ᵉ étage se troubla, glissa, et se transforma en une porte secrète si connue des deux amants.

Quand ils pénétrèrent dans la salle magique, Scorpius eut un mouvement de recul. La pièce ressemblait tant à la salle commune des Gryffondor qu'il eut un instant peur d'être surpris par un des élèves en compagnie de James. Les tableaux différaient, le canapé était plus élimé et, surtout, la pièce n'était pas en désordre contrairement aux appartements des Lions.

Il sentit des doigts brûlants écarter ses cheveux, libérer sa nuque. Des lèvres se posèrent sur sa gorge. Les mains se frayèrent un passage sous ses bras, entourant ses hanches. Il fut plaqué contre une poitrine dure. Il sentit les lèvres de James sur sa tempe, puis descendre doucement sur son cou. Des doigts tiraient sur ses cheveux, et la bouche embrassait la peau dénudée au-dessus du col de sa chemise.

« Cela aurait été notre décor, murmura James en le serrant plus fort contre lui, si je n'étais pas si en colère contre toi... »

Dans un tourbillon, la pièce perdit son aspect emprunté et garni. Les tapisseries rouges glissèrent des murs pour disparaître, les flammes s'éteignirent quand la cheminée se désintégra, le parquet s'étira, enfla, puis s'évanouit en poussière, laissant le sol nu et la pierre apparente. Les murs aussi prirent le reflet grisâtre des briques du château.

Au milieu de cette salle vide et froide trônait une chaise de bois, grossière, sans artifice.

La gorge de Scorpius se serra. Il se libéra de l'étreinte de James et se tourna vers lui, effrayé. L'homme qui le regardait lui fit peur ; son œil était trop sombre et sa bouche amère.

« C'est pour ce que tu as dit l'autre soir. C'est pour nous avoir insultés. Tu n'as donc rien appris… Je pensais que tu avais compris que tu n'avais aucun droit de nous mépriser. Pour qui tu te prends… ? »

Ses doigts s'enfonçaient dans la chair de ses bras, jusqu'à lui faire mal.

Scorpius se dégagea et recula, secouant la tête. Non, il ne voulait pas cela ainsi. L'idée de se trouver sur cette chaise lui donnait la nausée. Il aurait préféré que Potter le roue de coups plutôt que de subir cela. James s'approchait de lui, le dominant de sa stature, plus grande et bien plus forte.

« Ne parle plus de nous ainsi, » râla-t-il dans un souffle brûlant, si proche de son visage qu'il lui caressait les joues.

Puis il embrassa brutalement Scorpius, l'enserrant dans ses bras puissants, l'attirant, le portant presque, jusqu'à la chaise.


Irrité, Albus releva à nouveau son regard vers la pendule de la Grande Salle. Scorpius était en retard. Plus qu'en retard, en fait, il avait raté le dîner. Il l'avait quitté à la sortie de la bibliothèque, une excuse silencieuse dans son regard alors qu'il s'éloignait vers un lieu où Potter n'avait apparemment pas sa place. Et la grande aiguille de l'horloge de la bibliothèque avait fait défiler les minutes comme une moquerie incessante, lui rappelant qu'il ignorait où Scorpius passait ce temps si précieux, ni avec qui…

Fatigué d'écraser avec sa fourchette la nourriture qu'il n'avait pu avaler, Albus lâcha son couvert, qui atterrit lourdement sur le bois avant de tomber à terre. Ne faisant aucun geste pour le ramasser, il se leva de son siège, repoussant le banc en bousculant quelque peu les élèves qui y étaient assis, puis traversa l'allée de la Grande Salle.

Alors qu'il franchissait la porte, ses yeux se posèrent sur le jeune garçon aux cheveux blonds qui descendait les escaliers. Celui-ci semblait essoufflé. Ses joues étaient empourprées, ses cheveux emmêlés, et ses lèvres rouges et gonflées comme après un lourd baiser. Albus ne sut pourquoi, mais son apparence l'écœura.

«Tu es en retard.
— Je sais, désolé.
— Ok, laisse tomber,» répliqua-t-il, amer. «Tu as vu James ? Lui aussi est en retard. On devait se voir ce soir pour le Quidditch après le dîner.
— Non.»

Scorpius rougit et son regard ne rencontrait pas les yeux d'Albus.

«Tu as couru ?
— Non, pourquoi ?
— Tes joues sont roses et tes cheveux sont un peu humides,» dit Albus en passant les doigts sous les cheveux de Scorpius, effleurant sa nuque.

Celui-ci se raidit et tenta d'échapper à sa main d'un mouvement sec.
« Pardon…» Potter hésita un instant et demanda : «Tout s'est passé comme tu voulais ?»

Scorpius se retint de baisser les yeux. Il n'avait rien à répondre. Il n'avait pas pensé rester aussi longtemps dans la Salle sur Demande, mais James n'avait pas voulu le laisser partir.

James avait fini par céder à sa panique honteuse et avait abandonné l'idée de le prendre comme une poupée de chiffon, à cheval sur une chaise de bois bancale.

Il l'avait couché sur un lit de coussins de plumes écarlates et lui avait fait l'amour deux fois ce soir-là, l'écrasant de son corps contre le sol moelleux et improvisé, imprimant la marque de ses doigts dans ses côtés fragiles.

Quand ce fut fini, quand James s'était retiré de lui et qu'il avait enfin ouvert les yeux, il avait voulu parler à Potter, surmonter la peur qui lui donnait des hauts-le-cœur et lui dire que c'était terminé.

Mais son regard avait croisé celui de son amant et, à nouveau, il avait cru y lire la tristesse qui lui avait paru si étrange un peu plus tôt. Elle fut rapidement remplacée par une lueur de colère brillante, si différente des lèvres douces qui se posèrent soudain sur les siennes. Il l'avait repoussé et avait désiré à nouveau lui parler, mais James lui avait froidement demandé de partir.

Et Scorpius n'avait pas hésité, attrapant les quelques vêtements qui lui avaient été retirés et s'habillant à la hâte, il avait quitté la pièce, laissant James assis sur leur lit de plume, le regard dans le vide.

Mais maintenant qu'il se trouvait devant Albus, il regrettait sa fuite. Car au fond, rien n'avait changé, n'est-ce pas ?

«Je vais au dortoir chercher mes cours. Rejoins-moi à la bibliothèque quand tu auras fini. D'accord ?»

Albus sentit la colère l'envahir alors que Scorpius changeait à nouveau de sujet, lui refusant toute réponse. Il fut sur le point de répliquer quand il aperçut James qui descendait le grand escalier, se dirigeant vers lui.

«C'est maintenant que tu te montres !» s'exclama-t-il devant la démarche relaxée de son frère. «Nous devons faire le planning des entraînements et des compétitions ! Qu'est-ce que tu fichais !?

— C'est bon, je suis là maintenant et ce que je faisais ne te regarde pas !»

Le ton était âpre, sans la teinte railleuse qui caractérisait tellement la voix du jeune homme. Une humeur sombre alourdissait ses traits.

«Tu as raison, répliqua Albus. Ce que tu fais avec la première garce venue ne me regarde pas, mais sois à l'heure.»

James eut un sourire mesquin, jaugeant son frère de haut en bas, méprisant, puis tourna les talons. Albus resta un instant figé à le regarder partir, surpris par sa froideur.

« Il vaut mieux que j'y aille», dit-il en se tournant vers Scorpius, qui se tenait toujours à ses côtés, le corps tendu. «La constitution du planning devrait prendre une heure tout au plus. Je te rejoins à la bibliothèque après.

— Bien », murmura Scorpius, qui fixait encore le sol, visiblement pressé de partir.

Albus le regarda remonter le Grand Escalier, conscient que les choses lui échappaient à nouveau. Mais il était lui-même en retard et rejoignit au pas de course la salle de classe donnée pour le rendez-vous des capitaines, talonnant James.

«Ah, les Potter, ravie que vous daigniez vous joindre à nous !» s'exclama Kate Davies, levant les yeux des parchemins où couraient quatre plumes d'encre.

Alors que les deux hommes s'approchaient de la table de réunion, la capitaine de Serdaigle arrêta les plumes d'un coup de baguette et leur tendit à chacun un planning sur parchemin.

«Nous avons commencé sans vous, après votre première demi-heure de retard.

— Parfait », s'exclama James en se laissant glisser sur une des chaises vides, «puisque les Serdaigles ne brillent pas sur le terrain, autant qu'ils servent à quelque chose. Gratter du papier vous va si bien.»

Kate lui fit un doigt que James accueillit d'un clin d'œil. Les joues rougies, Davies poursuivit, pointant sa baguette sur le calendrier que scrutait Albus :

« Le premier match sera Gryffondor contre Serpentard et aura lieu la semaine prochaine. C'est un galop d'essai en public qui ne compte pas pour le championnat. La semaine suivante, le match opposera les deux autres maisons. Les 3ème et 4ème matchs seront déterminés selon les vainqueurs des deux amicaux.

— Pourquoi nos équipes sont-elles les premières à concourir ?» demanda Albus en levant son regard sur la jeune fille aux yeux bruns et brillants. «Vous n'avez pas tiré au sort ?

— Nous aurions tiré au sort si vous n'aviez pas eu presque une heure de retard,» dit Reese Smith. «Mais puisque vous avez pris votre temps, nous nous sommes dit que vous étiez prêts et que vos équipes n'avaient pas besoin de deux semaines d'entraînement. C'est logique, non ?»

Agacé, Albus faillit répliquer, mais James le coupa :

«N'aie pas peur, petit frère, après tout, ce n'est qu'une rencontre amicale.

— Une rencontre amicale devant un public n'a rien d'amical quand cela vous concerne,» dit Smith en enfilant son écharpe rayée d'orange. «Essayez de garder les terrains praticables.

— Attendez, vous faites quoi là ?» s'exclama Albus en regardant les deux joueurs de Quidditch rassembler leurs affaires.

« On se tire, » dit Kate en attrapant son sac, suivant le capitaine de Poufsouffle.

« Nous avons fini. Si le planning ne vous plaît pas, faites-nous passer une note. »

Elle s'arrêta alors qu'elle passait à côté d'Albus :

« Félicitations pour ton poste de capitaine. J'ai hâte de jouer contre toi. »

Bien que le ton fût hautain, le sourire fut chaleureux et plein de promesses alors que la jeune fille aux cheveux noirs dévisageait le jeune Potter. Il garda le regard porté sur sa bouche rouge et pleine quand la main de Kate se posa délicatement sur son épaule, rassurante mais trop caressante pour être innocente, remontant lentement jusqu'à lui effleurer la nuque en passant.

« Charmant… » sourit Albus en suivant des yeux la jeune fille qui sortait de la pièce.

« Leurs équipes ne valent pas un clou, il faut bien qu'ils s'imposent quelque part. »

Albus se tourna vers son frère, se rendant compte que le jeune homme n'avait rien vu de son échange avec Kate.

« Ils pestent en coulisses et on les écrase sur le terrain. C'est de bonne guerre. » James étudia un instant le planning. « Le premier match Gryffondor contre Serpentard est dans une semaine… C'est court pour entraîner ton équipe, surtout avec un nouvel attrapeur. »

- Il sera prêt. Il a du talent.

- Hum. Qui aurait cru qu'il était aussi doué.

- Moi, je le savais.

- Encore faudrait-il qu'il ait envie de jouer, » dit James, arborant toujours son sourire méprisant. « Tu l'as forcé à passer les essais, n'est-ce pas ? »

« Il a tendance à vouloir s'isoler et je ne pense pas que cela soit bien. C'est mon ami et j'ai fait ce que je jugeais bon pour lui. Même si cela peut paraître égoïste, il est fait pour cette équipe et pour ce poste. »

« Ton ami... » répéta le garçon, grimaçant comme si le mot lui déplaisait. « Il a une manière particulière de le montrer. De mon point de vue, tu es plus son pantin qu'autre chose.

- Ton point de vue ne m'intéresse pas. Surtout concernant Malfoy. Tu le détestes depuis qu'il est arrivé à Poudlard. Mais tu ne sais rien sur nous. Alors garde tes remarques pour toi. Scorpius et moi, nous sommes bien ensemble et cela ne te regarde pas. » Il avait conscience que sa voix s'échauffait. Il plaidait trop fort, comme s'il voulait se convaincre lui-même. Il sentit la frustration glisser en lui comme les mots sur sa langue. Car Scorpius ne lui disait rien. Il était son ami, mais il ne lui disait rien, et cela rendait vraiment Potter malade, profondément écœuré. Mais il ne voulait pas que James sache cela. « Et même si, comme tu dis, je suis son pantin, il l'est aussi pour moi. »

James écarquilla les yeux à ces mots, et Albus continua : « C'est vrai, je l'ai obligé à jouer, parce que je voulais les meilleurs joueurs pour mon équipe. Je veux gagner. Pour cela, j'ai besoin de lui et il l'accepte. Scorpius et moi allons remporter la coupe cette année. »

« C'est un bel espoir, mais nous sommes meilleurs. Et puis… » Il se tourna vers son frère, passant la langue sur ses lèvres. « C'est toujours plus simple de gagner quand votre famille vous encourage depuis les tribunes de votre équipe. »

Albus se raidit, abasourdi, comme s'il découvrait son frère pour la première fois et détestait son reflet.

Le garçon qu'il avait toujours admiré, malgré leur rivalité, lui apparaissait sous une lumière nouvelle et effrayante, comme un insecte, monstrueux et cruel.

Lors de son premier match dans l'équipe de Serpentard, durant sa seconde année à Poudlard, Albus avait pleuré dans les vestiaires, quand il avait vu qu'aucun membre de sa famille n'avait daigné s'asseoir dans les gradins des Serpents. Ses yeux étaient encore rouges quand son père l'avait rejoint dans les coulisses pour le féliciter, malgré sa défaite. Il avait feint l'indifférence ce jour-là, mais pas assez pour convaincre Harry. Dès lors, c'était devenu une tradition, la venue du Grand Harry Potter dans les vestiaires, après chaque match, pour encourager les Serpentards. Un grand réconfort pour Albus, car personne d'autre ne venait.

« Alors tu sais. Tu sais à quel point ça me fait mal que maman refuse d'encourager mon équipe, que notre famille se ligue contre moi, simplement pour une tradition de Gryffondor.»

Albus avait crié, malgré lui. La colère enflait, désastreuse.

James déglutit et détourna les yeux de son frère, sombre. Le rouge lui montait aux joues. Albus ne sut dire si c'était de colère ou de honte. Il lui attrapa le col, le tirant vers lui pour qu'il le regarde, comme lorsqu'ils étaient enfants et que James faisait exprès de l'ignorer, jusqu'à le faire pleurer.

« Tu le sais et en plus tu t'en vantes ? Ça t'amuse de me faire ça ? »

D'un geste brusque, James se leva, repoussant son frère sur la chaise qui faillit basculer, et se dirigea vers la porte.

Sur le palier, il stoppa et dit d'une voix presque triste au garçon qui ne le regardait pas :

« Pardonne-moi. Mais tu ne peux pas tout avoir. »

Il ferma la porte derrière lui.


Arrivé dans le donjon des Serpentards, Scorpius se rendit directement dans la salle de bain, et n'enleva que ses chaussures qu'il lança à travers la pièce, avant d'ouvrir la porte de la douche et de tourner à fond le robinet d'eau froide. Il attrapa une brique de savon neuve, renouvelée constamment par les elfes de maison, et se mit à frotter sa peau et ses vêtements d'un rythme nerveux et saccadé.

Quand sa chemise et son pantalon furent lourds d'eau savonneuse, il les retira et les roula en boule sur le sol humide, puis frictionna sa peau et ses cheveux avec force. Quand l'eau froide commença à rendre sa tête douloureuse et à paralyser ses muscles, il se décida à sortir, s'enroula dans une serviette, laissant la boule de tissus dans un coin de la salle de bain, où les petits serviteurs de Poudlard finiraient par la trouver.

S'il s'écoutait, il jetterait tous les vêtements que James avait touchés.

Il s'habilla et attrapa ses livres de charme, de transfiguration et d'herbologie ainsi que des rouleaux de parchemin, les siens et ceux d'Albus, qu'il recopierait en attendant que celui-ci revienne de sa réunion.

Grâce à l'influence de Rose, Albus s'avançait souvent dans ses essais et devoirs, un grand avantage pour Scorpius qui préférait faire les choses à la dernière minute.

De toute façon, il n'avait aucune envie de réfléchir ce soir, simplement recopier les exercices serait suffisant. Il n'avait pas la force pour plus.

L'esprit vide et froid, les bras chargés, il s'engouffra dans les couloirs déjà obscurs qui menaient du donjon à la bibliothèque.

— Hé, fillette ! Tu te balades sans protecteur maintenant ?

À ces mots, Scorpius se raidit, anxieux, puis se détendit quand il aperçut l'auteur de la réplique. Il soupira, exaspéré.

— Oh, pitié, Goyle, passe ton chemin, j'ai eu ma dose de cons pour la journée.

Il tenta de passer à côté de Kyle, le contournant, mais celui-ci imposa une main lourde sur les livres que Scorpius tenait contre lui, les projetant à terre. Le garçon regarda les volumes et parchemins étalés sur le sol, et jeta un regard noir à Goyle dont le sourire mesquin envahissait le visage bouffi.

— Vas-y, ramasse-les, susurra-t-il en haussant innocemment des épaules.

Scorpius le jaugea avec mépris, refusant de s'abaisser devant le garçon au sang pur et de se retrouver à ses pieds. Malgré son cœur palpitant, son visage restait calme et il porta une main assurée à sa poche. Goyle aperçut son geste et lui attrapa brusquement le poignet, lui tordant le bras jusqu'à lui faire lâcher la baguette qu'il venait de saisir.

— Non, pas comme ça, grinça-t-il, serrant toujours le poignet de Malfoy qui serrait les dents de douleur, refusant de gémir. Mets-toi à genoux et ramasse-les.

La pression sur son bras était si forte que Scorpius faillit tomber à genoux et, sentant ses jambes fléchir, il asséna un coup de pied dans le tibia de Kyle, qui le lâcha. Malfoy profita de ce moment pour courir, mais on agrippa ses cheveux et il fut projeté en arrière, perdant presque l'équilibre, une main contre le mur. Goyle lui barrait le passage.

— Toi et moi, nous avons une affaire à régler, non ? Tu as insulté ma mère, non ? Une chienne, c'est ce que tu as dit ?

Scorpius sentit sa respiration s'accélérer, alors qu'il scrutait discrètement le couloir de droite à gauche, cherchant une échappatoire, ou des sons de pas qui approcheraient. Le couvre-feu n'avait pas sonné, les couloirs ne pouvaient rester vides très longtemps...

— Quoi ? Qui attends-tu ? demanda Goyle en s'approchant doucement de lui, imposant. Tu veux appeler à l'aide, c'est ça ? Vas-y, crie, appelle Potter !

Il ricana devant la colère de Scorpius.

— T'as besoin de l'aide de cette famille pour te défendre, comme ton père ! Tu es un lâche, tout comme lui !

— Fais attention, Goyle…

— Il devrait être à Azkaban avec le reste des Mangemorts. Mais le Grand Potter a témoigné pour lui. C'est pitoyable, mais ça lui a sauvé la peau et il a pu engendrer une catin comme toi !

Scorpius plongea sur lui, fou de rage, mais se retrouva sans mal plaqué contre le mur opposé, la pierre froide s'enfonçant dans son crâne et son dos. Sa tête vibra et, un instant, il ne vit plus. Il serra la mâchoire, étouffant le cri de douleur qui menaçait d'échapper de ses lèvres, quand la main de Goyle serra sa gorge, l'autre appuyait douloureusement sur son épaule, écrasant l'os.

À demi-assommé, il tenta de voir à nouveau.

Le souffle haletant et humide de l'homme était sur son visage et une odeur piquante de transpiration lui parvint. Il aperçut, à travers un voile, le sourire malsain et haineux sur le visage si proche du sien qui le scrutait. Il lui faisait mal.

— Regarde-toi, si facilement soumis, si faible, ricana gravement Goyle, alors que ses doigts s'enfonçaient dans la peau tendre. Où est-elle, cette arrogance des Malfoy, maintenant que tu te retrouves entre mes mains ? Demande-moi de te lâcher. Supplies-moi, Malfoy.

La vue lui revint enfin, et il reconnut la lueur dans les yeux de son assaillant. Il la connaissait, cette étincelle perverse qui rétrécissait sa pupille.

Le désir. Ce cruel, violent et pathétique désir que Malfoy avait appris à détester, c'était ce qu'il voyait dans les yeux de Kyle.

Instinctivement, Scorpius posa les mains sur les côtés du garçon, le repoussant doucement, descendit et effleura ses hanches. À ce contact, Goyle déglutit péniblement, trembla et Scorpius sentit l'érection du jeune homme grossir contre sa cuisse. La nausée lui vint aux lèvres, mais il ne montra pas son dégoût. Doucement, il monta une main vers le visage de son agresseur, effleurant sa joue du bout des doigts. Goyle sursauta au contact de la main froide, et se calma, acceptant la caresse.

"C'est ce que tu veux, alors viens", semblaient dire les yeux de Malfoy.

Scorpius enserra le visage de Kyle dans ses mains et le tira vers lui, et l'étreinte sur son cou se fit moins forte.

Malfoy attendit et, alors que le garçon se penchait sur lui pour l'embrasser, il tourna le visage qui se trouvait dans ses mains et planta ses dents dans la joue molle.

Le goût du sang emplit sa bouche alors que le cri de douleur du garçon lui ravissait les oreilles. Il garda les canines accrochées à la chair quand Goyle essaya de se dégager. La douleur ensuite, d'un genou qui le heurta au bas-ventre si violemment qu'il hurla à son tour, s'étouffant à moitié avec le sang qui avait glissé dans sa gorge. Il tomba à genoux et un coup de pied dans le ventre le fit rouler à terre. Il crut entendre des injures mais il ne parvint pas à comprendre.

Un coup à nouveau et Kyle l'allongea sur le dos, s'asseyant sur lui, l'étouffant, puis frappa. Scorpius se débattit. Mais pour un coup qu'il donnait, faible et maladroit, il en recevait trois. Il parvenait à protéger son visage, et les coups redoublaient sur ses côtes, à en faire craquer les os souples.

Les poings cessèrent de pleuvoir. Le silence. Seul le son de leurs respirations haletantes résonnait dans le couloir désert. Et au-dessus de ses bras en croix, Scorpius osa regarder le garçon qui le chevauchait, cet être grotesque et suant, aux bras trop musclés et au ventre gras qui reposait contre son propre ventre, l'écrasant. Il était pitoyable.

Et Malfoy se rendit compte qu'il n'avait pas peur. Malgré son corps vibrant de douleur, malgré la menace de cet homme plus fort qui le chevauchait, il n'avait pas peur. Il avait craint la souffrance, celle que James ou d'autres auraient pu lui donner, la perspective de coups portés sur son corps trop maigre l'avait effrayé.

Mais maintenant, il savait que cette douleur de la chair se supportait, plus que celle du cœur. Il n'avait plus peur. Malgré la douleur piquante dans ses côtés, il lui sembla qu'enfin il respirait mieux. Il sourit, et du sang coula de la commissure de sa lèvre, roulant dans le creux de son oreille. Goyle le regardait, le poing toujours levé au-dessus de son visage, essoufflé, la face rougie.

« Arrête de sourire, Malfoy, ou tu vas morfler encore plus !

— Vas-y. Cognes, Goyle ! C'est tout ce que tu auras de moi, il n'y a que comme ça que tu pourras me toucher. »

Il vit la grimace hideuse qui déforma le visage de Kyle et l'élan qu'il prit pour asséner son coup. Une douleur perçante se propagea dans son crâne, il sentit sa mâchoire se briser et fut aveuglé. Il crut entendre qu'on prononçait son nom, mais tout était noir maintenant.


À l'infirmerie de Poudlard…

On lui demandait d'ouvrir les yeux, mais quand il le fit, la lumière le fit souffrir. Tout était blanc, et la pièce sentait le linge humide et les onguents mentholés, une odeur insupportable. Les draps frais irritaient sa peau endolorie, et il lui sembla que respirer lui était difficile. On serra sa main et on lui parlait doucement.

Il aimait cette voix si profonde et douce. Il voulait l'entendre encore. Il se tourna vers sa provenance et ouvrit à nouveau les yeux.

Au milieu des ombres floues, il aperçut deux émeraudes brillantes et fixes. Se concentrant sur elles, il parvint à dessiner les contours du visage qui les possédait, ces yeux incomparables.

Albus était à ses côtés et ses doigts, qui serraient sa main, tremblaient. Il voulut sourire pour le rassurer, mais une douleur transperça sa mâchoire.

« Tu vois que je peux me défendre sans toi », articula-t-il pitoyablement.

Il le vit secouer la tête, sourire tristement, et il sentit sa main serrer plus fort la sienne. Il se sentait si faible. Ses yeux se fermaient déjà.

« C'est la potion qui te fait dormir. Madame Pomfresh te l'a donnée pour que tu n'aies pas mal. » Ses doigts glissaient sur son bras, rassurants. « Tu vas dormir, et quand tu te réveilleras, tu iras beaucoup mieux, tu verras. »

Potter se tourna vers la silhouette immobile près de la porte.

« James, tu peux prévenir Dorian ?

— Non, inutile », souffla Scorpius, mais le sommeil le gagnait. Dans le noir, il distingua une porte qu'on fermait et il s'endormit.

Fin du Chapitre 12


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