Musique d'écriture : Mon Corps - Ariane Moffatt


Chapitre 16 : Folie à deux… ou trois.

La fin du cours arriva, trop tôt au goût de Scorpius. Il imita les autres élèves et se leva pour ranger ses affaires, ne sachant pas s'il devait sortir ou rejoindre Albus. Il ne savait pas quoi lui dire.

Il vit le garçon du coin de l'œil et fut presque rassurer de n'avoir pu eu à prendre l'initiative d'aller à sa rencontre.

« C'est bon? T'es calmé. »

Scorpius se crispa sous le ton aigre. S'il avait hésité à faire la paix, il venait de reconsidérer sa décision. Il ignora le garçon, plaçant son livre dans son sac.

Albus continua :
« Si tu ne veux plus me voir, il va falloir que tu développes ton réseau d'amis.

- Ça veut dire quoi ça?

- Je sais pas. On s'engueule et tu cours voir ma cousine. C'est un peu pitoyable non? »

Quand il vit le regard blessé de Malfoy, Albus perdit son air cynique.

« Excuse-moi », souffla-t-il. Mais le garçon ferma rapidement son sac et suivit les autres élèves hors de la salle de classe. « Scorpius! Attends. Attends je te dis! »

Il attrapa le bras de Malfoy et se figea devant le regard haineux que lui lança Scorpius.

- Rose a raison, murmura le garçon. Je ne fais vraiment ressortir le meilleur chez toi.

Malfoy le repoussa et sortit. Il entendit Albus l'appeler, mais il l'ignora et s'échappa par un couloir dérobé. Quand il crut s'être enfoncé suffisamment dans le château, les larmes se mirent à couler, et il se frotta les yeux pour les essuyer. Il regarda ses mains et des traces noires souillaient ses doigts.

« Et merde ! » grinça-t-il. Il se rappela la phrase moqueuse d'Albus. Il n'aurait pas dû pleurer les yeux maquillés.

Il entra dans des toilettes, et essaya d'enlever le maquillage. Il ne connaissait pas de sort pour cela et se frotta les yeux avec de l'eau et du savon. Ses yeux rougis lui faisaient mal et il les soigna avec un sort rapide pour les éraflures, espérant que cela marchera sur les irritations. Les picotements cessèrent. Il inspira plusieurs fois. Il voulait se calmer avant de sortir, il refusait de se remettre à pleurer. Il resta une bonne dizaine de minutes dans les toilettes, se maudissant pour sa faiblesse, réduit à se cacher pour ne pas chialer dans les couloirs.

Quand il fut sûr de pouvoir se contenir, il décida d'aller à la bibliothèque. Albus ne devait pas y être. Il n'avait pas envie de le voir.

Au détour d'un couloir, il fut tiré en arrière. On serrait son bras jusqu'à lui faire mal. Il se retourna vers son assaillant qui l'emmenait vers un couloir étroit.

- Oh pitié! grinça-t-il, maudissant l'univers. Lâche-moi Potter!

- Dépêche-toi, dit James. Avant que quelqu'un nous voie ensemble.

Il essaya par deux fois d'arracher sa main à la poigne de Potter, et quand il se dit qu'un coup de pied dans le genou marcherait mieux, il entendit qu'on venait du bout du couloir. Et il n'avait pas envie d'être vu avec James. Potter entendit les pas à son tour, ouvrit une porte et il les fit entrer dans une salle de classe vide. Il sortit sa baguette et Scorpius entendit la serrure cliqueter.

James se tourna vers lui. Ses cheveux bruns étaient ébouriffés, ces yeux cernés. Scorpius fut ravi de voir que la journée n'avait pas été pénible que pour lui seul.

Potter leva la main, montrant un papier froissé qu'il tenait entre deux doigts.

Le mot de Scorpius, celui qu'il avait envoyé sous la forme d'un oiseau.

- Qu'est-ce que tu veux dire?

- Tu ne sais pas lire?

- Si, putain, je sais lire merci, ça ne m'explique pas ce que tu as voulu dire!

- ... ce qu'il y a d'écrit ! insista Scorpius, comme s'il parlait à un enfant attardé.

James inspira, furieux, mais Malfoy n'avait pas peur. En fait, il ne ressentait rien. Il aurait presque envie de remercier Goyle pour cela.

- Tu as eu une semaine difficile," dit soudain Potter, comme s'il essayait de convaincre le garçon et de se persuader lui-même. "Tu n'as pas les idées claires.

- Rien à voir. Je pense ce que j'ai écrit. C'est fini James."

Potter le dévisagea, semblant indécis. Il mordillait nerveusement sa lèvre inférieure.

Une habitude qu'a aussi Albus, se dit Malfoy.

- Tu détestes ça, n'est-ce pas? demanda Potter, incertain.

Scorpius faillit éclater de rire, la désillusion de James lui semblait ridicule.

- James... tu te fous de moi?

- Depuis combien de temps tu couches avec moi? Presque deux mois?

Scorpius haussa les épaules. Il n'avait pas coché la date de leur première baise dans un calendrier…

- Alors pourquoi maintenant ? Tu aurais pu arrêter avant.

- Je ne me souviens pas avoir eu tellement le choix.

- Arrêtes ça, cracha-t-il. Tu aurais pu dire non.

- Ta mémoire est mauvaise. Tu as négocié la sécurité de Dorian contre une baise régulière.

James grimaça :

"Présenté comme ça... Un peu mélodramatique, non?"

Scorpius sentit la colère monter en lui en vagues furieuses. La façon qu'avaient les Potter de tourner toutes ses réactions en ridicule le rongeait. Ils lui donnaient l'impression d'être dément, démesuré.

À nouveau il se sentait humilié.

"Je m'en vais.

- Je n'ai pas fini," dit James en l'attrapant par le col, mais le garçon le repoussa.

- Moi j'ai fini! Je ne sais pas quel jeu tu joues James, mais j'en ai marre de ces conneries.

- Je ne joue à rien du tout.

- Oh pitié, arrêtes! Tu es en train de me dire que j'aurais pu arrêter n'importe quand?

Comme si on avait été tous les deux d'accord au départ?! T'es complètement dérangé, arrêtes de te donner le bon rôle.

- Je sais qu'au départ je t'ai fait du chantage…

- Du chantage? Tu m'as mis une putain de menace sur la tête!

- Je te voulais ! cria James. Et je t'aurai eu d'une autre façon si celle-ci n'avait pas marché. Mais, coup de bol pour moi, Dorian s'est fait amocher au bon moment, et par des amis. C'est dégueulasse, oui c'est vrai, mais j'ai saisi ma chance.

- Oh! Et tu n'as pas provoqué les événements bien sûr! Ni toi et ni ta bande de tarés?

- Comme si toi et Nott aviez besoin de moi pour vous faire casser la gueule! Tu vas dire que pour Goyle aussi c'était de ma faute?

Scorpius expira bruyamment, agacé.

- Tu me dégoûtes!

Il poussa James, et se dirigea vers la porte.

- C'est Albus ?

Scorpius l'ignora et attrapa la poignée, mais le verrou était mis. Il pesta et prit sa baguette dans sa poche, mais James la lui arracha de la main. Quand il voulut la récupérer, Potter le repoussa en arrière.

Il pointa la baguette sur le garçon.

- C'est Albus c'est ça?

Scorpius secouait la tête, la respiration saccadée.

- Laisse-moi partir!

- C'est à cause de lui que tu veux arrêter?!

- Ouvre la porte, James!

- Réponds-moi!

Scorpius inspira profondément, fixant James droit dans les yeux, supportant son regard.

- Ton frère est important pour moi... murmura Scorpius.

Soudain, James le poussa contre le mur, furieux. La pointe de la baguette s'enfonça dans sa gorge.

"Ferme-la!" dit-il et Malfoy pouvait sentir son souffle sur son visage. "Ne redis jamais ça! Tu ne mérites pas quelqu'un comme mon frère!"

Et ça faisait mal. Car c'était sans doute vrai. Albus et lui, c'était malsain. C'est ce que lui avait dit Rose, non?

- Il t'idéalise, continua James, mais dès qu'il aura compris qui tu es, il te dégagera de sa vie, et tu peux compter sur moi pour ne pas lui dépeindre ton plus beau portrait.

- Vas-y! Dis-lui! Là maintenant, tu peux tout lui raconter. Tu as de la chance, je ne suis pas dans une aura de sainteté aujourd'hui. Il sera sûrement d'accord avec tout ce que tu lui diras. Tu peux te faire plaisir et cracher toute ta bile! Vas-y ! Qu'est-ce que tu attends!?

Sa voix s'était brisée et il sentait d'honteuses larmes lui monter aux yeux, mais il refusa de les laisser glisser sur ses joues.

James recula, baissant la baguette. Sa colère semblait s'éteindre. Il prit sa propre baguette et déposa les deux sur la table de classe. Il passa les mains sur son visage et sembla réfléchir.

- Ecoutes, dit-il d'une voix douce. On n'est pas obligé d'en arriver.

Scorpius secoua la tête, ne parvenant pas à comprendre les paroles de Potter.

- Qu'est-ce que tu racontes?

- Je te laisse le temps pour réfléchir. On va tous les deux se concentrer sur ce putain de match. Mais après on recommencera... comme avant.

- Je ne viendrai pas.

- Je te ferais savoir quand et où, comme d'habitude.

- Je ne viendrai pas!

- Écoute!» James agrippa les épaules du garçon en une poigne douloureuse et enfonça ses doigts dans la chair. «Je t'ai vu baigné dans ton sang, crois-le ou pas, je n'ai pas aimé ça. Mais si tu me cherches.» Il caressait les marques sur sa gorge. «Je te promets que tu le regretteras.»

- Tu es un grand malade, James Potter, murmura Scorpius.

Potter l'embrassa. Sa bouche était chaude contre la sienne, persistante, la goûtant avec une avidité effrayante. Scorpius sentit la langue de James sur ses lèvres, essayant d'entrer dans sa bouche. Le baiser s'intensifia encore quand James prit son visage dans ses mains, glissant les doigts dans ses cheveux, appuyant trop fort sur sa mâchoire. Scorpius appliqua ses deux mains sur le torse du garçon pour le repousser, la pression sur son visage se fit plus forte et quand il voulut protester, James glissa sa langue dans sa bouche, le repoussa violemment contre le mur, imposant son érection contre son ventre.

Les mains de Scorpius s'agrippèrent aux poignets de James pour qu'il lâche sa tête. Ce qu'il fit sans cesser de l'embrasser, et fit glisser ses mains sur la poitrine et les hanches du garçon, tout en intensifiant le frottement de son sexe contre lui. Les doigts de James trouvèrent sa ceinture, tirèrent sur la boucle.

Alerté, Scorpius essaya de repousser la main qui glissait dans son pantalon, griffant le bras et le poignet.

Il libéra sa bouche.

« James! Non, James.»

Il détestait sa propre voix qui suppliait. Potter rattrapa ses lèvres, et reprit son assaut et Malfoy perdit.

Des doigts brulants serrèrent son sexe, Scorpius cria puis se figea, haletant, le corps raidit. James se pressa contre lui, appliquant des lèvres chaudes et douces sur sa tempe, alors que ses doigts commençaient à masser; doucement d'abord, puis le poigne se fit plus dure et les à-coups plus longs, plus étendus et rapides.

De son autre main, James caressait la joue du garçon, glissant ses doigts sur sa nuque, observant tour à tour les yeux gris qui devenaient fiévreux et humides, et le sexe qu'il tenait dans la main, appliquant la pression de ses jointures au rythme saccadé et crescendo des râles du garçon qui se détendait lentement sous les assauts tandis que sa respiration se transformait en gémissements.

«Regardes toi, tu es si...» La voix de James vibrait d'émotion, ses lèvres glissaient sur son visage, s'attardaient sur sa bouche, laissant l'empreinte chaude de son souffle sur ses joues.

L'esprit de Scorpius était blanc, tout son être se concentrait dans cette partie honteuse d'où la main de Potter lui arrachait des cris. Jamais James n'avait fait cela. James voulait jouir. L'extase de Scorpius, quand il en connaissait une, n'étant qu'une conséquence. James prenait, James possédait.

Mais en cet instant, le plaisir était pour lui seul et cette sensation l'emplissait de fantastiques tressauts, des tremblements délicieux qui ne le blessaient pas. Aucune douleur ou possession. Le plaisir et rien que le plaisir l'irradiait.

Il gémissait, sa voix étrangère à ses propres oreilles. La moiteur de l'excitation collait à son corps et une odeur plus musquée, l'odeur de James, s'attardait sur sa peau et sur sa bouche. Ses genoux cédèrent, mais il ne tomba pas.

Aveuglé, il sentait James le maintenir contre le mur, et sa respiration enflait contre son oreille, comme le frottement de son sexe contre son ventre et la main serrée autour de son membre. Son front était humide et des perles de sueur glissaient le long de son dos. Il se repoussa du mur, et saisit James par les épaules, l'entourant de ses bras, rassuré par la dureté de son torse contre le sien. Le visage enfoui dans son cou, il porta le poids de son corps fiévreux sur le garçon qui le maintenait d'une main ferme, imprimée dans le creux de son dos alors que ses doigts glissaient toujours plus vite sur son sexe.

Il ne sut pas quand James avait libéré son propre sexe de son pantalon, il lui semblait que ses mains n'avaient jamais quitté sa peau. Il sentait la texture moite du membre dur contre le sien, à chaque coup lascif et précis des hanches de James.

Le garçon embrassait sa gorge, mordiller la chair, envoyant des picotements douloureux et délicieux dans le corps de Malfoy qui pressa ses ongles dans le dos du garçon, s'accrochant et tordant la chemise, indifférent au tissu qui se déchirait.

Soudain la respiration lui manqua et tout son corps se raidit alors que l'extase l'emporta, en goulées furieuses, blanches et brulantes. Des cris de plaisir jaillirent de ses lèvres et il se répandit sur la main et le sexe de James.

Secoué de tremblements, la vue troublée, Scorpius sentit une puissante langueur envahir ses membres alors que les vibrations de l'orgasme quittaient son corps. Ses jambes défaillirent et des bras puissants le serraient alors qu'il tombait.


Il s'éveilla contre la pierre froide. Il dodelina de la tête contre le matériau dur, désorienté. Il était toujours dans la salle de classe, allongé sur le sol. Non loin de lui, assis et le dos appuyé contre le mur, James faisait tourner une montre de poche. Elle semblait en or, tout comme la chainette par laquelle James la faisait tournoyer, comme hypnotisé par sa vue. Scorpius reconnut le sceau des Black sur le dos du métal. Potter semblait concentré et d'infimes rides se dessinaient sur son front.

Malfoy observait le jeune homme, sa peau hâlée et saine, sa lèvre inférieure généreuse qu'il coinçait nerveusement en ses dents. Ses yeux bruns avaient les mêmes reflets que ces cheveux, un cuivre brut. Scorpius voulait s'approcher de lui, cherchant son odeur.

- Tu t'es évanoui, dit James sans regarder le garçon.

Cela le stoppa. Il détourna les yeux.

- Quelle heure est-il?

- 21 heures. Le couvre-feu va bientôt commencer.

Malfoy se redressa et se rendit compte qu'il portait la veste de James. Il retira le vêtement et le tendit à son propriétaire, interloqué.

- Tu ne portais pas ta robe, dit James, j'ai pensé que tu aurais froid.

- Tu t'attends à ce que je te dise merci?

- Je n'attends rien de toi, dit Potter dans un sourire mauvais. Contrairement à Albus, je ne suis pas assez con pour croire que tu puisses être reconnaissant pour quoique ce soit.

- Alors, arrête de passer du salaud au chevalier si tu es sûr que ça ne t'apportera rien. »

Scorpius réfléchit, la mine renfrognée, essayant de résoudre un dilemme intérieur, observant Potter du coin de l'œil.

«Tu étais là quand j'étais à l'infirmerie ?» Il semblait se souvenir de James, ou plutôt d'entendre Albus lui parler.

Potter parut surpris de la question. Il enfila sa veste.

- Non, juste le premier jour. J'étais avec mon frère quand on t'a trouvé. Il est resté avec toi pendant que j'ai été cherché du secours.

- Et ensuite tu as été cherché Dorian pour qu'il soit avec moi? Et puis tu m'as pisté dans les couloirs pour me branler dans une salle de classe? Qu'est-ce qui ne va pas chez toi?

James se leva, essuya la poussière sur son pantalon et glissa sa baguette dans sa poche. Il lança celle de Scorpius à terre, près de sa jambe.

- Toi et moi, j'ai envie que ça continue, dit-il soudain.

- Il n'y a pas de toi et moi.

Mais Potter ne l'écoutait pas. Il s'accroupit près du garçon.

- Et je ne veux pas te donner le choix. Parce que tu es une saleté, une plaie. Une sucrerie empoisonnée. Plus on t'étrangle, moins tu mords. Je ne te fais pas confiance.» Il sembla réfléchir un instant. «Mais je ne suis pas le dernier des salauds contrairement à ce que tu penses. Je ne t'aurais jamais laissé par terre baignant dans ton sang. Et je suis assez… gentleman pour ne pas te sauter n'importe où et te laisser dans les vapes sur le sol.

-Tu le fais avec d'autres non? Alors pourquoi pas avec moi? »

James ne répondit pas. Il attrapa le bras de Scorpius et le mit debout. Le garçon se rendit compte que son pantalon était encore ouvert.

- Habille-toi, les préfets vont commencer leurs rondes.

Scorpius s'exécuta. Il vit quelques traces sur le tissu et il se demanda s'il s'agissait de son sperme ou de celui de James. Un frisson le parcourut.

- J'ai presque aimé aujourd'hui, dit-il lentement plus pour lui-même que pour James. Il ferma la boucle de sa ceinture. «Peut-être parce que tu n'étais pas en moi. C'est moins écœurant.»

James expira bruyamment, levant les yeux au ciel, puis regarda Scorpius tout en passant la langue sur sa lèvre.

- T'aimerais me mettre ton poing dans la figure, c'est ça? demanda Malfoy.

- Ça me démange, oui.

- Taré, souffla Scorpius, assez fort pour que Potter l'entende.

James l'ignora et déverrouilla la porte.

- Je sors d'abord. Attends quelques minutes avant de suivre. Et la prochaine fois que tu utilises un putain d'oiseau pour me passer tes mots, ne me l'envoie pas avant sept heures du matin. Cette saloperie m'a réveillé à l'aube.»

Scorpius lui sourit et fit un doigt, que James rendit avant de sortir.


Il attendit dix minutes avant de partir à son tour. Comme il n'était pas du tout dans la bonne aile du château, il accéléra le pas, tout en se faisant discret à chaque croisement des couloirs.

Alors qu'il marchait, une odeur le fit défaillir, l'odeur de James qui collait à ses vêtements, la même senteur qu'il avait recherchée un peu plus tôt alors qu'il observait Potter à son réveil. Une odeur excitante, qui lui rappeler son orgasme. Il avait joui avec toute la masculinité de l'acte. Sans que James soit en lui. Il n'y avait rien d'humiliant dans ce qui s'était passé. Il ne s'était pas senti souillé ou possédé. Le plaisir l'avait transpercé, sans culpabilité, sans regret.

Cela ne changeait rien pour lui, il ne retournerait pas vers James.

Il était seulement confus et un peu troublé par ce qui s'était passé, par les réactions de son propre corps qui était tellement passif, désintéressé par le sexe. Lui-même ne se touchait jamais. Il entendait pourtant les autres garçons, la nuit. Ceux qui ne savaient pas lancer un sort de silence ou qui le rataient simplement. Leurs râles de plaisir l'intriguaient, mais il n'était pas intéressé. Jusqu'à maintenant. Ces sensations nouvelles le laissaient perplexe, mais elles le rassuraient aussi. Il y avait un soupçon de normalité dans ce corps après tout.

Il arrivait aux sous-sols des Serpentards. Il atteignit presque la porte quand des formes emmêlées attirèrent son regard. Son cœur s'emballa et il s'arrêta un instant, plissant les yeux. Là, dans un coin près de l'entrée, à peine caché dans l'ombre, Albus embrassait Kate Davies. Ses doigts caressaient les longs cheveux noirs de la jeune fille qui avait passé les bras autour de son corps. Serrés si forts, occupés à leur étreinte, ils ne firent pas attention au garçon qui les observait.

Scorpius sentit la nausée lui monter aux lèvres. La tête baissée, il murmura le mot de passe et traversa la salle commune.

Son esprit était vide, mais son ventre lui faisait mal. Il ne savait pas ce que c'était, mais la nausée était encore là. Dans la salle de bain, il chercha un linge humide qu'il appliqua sur sa nuque.

Arrivé dans la chambre, il ouvrit la malle au pied de son lit, cherchant la fiole jaune qu'il avait pris à l'infirmerie, un anti-vomitif pour que l'estomac ne rejette pas les autres potions de guérison. Il ne l'avait jamais utilisé, elle était donc dans cette malle. Son ventre le lançait encore, il finit par jeter hors du coffre tous les objets qui s'y trouvaient, les étalant sans ménagement. Il lui sembla que du verre se brisait. Il ne réfléchissait plus. Il voulait seulement que la douleur s'arrête. Le coffre avait été enchanté, un sort de minimalisme, de sorte qu'il pouvait contenir dix fois plus de choses que son volume réel. Et tout ce contenant se retrouvait projeté dans la pièce. Arrivé à bout, Scorpius se leva, attrapa la malle à bout de bras et la renversa sur le sol. Il se mit alors à chercher la fiole parmi les

livres, les vêtements, les lettres, les cahiers et magazines, les chaussures, les bijoux, et les paquets de cigarettes. Il la trouva enfin, l'ouvrit et la vida presque d'une gorgée, se fichant de la posologie.

Un duvet recouvrit son estomac, presque instantanément, et les nausées cessèrent. Il voulut profiter de ce réconfort, mais la tête lui tourna et sa vue se brouilla. Laissant tomber la bouteille, il appuya son dos contre le bois du coffre, remonta ses genoux à sa poitrine pour y appliquer son front et il attendit que cela passe.

- Scorpius ?

La voix d'Albus le réveilla.

Il s'était endormi à genoux contre la malle. Sa tête était sur son bras qui reposait sur le rebord de bois. Le sang avait quitté le membre, la marque du coffre était imprimée dans la chair. Il gémit quand il voulut bouger. Ses genoux aussi lui faisaient mal.

- ça va? demanda Potter qui s'approchait pour l'aider à se relever, slalomant autour des objets.

Scorpius le repoussa. Il ne voulait plus le regarder. Ses lèvres étaient gonflées, encore rouges du baiser et Malfoy était écœuré.

- Des nausées. Rien de grave.

- Rien de grave ?» s'enquit Potter, en regardant le champ de bataille qui fut un jour son dortoir. «Tu veux que je t'emmène à l'infirmerie?

- Non.»

Il vit Albus ramasser la bouteille jaune et la reboucher. Une partie du liquide avait coulé. Potter fronça les sourcils, abasourdi par le désordre, aux vêtements et aux livres jetés hors de la malle. Un cliquetis sous ses pieds et il recula. Un miroir s'était brisé parmi les objets jetés. Albus ramassa le contour en argent et le posa sur le lit.

La porte du dortoir s'ouvrit.

- Et Al, c'est vrai ce qu'on dit sur toi et Davies? Ouah le bordel, y'a eu un ouragan localisé dans la piaule?

- On en parle après Carlson, ok?

Potter sourit brièvement, gêné, le rouge aux joues.

- J'espère bien, répondit Linz, absent tout en regardant Scorpius. Il savait bien que le désordre venait de lui et ne n'avait pas envie d'être présent quand Scorpius piquait une crise. Il cogna dans l'épaule d'Albus, lui fit un clin d'œil et sortit.

Devant l'état de la chambre, Potter aussi aurait préféré être ailleurs.

- Tu veux en parler ou..?

- Non.

- Non bien sûr que non, pourquoi je demande encore?

Albus passa la main dans ses cheveux, lançant des regards furtifs au garçon qui ramassait les livres.

Il attrapa un pull, le plia et s'approcha pour le ranger dans le coffre. Il se racla la gorge.

- J'étais avec Kate, annonça-t-il platement, observant les réactions du garçon. Je l'ai embrassé.

- Je sais, je vous ai vu.

- Oh.

Albus s'était attendu à plus... d'éclat de la part de Malfoy.

Mais le voyant calme, il continua:

«Elle m'a proposé de sortir avec elle. Elle me l'avait déjà demandé, le jour où tu es sorti de l'infirmerie.»

Scorpius ne le regardait toujours pas, rangeant un objet après l'autre, les gestes contrôlés.

Il lui sembla que le garçon mordait l'intérieur de sa lèvre.

«Je n'ai pas encore répondu. Kate est…

- Albus, l'interrompu Malfoy, sèchement, lâchant brutalement le livre qu'il tenait. Tu veux que je te dise quoi là?

- J'en sais rien», dit Albus en haussant les épaules, et Scorpius se remit à ranger, crispé. «Que tu me conseilles, ou que tu me dises que je vais faire une connerie. Le genre de trucs qu'on se dit entre potes.

- Tsss... Entre potes? siffla Scorpius.

- Génial, merci.» Albus jeta le livre dans le coffre et se leva, époussetant ses genoux des deux mains. «Tu sais quoi, démerde-toi ! Ce n'est pas mon bordel après tout. Tu es vraiment...»

Il cherchait ses mots, désabusé.

«Si tu étais mon ami, tu serais.. Je sais pas... heureux pour moi…

- Tu avais raison, dit soudain Scorpius, lui faisant face. Quand je partais, j'étais avec un garçon. Et oui, j'ai couché avec lui. À chaque fois.»

Potter cligna plusieurs fois des yeux. Il ne sembla pas comprendre. Puis les mots prirent sens et sa respiration s'accéléra, sa bouche s'entrouvrit, mais aucun son ne sortit. Ses épaules s'affaissèrent.

Scorpius sourit, méprisant, et continua:

«Si tu étais mon ami, ça ne ferait pas aussi mal.»

Quand il vit le visage d'Albus pâlir, Scorpius sut qu'il l'avait blessé. Quelque chose en lui se déchirait, il pouvait presque le voir.

C'était ce qu'il avait voulu, et même si son cœur saignait, il aimait cette victoire. Il avait le talent des mots acerbes, même si les prononcer lui faisait mal maintenant. Il ne reconnut pas la lueur qui passa dans les yeux d'Albus. De la colère? De la déception? Du chagrin? Peu importait, il avait gagné.

Il détourna les yeux, feignant l'indifférence, et retourna à son rangement. Il ne voulait pas pleurer avant qu'Albus ne parte.

Mais soudain, il fut projeté contre le mur. Il trébucha sur les livres répandus et se cogna la tête contre la pierre. La douleur le sonna et il tomba par terre, son coude râpant le mur, les mains plaquées contre son crâne. Un instant étourdi, il leva faiblement les yeux vers celui qui l'avait poussé. Vers Albus.

Le garçon le scrutait, le regard humide et perçant, la mâchoire contractée, serrant et desserrant les poings. Sa lèvre inférieure tremblait.

«Tu as essayé de me faire mal pour la dernière fois.» Sa voix vibrait de colère, tout son corps tremblait. «Je me fous de ce qu'il avait entre nous. Toi et moi, c'est terminé.»

Scorpius resta figé, regardant Albus traversa la chambre et disparaître derrière la porte. Il sembla que tout son corps était endormi, incrédule et indifférent. Il comprenait la colère du garçon. Quitte à avoir mal, autant partager la douleur. Il n'avait rien contre ce principe. Ses yeux fixaient la porte. Il sentait les mots d'Albus s'insinuer dans ses veines comme un poison. Ça faisait mal, mais il se dit que cela passerait. Il n'avait pas besoin de Potter. Impétueux, encombrant Potter, qui était rentré dans sa vie sans prévenir. Qu'il parte de même!

Un frisson le parcourut alors qu'il se levait. Il se sentit étrange, vacillant. Il regarda encore la porte. Il ne sut pas combien de temps il resta là, à la fixer, ni même pourquoi. Il cligna des yeux, portant la main à son crâne, pensant que le choc avait été plus fort qu'il ne l'aurait cru, car il se sentait abasourdi, comme si un poids très lourd s'était posé sur ses épaules frêles. Il grimpa sur son lit et tira les rideaux, laissant la malle ouverte et les possessions étalées.

Les frissons étaient encore là, et le fil invisible cousu à son cœur tira et s'étira encore,

insupportable. Les palpitations enflaient, le cœur se serrait puis cognait et les larmes glissèrent de ses yeux.

Soudain, il n'était plus sûr de ne pas l'avoir aimé, ce garçon impétueux et encombrant, et il regrettait tout d'un coup de ne pas l'avoir compris quelques minutes plus tôt ou même depuis plus encore, car il lui semblait que cet amour existait depuis longtemps déjà.

Il attendit longtemps ainsi, allongé sur la couverture, sursautant dès que la porte s'ouvrait et jamais sur celui qu'il attendait.

Mais cette nuit-là, Albus ne revint pas.

Fin du Chapitre 16


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