Musiques d'écriture :
Jealous Guy - The Weeknd (John Lennon)
Dans la douche, Albus chante : Gold Dust de Jonathan Jeremiah.
Chapitre 15 : À Vif
Albus ouvrit les yeux sur la nuit. Toujours la nuit. Il pouvait bien être 3h ou 6h du matin, il faisait toujours nuit dans les cachots. Impossible de voir filtre la moindre lueur sous le lac. Vers midi bien sûr l'eau verdâtre absorbait les rayons du soleil, qui la transperçaient de reflets jaunis, mais si tôt dans la lueur du matin, les dortoirs étaient plongés dans une obscurité profonde. Mais il n'était pas 7h00, car la symphonie des réveils n'avait pas commencé, cette suite insupportable de sonneries différentes, décalées et entrecoupées de silence, selon les habitudes des élèves et leur emploi du temps de la journée. Un tintamarre irritant, mais nécessaire. Pas de réveil avec le soleil, les réveils sont indispensables pour les Serpentards.
Albus avait toujours trouvé cela gênant de ne jamais voir le ciel. Les étoiles lui manquaient. Pourquoi avoir creusé la Chambre Commune des serpents dans les cachots? Ils étaient réputés être ambitieux, et celui qui veut ressentir pleine son ambition lève toujours les yeux vers les étoiles non?
Il attrapa sa baguette et murmura un sort de lumière, réduisant son intensité pour ne réveiller personne et regarda sa montre. 6h15. Une heure idéale pour profiter pleinement de la douche, sans craindre l'invasion de serpentards, encore assoupis. Il se redressa, repoussant les couvertures et s'assit sur le bord du lit, la tête dans les mains, les yeux clos.
Trop tôt, encore fatigué, mais dois prendre ma douche, trop de monde après, trop fatigué, veux dormir encore.
Les pensées classiques d'un jour de classe l'assaillaient. Il savait que dès le petit déjeuner englouti il serait prêt à affronter le monde, peut-être même à affronter deux ou trois Voldemort. Il pouffa à cette idée, glissa une de ses mains contre le bois de son lit, et tapa trois fois. Un simple acte de protection enseigné par sa grand-mère. Touche du bois trois fois pour conjurer le sort.
Superstition, mais si cela pouvait lui permettre de ne jamais vivre la Grande Guerre, il aurait volontiers râpé sa main à vif sur le bois. Il entendit qu'on frappait trois coups et il leva la tête vers le lit à côté du sien. Scorpius, encore allongé sur le ventre sous les couvertures, la joue collée à l'oreiller, l'œil à demi clos, avait lui aussi tapé sur le bois, un petit sourire aux lèvres. Il le lui rendit.
Malfoy se racla légèrement la gorge.
- Tu essaies de te protéger contre quoi? demanda-t-il d'une voix enrouée, encore endormie.
- Une connerie.
- Ah.»
Il leva légèrement la tête et continua:
«T'as raison, on est jamais à l'abri de la connerie. Surtout celle des autres.»
Il se repoussa du matelas avec ses deux bras, la couette glissant sur son dos et resta assis sur ses talons, les mains sur l'oreiller, comme un chat prêt à s'étirer. Il n'était pas encore vraiment réveillé, Albus s'en rendit compte quand il le vit descendre du lit et tituber sur ses jambes fines, mal assurées, les cheveux lui tombant devant le visage. Potter pouffa.
« Un alcoolique marcherait plus droit que toi.
- La ferme. Toi non plus, t'es pas du matin,» rétorqua Malfoy en se dirigeant vers les douches.
Albus n'allait pas le contredire. Il se serait bien remis au lit sous la couette chaude. Et il avait froid aux pieds en plus...Il suivit son ami, mais celui-ci avait déjà disparu dans l'une des douches. Il s'y engouffra lui-même et ouvrit les robinets, trouvant une température idéale, presque brulante.
Ce matin, il s'était réveillé en rêvant du match de samedi. Son premier match en tant que Capitaine. Son premier match depuis qu'il avait reçu sa lettre de nomination. Dès lors il avait rêvé de la victoire. Le match de samedi serait une rencontre amicale, certes, mais contre son frère. Il pouvait gagner, il le savait. Au bout d'une dizaine de minutes, alors qu'il rinçait ses cheveux, il se laissa aller à ses rêveries.
«You are the gold dust, you are the you and us. » Il prit des bouchées d'eau de douche et se gargarisa bruyamment la gorge avant de recommencer à chanter de plus belle. « You are the sunrise, the love of my life. »
- Potter.
Albus ferma rapidement l'eau en entendant Scorpius l'appeler de l'autre côté de la porte.
- Ouais, dit-il, essuyant les gouttes qui ruisselaient sur son visage.
- C'est toi qui chantes une chanson d'amour sous la douche ?
-… non.
- T'avais oublié que t'étais pas tout seul c'est ça ?
-… oui.
Il entendit Scorpius qui s'éloignait en ricanant, et il ralluma la douche, mais il savait que son humiliation n'était pas terminée.
S'enroulant la taille d'une grande serviette, il sortit pour rejoindre Scorpius devant les lavabos, s'attendant à quelques remarques railleuses de sa part. Il trouva le garçon penché sur la pointe des pieds vers le miroir, occupé à passer minutieusement du crayon noir sous son œil gauche.
- Tu te maquilles. C'est une première. Ici en tout cas.
Sa voix était teintée de désapprobation.
- J'ai le teint blafard. Je ne veux pas donner une raison aux professeurs de se mettre du côté de madame Pomfresh. Elle serait trop contente de me remettre sur un lit d'hôpital. Donc j'ai mis du fard à joues, et du coup mes yeux faisaient fatigués donc... réaction en chaine. Et puis, j'en ai profité pour masquer les traces sur mon cou. Regarde !
- Ah.
Tout en se brossant les dents, Albus observait les produits qui trainaient sur le bord du lavabo. Il reconnut du rouge à lèvres, du mascara, un crayon noir, un truc qu'utilisait sa sœur aussi, pour peindre la paupière d'un trait.
Il détourna les yeux et continua son brossage. Il se demanda s'il devait se peigner aujourd'hui. Il aimait bien l'effet produit par la douche et il ne retrouverait pas ça avec du gel. Il tourna sa tête de gauche à droite. Non, décidément, le peigne ne serait pas une option aujourd'hui. Il cracha, nettoyer la brosse à dents et prit une serviette pour sécher son visage.
-Verdict? demanda Scorpius, derrière lui.
Albus se retourna et se figea devant le garçon. Il déglutit, inspira tout en se séchant les mains et posa la serviette sur le rebord du lavabo, cherchant ses mots.
Qu'avait-il à dire? Scorpius était sublime. Le rouge à lèvres était à peine plus foncé que la couleur naturelle de ses lèvres. Ses yeux étaient soulignés au-dessus et en dessous par deux traits noirs, et un mascara noir intensifier son regard. Rien d'extravagant, mais sous les effets sombres, le gris bleu de ses yeux illuminaient son visage, déjà encadré par la cascade de ses cheveux blonds qui tombait sur ses épaules, la courbe de ses lèvres était accentuée, et sa bouche attirait irrésistiblement le regard.
Oui il était sublime. Mais Albus n'aimait pas cela. Il ne voulait pas que Scorpius ressemble aux photos qu'il avait vues dans les magazines, il ne voulait pas le voir ainsi à Poudlard. Son cœur se serra.
«Je... je ne suis pas sûr que ça passe avec les autres.»
Scorpius parut surpris, et son visage s'assombrit.
Albus continua : «Enfin, tu attires déjà assez l'attention comme ça, même si tu ne la demandes pas alors...
- Attends », le coupa Scorpius en reculant d'un pas, troublé. «Je t'ai demandé si tu aimais, pas ce qu'en penseraient les autres.
- J'aime bien les deux. Sans maquillage aussi,» insista Albus. «Et c'est plus classique... pour un garçon.
Scorpius se mordilla la lèvre, expira bruyamment et se tourna vers le miroir. Il s'appuya sur l'acrylique du lavabo, scrutant son reflet.
- Moi, j'aime bien comme ça», finit-il par dire, hautain. Et il quitta la salle de bain, emportant la trousse.
- Super... murmura Albus quand la porte claqua.
Il détestait déjà cette journée.
Albus avait eu raison de s'inquiéter. L'arrivée dans la salle commune des Serpentards lui confirma la suite de la journée. A peine les yeux se posèrent sur Scorpius que des chuchotements se firent entendre. Les filles principalement. Hélèna Cray, petite peste parmi les serpents s'était penchée à l'oreille de son amie pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille et la jeune fille avait à son tour regardé Scorpius en ricanant.
Rien d'étonnant pour le moment, les femmes étaient souvent jalouses de Scorpius. À tort d'une certaine façon, la physique du garçon n'avait pas bouleversé pour toujours les appartenances sexuelles des élèves de Poudlard! C'est du moins ce qu'Albus pensait jusqu'à ce qu'il vit Aaron Briani, son propre batteur de Serpentard, déglutir péniblement à la vue du jeune Malfoy. Faisant mine d'ignorer ce qui troublait son ami, Albus le salua, lança deux ou trois mots sur le prochain entrainement et ensemble ils suivirent Scorpius qui sortait de la Chambre Commune.
Potter l'observait du coin de l'œil. Quelque chose avait changé. Une insolence nouvelle émanait de lui. Il regardait les gens qui l'entouraient avec hauteur, mais sans émotion, une parfaite indifférence, ce qui conférait à ses mouvements une grâce particulière. Il ne semblait ne plus vouloir s'effacer parmi les autres élèves.
Albus était le premier à savoir que cela était de toute façon un échec. Mais maintenant, Scorpius semblait libéré. Et Albus se demanda de quoi.
Qu'est-ce qui avait changé depuis hier? Certes, il y avait eu l'histoire avec Kyle Goyle et son séjour alité. Et puis cette autre chose... pour laquelle Malfoy disparaissait. Cette chose qu'il avait refusé de lui révéler. Était-ce réellement terminer, comme il le lui avait dit ?
Ils croisèrent un groupe de sixième année dans le couloir et instinctivement Albus se serra contre Malfoy qui ignora superbement leurs regards lascifs.
- Tu pourrais mettre ton pull faute de mettre ta robe, dit Albus en jetant un coup d'œil sur les vêtements que Scorpius portait négligemment sur son bras.
- Pourquoi ? Il ne fait pas froid.
- Il a raison, l'automne est doux, ajouta Aaron, moi non plus je ne porte pas la robe. Tu parles d'une horreur en plus. Fringue de sorcier à la con…
Mais Albus n'écoutait pas, il observait Malfoy, sa cravate verte desserrée et sa chemise retroussée et soupira alors qu'ils pénétraient dans la grande Salle.
Quand Dorian aperçut Scorpius, il haussa les sourcils puis sourit. Il gratifia l'entrée de Malfoy d'un clin d'œil et lui désigna des places libres à ses côtés à la table des Gryffondor à côté de Nicolas Greengrass. Le cousin de Scorpius tenait la jolie Sally par la main, tandis que Lily leur montrait un « communicateur de musiques tactile » comme celle-ci avait appelé la chose qu'elle tenait dans sa main. Une manière détournée de dire qu'elle se vantait de son nouvel Iphone devant des enfants de Sang Pur qui n'avaient aucune idée de la révélation technologique de ce produit moldu.
- Très joli, souffla Dorian quand Scorpius s'assit à ses côtés.
- Merci. » Il jeta un coup d'œil vers Albus et ajouta : « apparemment tout le monde n'aime pas.
- Ou tout le monde aime trop,» répliqua Albus en esquissant le même faux sourire vers Scorpius.
- Plutôt discret, dit Dorian en écartant une mèche du visage de Scorpius qu'il plaça derrière son oreille. J'ai vu bien pire.
Albus se demanda ce que pire pouvait bien signifiait alors qu'au bout de la table de Gryffondor, un type qu'il ne connaissait pas donna un coup de coude dans les côtes de Ross Finnigan en lui montrant Malfoy. Ross porta un œil méprisant sur Scorpius, un sourire mesquin sur son visage disgracieux.
- C'est bizarre quand même, s'enquit Aaron, les hormones dans cette salle à manger sont en ébullition… comme quand Sophia Creevey est passée du bonnet B au D en sixième année.
- C'est surtout qu'elle n'avait pas mis de sous-tif sous sa chemise blanche… OUCH ! dit Nicolas et arracha sa main de celle de Sally pour échapper aux ongles qu'elle avait plantés dans sa peau.
- Elle est où d'ailleurs Sophia ?, demanda Aaron en scrutant la table des Poufsouffles.
- T'es con ou quoi ? dit Albus en attrapant un toast. Elle a fini Poudlard en juillet dernier.
- Et merde, mon rayon de soleil !
- À la puberté ! » dit Dorian en portant un toast avec sa tasse de café, « et à l'exploration complète et nouvelle de notre sexualité qui fait que deux bouts de seins - ou dans le cas présent deux coups de crayon noir - font tourner à la tête à tous les adolescents.
- Sympa… » grinça Scorpius et Dorian approcha sa tasse de la sienne. « Non, je ne trinquerai pas à ça.
- T'es pas drôle le matin », bouda Nott, mais Malfoy l'ignora, regardant du coin de l'œil la mine agacée d'Albus.
Voir le jeune garçon ainsi énervé l'humiliait. Sa réaction dans la salle de bain était vexante.
Mais son refus à présent de le regarder et sa mine renfrognée devant son apparence propageaient une onde de honte dans le corps de Scorpius. Il se mordilla la lèvre et détourna les yeux, attrapa son pull et le passa, croisant ses bras. Il n'avait pas froid, mais il se sentait ridicule. Il baissa la tête et laissa ses cheveux tomber devant son visage.
Qu'avait-il espéré? Qu'Albus le regarde avec le même désir que celui qu'il portait à Kate Davies et son jean serré? C'était ridicule. Il était désiré par beaucoup, sauf par celui dont il voulait le regard.
Il ne réussit pas à avaler quoique ce soit et se rabattit sur une grande tasse de café qu'il enserra de ses doigts pour les réchauffer.
Un bruissement d'ailes attira les regards. Scorpius garda les yeux rivés sur le liquide noir pendant que des colis tombaient des serres des dizaines d'hiboux qui envahissaient le Grande Salle.
Du coin de l'œil, il aperçut une lettre cachetée tomber près de Dorian, qui ne fit aucun geste pour la prendre. Ils connaissaient tous deux ce sceau. La mine de Dorian s'assombrit.
« Il veut que je revienne habiter chez lui. ».
Il parlait de son père, Scorpius le savait. Il attendit que Nott parle davantage, mais il n'en fit rien.
- C'est idiot, ta maison c'est Poudlard et après ton examen final, tu auras ton propre appartement.
- Disons qu'il veut s'approprier mes vacances.
- Mais…
- Mon Grand-père est malade, expliqua Dorian et ses yeux trahissaient plus l'agacement que la compassion. Mon père a peur.
- Peur de quoi ?
Albus avait parlé. Il rougit instantanément, honteux de son intervention, convaincu d'avoir interrompu un échange où il n'avait pas sa place.
- De finir seul, dit-Dorian qui ne semblait pas offusqué. Il continua d'un ton lassé, presque méprisant. De perdre de la tête, ou de devoir avouer à mon grand-père et à lui-même que la famille n'est plus du tout ce qu'elle était. Il resserre les faibles liens que nous avons. Une illusion.
- J'adore t'avoir avec moi Dorian, mais tu devrais peut-être lui laisser une chance. Des fois ton père semble…
Il hésita.
- Devenir fou ? demanda Dorian.
Scorpius sentit son cœur se serrer. Oui c'était cela. Et Dorian semblait indifférent.
- C'est la solitude qui le rend comme ça.
- Ou sa lâcheté.» Le même mépris dans la voix du garçon. «Mais moi je suis censé faire quoi ? Le sauver de lui-même?
- C'est ton père, souffla Malfoy.
- Ca les bouffe, ce putain de souvenir de grandeur. Mais on ne peut pas leur en vouloir. Il parait qu'on était tous de prestigieuses familles. Il faut sortir de cette idée sinon elle vous ronge, comme pour mon père… et la plupart des familles de Mangemorts en fait.
Scorpius ne sut le contredire. Sa famille s'en sortait plus tôt bien quand il y pensait. Mais c'est parce qu'ils avaient gardé leur richesse. Beaucoup de possession de grandes familles, ayant servi Voldemort, avait été «redistribuées» en «compensation». Une partie de cet argent avait financé les hôpitaux pour les victimes de guerre. Les familles dépossédées avaient parfois du mal à admettre leur déchéance sociale, ou même la perte du statut et de l'estime de leur lignée. C'était le cas pour les Nott, qui s'accrochaient à une gloire passée. Sa mère était aussi un peu comme cela…
- Tu ne la liras pas ? demanda Scorpius.
- Pas tout de suite, dit Nott en se resservant une tasse de café. Sans sucre, noir, amer.
Scorpius regardait le profil d'Albus, ces longs cils qui prolongeaient son regard. Il semblait hors du temps et des choses, étrangers aux sons de la salle, pourtant bondée et bruyante. Soudain Malfoy voulut s'approcher, rentrer dans son espace, là où Potter semblait s'être réfugié, il voulait une place dans cet univers et chasser les ombres de contrariété qui marquaient le visage du garçon depuis ce matin.
Il tendit la main.
- Excuse-moi, entendit Scorpius derrière lui. Il sursauta et se retourna.
Une élève, de deuxième année sans doute, était campée dans son dos, accompagnée de deux amies, une qui semblait aussi extatique que la première et une autre, gênée, qui semblait prier pour se trouver ailleurs.
- heu voilà… nous sommes toutes les trois fans d'Adam Rice et enfin… il va bientôt faire son nouveau film c'est écrit ici !» Elle brandit soudain un people magazine devant le visage de Scorpius qui recula contre la table, effrayé par la jeune fille qui crispait ses doigts à la page où l'image animée montrait le jeune acteur se frayant un passage au milieu de groupies hystériques. « et heu… nous voulions lui souhaiter bonne chance pour le tournage et aussi lui dire que nous avions adoré son dernier film ! »
- Oui « La malédiction », c'est notre film préféré ! s'exclama la deuxième fille, d'une voix si stridente qu'une partie de la tablée de Gryffondor sursauta et Scorpius recula davantage vers Dorian qui fixait les jeunes filles comme si elles étaient des bêtes à cinq yeux.
Seul Albus ne bougeait pas. Il ne s'était pas retourné vers les jeunes filles, il ne semblait même pas écouter ce qu'elles disaient. Il semblait loin, insaisissable.
- Et nous aimerions savoir si, enfin si par hasard tu… Si tu avais son adresse personnelle ?
- Oui son adresse personnelle !
Scorpius sentit Albus se crisper à ses côtés et entendit clairement l'expiration agacée de son ami, de même qu'il sentit la colère monter dans son propre corps. Tout cela était grotesque.
- Scorpius, donne-leur l'adresse d'Adams Rice qu'elles s'en aillent ! intervint Briani.
- Je ne l'ai pas, dit Scorpius, avec plus d'agacement qu'il ne pensait mettre dans sa voix. Son timbre était clair et cinglant, il attira davantage de regards vers lui.
- Mais je croyais...
- Et bien tu t'es trompée. Pourquoi est-ce que j'aurais son adresse? Je me fiche d'Adams Rice. Maintenant, dégage ! Toi et tes folles, barrez-vous !
Les jeunes filles étaient pétrifiées. Il se retourna, les ignorant et attendit qu'elles partent. Il distingua leurs pas, leurs murmures courroucés et il crut bien entendre qu'on le traitait de «sale con ». La journée était vraiment délicieuse…
- Je ne sais pas si ça valait vraiment le coup, demanda Dorian en observant sa feuille de planning.
- Je t'avais dit que sortir la veille de la rentrée c'était une mauvaise idée !
- Oh tu te calmes, ce n'est pas moi qui ai pris cette photo. Je serais toi, j'accuserais la vraie responsable de la soirée: la bouteille de rhum. » Il se leva, et prit son sac. « En plus, Rice est un mec sympa. Il a couvert ma mise à la table de jeu. Et moi j'ai son adresse. »
Les regards se levèrent vers lui. Même Scorpius parut surpris.
Dorian hausse les épaules, innocent.
- Bah oui, pour lui rembourser la mise.
Ils arrivèrent au cours de charme les premiers, pour avoir les places du fond. C'est ce qu'ils faisaient toujours. Malgré ce que lui avait dit Potter, Scorpius était un peu stressé, car ils n'avaient toujours pas trouvé d'objet à enchanter pour leur devoir, notamment à cause de son séjour à l'hôpital. Teddy avait glissé à Albus qu'il ne demanderait pas le devoir tout de suite, qu'il n'y avait donc pas besoin de s'inquiéter, même si Rose avait pesté en disant que ce genre de traitement de faveur ne leur rendait pas service. Son opinion s'était adoucie quand elle avait vu l'état de Scorpius, inconscient sur le lit de l'infirmerie.
- Dernier cours de la journée, j'ai cru qu'on n'en finirait pas aujourd'hui, s'exclama Albus en se laissant tomber sur la chaise.
Le cours n'avait pas commencé, mais Scorpius feuilletait nerveusement son livre de charme.
- Et un miroir enchanté ? proposa-t-il soudain.
- Comme dans Blanche-Neige ?
- Blanche-Neige… ce n'est pas le conte de fées moldu où le prince est nécrophile.
- Il n'est pas nécrophile ! s'indigna Albus.
- Tu tomberais amoureux d'une femme étendue morte dans son cercueil ?
- Il l'aimait avant !
- … Avoue que c'est quand même bizarre.
Albus se mit à rire en secouant la tête.
« T'es pas croyable », murmura-t-il. Il prit une mèche de ses cheveux et la plaça dernière son oreille. Scorpius le regarda, surprit par sa tendresse et du sourire dessiné sur le visage du garçon.
Le premier sourire de la journée et Scorpius sentit son cœur se gonfler.
Un bruit près de la porte attira Albus et ses yeux s'assombrirent. Scorpius vit Goyle rentrer dans la classe avec Mulciber et Avery.
Goyle croisa son regard et Scorpius lui sourit gentiment, tout en se grattant doucement la joue. Un geste qui crispa Kyle qui portait encore de faibles marques bleues sur sa propre joue où Malfoy l'avait mordu.
« Les professeurs pensent que c'est lui qui t'a envoyé à l'infirmerie. dit Albus en regardant les serpentard. A cause de la morsure que tu as laissée dans sa joue. Tu lui as arraché de la chair.
- Et failli m'étouffer avec son sang si tu veux savoir. » Il sentit Albus se crisper à ses côtés.
« Comment il a justifié les traces de dents ?
- Il a dit qu'il avait été attaqué par le sinistros et qu'il avait réussi à lui échapper, mais que la bête lui avait mordu le visage.
- Le sinistros?
- C'est le chien noir qui porte malheur quand on le voit au fond des tasses de thé. » Albus sourit devant le regard incrédule de Scorpius. « Si tu avais potassé tes cours de troisième année en divinations, tu le saurais.
- On n'a pas tous eu Trelawnay en divinations en troisième année. » ironisa Scorpius. Il était nouveau à Poudlard, mais la réputation de la vieille folle de divination lui était rapidement venue aux oreilles. « Des tasses de thé? La divination concerne les étoiles principalement, pourquoi des tasses de thé?
- Excuse-nous de ne pas avoir eu des professeurs aussi incroyables que les tiens.
Scorpius se raidit à cela, et gémit lorsque ses muscles encore endoloris se contractèrent. Il espérait être totalement remis pour le match.
- Un chien? C'est vrai que j'ai les canines pointues... Mais il existe vraiment ce clebs?
- Non, c'est juste un symbole de mauvais présage. Goyle est encore plus débile que je ne le pensais. Mais vu la guigne que je vais lui donner après ce qu'il a fait, il va regretter de ne pas l'avoir vu le chien des enfers.
- Je t'ai dit que je préférais qu'on en reste là, dit Scorpius en appuyant ses doigts derrière sa nuque.
Son dos lui faisait encore mal. Les doigts d'Albus passèrent sous ses cheveux et remplacèrent les siens, caressants. Le cœur serré, Scorpius sentit des frissons délicieux le parcourir.
- Tu es censé être remis pour le match contre les Gryffondor," murmura Albus, ses doigts glissaient sous le col du garçon. "Je veux mon attrapeur en forme".
- Oui Capitaine, souffla Scorpius, les joues rougies.
Monsieur Lupin entra dans la classe, et les doigts d'Albus quittèrent sa peau. Le cours commença. L'avantage de partager une classe avec des Serdaigles c'était qu'il n'y avait jamais d'interrogation d'élèves au hasard, puisque les élèves de la maison bleue levaient sans arrêt la main pour répondre aux questions. Leur refuser ce droit était un véritable scandale. Ce qui permettait aux étudiants de se détendre ou encore de s'avancer sur un devoir de « défense contre les forces du mal », comme le faisait Albus. Il n'aurait pas le temps de le finir ce weekend.
Scorpius avait cessé de feuilleter son livre.
- Teddy est pas mal, dit-il, pensif.
- Teddy est ton cousin, répondit Albus en faisant courir sa plume sur le parchemin.
- Cousin éloigné. Je disais ça comme ça, t'énerve pas. Il a une élégance, celle des Black. Même si le côté Lupin a méchamment enlaidi ses traits. C'est vraiment dommage.
- Ce n'est pas très gentil ça.
- Je ne suis pas très gentil.
Albus s'arrêta un instant d'écrire, et tapota sur la table. Il hésita.
- Avec ce qu'il s'est passé, je n'ai pas eu le temps de t'en parler, mais... la raison pour laquelle tu t'absentais…
- C'est terminé, le coupa Scorpius.
- Mais tu ne me diras rien ?... » Scorpius gardait le silence. « Il y avait quelqu'un ? Dis-moi
simplement si c'était un garçon ou une fille.
- Pourquoi veux-tu savoir ça ? grimaça le garçon visiblement gêné.
- Je croyais qu'on était amis.
- Ce n'est pas en tant qu'amis que tu me demandes ça.
- Je ne vois pas pourquoi ça te gêne de m'en parler. Ce n'est pas comme si on était...
Scorpius expira, et se tourna vers Albus, le scrutant.
- Justement, nous sommes quoi?
Albus ouvrit la bouche, mais ne sut quoi dire et finit par détourner le regard.
- J'n'en sais rien, mais…
- Albus ! Le garçon sursauta. Teddy le regardait ainsi que la plupart des élèves. « Ça ne t'intéresse pas ce que je dis ?
- Heu si, si Monsieur Lupin.
- Vraiment ? Alors, lis-nous la suite de la page 56 du manuel sur le sortilège d'attraction. »
Heureusement que Scorpius avait un peu près suivi pour montrer le passage à Albus.
Après la lecture le garçon reprit son devoir, mais le cœur n'y était plus. Un silence lourd les enveloppait et aucun d'eux ne semblait vouloir le briser. Albus essayait de se concentrer sur son devoir, mais la plume menaçait de déchirer le papier à chaque lettre. Il avait lu un jour que la colère ne disparaissait pas, mais s'accumulait et qu'à un moment elle devait sortir d'une façon ou d'une autre.
Potter espérait qu'il pourrait la contenir jusqu'à samedi pour qu'il puisse l'exprimer à un moment utile.
Une oie en papier vola vers Scorpius. Un mot d'insulte, d'admiration ou un dessin lubrique, peu importait. Il y en avait eu toute la journée. Malfoy tendit la main, mais Albus la fit flamber en vol.
À nouveau, Lupin le rappela à l'ordre.
« On fait de la théorie pour ce cours Albus, range ta baguette. »
Albus l'ignora et reprit son écrit.
- C'était pas pour toi, dit Scorpius
- J'm'en fous. Ça devient un peu lourd.
- Ce n'est pas la première fois.
Depuis son arrivée, des lettres, il en avait reçu beaucoup de tous styles, plaisantes et déplaisantes. Il les avait de toute façon traités avec indifférence. Mais cela ne regardait pas Albus. Il n'avait jamais brûlé les lettres que les Potter-fanatiques lui envoyaient.
- La journée a quand même fait sauter les moyennes, répondit Abus presque méprisant.
- C'est pas moi qui ai un fan-club. Pourquoi ça t'énerve autant ?
- Parce que j'ai l'impression que tu l'as cherché !
Scorpius crut avoir mal entendu.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Un garçon ne se maquille pas.
Scorpius eut l'impression d'avoir été giflé. Son visage s'échauffa. Il déposa les mains à plat sur son livre. Et il se détestait, car les mots d'Albus lui faisaient mal et il ne supportait pas cela.
- La première fois qu'on s'est parlé, tu m'as dit que ça m'allait très bien.
Sa voix était pâle, faible.
Albus cessa d'écrire et plaqua sa plume sur le papier. Il passa sa langue sur sa lèvre supérieure comme s'il se concentrait pour garder son calme. Il se tourna vers Scorpius.
- Il ne s'agit pas de mon avis ici. Tu n'es pas en train de poser devant un photographe ou en sortie un vendredi soir. Tu es dans une école. Je ne comprends pas, qu'est ce qui a changé depuis hier? Le maquillage, l'attitude. Je croyais que tu voulais te faire oublier.
- J'ai essayé, et ça n'a pas marché.
- Pour que ça marche, il aurait fallu que tu saches te faire discret.
- Oh et me donner le poste d'attrapeur, c'est discret ça? Je n'ai pas cherché à me faire remarquer, pas par eux en tout cas...
- Je déteste tout ça, souffla Albus, et la colère était palpable dans sa voix.
- Ça quoi ?
- Tout ça ! Je n'aime pas l'image que ça donne de toi.
- Je n'ai rien demandé.
- Mais putain, tu as une réputation. On te voit sur les genoux d'un acteur, sans compter l'histoire avec Danilovitch et les photos du pont de Londres.
- Comment tu sais pour les photos du Pont de Londres ?
- Tout le monde les a vus, dit Albus, en haussant les épaules, presque gêné.
- Non, pas tout le monde. Ce sont les premières photos que j'ai faites et peu de gens les ont vus dans le monde des sorciers. T'es bien renseigné pour quelqu'un qui déteste les journaux ...
- Bon, on s'en fout, ce n'est pas ça le problème! Tu traines un passif, vrai ou non. Un joueur de Quidditch de renommé mondial! Avec ça, même les mecs que tu n'intéresses pas deviennent curieux. Merde, même Briani.
- C'est ça ton plus gros problème? Que ton pote amateur de grosse poitrine bave devant moi?
- Peut-être bien oui. J'aimerais que mon batteur se concentre sur le match et non sur tes fesses.
Scorpius serra les poings. Il sentait déjà les larmes de colère lui montaient aux yeux. Il détourna le regard.
- C'est dégueulasse ce que tu dis, souffla-t-il.
- Surtout, ne pleure pas, tu vas faire couler ton maquillage.
C'était trop. Scorpius ferma son livre et attrapa son sac.
« Qu'est-ce que tu fais? murmura Albus, plus décontenancé qu'il ne l'avait été quelques secondes plus tôt.
- Je change de place.
- Arrête ça! T'es ridicule. »
Albus le suppliait presque, mais Scorpius ne l'écoutait pas. Il ignora les regards, il quitta sa place du fond et prit place sur un siège dans la rangée du milieu sur une table à trois places vers les premiers rangs, aux côtés de Rose Weasley.
- Salut!
- Salut… répondit Rose, surprise de voir Scorpius placer ses affaires à sa table.
- ça te dérange si je m'installe à côté de toi?
- C'est fait non ? sourit-elle.
Scorpius lui rendit son sourire. Il aimait bien Rose.
Lupin se rendit compte que Scorpius avait changé de place, mais se décida à ne rien dire, Albus serait beaucoup plus concentrer sur son cours maintenant.
- Vous avez décidé de l'objet que vous allez charmer? demanda la jeune fille.
- Non pas vraiment, c'est ce que je cherche.
- Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas.
Scorpius sourit à nouveau. Il pensait en effet demander l'aide de Rose pour ce devoir. Albus n'avait pas été d'un grand soutien jusqu'ici.
- Un problème avec Al? demanda Rose en se tournant vers le fond de la salle, où Albus semblait fulminer en silence.
- Il est infecte.
- Je crois que c'est de la jalousie.
- Il n'a pas de raison d'être jaloux.
- Hum sans doute. Mais je crois que tu ne fais pas ressortir ses meilleurs côtés.
- Ah génial. C'est encore de ma faute ? Ça ne peut pas venir du Gentil Potter. Écoute Rose, je t'aime bien. Mais ça ne te regarde pas.
- Inutile de me sauter à la gorge. Tu me crois aveugle ?
Scorpius ne répondit pas, les yeux fixés sur le professeur, feignant d'écouter. Rose soupira.
"Je sais qu'Albus n'est pas quelqu'un de lisse. Il a une profondeur, quelque chose de plus sombre, qui fait qu'il s'attarde un peu trop sur ce qui est noir. Bien sûr il le cache, il l'a toujours caché. Même quand on était enfant, il essayait de cacher sa mélancolie, ça n'allait pas avec le style de la maison. Ici c'est pareil, il a pris l'habitude de feindre."
Elle fit une pause et Scorpius sentit son corps se tendre. Il ne se sentait pas prêt à entendre la suite.
"Mais Albus a une fascination pour ce qui est sombre, triste ou cassé. Il suffit de voir comment il te regarde. Il a toujours eu un vide à combler, quelque chose d'incomplet en lui. Et il a cru, à tort, que tu pourrais combler ce vide.
- Qu'est-ce que tu veux que je réponde à ça ?! lâcha-t-il sèchement.
Rose sembla hésiter un instant.
« Scorpius… Toi et Al. Ce n'est sain. Ça ne marchera pas. Je te dis les choses clairement, je n'aime pas le couple que vous formez. Albus s'est imaginé beaucoup de choses te concernant et je crois qu'il déchante. Dans un duo, il en faut un plus fort que l'autre. Il en faut un plus équilibré que l'autre. Pour le moment, Albus joue le rôle du stabilisateur, mais il est peut-être plus fragile que toi encore. Ça me brise le cœur de le voir tant se démener pour cacher cela à Poudlard et se battre d'autant plus pour cacher ton mal-être à toi. C'est épuisant pour lui.
- Je ne lui ai jamais rien de demandé !
- Je sais, c'est lui qui voulait te rencontrer. Il s'est imaginé que tu pourrais lui apprendre à être libre… Mais tu sembles avoir encore plus de chaines que lui. Vous auriez dû vous fuir l'un l'autre. Mais maintenant, il est trop tard.
- Alors je dois faire quoi ? Le laisser tranquille et m'éloigner ?
- Non. Mais sois un ami pour lui et seulement un ami. Là… tu prends trop de place.
- Je retire ce que j'ai dit Rose, je ne t'aime pas du tout.
- Je suis désolée.
Et son sourire mélancolique était charmant.
- Lui aussi, prend trop de place, murmura Scorpius.
Il entendit Rose expirer tristement.
- Je sais.
Fin du Chapitre 15
Dans le prochain chapitre, nous aurons une confrontation entre James et Albus...Et aussi entre Dorian et Scorpius...
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