La Grande Horloge de Poudlard sonnait ses premières cloches, annonçant qu'il était cinq heure du matin. Les étoiles brillaient encore de milles feux sous cette nuit froide d'Écosse, un rare spectacle en cette saison d'automne.
Le pieds des arbres alentours étaient couverts de feuilles orangées, et au loin, on pouvait voir une petite maisonnette à la toiture en bois difforme. La modeste bâtisse était encerclée de citrouilles et d'épouvantails qui ne faisaient absolument pas peur, même aux corbeaux mangeant ces courges sans le moindre remords.
Qui que soit la personne vivant à l'intérieur de cette humble demeure,
celle-ci ne dormait pas. Non loin, deux adolescents avaient déjà quitté leurs lits, eux aussi. A tribord, éclairé par la lune, ils s'affrontaient dans un duel sans merci.
L'une restait immobile comme une statue de pierre, elle sentait les choses venir. Chaque craquement du vieux plancher de la coque du bateau lui donnait des indices... L'autre tournait autour d'elle, sa baguette magique pointée en sa direction.
- Conjonctivictus, lança le champion de Durmstrang sur Chouta en pensant que cette fois-ci serait enfin la bonne.
Cette malédiction sortit de sa baguette magique sous la forme d'un puissant éclair rouge. Pourtant, cela n'était pas suffisant puisque la jeune élève en fit parage sans le moindre effort alors qu'elle avait les yeux bandés.
Le vent Écossais faisait trembler tous les
voiles du bateau, le bruit était plutôt assourdissant...
En colère, elle retira son bandeau d'une traite, Krum avait encore échoué.
- Reprends-toi, Krum, cria Chouta pour se faire entendre, avec sa baguette magique qu'elle tenait fermement. Maintenant que tu fais les bons gestes avec ta baguette, tu dois apprendre à marcher autrement qu'un éléphant ! Dois-je encore te rappeler que l'ouïe des dragons est cent fois plus fine que celle de l'humain ?
Une heure pour retenir le geste, une autre pour réussir à lancer le sortilège... Ils étaient ici depuis tout ce temps, Krum s'entraînait sans relâche. Ce n'était que sa première séance d'entraînement et ce sortilège n'était pas des plus faciles. Malgré ses circonstances particulières, elle perdait déjà toute forme de patience avec lui.
- Je suis plus lourd, plus fort et plus grand que toi, c'est logique que je fasse plus de bruit, se défendit Victor qui était en sueur, frottant ses yeux rouges à force que son adversaire fasse un ricochet de ses tentatives.
- La véritable force est dans le mental, répliqua-t-elle sèchement.
- Tu n'aurais aucune chance contre moi dans un combat à mains nues, dit-il de sa grosse voix.
- N'oublie pas que le tournoi des trois sorciers est un concours de magie ! Tes muscles ne te seront d'aucune utilité, imbécile!
Krum cracha au sol avant de s'y asseoir, bien que le plancher fût humide... Les deux n'arrivaient pas à mettre leur rivalité de côté. Ils étaient dans le même camp, et pourtant, rien ne les unissait.
- Je veux te voir capable dans dix-neuf jours, gronda l'adolescente, debout devant lui. Il faut que tu t'entraînes dans les prochains jours. Tu dois marcher comme si tu étais sur une poutre en équilibre. Dis-toi que c'est une question de vie ou de mort. La discrétion et la légèreté de ton pas seront deux atouts primordiaux durant ton épreuve.
- Je sais ce que je dois faire ! Grogna Krum, sentant son sang monter.
- Alors fais-le! S'exclama Chouta en lui lançant son bandeau en plein visage avant de redescendre à l'intérieur du bateau sans se retourner.
De retour dans sa cabine, elle fit un récapitulatif mental des choses qu'elle allait subir pendant cette journée en faisant les cents pas...
Aussi bien à Durmstrang qu'à Poudlard, le vendredi était la journée qu'elle haïssait le plus au monde. Dans son école, il s'agissait de la journée où elle devait subir deux heures de divination imposées par son emploi du temps. Ici, c'était pire. Elle avait droit au menu trois services : Entraînement avec Krum, suivre à distance son cours d'histoire en lisant les pages 55 à 201 de son grimoire "Comment les Moldus traitaient les sorciers au Moyen-Âge", et sa troisième retenue avec Severus Rogue.
L'ancien mangemort était vraiment très spécial comme personne. Si trois adjectifs pouvaient le qualifier, ce serait sans hésiter ceux-ci : calculateur, malicieux et taiseux. Les élèves ne l'intéressaient pas outre mesure, à l'exception de quelques têtes qui pouvaient se compter sur les doigts d'une main amputée du pouce. En réalité, il n'y avait que Drago et sa garde rapprochée que Rogue semblait un tant soit peu considérer comme des humains et non pas comme du bétail.
Toujours d'après les dires des Serpentards, il accordait également beaucoup d'attention à Harry Potter et ses amis, mais ce n'était pas pour de bonnes raisons. On ne lui avait pas menti lorsqu'on lui avait dit que le garçon à la cicatrice était arrogant et malpoli, il osait même répondre aux professeurs et les provoquer.
Lors de sa deuxième retenue, Rogue ne lui avait presque pas adressé la parole, mise à part pour lui donner l'ordre de corriger une tonne de copies des premières années chez Poufsouffle...
S'il avait refusé de lui parler, c'était parce qu'il était toujours aussi outré et en colère par le nom interdit qu'elle avait prononcé la première fois. Voldemort, VOLDEMORT, vol-de-mort, un nom comme un autre pensa-t-elle. On pourrait même en faire des jeux de mots " Vol-au-vent, Vol-Son-Nez..."
Telle une folle, Chouta rigola tout seule. Le fait d'avoir peur d'un simple surnom, et surtout d'un homme mort, était quelque chose qu'elle ne pouvait concevoir.
Rogue était en retard dans son travail, c'était certainement pour cela qu'il lui avait demandé de le faire à sa place. Et étrangement, cela signifiait qu'il la jugeait assez futée et cultivée pour le faire. Mais qu'avait-il de si important dans sa vie que d'être un foutu professeur des potions? Comment était-il possible qu'un homme aussi intelligent se soit laissé noyer par son propre travail? Lui, que tout le monde redoutait.
Chouta en conclut que tout cela n'était que futilités et que ce n'était en aucun cas ses oignons.
Enfin, elle pensa à la fin de son menu... En dessert, il lui fallait résoudre le petit problème de Poliakoff. Chaque heure était importante... Si par malheur son directeur venait à s'en rendre compte, il chercherait par tous les moyens à comprendre pourquoi on lui avait infligé un tel châtiment. Et la réponse était très claire : il avait tenté de dérober quelque chose, quelque chose qu'il ne voulait pas avouer.
Les parchemins qu'il avait griffonnés la veille étaient tous posés sur sa table de chevet... Chouta les relut.
"J'ai oublié mes potions", avait-il écrit.
Les potions... Qui pouvait bien posséder des ingrédients ? Tout le monde, à vrai dire, pouvait en posséder. Mais qui ?
Il était drôle de penser que Poliakoff était capable de réaliser une potion magique. Cela devait certainement être la seule et unique, étant donné sa moyenne en cette matière. Le mois dernier, son remède contre les furoncles fut un total désastre... Les murs de la classe en étaient témoins : elle avait explosé.
Cela devait être une potion facile, vu son piètre niveau. Elle commençait à se demander s'il ne s'agissait pas d'une potion contre les verrues ou les pustules. Poliakoff était-il assez débile pour prendre de tels risques juste pour ça ? C'était aisément possible, il ne voulait peut-être pas donner des raisons supplémentaires aux autres de se moquer de lui. Cette affaire lui torturait l'esprit.
Elle observa longuement Poudlard à travers la fenêtre de son hublot. Il faisait encore nuit, le brouillard couvrait de manière presque opaque l'entièreté du parc. Elle n'avait aucun doute quant au fait que l'auteur de cette agression se trouvait entre les murs de ce vieux château... Un incident comme celui-ci ne s'était jamais produit à Durmstrang. Leurs méthodes à eux étaient bien plus barbares.
Tout bien réfléchi, ce sortilège devait être de la main de Rogue. Elle avait cherché tellement d'explications compliquées qu'elle n'avait même pas été capable d'aller au plus simple. En réalité, les professeurs n'étaient au début pas quelque chose auxquels elle avait songé... Rogue est un professeur des potions, il n'y a que lui qui est susceptible de posséder n'importe quel ingrédient. De plus, les élèves de Durmstrang et de Beauxbatons n'ont pas les mots de passe des salles communes des quatre maisons de Poudlard. Alors cela réglait définitivement la question : Poliakoff n'aurait jamais pu se rendre dans le dortoir d'un élève.
Venant de Rogue, cette cruauté n'aurait rien d'étonnant. Maintenant, il restait à savoir pourquoi il ne l'avait pas dénoncée, au lieu de lui faire ça. Peut-être avait-il trouvé qu'aucune punition de Poudlard serait digne de leçon pour avoir fouillé sa réserve personnelle.
Elle allait devoir essayer de le distraire pour fouiller dans ses affaires ; sa retenue serait le moment idéal. Le contre-sort devait, qui sait, être inscrit quelque part dans ses cahiers, précieusement rangés dans un tiroir.
Il ne fallait pas qu'elle se fasse prendre la main dans le sac. Chouta allait devoir faire preuve de tact et d'une grande prudence si elle ne voulait pas se retrouver en retenue avec lui jusqu'à la fin de ses jours.
Comme tous les matins avant de se rendre à la Grande Salle pour le petit-jeûner, le professeur Karkaroff
voulait s'assurer que ses élèves étaient bien présent. Il était huit heure pile, Chouta et les autres étaient dans le couloir, devant la porte de leurs cabines en attendant l'autorisation de partir.
Le Directeur passa lentement devant chacun d'entres eux, presque en les frôlant tellement que le passage était étroit. D'abord, il y avait les trois cabines des garçons, ensuite les deux des filles à la fin du couloir.
- Viktor, vous vous êtes levé tôt ce matin. C'est bien, l'avenir appartient aux gens qui savent sortir de leurs lits, dit-il d'une voix paternel. Vous pouvez y allez.
- Merci, professeur Karkaroff, répondit Krum d'une voix forte en s'inclinant.
Chouta lui lança un regard féroce lorsqu'il passa devant elle...Le champion était toujours le premier à avoir la permission de sortir. Ses quatres compagnons de chambre eurent à leurs tours le droit de partir quelques instants plus tards.
- Poliakoff, vous avez une tâche de vin sur votre manteau, se plaint le Directeur lorsqu'il arriva à lui, dégoûté. Vous êtes vraiment répugnant, et allez vous moucher. C'est bon, dégagez.
La tête plus basse que possible, le muet parta la queue entre les jambes sous les railleries. Il n'y avait que Chouta qui se taisait, elle se contentait de croiser les doigts pour que personne ne remarque son problème. Mais cela n'était pas prêt d'arriver, parce qu'aussi triste soit-il, personne ne s'intéressait à lui.
Lorsqu'ils avaient cours à Durmstrang, Poliakoff avait souvent l'air étouffé par le propre song de ses cordes vocales : s'il donnait une bonne réponse à une question venant d'un professeur, personne ne l'entendait. À l'inverse, n'importe qui d'autre donnant la même réponse se voyait couronner de félicitations.
Une ou deux minutes plus tard, il ne resta que les trois filles, Chouta compris.
- Ah, Olga et Irina, salua poliment le professeur Karkaroff. Je n'ai rien de particulier à vous dire hormis que vous vous tenez mieux que la plupart des garçons ici. Bonne journée.
Elles partèrent le pas léger, s'échangent un sourire avec leurs dents légèrement jaunies par les litres de cafés que ces deux copines buvaient chaques jours. À l'inverse de Chouta, elles étaient grandes, légèrement enrobée avec des cheveux châtain qu'elles ne brossaient qu'une fois toutes les dix lunes. Il n'y avait que leurs vernis à ongles rouge comme du sang qui étaient toujours parfaitement manucurer.
Il n'y avait pas beaucoup de filles à Durmstrang, au plus grand regret du directeur qui disait toujours qu'elles étaient les plus sages. À force de n'être entouré que part de la présence masculine, les concernées affichaient une devanture extérieure plutôt...Préhistorique.
- Chouta, dit-il d'un air préoccupé alors qu'il ne restait plus qu'elle. J'ai cru comprendre que la matinée avait été mouvementé, avec Viktor. Soit plus indulgente, veux-tu bien?
- Il fait tout pour me provoquer, s'indigna-t-elle. Et j'aurai juré qu'il n'était pas loin de me proposer un duel à main nu, histoire de me rappeller qui est le plus fort.
- Dis-moi, peux-tu me rappeller qui commande ici? Demanda-t-il à voix basse.
- C'est vous, monsieur.
- Je t'ai ordonné de le préparer au mieux à son épreuve et tu t'es exécutée. Ensuite, j'ai demandé à Viktor de bien t'écouter et de faire au mieux, et il m'a aussi obéi. Vos querelles et vos enfantillages ne donneront rien de bon dans son apprentissage, donc maintenant, j'exige que vous passiez à autre chose. Une meute de loup travaille en équipe, elle ne s'entretue pas. Bon appétit et soit à l'heure pour ta retenue avec le Professeur Rogue.
- Bien, vous avez raison, approuva-t-elle avec une intonation très peu convaincante.
La perspective de bientôt rejoindre ses quatres Serpentard favoris l'aida à contenir sa colère. Chouta marcha le plus vite possible, assez pour dépasser Olga et Irina sur son passage. Le comportement de Viktor lui donnait un sentiment cuisant de trahison, comment avait-il osé aller se plaindre de ses méthodes d'apprentissages auprès du Directeur en personne? Il était rare qu'elle se sente dans un tel état d'énervement.
Lorsqu'elle pénétra dans la Grande Salle, elle constata qu'Harry Potter n'était pas présent à la table des Gryffondor. Il n'était pas rare qu'ils se regardent sans raisons bien précise. Hélas, pour le moment, la star ne vivait pas sa célébrité comme il le voulait : Depuis plusieurs jours, tous les élèves de sa maison portaient un badge sur lequel il était inscrit " Potter tu chlingues" avant de se transformer en un " vive Cedric Diggory " . C'était bien fait pour lui, c'est ce qui arrive quand on triche.
- Krum est un incroyable lâche, balança Chouta en prenant place dans la chaise que lui était automatiquement réservée en face de Drago.
Crabbe et Goyle ne firent pas attention. En retrait, assis l'un à côté de l'autre, ils faisaient quelques devoirs pour leurs cours Arithmancie en dernière minute. Les réponses qu'ils s'échangeaient étaient toutes plus fausses les unes que les autres.
- Oh, là, là, je vois que l'entraînement ne s'est pas passé comme tu l'entendais, dit Pansy Parkinson qui elle non plus, n'était pas une de ses groupies.
- Cela doit pourtant être une bonne opportunité d'être le bras droit d'un champion, dit précipitamment Drago en remplissant son assiette de mangues.
J'ai été voir son dernier match en Bulgarie pendant les vacances, mes parents avaient des places de premiers choix. C'est un remarquable attrapeur, c'est aussi la place que j'occupe dans l'équipe de Quidditch de Serpentard.
Chouta se contenta de lever les yeux au ciel et de se servir une bonne limonade au gingembre.
- Drago, tu serais bien gentil de ne pas toujours tout ramener à toi, lui repprocha Pansy, qui elle au moins, se demandait ce qui clochait avec lui.
Il eût un moment de silence durant lequel, en équipe, Chouta et Pansy défièrent Malefoy du regard.
- Bon, d'accord, se résolu-t-il. Que ce passe-t-il de si affreux avec Viktor? demanda-t-il de sa voix nonchalante.
- Eh bien, commença Chouta avec agacement, mise à part impressionner les filles et monter sur un balais, c'est un bon à rien! Je m'efforce de lui apprendre un sortilège...Je donne tout de moi pour qu'il ait les meilleurs armes pour sa première épreuve. Et lui, qu'est-ce qu'il fait? Il a osé aller faire sa petite pleureuse auprès du Directeur Karkaroff, disant que je suis apparemment trop dure avec lui.
- Peut-être que tu es effectivement trop sévère, conclut Drago.
- Éh! Contesta Pansy.
- Toi, la! Aboya soudainement une voix gueulante.
Drago, Pansy et Chouta se retournèrent en même temps. Crabbe et Goyle eurent un sursaut, se sentant directement concerné. De se démarche claudicante, Maugrey Fol Oeil - le pire ennemi du professeur Karkaroff - se pancha sur Drago appuyé sur une sorte de bâton bizarre. Son œil bionique tourna à 180 degrés avant de se braquer quelques instants sur Chouta. Mais son œil toujours en vie était braqué sur le leader des Serpentards.
- Malefoy, j'aimerai bien qu'on se croise au détour d'un couloir sombre, un de ces quatres, murmura-t-il d'une voix menaçante. Il va t'arriver des bricoles si tu continues de mettre des bâtons dans les roues d'Harry. Ça, tu peux me croire!
Sans préambule, Drago se leva de sa chaise et sortit sa baguette de sa cape avant de dire quelque chose que Chouta trouva exceptionnel :
- Restez bien loin de moi si vous ne tenez pas à encore perdre un œil.
- Je pense que Lucius et Narcissa n'aimeraient pas que leur fils unique se retrouve transformé en fouine blanche, replicat Maugrey en postillonant sur le visage de Drago.
- Et vous, je ne pense pas que vous aimeriez que mes parents fassent jouer leurs relations pour vous interner à Sainte-Mangouste, dit sournoisement Malefoy avec toute l'insolence dont il était capable. C'est là où sont les tarés dans votre genre.
L'homme qui avait une plaie à la place du visage empoigna férocement Drago par sa cravate verte émeraude.
- Dégagez. Vos. Mains. Sales. De. Mes. Vêtements! Ordonna le Serpentard, mots par mots, comme si cet homme était scouts à pétards plein de crottin.
À cet instant, Pansy frappa Chouta du coude et lui fit un signe de tête vers la table des professeurs. Dumbledore, un grand homme barbu, la femme âgée au chapeau pointu et Rogue observaient avec stupéfaction ce qui était en train de se passer. Le visage suspicieux, le directeur des Serpentards fallit se lever mais Dumbledore lui demanda de rester.
Remarquant à son tour les spectateurs, Fol Oeil lacha sa prise, tourna de nouveau un œil vers Chouta et quitta la salle en ruminant toutes sortes de choses quasiment incompréhensibles... La table voisine était bouche bée. Même si tous les Serpentards - et Chouta - étaient impressionné par l'audace de Drago, ce dernier n'avait plus le moindre sourire sur son visage pâle.
