Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux appartient à J.R.R. Tolkien. Et Final Fantasy 7 à Square Enix.
Chapitre 14 :
Le détournement
Assise devant la fenêtre de sa chambre, Lowen regardait le ciel avec tristesse.
Il faisait nuit, mais il n'y avait pas d'étoiles dans le ciel. Midgar était une ville polluée, elle l'avait vite compris. Et cela l'attristait, tout comme sa situation actuelle.
Lorsqu'elle était rentrée avec les garçons, Sephiroth les attendait dans le salon. Il leur avait demandé comment s'était passé le test. Lowen avait bien vu, à la façon dont il la regardait, qu'il savait pour elle.
Lorsque la nouvelle était tombée, Sephiroth lui avait demandé pourquoi elle avait échoué aux questions portant sur l'histoire et la géographie. Les joues en feu, Lowen avait répondu qu'elle ignorait les réponses, tout simplement.
« Pourtant, d'après la copie du questionnaire que j'ai reçue, tu as d'excellentes notions dans les autres matières. Pourquoi est-ce la seule où tu ne connais rien ? »
C'en était trop pour Lowen. Elle avait fait volte-face et quitté le salon en courant pour rejoindre sa chambre.
Lorsque Haneki était venu la prévenir que le dîner était prêt, elle avait répondu qu'elle n'avait pas faim. C'était un mensonge, elle était affamée, mais l'idée d'affronter Sephiroth encore une fois lui était insupportable.
Il n'avait émis aucun reproche, mais elle sentait bien qu'il n'était pas satisfait. Cela ne faisait que renforcer son impression qu'elle n'était pas à sa place ici.
Je ne suis à ma place nulle part. Ni à Mirkwood ni ici, pensa tristement l'enfant.
Elle regarda son collier. Dire qu'il y a quelques semaines, elle avait failli rejoindre un endroit où elle aurait peut-être réussi à trouver sa place. Fondcombe… Pourquoi avait-il fallu qu'elle atterrisse ici ?
Déjà à Mirkwood, elle avait commencé à retrouver un peu d'espoir et de joie, lorsque Legolas l'avait conduite chez Radagast. Les leçons avec le magicien lui manquaient. Et le prince aussi. Que faisait-il, en ce moment ? Savait-il ce qui lui était arrivé ? La croyait-il morte ? Et Glorfindel, si gentil et lumineux ! Elle espérait qu'il avait échappé au Nazgûl.
Soudain, on frappa à la porte. Yazoo entra avec un plateau contenant une salade verte et un verre de jus de fruits.
« Le dîner est fini, mais j'ai pensé que t'avais peut-être faim », dit-il en déposant le plateau devant elle.
« … Merci », dit Lowen.
Elle commença à manger la salade, mais même si cela faisait du bien, elle avait du mal à apprécier le repas.
« Faut pas t'en faire, tu sais. Grand frère Sephiroth n'est pas fâché contre toi. »
« Non, mais je l'ai déçu. Il veut des réponses et je n'en ai pas. »
« T'en as pas qui soient crédibles, tu veux dire. »
Lowen interrompit son repas pour regarder le garçon avec incompréhension.
« Tu n'oses pas lui dire que tu viens d'un autre monde, pas vrai ? »
« Que… Quoi !? »
« Je fais des rêves. J'ai des visions éveillées aussi, parfois. Ces dernières semaines, tu étais dedans. J'ai vu l'endroit d'où tu viens, ainsi que ces gens aux oreilles pointues. La forêt, les grottes en forme de maisons… »
La fillette regarda le garçon aux yeux cheveux argentés avec stupeur. Elle se rappela leur toute première rencontre, dans la cellule des laboratoires. Il disait l'avoir vue dans ses visions. Elle n'y avait pas vraiment prêté attention, avec l'arrivée des scientifiques puis les expériences qu'ils lui avaient infligée après ça.
« Je vois aussi l'œil enflammé, quelques fois », poursuivit Yazoo avec une grimace effrayée. « Je peux même l'entendre rire… »
Lowen ne savait pas quoi répondre à cela.
« Yazoo, j'apprécie que tu me croies. Mais je suis pas sûre que les autres me prennent au sérieux si je leur dis la vérité. »
« Pourquoi ? »
« … Tes frères prennent tes visions au sérieux ? »
« Non, ils me disent que ce ne sont que des rêves. »
« Alors il y a peu de chances qu'ils me croient si je leur avoue que je viens d'un autre monde. »
« … Ouais, t'as sans doute raison. »
Voyant que Lowen avait toujours l'air sombre, il se pencha pour poser une main sur son épaule.
« T'es quand même notre sœur, tu sais ? »
Lowen lui adressa un regard douloureux. Une sœur, vraiment ? Comment pouvait-elle prétendre à ce titre, s'il n'y avait aucune confiance dans leur « famille » ?
« Bon, faut se coucher tôt, on a école demain. Bonne nuit, petite sœur. »
« Bonne nuit, Yazoo. »
Une fois seule, elle regarda le ciel. La lune était sortie des nuages, mais sa lumière ne lui apporta pas plus de réconfort.
XxXxXxXxXxXxXxXxX
Le lendemain matin, elle fut rassurée de ne pas voir Sephiroth au petit-déjeuner. Il avait dû partir plus tôt, à cause d'une mission.
Yazoo et Loz la saluèrent amicalement quand elle se joignit à eux pour manger, mais Kadaj demeura silencieux et distant.
Préférant ne pas se disputer avec lui, Lowen n'en fit rien.
Sitôt descendus du car, la cloche sonna. Les garçons rejoignirent une file d'élèves devant un professeur énonçant le numéro de leur classe, la A1.
Lowen étant dans la C3, elle rejoignit une file d'élèves plus petite.
Ils furent conduits dans une salle où se trouvaient deux tables rondes. L'une était réservée aux élèves les plus jeunes, qui semblaient en maternelle. La seconde comptait des enfants de l'âge de Lowen. Il y avait deux garçons et trois filles.
Chacun ouvrit un manuel différent. Lowen comprit que le professeur qui s'occupait d'eux était plus un surveillant qu'un enseignant.
Il leur dit de lire en silence un chapitre avant de faire une série d'exercices.
Lowen sortit donc son livre d'histoire-géographie et entama la lecture. Elle oublia vite l'ennui de sa situation en découvrant l'histoire du monde où elle avait atterri.
Cette planète se nommait Gaïa. Elle comptait trois continents et plusieurs îles. Lowen se trouvait sur le continent oriental, dominé par la ville industrielle de Midgar. Le continent central abritait la ville de Nibelheim, le village de Cosmo Canyon et le Gold Saucer, un parc d'attractions. Le continent occidental était caractérisé par la base militaire de Junon et la côte ouest.
Lowen parcourut les photos de ces différents endroits avec fascination. Midgar avait tout d'une ville cyber-punk, avec ses différents secteurs et les taudis situés en dessous.
Le village de Cosmo Canyon lui faisait penser à un croisement entre le désert de l'Arizona et la planète Mars. Et le Gold Saucer… Ce parc d'attractions avait l'air incroyable !
Tandis qu'elle lisait, Lowen réalisa qu'elle avait retrouvé sa passion pour les livres et la découverte d'autres civilisations. Pour la première fois depuis son arrivée sur Gaïa, elle se sentait à nouveau elle-même : une Érudite.
Lorsqu'arriva la pause de midi, le professeur s'approcha pour voir où elle en était de sa lecture et vit avec surprise qu'elle avait déjà fini la moitié du livre et les exercices liés aux chapitres lus.
Lowen en fut secrètement fière. Peut-être que si elle continuait à ce rythme, elle rejoindrait rapidement une classe normale et Sephiroth ne serait plus déçu.
Une fois dans la cour de récréation, elle chercha les garçons des yeux, quand elle vit une fille de sa classe la rejoindre.
« Salut ! Tu es Lowen, c'est ça ? »
Lowen acquiesça en silence, se demandant ce que lui voulait cette fille. Elle avait sept ans comme elle, et de longs cheveux bruns retenus en queue de cheval. Ses yeux noisette brillaient d'une lueur malicieuse.
« Dis, je me demandais ce que tu faisais dans notre classe. T'as fini la moitié de ton livre de rattrapage d'histoire-géo en une demi-journée. Ça veut dire que t'es plutôt douée, non ? »
« Euh… Pardon, mais tu t'appelles comment ? »
« Oh, c'est vrai ! Moi, c'est Jessie, Jessie Rasberry. Je suis des cours de rattrapage en maths. Mon arrivée dans cette classe est récente, j'ai des difficultés à garder le niveau depuis que je suis en classe de théâtre. J'adore jouer, je veux être actrice, plus tard ! »
Lowen sourit. Jessie avait un sourire chaleureux et elle semblait déborder d'énergie.
Une autre fille de leur classe la rejoignit. Celle-ci avait des cheveux noirs coupés au niveau du menton et des yeux bleu marine.
« Jessie, tu viens jouer ? »
« Attends, Iruka ! Je discutais avec la nouvelle. »
« Ah oui, Lowen, c'est ça ? Salut, je m'appelle Iruka Akazugi. »
Elle s'inclina d'une façon évoquant celle des Japonais. Lowen l'imita avec un sourire poli.
« Et toi, tu dois rattraper quelle matière ? » demanda Lowen.
« Sciences. J'aime pas, mais j'ai pas le choix. »
« Iruka préfère le surnaturel, elle est fascinée par tout ce qui touche aux fantômes et à la magie », dit Jessie sur un ton conspirateur.
À ce moment, Lowen entendit quelqu'un l'appeler. Elle se retourna et vit Kadaj, Loz et Yazoo les rejoindre.
« Eh, petite sœur ! Ça a été, ta matinée ? » demanda Loz.
« Oui, ça va », dit Lowen.
« Ça va plus que bien, oui ! Elle a fini la moitié de son cours en une matinée », dit Jessie. « Si vous aviez vu la tête du prof ! »
« C'est vrai ? Bravo ! » la félicita Yazoo.
« Ça veut dire que tu vas bientôt nous rejoindre ! » s'enthousiasma Loz.
« Je l'espère », dit Lowen.
Elle vit que Kadaj demeurait silencieux. Les bras croisés, il ne boudait plus, son visage était neutre.
Sentant la tension entre eux, Jessie sa râcla la gorge.
« Hum… Ça vous dit qu'on mange tous ensemble, à la cantine ? Sauf si vous préférez rester entre vous… »
« Non, moi, je veux bien ! » dit Lowen.
Elle interrogea les garçons du regard. Ces derniers acceptèrent.
Jessie et Iruka les guida tous jusqu'à un bâtiment isolé au bout de la cour. Entièrement fait de verre, la cafétéria était éclairée par des néons au plafond. Lowen fut triste de constater que c'était l'unique source de lumière, puisque la pollution empêchait les rayons du soleil d'atteindre Midgar.
Pendant l'heure du déjeuner, les garçons parlèrent de leur classe. Ils n'avaient eu aucun mal à étudier. Ils avaient été surpris que leur professeur ne fasse pas trop attention à eux, il semblait plus débiter son cours en mode automatique que veiller à ce que les élèves les écoutent attentivement.
« On n'a pas été grondés ni frappés lorsqu'on regardait ailleurs, c'est drôle », dit Loz.
Jessie et Iruka parurent choquées en entendant ça.
« Les adultes ne frappent personne, ici ! Vous vous imaginiez quoi ? » demanda Jessie.
« Ben, c'était pas pareil là où on était, avant… »
« Ah bon, vous étiez où ? » demanda Iruka.
Loz faillit répondre, quand Kadaj lui donna un coup de pied sous la table qui le fit taire.
« On suivait des cours privés avec des imbéciles qui se prenaient pour de vrais profs », répondit-il sur un ton sec.
Jessie fit la moue.
« T'es tout le temps comme ça, toi ? »
« Comme ça quoi ? »
« Désagréable. »
Kadaj haussa les épaules. Lowen se sentit mal en voyant la tournure de leur échange. C'était en grande partie sa faute s'il était désagréable, et elle ne voulait pas qu'il fasse fuir ses deux nouvelles amies.
Fort heureusement, la cloche sonna à ce moment, annonçant la fin du déjeuner.
Les filles rejoignirent leur classe, les garçons la leur.
À la fin de la journée, lorsque Lowen rejoignit les garçons dans le car, elle vit que Kadaj lui faisait toujours la tête.
Agacée par son attitude, Lowen se mura dans un silence morose.
Lorsqu'enfin ils arrivèrent au manoir, Sephiroth les attendait dans le salon en compagnie d'Angeal et Genesis.
« Alors, cette première journée ? » demanda Angeal.
« C'était bien ! Nettement mieux qu'aux labos », dit Loz.
« Tu m'étonnes ! » dit Genesis.
« Mais y'a mieux », dit Yazoo. « Lowen a presque fini sa session de rattrapage en histoire-géo ! Le prof était bluffé. »
« Vraiment ? » s'étonna Sephiroth.
Légèrement gênée, Lowen sortit son livre de son sac et le lui tendit. Sephiroth le feuilleta et vit qu'en effet, elle avait fini les trois quarts et eu d'excellentes notes aux exercices et tests inclus.
« Eh bien… C'est une bonne nouvelle ! » dit Angeal.
« Oui, en effet », dit Sephiroth.
Pourtant, face au regard inquisiteur qu'il braquait sur elle, l'enfant se sentit mal. Il brûlait d'envie de comprendre comment une fillette de son âge pouvait remonter si vite son niveau en histoire-géo. Que pouvait-elle lui dire ? Qu'elle avait plusieurs années d'âge mental que ce que son physique laissait entendre, d'où sa faculté à apprendre aussi vite ?
Heureusement, les garçons réorientèrent vite la conversation en parlant de leur propre journée à l'école, ainsi que leur rencontre avec Iruka et Jessie, grâce à Lowen.
Le soir, après le dîner, Lowen suivit les garçons vers l'escalier pour monter dans sa chambre, quand Sephiroth lui demanda de venir avec lui.
Un peu inquiète, elle le suivit jusque dans son bureau. La pièce était plutôt sobre. Il y avait une seule étagère remplie de vieux livres, ainsi qu'un bureau. Des diplômes d'enseignement militaire de l'académie de Junon couvraient les murs, ainsi que des médailles encadrées.
« J'ai reçu un appel de ton professeur avant le dîner », dit Sephiroth. « Il pense qu'à la vitesse où tu rattrapes les cours, tu devrais rejoindre la classe des garçons avant la fin du mois. »
« Ah ? D'accord », dit Lowen.
Le silence suivit cet échange. Mal à l'aise, l'enfant dansa d'un pied sur l'autre.
« Je suis heureux que tu rattrapes aussi vite ton retard, mais je m'interroge. Comment ça se fait que tu n'aies jamais étudié l'histoire ni la géographie, sachant que tu as un excellent niveau dans les autres matières ? Qui était ton enseignant, avant ? »
« … Personne. Je… J'étais autodidacte. »
« … Alors, tu as choisi délibérément de ne pas apprendre quoi que ce soit sur Gaïa ? »
« Non ! Enfin, c'est juste que… »
Lowen serra les poings. Bon sang, comment lui expliquer ? Elle aurait pu mentir, inventer une histoire, mais elle sentait que Sephiroth était trop intelligent pour gober ses mensonges.
« C'est compliqué ! » soupira l'enfant, la tête baissée.
« Essaie de m'expliquer. »
« … Même si c'est une histoire de dingue ? Le genre qu'aucune personne saine d'esprit ne pourrait croire ? »
« J'ai déjà vu des choses que la plupart des gens jugeraient incroyables. »
Lowen hésita. Au fond, pourquoi ne pas essayer ? Les avertissements de Pallando ne s'appliquaient peut-être pas à lui. Yazoo l'avait bien crue, non ? Oui, mais lui, il avait des visions. Ses frères ne les prenaient pas au sérieux, mais c'était des enfants, tandis que Sephiroth…
Soudain, le téléphone du concerné sonna. Il décrocha et écouta quelqu'un lui parler, avant de raccrocher avec un soupir.
« Je dois sortir, une mission urgente. Va dormir, tu as cours, demain. »
Lowen acquiesça. Partagée entre le soulagement et la déception, elle se dirigea vers la porte, quand elle s'arrêta et se tourna vers son tuteur. Elle faillit ajouter quelque chose, mais se contenta d'un « bonne nuit » avant de sortir.
Resté seul, Sephiroth maudit mentalement la Shinra pour l'avoir appelé à ce moment précis. Tout ça pour une attaque de monstres dans un quartier de Midgar, alors que des gardes patrouillaient dans toute la ville !
Lowen avait été sur le point de se confier, il l'avait senti. Il avait été si près ! Mais quel secret pouvait bien garder l'enfant pour avoir si peur de se confier ?
Elle n'était pas une mauvaise personne, il l'avait bien compris. Le simple fait qu'elle ait risqué sa liberté pour le sauver des injections de Hojo en était la preuve.
Mais il aurait aimé mieux la comprendre. Cela ne faisait que quelques jours que les enfants étaient entrés dans sa vie, et même si ce n'était pas facile, il avait fini par apprécier ce changement.
Kadaj était plutôt sauvage, Loz un peu trop sensible et Yazoo très réservé, mais ils l'appréciaient et le considéraient comme un frère. Lui qui n'avait jamais eu de famille, il avait maintenant trois petits frères à garder !
Et Lowen… Lowen était d'un naturel calme et souriant. Mais elle dégageait quelque chose d'étrange, de trop mature pour son âge, comme une adulte enfermée dans le corps d'un enfant.
Son séjour au laboratoire avait peut-être affecté sa personnalité ? Après tout, lui-même avait beaucoup souffert là-bas, pendant des années.
Pourtant, il sentait que l'histoire de Lowen était différente. Sa curiosité était-elle déplacée ? Après tout, elle n'était pas du même sang que lui, il était donc normal qu'elle soit plus méfiante que les garçons.
Néanmoins, il aurait aimé qu'elle soit plus confiante.
Ça viendra peut-être, avec le temps, se dit le Soldat.
XxXxXxXxXxXxX
Le lendemain, une nouvelle journée d'école s'écoula de manière tranquille.
Lowen avait quasiment fini son livre de rattrapage, à la grande surprise de son professeur. Ce dernier parut hésiter, puis lui dit qu'elle n'avait qu'à réviser les maths avec Jessie, tandis qu'il ferait part de ses résultats au directeur de l'école.
À l'heure du repas, les trois filles et les trois garçons se retrouvèrent pour manger ensemble. Kadaj ne faisait plus la tête, il discuta normalement avec les autres. Tous parlèrent de leurs cours, des matières qu'ils aimaient le moins et celles qu'ils préféraient.
« Vous allez vous inscrire à un club d'activité extra-scolaire ? » demanda Jessie. « Je suis dans le club de théâtre, moi. Iruka est dans le groupe de programmation informatique. »
« Oh non, je veux pas rester à l'école en dehors des heures d'étude, moi ! » gémit Loz.
« Il y a quoi comme club ? » demanda Yazoo.
« Plein de choses : club d'échecs, jeux vidéo, origami, cuisine, arts martiaux… »
« Arts martiaux ? Ça m'intéresse », admit Kadaj.
« Moi aussi », dit Loz.
« Pareil », dit Yazoo.
« Et toi, Lowen ? » demanda Jessie.
« J'hésite entre le théâtre et l'origami. »
« Je te vois bien faire du théâtre », dit Kadaj. « Jouer le rôle de la fille ordinaire, qui n'a rien à cacher, c'est déjà dans tes cordes. »
Lowen serra les poings. Et voilà, il remettait ça sur le tapis ! Ignorant les regards sévères de ses frères et ceux perdus des filles, Kadaj replongea le nez dans son assiette comme si de rien n'était.
La fillette voulut lui rabattre son caquet, mais la sonnerie retentit. Tout le monde dut retourner en cours.
À la fin de la journée, tandis que le car roulait loin de l'école, la fillette prit soin de s'asseoir loin de Kadaj et de lui lancer un regard mauvais. Ce dernier le luit rendit dans un silence buté.
Conscients de la tension entre les jeunes gens, Yazoo, Loz, Iruka et Jessie les observèrent en silence.
Tandis que le véhicule roulait vers leur domicile, Lowen sentit la colère gagner en force. Pourquoi Kadaj lui mettait la pression ? Sephiroth hier, et lui qui continuait à faire preuve de mauvaise foi !
Je serais mieux en Terre du Milieu, à Fondcombe !
Pourquoi les Valars n'étaient-ils pas intervenus pour qu'elle reste dans l'autre monde ? Tandis que la colère montait en elle, la jeune fille sentit à peine son œil doré chauffer.
« Euh, Lowen ? » souffla Yazoo, inquiet.
Pourquoi était-elle revenue à la vie, pour commencer ? Pourquoi l'avoir ramenée avec tous ses souvenirs ? Se souvenir qu'elle avait perdu sa mère, sa chatte Perle, peut-être son père… Elle n'avait jamais demandé à être différente, elle voulait juste vivre heureuse !
« Euh, les gars… » dit Iruka.
« Quoi ? » demanda Kadaj, agacé.
« Le bus ne s'est pas arrêté dans notre quartier. »
Les enfants sortirent de leur torpeur morose pour réaliser que c'était vrai. Ils étaient seuls dans le car, tous les autres passagers étaient déjà descendus. Et le véhicule poursuivait sa course à travers les rues de Midgar, sans s'arrêter.
« Eh, chauffeur ! » appela Jessie.
Elle sauta de son siège et alla à l'avant. Elle poussa un cri de surprise qui obligea les autres enfants à la rejoindre. Ils comprirent la raison de son émoi : le chauffeur avait disparu. Le car roulait en mode automatique !
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Lowen.
Kadaj s'assit au volant et tenta de faire tourner le car, mais celui-ci poursuivit tout droit sur une route inconnue.
Soudain, un grésillement retentit dans les haut-parleurs.
« Ash nazg… »
Tous se raidirent. La voix qui avait retenti dans les haut-parleurs sonnait anormalement grave, comme si elle émergeait d'un tombeau.
« … durbatulûk… ash nazg gimbatul… »
Lowen se tendit plus que les autres. Cette langue… Elle la reconnut d'instinct. C'était le Noir Parler du Mordor !
Elle regarda le volant et vit qu'il luisait d'un subtil éclat violet qui se fondait avec le cuir noir.
À côté d'elle, Yazoo gémit en se tenant la tête.
« Yazoo ! Qu'est-ce que tu as ? » s'inquiéta Loz.
« L'œil… Je le vois encore ! »
Lowen serra fort la main du garçon. Ce dernier cessa de trembler, mais il demeurait effrayé.
Un brouillard s'éleva autour du véhicule, les plongeant dans l'obscurité.
« Oh non ! Qu'est-ce qui se passe ? » gémit Iruka.
Kadaj se mit à essayer les manettes, cherchant celle qui commandait l'ouverture des portes. Il finit par la trouver, mais quand il l'actionna, les portes émirent un grincement sans pour autant bouger.
Tout le monde courut se jucher sur un siège et tenta d'ouvrir le haut d'une vitre pour sortir, mais elles semblaient collées au cadre métallique du car.
Il leur fallut se rendre à l'évidence : ils étaient piégés !
« C'est un coup de Hojo ? » demanda Loz, inquiet.
Lowen aurait aimé lui dire que non, le coupable était bien pire. Et même si elle ignorait comment il avait fait pour l'atteindre et s'emparer du car, elle ne savait pas comment faire pour l'arrêter.
« Pas question ! Je veux sortir ! » cria Kadaj.
Il saisit son sac à dos et le jeta de toutes ses forces contre une vitre, mais il rebondit dessus sans faire de dégât.
Lowen prit place au volant et le saisit à pleines mains. Elle sentit aussitôt la magie de Sauron entrer en contact avec son corps.
Un désagréable courant d'énergie traversa ses membres, jusqu'à atteindre son cœur. Les dents serrées, elle tenta de projeter sa propre énergie pour l'arrêter. Elle sentit un afflux de chaleur repousser la force négative de Sauron.
La voix dans les haut-parleurs devint plus faible, jusqu'à se taire. Le brouillard reflua et enfin, le car s'arrêta.
Tous se retrouvèrent au milieu d'un vaste terrain où reposaient des piles de caisses, de vieux bidons métalliques et des carcasses de wagon.
« Où sommes-nous ? » demanda Jessie.
Lowen tenta à nouveau l'ouverture des portes. Elles s'ouvrirent enfin, laissant sortir tous les enfants.
Iruka s'approcha d'un wagon et eut un geste de recul.
« C'est le cimetière des trains de Midgar. On raconte qu'il est hanté… »
« Hanté ? » répéta Lowen.
« Pffft, n'importe quoi ! Les fantômes n'existent pas », dit Kadaj.
À ce moment, des éclats de rire enfantins résonnèrent. Des graffitis fluorescents se formèrent sur un vieux train devant eux, représentant de petits fantômes grimaçants. Au milieu, il y avait écrit : « Bienvenue ! »
« T'aurais pas dû dire ça », dit Jessie d'une voix inquiète.
