Convaincue qu'il voulait sa peau, Chouta emprunta le grand escalier central en marbre pour mettre une distance de sécurité entre elle et Severus Rogue. Ce n'était qu'une question de secondes avant que son directeur soit mis courant de l'incident, à moins qu'il ait assisté à cette scène en direct... Elle évaluait dans quel degré de fureur il devait être.
Elle voulut se servir des escaliers du premier étage pour se rendre directement au troisième, mais ils en décidèrent autrement. D'une façon qu'elle n'expliquait pas, ils se décolèrent de leur place initiale et changèrent de direction. Décidément, ce n'est vraiment pas elle qui fait la loi ici. Lorsqu'ils arrêtèrent enfin de tournoyer dans le vide, elle put se réfugier dans des sortes de toilettes dégoûtantes. Terrorisée, elle resta immobile, son dos collé contre le mur le moins sale qu'elle avait trouvée. Elle était consciente du pétrin dans lequel elle s'était engloutie et ne manqua pas de se pincer l'avant-bras pour s'assurer qu'elle n'était pas en plein cauchemar.
Des abracadabrants lavabos en cercle occupaient le milieu de la pièce. Au- dessus de ceux-ci, les miroirs étaient humides et marqués par des traces de doigts séchés. Quoiqu'elle trouvât ça répugnant, elle alla se passer de l'eau sur son visage pour se débarrasser de ses sueurs froides.
Soudainement, lorsqu'elle releva sa tête, elle n'était plus seule à se regarder dans le miroir. Par-dessus son épaule, elle vit le fantôme d'une fille aux cheveux bruns et aux lunettes rondes. L'expression de son visage était malicieuse et un brin moqueur.
- C'est bien essayé, mais je t'invite à
retourner dans ton cercueil le spectre, dit Chouta d'un air impérieux en sèchent son visage avec sa baguette. La seule personne qui me fait peur est vivante.
Le fantôme des toilettes des filles eut un air déboussolé. Bien qu'elle ne puisse pas pleurer, son visage se torda... Elle se mit à crier d'une voix stridente et aiguë au possible.
- PERSONNE NE VEUX DEVENIR COPINE AVEC LA MALHEUREUSE, LA TRISTE ET ÉTERNELLEMENT SOLITAIRE MIMIIIIII! MÊME UNE PAUMÉE COMME TOOOOOI!
À présent, cette prénommée Mimi volait dans toute la pièce en passant dans chaque toilette pour éclabousser le sol.
- La paumée voulait juste se planquer dans un endroit tranquille pendant plusieurs heures... Sinon, moi aussi je risque d'y passer! Cria Chouta, agacée par son cinéma.
Le fantôme de la fille aux lunettes rondes ne l'écouta pas et plongea de nouveau la tête la première dans une des toilettes. Mais cette fois, elle ne revint pas. Sans doute était-elle quelque part dans les égouts, avec les crocodiles ailés et les hérissons mangeurs d'excréments.
- Grand bien lui fasse et bon débarra, se dit-elle avant de tirer la chasse pour être certaine qu'elle ne revienne pas d'aussi tôt.
Dans un grincement, la porte principale des toilettes s'ouvrit. Chouta fit volte-face. Heureusement, ce n'était que Malefoy, rien de bien dangereux. Il était
essoufflé, on aurait dit qu'il venait parcourir un marathon.
- Encore toi, Drago. Enfin, Drago MALEFOY, dit-elle avec dérision. Comment tu m'as retrouvé? Puis déjà, pourquoi tu m'as cherchée?
Il alla s'assoir sur un évier.
- Moi, le noble Drago Malefoy venait juste te faire le récapitulatif de la situation, dit-il ironiquement en faisant comme s'il n'avait pas mal pris sa réflexion. Mais si ça ne t'intéresse pas, alors...
- Laisse-moi deviner, coupa la fugitive en allant également poser ses fesses sur le lavabo voisin. Le professeur Karkaroff est en train de fouiller les moindres centimètres carrés du château. Il me veut morte ou vive, j'ai raison ?
Celui aux cheveux blancs lui sourit.
- Exact. Le grand Dumbledore lui-même est à ta cherche, dit-il d'une voix traînante.
- J'ai vraiment foiré en beauté sur ce coup, il ne manquerait plus que la police magique.
Il pouffa de rire pendant quelques secondes, qu'est-ce qu'il pouvait y avoir d'aussi drôle? Les Serpentards étaient vraiment des illuminés.
- ha, ha, ha... On a peur, Madame de Durmstrang? Ne craint rien, mon père m'a dit qu'il devenait complètement sénile. Fais-toi passer pour une pauvre petite victime et ça passera comme une lettre dans les serres d'un hibou. C'est ce que font toujours les Gryffondor avec lui. Bon, tu le veux ce récapitulatif?
Elle hocha de la tête, prête à entendre quel funeste destin l'attendait.
- Une fois ton sortilège levé, le professeur Rogue a couru après toi, mais les escaliers lui ont bloqué le passage. Ton directeur a vu tout ce qui s'est passé et... Heu, il était choqué, il n'a rien compris je crois. Au fait, tous les Serpentards te voient comme une fille trop cool qui a tenu tête au professeur Rogue, admit-il avec difficulté. Moi je l'aime quand même bien, mais je le préfère en dehors de l'école.
La façon rassurante que Drago avait de raconter les choses lui permit d'arrêter de dramatiser. Elle se rappela de la raison pour laquelle elle était ici, à Poudlard.
- Je vais aller présenter mes fausses excuses, décida Chouta avec conviction. C'est ma seule chance de rester éligible au tournoi des trois sorciers... Il est encore temps que j'aille y déposer mon nom.
Drago baissa les yeux et se gratta nerveusement l'épaule...
- ...Après que tu sois partie, Dumbledore a annoncé qu'aucun élève mineur ne pourra participer...C'est ce nouveau stupide règlement !
Le teint de la fille aux cheveux noirs passa du blanc au rouge. Tout ce chemin, toute cette aventure pour rien. Elle s'y était préparée pendant tant d'années !
- Alors personne n'aura le droit à mes fausses excuses ! S'exclama Chouta pleine de rage en se levant. Le professeur Rogue a mérité ce qu'il lui est arrivé, et encore, j'ai été gentille. Je suis capable de bien pire sois en certain. Je me taille d'ici, salut!
- Attends ! Je ne sais même pas comment tu t'appelles!
Avant qu'elle n'ait eu le temps de franchir la porte, quelqu'un d'autre rentra d'un pas nonchalant dans les toilettes. En revanche, à l'inverse de Drago, il n'était pas là pour raconter des potins ou pour lui tenir compagnie. Il avait des cheveux gris aussi gras que de l'huile, des pustules sur son nez crochu et on aurait dit qu'il portait les mêmes vêtements depuis le temps de Merlin. Un Maine Coon avec un horrible collier rose se frottait contre ses pieds.
- Tiens, tiens, tiens, ricana-t-il en jetant un regard malsain aux deux adolescents. J'en connais une qui va se retrouver illico à Durmstrang... La vermine sauvage n'est pas la bienvenue ici. Suivez-moi.
Drago se leva de l'évier, la mine méprisante.
- Rusard, laissez-moi rire. Comment osez-vous vous adresser à une sorcière de son rang de cette façon? Contesta Drago d'un air supérieur.
Pour seule réponse, Rusard lui tira la langue en invitant Chouta d'un geste de la main à le suivre.
- Ce n'est rien Drago, dit simplement Chouta en acceptant son sort. À la prochaine.
Un air de triomphe se dessinait sur le visage de cet homme maigre, puant et repoussant.
- Miss Teigne, dit-il à sa chatte, va voir Monsieur le directeur ma choupette...
L'animal s'exécuta, courant à toute vitesse en direction des escaliers...
Cet homme rayonnait de fierté, comme un enfant remportant une partie de cache-cache. Elle ignorait sa destination, mais le suivait néanmoins. Après tout, Chouta ne pouvait pas demeurer cachée dans les toilettes des filles jusqu'en juin, surtout avec Mimi dans les parages.
Le comportement de Malefoy à son égard était remarquable. C'était la première fois qu'une personne de son âge prenait sa défense avec conviction, auprès d'un adulte ayant de l'autorité, qui puisait.
Elle n'était cependant pas trop du style à prétendre être d'un quelconque rang.
Même si elle brillait par son intelligence, elle portait en elle le fardeau d'être une orpheline aux origines floues. Pourtant, elle ne laissait rien paraître. Ses vêtements de qualité et ses bonnes manières défiaient le cliché de l'élève sans parents achetant des livres d'occasion. Grâce à Karkaroff, son compte en banque était bien garni, dépassant largement ses besoins."
Ils arrivèrent rapidement devant la statue d'une grande gargouille en pierre enfoncée dans un mur.
- Nids de cafards, dit soudainement Rusard.
La statue trembla, laissant le mur s'ouvrir comme des portes. Un escalier en colimaçon apparut, décoré d'un heurtoir en forme de Griffon. Ils montèrent dans ce qu'elle avait compris être le bureau personnel d'Albus Dumbledore.
Peu importe si elle devait être renvoyée à Durmstrang, elle aurait quand même eu l'incroyable opportunité d'avoir une conversation en tête-à-tête avec le sorcier le plus puissant de tous les temps. À moins qu'il ne se contente simplement de lui donner une réprimande...
