Chouta se changeait dans sa cabine, tandis que l'horloge à pendule lui indiquait qu'il était déjà dix-sept heures cinquante. Elle enfila un kimono noir en daim et des bottes en cuir de la même couleur, prête à rencontrer les élèves indisciplinés de Poudlard. Par Lucifer, elle espérait franchement qu'on n'allait pas l'obliger à s'asseoir avec eux pendant le banquet du soir. Elle n'avait rien de personnel à leur égard, mais elle était là pour la compétition, pas pour se faire des amis. Il y avait une coupe a gagner, l'occasion rêvée de prendre sa vengeance sur Viktor Krum.
Le professeur karkaroff passait énergiquement dans toutes les cabines, il donnait l'ordre à tout le monde de se rendre sur le pont. Sous un ciel de nuit, le bateau commençait à émerger, le mât était déjà hors de l'eau.
Quelques minutes plus tard, tous les élèves de Durmstrang montrèrent pour aspirer une bouffée d'oxygène, le bateau flottant sur les eaux troubles du lac.
Entre les rafales de vent et l'eau qui faisait de puissantes vague, ce n'était pas facile de garder l'équilibre. Il était guidé vers les lumières émanées par des baguettes magiques et des lanternes au pied du château de Poudlard. Chouta et les autres élèves commençaient à distinguer des silhouettes... Une femme avait l'air de faire plus de trois mètres!
Sous le scintillement argenté du clair de lune, le professeur Karkaroff exigea que tout le monde se mette en cercle. Il allait faire un discours, une petite mise au point.
- Nous voilà donc arrivé dans ce cher vieux Poudlard, annonça-t-il d'un air sarcastique.
Quelques élèves - dont Viktor - commencèrent à s'entrechoquer les poings d'un air de défi, d'autres poussaient des ricanements. Chouta, elle, restait impassible, trouvant irrespectueux d'interrompre son directeur. Il leur fit un signe de la main pour réclamer le calme, et aussitôt tout le groupe eût comme la bouche cousue.
Il reprit :
- Cette année, vous allez avoir la responsabilité de représenter Durmstrang. Bien que je suis satisfait de vos compétences en matière de magie noire, je vous donne l'ordre de ne pas en faire de trop. Vous avez pris connaissance du règlement du Poudlard...Soyez lisse comme l'eau d'un fleuve paisible.
Le directeur se mit à tourner autour d'eux, croisant chaque regard...
- Je serais impartial si vous n'obéissez pas! La punition encourue sera... D'une certaine sévérité. Je veux que vous compreniez que nos pratiques doivent rester secrètes. Certains sorciers prennent parfois des raccourcis, il est hors de question que nous soyons accusés à tort d'un quelconque maléfice.
Faites-le... " Pour le plus grand bien " comme le disait l'élève le plus connu de notre école. Poudlard comporte quatre maisons. Je vous écoute, lesquels sont fréquentables?
- " SERPENTARD ET SERDAIGLE " criaient tous les élèves en chœur.
- Oui... Oui...Approuva le professeur Karkaroff, frottant son bouc d'un air satisfait. Nous n'avons pas besoin de la chance pour gagner cette coupe de feu! Votre travail acharné vous suffira!
- OUI MONSIEUR LE DIRECTEUR ! Dirent-ils avec conviction.
Marchant sur la pelouse, ils débarquèrent sous les regards ébahis des élèves de Poudlard. Ils étaient au moins une centaine, comme les fans d'un groupe de Rock.
Elle entendait des chuchotements :
" - Regarde, c'est Krum... Le joueur de Quidditch!
- Viktor!
- Ron, c'est lui! "
Décidément, ils étaient en totale admiration. Elle n'en attendait pas moins venant de ces bouffons facile à impressionner. Avec une rare chaleur dans sa voix, le professeur Karkaroff les devança pour aller saluer le directeur de l'école de Poudlard :
- Albus, comment allez-vous? C'est un plaisir.
- Bonsoir Igor, vous avez une très bonne mine, dit Dumbledore d'une voix douce. Je me porte bien, et vous-même?
Bien sûr, elle savait qui était le grand Albus Dumbledore. Derrière sa robe de sorcier excentrique et son physique vieux et mince se cachait celui qui avait vaincu Gellert Grindelwald. Voldemort lui-même le craignait... Comme quoi, les apparences sont trompeuses. Sa barbe argentée lui arrivait jusqu'au nombril et ses yeux bleu clair avaient l'air de transpercer ses lunettes en demi-lune.
Madame Maxime, directrice de l'école française BeauxBâtons se présenta à eux, suivie de ses élèves toutes vêtues de robes bleue. À côté d'elles, ils étaient comme des hommes des cavernes. Elles sentaient bon la lavande et leurs cheveux blonds avaient l'air doux au toucher.
- Bonjoureuure, dit l'une d'entre elles en les regardant de haut en bas. Vous êtes Russeu c'est ça euuux?
Ils étaient à deux doigts d'exploser de rire et de se moquer de son accent, mais le regard autoritaire de Karkaroff n'était jamais très loin. Ludo Verpey, le chef du département des jeux et sports magiques se présenta également brièvement à eux. Il était accompagné de Barty Croupton Sr, le directeur du département de la justice magique.
Après un épisode de salutations d'élèves à élèves auquel elle se serait bien passée, tous remontèrent les marches du château. Arrivé devant la Grande Salle, les quatre maisons allèrent s'asseoir à leurs tables respectives. Cette pièce était traversée par des fantômes et éclairée de bougies volantes. Mais ce qu'elle trouvait impressionnant, c'était ce plafond magique, on aurait dit que les murs étaient à ciel ouvert. Il y avait une sorte d'estrade avec une longue table encore vide pour les professeurs.
Les élèves de BeauxBâtons s'étaient installés à la table des Serdaigle. Ces demoiselles étaient un tantinet soit peu... Plus sociable qu'eux. Il y avait un brouhaha général et devaient crier pour communiquer. Les Durmstrang étaient encore à côté de la porte, ne sachant pas où aller. Le professeur Karkaroff était parti un quart d'heure plus tôt en compagnie des autres directeurs.
Ils firent finalement invités à rejoindre la table des Serpentards, des chaises leur étaient réservés. N'ayant visiblement pas le choix, Chouta s'assit à trois chaises de Krum, en face d'un garçon aux cheveux blancs. Ils ôtèrent leurs manteaux de fourrure, la chaleur de cette salle était étouffante.
- Salut, je m'appelle Drago, Drago Malefoy, se présenta assez fièrement
celui aux cheveux blancs. Mon nom de famille ne doit sûrement pas t'être inconnu, ma famille partage les mêmes opinions politiques que Durmstrang,
si tu vois ce que je veux dire.
Chouta était pour ainsi dire saisie par autant de spontanéité. Dans son école, se présenter comme si on était à la maternelle n'était pas de coutumes. Quoi qu'il en soit, ses manières et son petit air prétentieux commençaient déjà à l'agacer. Heureusement que la débilité n'était contagieuse. Du coin de l'oeil, elle voyait à présent les professeurs et les personnages politiques rejoindre leur longue table.
- Tu ne connaît pas mes opinions et personne ne connait ta famille, répondit-elle froidement en haussant les épaules.
Elle regarda les deux élèves sur la droite et la gauche de Drago. Ils étaient rondouilets et pas très attentifs. Sans retenue, ils se gavaient des cupcakes comme s'ils n'avaient plus mangé depuis plusieurs années.
- Crabbe, Goyle! Cria Malefoy à l'intention des deux garçons en tapant leurs nuques. Vous ne savez pas faire autre chose dans vos vies? Pour une fois qu'on a des invités dignes de ce nom! Ça nous changera des histoires du Saint-Potter.
Ils s'arrêtèrent nette, la bouche ouverte.
Ses deux acolytes avaient des têtes de simplets. Elle perçut du vide et de l'ignorance lorsqu'elle croisa enfin leurs regards. Quant à Drago, il lui souriait bêtement. Il voulut entreprendre une autre approche, mais fût interrompu par Albus Dumbledore qui demanda le silence.
Tous les regards - y compris le sien- se tournèrent vers la longue table des professeurs. Le directeur de Poudlard était derrière un incroyable pupitre doré orné d'une chouette dépliée. C'était... Royal.
Il fit de respectueuses salutations et annonça que le tournoi tant attendu sera officiellement ouvert à la fin du banquet. Il leva ses deux bras et il fit apparaître sur les tables un majestueux buffet. L'adolescente n'avait jamais manqué de nourriture dans sa vie, même à L'allée des embrumes. En revanche, la gourmandise n'était pas une chose à laquelle elle était accoutumée. On l'avait éduqué de sorte à ce qu'elle se contente de manger ce qu'elle voyait de son assiette et point à la ligne. Par ce fait, Chouta n'avait jamais vu une telle variété de plats. Il y avait de la cuisine Russe, Française, Italienne, Japonaise, cambodgienne...Drago Malefoy et ses amis ne disaient pas un mot, scotché par son silence glaçant.
Avant de mordre à pleine dans une belle cuisse de poulet, elle jeta une bille à la table des professeurs. Elle vit le professeur Karkaroff engager une conversation avec Dumbledore. Il s'assit à sa droite, parlant sans doute de son sujet de prédilection : les épreuves attendues au tournoi des trois sorciers. Sans oublier le fait qu'il devait rentrer en négociation pour qu'elle puisse y participer malgré son jeune âge.
Elle continua de balayer du regard l'ensemble des professeurs. Il y avait une femme d'un âge mature avec un chapeau bien pointu, un homme assez petit, un autre qui avait un œil de verre. Un homme avec un chapeau melon noir et une drôle de moustache avait l'air pensif...
Soudain, un tremblement traversa son corps. Et pourtant, il en fallait beaucoup pour lui procurer un tel effet. Ce professeur a la gauche de son directeur. Ses cheveux noirs, son teint pâle, ses yeux perçants et menaçants. C'était l'homme qu'elle avait vu en cours de divinité dans sa boule de cristal.
- Qui est ce professeur? Demande-t-elle en le pointant du doigt, essayant de se ressaisir. Je ne l'aime pas.
Il la força immédiatement à baisser son doigt et lui mit devant sa bouche.
- Hé! S'énerva Chouta qui détestait les contacts physiques.
- Ça ne va pas dans ta tête?Chuchota celui aux cheveux blancs. Ne le pointe pas du doigt comme ça, et ne dit pas des choses comme celle-ci. Il a des yeux et des oreilles partout. C'est irrespectueux et il va croire qu'on complote contre lui.
Elle fallit tourner sa tête pour de nouveau le regarder.
- Stop! S'exclama Drago. Il nous regarde. Il t'a vue. Maintenant on n'a qu'à faire genre de rien, on va espérer qu'il passe à autre chose... C'est Severus Rogue, le professeur des potions. C'est aussi le directeur de ma maison. On entretient de bonnes relations avec lui mais il ne faut surtout pas lui manquer de respect. Pour ma part, il est ami avec mon père. Ça me fait bénéficier de pas mal d'avantages.
Ils changèrent de sujets en prenant soin de ne surtout plus tourner leurs regards vers la table des professeurs.
Malheureusement pour eux, quelques instants plus tard, ils virent Severus Rogue descendre de l'estrade et marcher en leur direction...
- Super, ça commence bien... Murmura Drago, vexé.
Severus Rogue se plaça debout, juste dernière Chouta. Son aura était juste insoutenable et malsaine. Son ombre la noyait dans le noir. Dans des conditions normales elle n'en aurait pas été sensible, mais cet homme ne lui inspirait que la méfiance.
Il parla d'une voix grave, lente et doucereuse...
- Pouvez-vous me dire...Ce qui accapare autant votre attention, Monsieur Malefoy ?
Drago baissa les yeux.
- Rien, veuillez m'excuser professeur Rogue.
Rogue resta silencieux pendant quelques secondes...
- Et vous, dit-il en s'adressant cette fois à Chouta. On ne vous a jamais appris les bonnes manières à Durmstrang?
Son cœur battait vraiment fort, elle sentait que ce Rogue pouvait l'entendre. Son visage perdait ses couleurs, bien qu'elle n'en ait déjà pas beaucoup.
Elle n'osait pas se retourner... Mais elle se souvint de qui elle était : une fille qui n'a peur de rien. Ce sont les autres qui devaient avoir peur. Alors, elle prit une bonne bouffée d'air et répondit d'une voix neutre :
- Ce qui est certain, c'est qu'à Durmstrang, on m'a appris à ne pas avoir peur des hommes comme vous.
D'une poigne très puissante, il la souleva par le col de son kimono et la força à se retourner de sa chaise. Elle paniqua, ne voulant pas croiser son regard. Elle prit d'une main agile sa baguette magique...
- Imobilis! Incanta-t-elle.
Ses voisins de table étaient stupéfaits et soudainement très silencieux comme si le temps était à l'arrêt.
Tel une statue de glace, Rogue ne bougeait plus. Elle en profita pour partir en courant, poussant plusieurs élèves sur son passage. Elle quitta la Grande Salle malgré la voix de Drago qui lui l'implorait de revenir.
