Merci à Guest, Helimoen et Naisalavanille pour leurs reviews.

Guest, je suis contente que le prénom "Lowen" te plaise.

Helimoen, je sais, c'est triste pour Perle. Et je prends bonne note de tes remarques concernant la future vie sentimentale de Lowen. ;-)

Naisalavanille, il est vrai que Jodie/Lowen ne raisonne pas comme une enfant. Mais il faut dire qu'à présent, c'est une âme coincée dans un corps tout neuf et très jeune. Sans compter qu'elle traverse des épreuves au quotidien, ce qui ne peut que la faire mûrir.

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Le Seigneur des Anneaux ne m'appartient pas, tout est à Tolkien.

Traduction elfique :

Penneth = enfant.


Chapitre 5 :

Chez Radagast

Ce soir-là, quand Faelwen vint lui apporter son repas, Lowen resta silencieuse.

Cela surprit l'Elfe, qui avait l'habitude que l'enfant lui réclame une histoire ou qu'elles jouent ensemble aux énigmes. Pour une fois, la petite mangeait avec l'air songeur.

Lowen ne cessait de penser à sa rencontre avec le prince aujourd'hui. Elle avait le pressentiment qu'il se remanifesterait. Quand ? Comment ? Elle l'ignorait, mais elle sentait qu'il s'intéressait à son cas. Sauf qu'elle ignorait si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

Il y avait peu de gens qui semblaient l'aimer ici. Qu'arriverait-il si le fils du roi lui portait de l'attention ? Le lui reprocherait-on, d'une manière ou d'une autre ? Son père, le roi Thranduil, ne semblait pas aimer Lowen. Alors qu'arriverait-il si son fils se montrait amical envers elle ? L'enfant avait un mauvais pressentiment.

Le lendemain matin, lorsque Faelwen vint lui apporter son petit-déjeuner, l'enfant vit qu'elle semblait plus agitée.

Au lieu de la laisser tranquillement se réveiller puis manger son petit pain et son jus de fruits, elle se dépêcha d'ouvrir les rideaux et de fouiller dans son armoire en quête d'une robe.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Lowen.

« Tu sors du palais, aujourd'hui. Je dois te préparer pour la journée. »

Surprise, l'enfant la regarda sortir une robe verte de l'armoire et une cape marron.

Une fois qu'elle eut fini de manger, elle laissa la guérisseuse l'apprêter, puis elle la suivit à travers les couloirs du palais jusqu'aux écuries.

C'était la première fois qu'elle y mettait les pieds, mais elle sourit en sentant l'odeur des chevaux.

Cela lui rappelait les cours d'équitation qu'elle avait suivis dans sa vie d'avant, du temps de l'école primaire. Sa classe avait eu droit à un stage à la campagne, en dehors de Portland, et elle avait adoré monter à cheval.

La guérisseuse s'arrêta en voyant approcher un cavalier monté sur un cheval blanc.

« Prince Legolas », dit-elle en effectuant une révérence.

Lowen regarda le cavalier descendre avec surprise. Il voulait l'emmener dehors ? Mais pourquoi ?

Refusant de paraître impolie, elle tenta une révérence à son tour. Mais elle était encore petite et son corps peu expérimenté, si bien que son geste ressembla plus à un plongeon… qui la fit tomber dans un tas de paille.

En voyant cela, le prince eut un sourire amusé, tandis que Faelwen fit les gros yeux à l'enfant. Cette dernière, rouge d'embarras, tenta de s'extirper du foin.

Legolas s'agenouilla et lui saisit d'une main ferme mais douce le poignet pour l'aider à en sortir.

« Attention, jeune dame, il ne faudrait pas te blesser », dit-il avec gentillesse.

En voyant le prince sourire à l'enfant, Faelwen eut un léger pincement de cœur. Jamais elle n'aurait cru qu'un jour, elle serait jalouse d'une petite fille. Elle avait toujours rêvé d'attirer l'attention du prince.

En le voyant ôter les brins de paille de ses cheveux, elle décida d'intervenir.

« Votre majesté, je peux m'en charger. »

« Non, cela ne me dérange nullement », la rassura le prince.

Après quoi, il souleva l'enfant pour l'installer sur la selle de son cheval.

Avec un sourire ravi, Lowen baissa les yeux vers l'animal et passa la main sur son flanc pour le caresser.

« Bonjour, toi. »

L'animal parut apprécier cette attention, car il émit un hennissement joyeux.

« Il semble t'apprécier », dit Legolas. « Tu n'as pas peur ? Ce n'est pas ta première fois à cheval ? »

Lowen se crispa. En effet, c'était la première fois qu'elle voyait des chevaux dans cette vie-ci. Peut-être semblait-elle trop à l'aise pour une première fois… Trop tard, le mal était fait.

« Il est beau », dit-elle sur un ton innocent. « Et ça sent bon, ici. J'aime bien l'odeur des chevaux. »

Sa réponse parut satisfaire les deux Elfes.

« Je vous la ramènerai en fin de journée », promit Legolas à la guérisseuse.

En voyant celle-ci baisser les yeux avec les joues rosies, Lowen comprit qu'elle n'était pas indifférente aux charmes du prince. C'était étonnant, sachant que tous les Elfes étaient beaux. Mais Faelwen devait sûrement être sensible au fait que ce soit un prince.

Le prince monta derrière l'enfant, puis prit les rênes d'une main, l'autre se calant autour de la taille de la petite pour sa sécurité.

Sur un simple mot de son cavalier, le cheval quitta les écuries et partit à travers la forêt.

Tandis qu'ils chevauchaient, Lowen regarda autour d'elle avec fascination. Elle avait déjà vu la forêt depuis différents balcons du palais, mais sortir au grand air était une expérience nouvelle et enrichissante.

Les arbres étaient immenses ! Mais alors qu'ils s'éloignaient, elle réalisa qu'ils prenaient un aspect sombre et tordu. L'herbe disparut, ne laissant qu'une terre sombre et boueuse, jalonnée de buissons épineux et de champignons aux couleurs ternes.

« Qu'est-ce qui est arrivé à la forêt ? » demanda la petite.

Elle sentit le prince soupirer dans son dos.

« Eryn Lasgalen sombre de l'influence de l'Ombre. »

« Quelle ombre ? »

Legolas se tendit, visiblement peu à l'aise avec le sujet.

« Nous sommes en guerre avec un ennemi, penneth. Il apporte le mal avec lui partout où il passe. »

Lowen haussa un sourcil. Elle se doutait qu'il devait parler de Morgoth.

« Les Hommes ont rebaptisé notre forêt Mirkwood, la Forêt Noire », poursuivit Legolas.

La Forêt Noire ? Ce nom lui allait bien, compte tenu de la couleur des arbres malades. Elle pouvait entendre des gémissements autour d'elle, signe qu'ils souffraient.

Tandis qu'ils avançaient, l'enfant se sentit bizarre. L'air paraissait étouffant, plus épais. Elle sentit sa tête dodeliner, puis le paysage devant elle se mit à tanguer.

« Legolas… »

« Oui ? »

« J'ai chaud… et le tournis. »

La main de l'elfe se fit plus forte contre son ventre.

« Tiens bon, nous n'en avons plus pour longtemps. »

Plus pour longtemps ? Non, elle voulait rentrer maintenant ! La promenade n'était plus aussi amusante qu'au début, elle avait soif et…

Soudain, un chant d'oiseau résonna. Lowen leva la tête et vit qu'ils étaient arrivés dans une clairière. Ici, les arbres avaient retrouvé leur aspect verdoyant et dressaient plus fièrement leurs branches feuillues vers un ciel ensoleillé.

Une curieuse maison trônait au centre de la clairière. Elle avait un toit de chaume percé en son centre par un grand arbre. C'était comme si quelqu'un avait laissé tomber un gland à l'intérieur et qu'il avait poussé jusqu'à défoncer la toiture.

Lowen ne put s'empêcher de penser à un épisode d'Astérix, où Obélix laissait tomber un gland enchanté dans la maison de son ami, ce qui provoquait l'apparition d'un chêne.

Mais la personne qui sortit de la maison n'était pas un Gaulois. C'était un vieux monsieur barbu vêtu de brun. Il était plutôt sale et ses vêtements en piteux état.

En voyant les deux personnes sur le cheval, un sourire ravi étira ses lèvres.

« Enfin ! Je pensais que vous ne me l'amèneriez jamais, maître Elfe. »

Legolas salua le vieil homme, puis descendit de cheval et aida la petite à en faire autant.

Voyant l'étranger s'approcher, Lowen recula jusqu'à se cacher derrière la jambe de Legolas. Ce dernier posa une main rassurante sur sa tête.

Méfiante, la petite regarda le vieil homme s'accroupir devant elle. Lorsqu'elle croisa son regard, Lowen sentit une étrange connexion avec lui. Malgré son apparence évoquant un clochard, elle sentait qu'il n'était pas dangereux.

« Bonjour, petite fleur. »

Petite fleur ? Quel drôle de surnom ! Pourquoi l'appeler ainsi ?

« Je suis Radagast le Brun. »

« … Lowen. »

Cette réponse parut contrarier le vieil homme, mais il retrouva vite le sourire.

« Bien, suis-moi. »

L'enfant se tourna vers le prince. Il était retourné auprès de son cheval et semblait prêt à repartir.

« Tu dois le suivre », dit le prince.

« Pourquoi ? Il a l'air… bizarre. »

Legolas sourit d'un air entendu et s'agenouilla devant elle.

« Il ne te fera aucun mal, je te le promets. C'est vrai qu'il est… original, mais c'est un Istari et on peut lui faire confiance. »

« C'est quoi, un Istari ? »

« Un Magicien. »

« Il peut sortir un lapin de son chapeau ? »

« Non, des oiseaux », dit Radagast.

Avec un cri de surprise, Lowen se retourna. Le magicien était réapparu derrière elle sans faire de bruit.

« Suis-moi, petite. Nous avons peu de temps devant nous et beaucoup de travail… Oui, beaucoup, beaucoup de travail. »

L'enfant adressa un dernier regard inquiet à Legolas, puis elle suivit Radagast à l'intérieur.

L'endroit était… spécial. La maison était peu éclairée, mais les fenêtres laissaient entrer le soleil, éclairant le tronc de l'arbre en son centre.

Une table et quelques chaises étaient prises dans ses racines. Des alcôves avaient été creusées dans le tronc pour y ranger de la vaisselle, des flacons et des bouteilles de potion.

Alors qu'elle s'avançait, Lowen sentit quelque chose frôler sa cheville. Elle baissa les yeux et vit qu'il s'agissait d'un couple de souris.

Avec un petit cri, elle courut se percher sur une racine. Grand mal lui en prit, car elle marcha sur la queue d'un blaireau.

« Basile, arrête ! dit Radagast. Sois poli avec notre invitée. »

Avec un grognement, le blaireau se rendormit. Lowen regarda autour d'elle. La maison regorgeait d'animaux.

Un renard dormait sur le lit.

Des écureuils grignotaient des noix dans des branches plus haut, et des hérissons léchaient des assiettes sales sur la table.

Radagast parut chercher quelque chose et finit par ôter un tabouret d'une branche.

« Assieds-toi », dit-il en posant le meuble devant elle.

L'enfant s'exécuta. Une fois assise, Radagast lui saisit le menton. Il fit pivoter son visage des deux côtés, puis plongea son regard dans le sien si longtemps qu'elle crut qu'il voulait jouer à un concours du regard.

Enfin, il la relâcha.

« Dis-moi, petite, as-tu développé des pouvoirs ? »

Alors ça, c'était du direct ! Lowen fut tentée de dire que non, mais quelque chose dans le regard du magicien lui soufflait que mentir ne servirait à rien. Malgré toute sa bizarrerie, il était intelligent et pouvait lire dans son âme.

« Je… je sais pas trop », avoua la petite.

« Pourquoi donc ? »

« Ben… Des fois, je… »

Elle pointa l'arbre du doigt.

« J'entends les plantes. »

« Tu peux entendre les arbres ? »

« Pas juste les arbres. Les fleurs aussi. »

Elle baissa les yeux, s'attendant à ce qu'il lui rie au nez, mais il n'en fut rien.

« Dis-m'en plus. »

« Les arbres murmurent des choses lentement, leurs phrases mettent du temps à sortir. Les fleurs sont plus rapides. Quand je vais dans les jardins du palais, je les entends parler. La lavande murmure des mots apaisants. Les roses sont vaniteuses, mais douces, elles disent parfois des choses gentilles. Et les coquelicots sont effrontés, ils me poussent tout le temps à faire preuve d'audace. »

« Et les arbres, de quoi parlent-ils ?

« Oh, les arbres sont très calmes et discrets. Ils parlent juste de boire plus d'eau, avoir plus de soleil… Et ils n'aiment pas qu'on marche sur leurs racines. »

Radagast sourit.

« Exactement ! Bravo, jeune fille, c'est un très bon début. As-tu parlé de ton pouvoir à quiconque ? »

« Non, j'ai toujours eu peur qu'on me prenne pour une folle. »

« Tu n'es pas folle, mais tu as raison, mieux vaut garder cela secret. »

Ces quelques mots suffirent à convaincre définitivement Lowen que le magicien était un ami.

Pendant l'heure qui suivit, il lui présenta différentes plantes et lui expliqua leurs vertus curatives.

Il lui demanda ensuite son aide pour soigner un oiseau dont la patte était cassée, puis elle fit boire un remède à un bébé hérisson malade.

Lowen en vint à oublier toutes les questions qui taraudaient son esprit, tant le fait d'aider les animaux était agréable.

Même distribuer des glands aux souris nichées dans l'arbre ne fut pas un souci.

Une fois tout cela fait, Radagast sortit d'un placard une boîte contenant des galettes. Leur aspect sombre et leur odeur de moisi ne tentaient guère Lowen, mais elle fit l'effort d'en accepter une.

Dès que le magicien eut le dos tourné, elle la glissa sous une racine. Deux écureuils se jetèrent dessus sans attendre.

« Oh, déjà finie ? Tu en veux une autre ? » demanda le magicien.

« Non, merci, j'ai plus faim ! » mentit Lowen.

Son estomac émit un grondement qui la fit grimacer. Comme s'il avait compris son embarras, le renard sur le lit se mit à gronder de concert.

Radagast lança un regard suspicieux à l'animal et la fillette, mais haussa les épaules.

Lowen le regarda ranger la boîte et réfléchit. Puisqu'il semblait respecter ses secrets, peut-être se montrerait-il plus ouvert que les elfes ?

« Radagast… »

« Oui, mon enfant ? »

« Êtes-vous… un parent ? »

« Un parent ? »

« Oui, comme mon grand-père ou… un oncle ? »

Le magicien parut triste en entendant sa question.

« Non, mon enfant, je regrette. Nous n'avons aucun lien par le sang, tous les deux. »

« Mais vous savez qui sont mes parents ? J'ai bien une maman et un papa, comme tout le monde ! Les Elfes ne veulent rien me dire, ils pensent que je dois attendre d'être plus grande. »

« Et ils ont raison ! Quand tu seras plus grande. »

« Mais… j'ai six ans ! »

En fait, elle en avait dix-neuf, si on comptait ses années de vie antérieure, mais elle n'allait pas avouer ça à Radagast.

« Lowen, tu ne dois pas t'inquiéter. Tu as une belle vie ici, non ? Les Elfes prennent bien soin de toi… »

En voyant l'enfant s'assombrir, il fut pris d'un doute.

« Certains sont gentils », admit l'enfant.

« Certains ? Que veux-tu dire ? T'a-t-on fait du mal ? »

« Non, enfin… Tout le monde me regarde bizarrement, comme si j'étais anormale. Et il y en a parfois qui sont menaçants, comme s'ils craignaient que je les attaque. Du coup, je m'interroge. Est-ce que c'est parce que mes parents étaient de mauvaises personnes ? Ils m'ont abandonnée dans la forêt, peut-être ? Ou alors, c'était des criminels et ils ont voulu me vendre comme esclave ? »

Voyant l'imagination de l'enfant s'emballer, Radagast coupa son discours d'un geste de la main.

« Tu n'as absolument rien à te reprocher, petite. Tu es une enfant de la forêt et en tant que telle, tu es sous ma protection, comme toutes les plantes et les animaux qui y vivent. »

Une enfant de la forêt ? Lowen plissa les yeux. La façon dont il avait dit ça laissait sous-entendre quelque chose, mais quoi ?

« Un jour, tu sauras quelles sont tes racines. Mais en attendant, tu dois apprendre à maîtriser tes capacités et faire tes preuves. Les Elfes finiront par te respecter et alors, tu auras des réponses. Sur ce, reprenons la leçon ! »

Il se lança alors dans une longue litanie sur les champignons comestibles et venimeux.

Tandis qu'il parlait, Lowen repassa en boucle ses paroles. « Une enfant de la forêt… Tu sauras quelles sont tes racines… »

Cela semblait avoir un sens particulier, mais lequel ? Elle avait beau réfléchir, elle ne trouvait rien.

Le magicien interrompit sa leçon lorsqu'un papillon entra par une fenêtre. Le petit insecte semblait mal en point, il battait faiblement des ailes. Ses couleurs étaient pâles, d'un bleu délavé tirant sur le blanc cadavérique.

« Oh non ! Ce n'est pas bon, non… » gémit le magicien.

Il déposa délicatement l'insecte sur la table, puis se précipita vers une étagère pour prendre une potion. Il trempa un pinceau dans une bouteille de liquide cristallin et en étala sur les ailes, mais le papillon n'agita que faiblement ses antennes.

Lowen plissa les yeux. Les ailes du papillon semblaient pâlir à une vitesse anormale. Pauvre petite créature !

Elle se rappela sa pauvre Perle, morte à ses côtés. Si seulement elle n'était pas sortie du foyer d'accueil avec elle…

En voyant ce pauvre papillon souffrir, elle serra les poings de frustration. Comment l'aider ?

Sitôt qu'elle eut exprimé le souhait de le sauver, elle sentit quelque chose s'animer en elle. Une force s'agita en elle, la poussant à le toucher.

Mue par instinct, l'enfant tendit les mains vers l'insecte. Radagast voulut lui dire d'arrêter, de ne pas le toucher, quand il vit l'enfant fermer les yeux. Ses doigts parurent s'illuminer, tandis que les ailes du papillon s'agitèrent. Le blanc disparut, laissant la place à un magnifique bleu céruléen orné de taches noires.

Bientôt, le papillon se remit debout et battit des ailes avec énergie. Il se posa brièvement sur l'épaule de Lowen, puis disparut par la fenêtre.

L'enfant ouvrit les yeux et parut perdue.

« Le papillon… ? »

« Il va bien, ma petite fleur. Tu l'as sauvé », dit Radagast avec fierté.

Lowen ne parut pas heureuse en entendant cela. Elle regarda ses mains, puis le magicien avec incompréhension.

Qu'est-ce que je suis, à la fin ? se demanda-t-elle.

C'était comme si quelque chose, enfoui en elle depuis toujours, avait réagi face au papillon. Elle avait su d'instinct quoi faire et avait obéi aux instructions enfouies dans son cerveau. Mais pourquoi semblait-il y avoir tant de capacités étranges en elle ?

Plus inquiétant encore, elle avait senti une part d'elle-même identifier le mal qui rongeait le pauvre insecte. Elle avait même senti la souffrance de l'insecte, la vie qui s'échappait de lui. Et cette part d'elle avait aimé cela. Elle s'était dit, très brièvement, que la vie du papillon n'avait pas d'importance. Qu'il meure ! Après tout, chaque être vivant finissait par mourir…

Lowen secoua la tête pour repousser ces horribles idées qui s'étaient formées dans sa tête. Comment pouvait-on ressentir à la fois l'envie de sauver une vie et la voler ? C'était incompréhensible… et effrayant.

Lorsque Legolas revint la chercher à la fin de la journée, Lowen était toujours plongée dans un silence morose. Elle était heureuse d'avoir réussi à soigner le papillon, elle avait apprécié les félicitations de Radagast, mais ce qui s'était passé la perturbait. Pourquoi cette espèce de conflit intérieur ? Et si jamais ça se reproduisait ?

Voyant qu'elle chevauchait avec lui en silence, le prince parut inquiet.

« Tout va bien, Lowen ? »

« Oui, oui… »

« Ta journée avec Radagast s'est bien passée ? »

Lowen eut un léger sourire.

« Oui, c'était bien ! On a soigné plein d'animaux et il m'a appris des choses sur les plantes et les champignons. Par contre, il cuisine très mal. Ses gâteaux sont moisis. »

Sa réponse fit sourire le prince.

« Je suis heureux que tu apprécies ses leçons, car je te ramènerai chez lui demain », dit l'Elfe.

En entendant cela, Lowen eut un sourire crispé. Si ces leçons lui coûtaient autant de problèmes et de mystères, elle ignorait quoi en penser. C'était agréable, mais si elle continuait de faire des bizarreries de ce genre sans rien comprendre… Et pire, si jamais elle cédait aux mauvaises pensées…

Pourquoi personne ne veut rien m'expliquer ? Qu'est-ce qui m'arrive, bon sang ?

Sitôt arrivés aux écuries, ils furent accueillis par Faelwen.

Tandis que la guérisseuse la conduisait à sa chambre, Lowen lui raconta en détail sa journée passée avec le magicien. Toutefois, elle omit la guérison miraculeuse du papillon. Après tout, Radagast était d'accord avec elle : ses pouvoirs devaient rester secrets.

Une fois dans sa chambre, Faelwen lui dit de l'attendre, elle allait lui préparer son bain.

Sitôt l'elfe partie, Lowen se sentit mal. Sa nuque la picotait, signe qu'on l'observait.

Elle se retourna et poussa un cri de surprise en voyant que quelqu'un se tenait près de la fenêtre.

Ce n'était pas un Elfe, bien que son visage fût jeune, beau et encadré de longs cheveux blonds. Ses oreilles étaient rondes et il portait une longue robe blanche fermée par une ceinture en tissu bleu pâle.

« Bonjour, mon enfant », dit-il sur un ton doucereux.