- Chouta! L'appella Yégor, le meilleur ami de Krum, alors qu'elle traversait la pelouse du parc pour retourner au bateau.
Elle se retourna. Yégor était en dernière année, faisant de lui uns des seuls élèves majeurs avec Krum.
- Qu'as-tu fait à Poliakoff? Poursuivit-il en grattant nerveusement sa barbe naissante, enrobé dans son écharpe en fourrure de renard. Ce matin il ne sait même pas tenir sa fourchette. On sait que c'est toi et tes fichues expériences!
Elle haussa ses épaules avec un sourire malveillant sur les lèvres, voulant lui faire comprendre qu'elle n'avait guère l'intention de lui donner des explications.
- Répond à ma question! Insista Yégor comme s'il était un exorciste voulant faire sortir le démon en elle.
- Ne me cherche pas des noises. Sinon, je te préviens, tu vas finir comme lui, répliqua-t-elle d'un ton amusé juste avant de poursuivre sa route.
Le vent hurlait avec la furie d'une tornade, poussant sur son dos avec tant de force qu'elle se sentait aussi légère qu'une plume.
- Un jour ton tombera sur plus fort que toi à force de te croire supérieur à nous! Cria-t-il après qu'elle l'ait devancée de plusieurs mètres.
- Cela n'a rien d'une croyance, dit-elle d'une voix onctueuse en se retournant une demie-seconde, ses cheveux soulevés par le vent. Je suis supérieur à vous.
Chouta n'avait aucun problème particulier avec le fait qu'on la prenne pour un monstre. Cependant, ce conflit lui fit comprendre que l'état de Poliakoff était dorénavant connu de Krum et de sa clique. Le temps était compté, et elle souhaitait que les heures qui la séparaient de sa retenue puissent s'écouler aussi rapidement qu'un clignement d'œil... Non pas qu'elle ait la moindre envie de revoir Rogue, mais parce qu'elle devait poursuivre son enquête.
Une fois de retour dans sa cabine, elle lança un sortilège de verrouillage ultime sur la serrure de sa porte avant de mémoriser d'une traite les pages de cours qu'elle devait lire pour aujourd'hui.
Rapidement, Chouta arriva à la dernière page... :
" En conclusion, chers sorciers et sorcières, restez vigilants à l'égard des moldus. Ne leur portez aucun préjudice, soyez courtois, mais ne les laissez pas pénétrer votre jardin secret. Depuis la fin du Moyen Âge, la planète Terre est divisée en deux mondes distincts, et cela ne doit plus jamais changer. Agissez pour la prospérité de vos pairs, soyez aussi sages que des sages mages.
Autrefois, nous avons prodigué nos soins à leurs maux et guéri leurs maladies. Nous étions les premiers médecins dans ce monde étrange... Cependant, au lieu de nous traiter comme des divinités vivantes, ils nous ont considérés comme des monstres. Environ 500 ans avant J-C, la lèpre, un fléau mortel, fit son apparition. Cette maladie hautement contagieuse ne touchait que les moldus. C'est pourquoi, sans le moindre scrupule, ils nous ont accusés d'en être les responsables. Femmes, hommes et enfants dotés de pouvoirs magiques ont été sauvagement brûlés vifs.
Le saviez-vous : La vie de 40% de notre peuple s'est éteinte durant cette sombre période. De nombreux survivants sont morts de chagrin ou n'ont pas souhaité concevoir de descendent. De nos jours, notre population est dix fois moins élevée que celle des moldus, cela explique très bien pourquoi de nombreux arbres généalogiques se rencontrent. Il n'est pas rare de réaliser que nous avons un ancêtre en commun avec nos amis.
" Soyez rusé, sinon vous finirez sur le bûcher. " avait un jour dit Gregory le Hautain. "
Elle referma son livre avec la conviction intime que les moldus n'étaient bons qu'à faire la guerre. Ces pages se révélèrent un peu plus intéressantes que ce qu'elle avait imaginé de prime abord. Ses professeurs semblaient avoir la tête sur les épaules. Chouta étudiait quotidiennement, mais, à vrai dire, elle ne savait pas à quelles fins.
Sa conseillère d'orientation lui avait secrètement suggéré de devenir Auror, un choix peu apprécié par la communauté de Durmstrang. De nombreux parents d'élèves les redoutaient pour des raisons évidentes... La proportion d'anciens partisans de Voldemort était assez élevée dans son entourage, y compris parmi les membres de la direction. Qui aurait pu le croire ? Tous ces sujets étaient honteusement tabous. Ils étaient connus de tous, c'était tout.
Il était déjà l'heure de partir. Elle saisit sa baguette, enfila ses bottes en laine de mouton noir et quitta précipitamment le bateau pour éviter tout risque d'arriver en retard.
Comme à chaque fois, elle passa devant la petite maison aux rebords de fenêtres rongés par les insectes. Presque toujours, de la fumée s'échappait de la cheminée... Elle se demandait qui pouvait bien habiter ici, dans un confort aussi rudimentaire alors que le château de Poudlard offrait un luxe inégalé.
À peine arrivée au château, Chouta croisa Pansy, seule, sortant de la Grande Salle avec deux gros rouleaux de parchemins sous le bras. La Serpentard lui adressa un sourire en coin, laissant entendre qu'elle avait compris que Chouta se dirigeait vers les ténébreux cachots de Rogue. Le rez-de-chaussée était désert, la quasi-totalité des élèves étant en classe...
- Tu n'es pas censée participer aux cours, de temps à autre? Demanda Chouta, ayant déjà remarqué que Pansy se promenait souvent dans les couloirs.
- Je suis en cours, figure-toi, répondit-elle d'une voix normale, comme si ce qu'elle disait était parfaitement logique. Et toi, t'es prête pour tes deux heures de retenue?
- Ouais, je crois bien.
- Je t'accompagne vers ton supplice dans ce cas, annonça Pansy d'un air décidé.
Personne n'avait jamais insisté pour l'accompagner où que ce soit, et elle ne savait dire si cela la dérangeait ou si au contraire cela lui faisait plaisir.
- Drago est bizarre depuis cette année, lui confia Pansy alors qu'elles descendaient les escaliers. Il se rebelle énormément et il change d'humeur comme de chemises. C'est à cause de Maugrey...
Elle s'interrompit, cherchant les meilleurs mots pour ne pas trop en dire.
- Il a causé beaucoup de problèmes à sa famille, par le passé, poursuivit Pansy. Maugrey le met dans le même panier que ses parents. Pourtant, Drago n'est pas comme eux, il ne suivra pas le même chemin. La présence d'un Auror dans le château lui fait peur, surtout que c'est lui qui a enfermé sa tante Bellatrix à Azkaban.
Il eût un petit malaise. Les parents de Drago étaient donc des mangemorts, un fardeau qui n'était pas des plus facile à porter...Le garçon aux cheveux blancs mettait souvent en avant ses opinions extrêmes. Il ne s'était toutefois jamais venté de la marque des ténèbres. Bien au contraire, il évitait le sujet des mages-noires.
- Parfois les gens ont la capacité de détester une seule personne sur plusieurs générations, répondit Chouta d'une voix neutre alors qu'elles marchaient en ligne droite vers les cachots. Cela vaut pour Maugrey mais Drago n'est pas mal dans son style, lui aussi.
- Drago? S'interroga Pansy. Tu veux dire quoi, par là?
- Regarde, il déteste cette Hermione Granger juste parce que ses parents sont moldus. Tu ne trouves pas ça un peu bête?
- Oh moi aussi je la déteste, elle essaye toujours de se rendre intéressante, dit-elle avec mauvaise langue. Tous les étudiants nés de parents moldus font comme s'ils connaissaient notre culture mieux que nous.
- Vous êtes simplement de mauvaise fois, soupira Chouta.
- Au moins, ton école a eu la brillante idée de refuser les gens de leurs espèces. Seul le pur et le mêlé passe.
- Durmstrang se trompe d'ennemi. Hermione Granger est une sorcière et par conséquent elle est tout aussi pur que moi. Par contre ses parents sont des moldus, c'est d'eux que je ne veux pas, argumenta Chouta en repensant sa leçon du matin.
- M'oui, c'est une façon de voir les choses...
Les étudiantes ne se dirent plus rien jusqu'à ce qu'elles arrivent devant la porte fermée du bureau de Rogue.
- Je te laisse, à plus tard, dit Pansy en lui tendant la joue.
Pansy attenda quelques instants dans cette position, Chouta ne savait pas ce qu'elle attendait d'elle.
- Vous ne faites pas la bise en Russie? Se vexa Pansy en reprenant une position normale.
- Mon école n'est pas exactement en Russie, précisa Chouta avec pédagogie.
Sa localisation est...
- Je m'en contre-fiche d'où est ton école, coupa Pansy d'une voix nonchalante.
La prochaine fois tu sauras qu'ici on se fait un bisous sur la joue.
- Chez nous, dans le pire des cas, on se serre la main...
La porte du bureau de Rogue s'ouvrit brusquement avant qu'elle n'ait eût le temps de poursuivre ses explications.
Elles virent le maître des potions plisser ses yeux, cela ne présageait rien de bon.
- Miss Byrne votre bavardage vous a coûté deux minutes de retard, dit-il d'une voix doucereuse. Cela vous vaudra vingt minutes supplémentaires de retenue.
- Oui, mes plus plates excuses, Professeur Rogue, répondit-elle d'un ton peu crédible. Je suis vraiment confuse.
De ses yeux noirs, le maître des potions la regarda d'une façon féroce. Bien que sa réponse était appropriée, il avait perçu son hypocrisie.
Il eût un court silence, Rogue et Chouta s'insultaient du regard.
- Bon, heu, je vais y aller, dit Pansy à mi-voix, gênée de l'avoir mise en retard.
À ce soir Chouta, bonne fin d'après-midi Professeur Rogue.
- Pas si vite, Miss Parkinson, murmura Rogue alors qu'elle était sur le point de s'éclipser aussi discrètement qu'une petite sourie. Dans mon bureau, toutes les deux.
- Pourquoi, monsieur? Se retatina Pansy, le visage inhabituellement innocent.
Ai-je fait quelque chose qui vous aurais déplu?
- N'ai-je pas été assez clair? Dans mon bureau! Exigea Rogue d'une voix que ne laissais pas de place à la négociation, sa porte grande ouverte. Tout de suite!
Directement après que Rogue ait fermé la porte derrière elles, la pièce retomba dans cette habituelle atmosphère sombre et inquiétante. Il montra silencieusement deux chaises qui se faisaient face, séparées par le bureau.
Pansy s'assit sur la petite chaise réservée aux élèves. Pour sa part, Chouta resta debout, elle savait à quelle mesure il était inapproprié de s'asseoir sur la chaise d'un professeur.
- Asseyez-vous, Miss Byrne, convia Rogue d'une voix neutre. Je vous ait autorisé à vous asseoir ici, alors à moins que vous n'ayez contracté une quelconque maladie contagieuse, je vous prie de prendre place.
L'adolescente obéi en se demandant toutefois s'il ne s'agissait pas d'un piège. Pansy, assise en face d'elle, était confuse elle aussi.
- Bien...Le directeur pense que la présence de Maugrey à Poudlard est une bonne chose, dit-il en examinant uns de ses bocaux remplis d'ongles de trolls posé sur ses étagères. Il estime qu'il ne serait pas souhaitable qu'il termine comme ses prédécesseurs...
Chouta profita qu'il regardait allieurs pour baisser les yeux l'espace d'un instant... Puis, à tâtons, elle essaya le plus discrètement possible d'ouvrir les trois premiers tiroirs de son bureau. Manque de peau, ils étaient aussi verrouillés que les cellules d'Azkaban.
- Néanmoins, le professeur McGonagall et moi-même sommes dubitatif, continua-t-il. Pourquoi cela, d'après vous?
Les deux élèves demeurèrent silencieuses, préférant laisser Rogue mener sa réflexion à son terme. Pendant ce temps, elles observaient avec attention chacun de ses mouvements autour des bocaux. Avec le passage des jours, elles remarquèrent que certains de ces récipients avaient subi des métamorphoses étranges. Par exemple, le bocal contenant les têtes de serpent avait changé de teinte, passant du cristal limpide à un vert clair. Alors que les gueules des serpents étaient habituellement closes, elles étaient à présent béantes, révélant leurs crocs menaçants.
Soudain, contrarié par le silence persistant des deux jeunes filles, il pivota brusquement et se pencha juste en face du visage de Pansy, ses mains appuyées fermement sur le bureau :
- Miss Parkinson, expliquez-moi ce qui s'est passé lors de votre dernier cours de Défense contre les Forces du Mal.
Pansy, bien qu'habituellement dotée d'une confiance démesurée, se sentait subitement diminuée devant Rogue, abandonnant toute prétention mesquine. Sans même s'en rendre compte, elle se mit à ronger l'ongle de son pouce, adoptant une attitude enfantine. Pendant ce temps, le Maître des Potions demeurait immobile, scrutant attentivement les moindres nuances de son expression.
- Je... euh, Monsieur, marmonna Pansy d'une voix tremblante, nous avons appris quelques choses. Nous avons eu une leçon sur les sortilèges impardonnables. Il a mentionné des choses sur mes parents, sur ceux de Drago... Comme à chaque cours, il a vanté le nombre de Mangemorts qu'il a assassinés au cours de sa carrière.
- Et ensuite? Interrogea Rogue, ses yeux presque dissimulés par ses mèches de cheveux noirs.
- Drago vous a certainement déjà tout raconté, professeur, répondit-elle en cassant complètement son ongle.
- Parkinson! Aboya Rogue tellement fort qu'elle sursauta. Ne comprenez-vous pas que je m'efforce à constituer un dossier à son encontre? Je ne laisserai pas son comportement d'alcoolique notoire mettre en péril les études de mes propres élèves! Alors retirez votre pouce de votre bouche et donnez-moi votre version des faits.
- Si vraiment vous voulez nous savoir en sécurité, il serait temps que preniez les rennes de cette matière! Craqua Pansy en reprenant ses airs d'insolente.
Nous les Serpentards avons besoin d'un professeur qui connaît et maîtrise sa matière, pas de ce défilé d'amateurs qu'on se coltine depuis quatre ans!
Comme furieux envers lui-même, Rogue se tut. Chouta Byrne connaissait la mauvaise réputation de Maugrey, vraiment. Mais il était toutefois incroyable que ses méthodes atteignent Rogue lui-même.
- Vous savez pertinemment bien que c'est indépendant de ma volonté, dit finalement Rogue entre ces dents. C'est au Directeur qu'il faut le dire...
- Monsieur, avec mes respects, Maugrey est le pire qu'on ait eût! S'exclama son amie en déchirant une copie d'élèves qui traînait sur le bureau. Il torture ces pauvres acromentules par des endoloris, et ça se termine toujours pas un avadakedabra! C'est ça, la matière qu'on voit depuis le début de l'année! Je commence à me demander si la forêt interdite est encore peuplée d'araignée vu le nombre qu'il en a exécuté. Et hier c'était à notre tour de devenir des tueurs...Mais j'ai refusé, alors il a essayé de me jeter un sortilège d'endoloris. J'ai par miracle fait obstacle, grâce à mes connaissances...
- C'est la dernière fois que ça arrive, je vous prie de le croire, déclara le directeur des Serpentards d'une voix ferme. J'espère le voir hors de ce château avant la première épreuve du tournoi...Votre témoignage associé à ceux que m'ont déjà donné vos camarades devraient faire le poids.
En attendant, mesdemoiselles, je vous interdit de provoquer le professeur Maugrey comme vous l'avez pas plus tôt qu'aujourd'hui. Nous ne savons pas de quoi il est exactement capable. Ce sal... Enfin, ce professeur, se corrigea-t-il dans un rictus ironique, déteste à foison les gens comme nous.
- J'imagine que " les gens comme nous ", ça signifie " les gens qui ne se mettent pas dans tout leurs états lorsqu'on parle de magie noire "? Demanda Chouta en roulant des yeux.
- Oui, et il se venge d'avoir été prématurément mis à la retraite en continuant son travail à Poudlard, expliqua Pansy qui en savait plus que la Gazette. Il fait comme si on avait une certaine marque sur l'avant bras...Comme si nous les Serpentards étions assez stupide pour répéter les erreurs de nos familles.
Sans plus d'explications, Severus Rogue baissa les yeux avant de leur tourner le dos.
" Stupide ", c'était à l'évidence ainsi qu'il devait se sentir. Car contrairement à elles, lui, cette marque, il la portait. Nuit et jour, printemps comme été, les anciens mangemorts ne portaient jamais de tee-shirt.
Il était connu de savoir que ce tatouage maudit avait perdu de son éclat depuis la chute de Voldemort. Néanmoins, à en voir certaines rares photos dans les journaux, elle était encore là. En l'espace de quatorze ans, la marque était passé du noir au gris clair. Tel était le vestige du diable.
Allant jusqu'à sa pensine, le maître des potions se débarrassa d'un souvenir et le plaça soigneusement dans une fiole, à côté d'une centaine d'autres placées tout autour...Pansy et Chouta se contentaient une nouvelle fois de le regarder sans rien dire.
- Filez, maintenant, murmura-t-il après un certain moment en massant discrètement son avant-bras gauche, toujours de dos à elles.
- Et ma retenue, monsieur? Demanda Chouta qui avait prévue de fouiller son bureau.
- Profitez-en avant que je ne change d'avis, dit-il. Il semble que votre bon à rien de Krum ait besoin de vos cours particuliers.
Victorieuse comme jamais elle ne l'avait été, Chouta se leva et quitta silencieusement le bureau avec Pansy.
- Tu te rends compte? Dit Pansy avec stupéfaction alors qu'elles traversaient d'une traite le long couloir des cachots. Le professeur Rogue te dispense d'une retenue! C'est la première fois que ça arrive à un étudiant autre que Potter!
- Mon directeur doit sûrement y être pour quelque chose, répondit-elle malicieusement. Moi, ce que je trouve dément, c'est qu'il ait qualifié Krum de bon à rien. Tu ne peux pas savoir comme ça fait du bien de l'entendre d'une bouche autre que la mienne.
- Je te l'avais dit, que Rogue n'était pas si terrible, fit remarquer Pansy avec un sourire au lèvres.
- Détrompes-toi, il est terrible, corrigea-t-elle d'un ton grave. Terriblement intelligent. Je regrette presque ce qui s'est passé dans la Grande Salle, la première fois que je l'ai vue.
- Ce n'est pas bien de mentir, Chouta, ricana Pansy en tournant directement à gauche après les escaliers.
- C'est la vérité, dit-elle avec fougue en suivant Pansy qui marchait à vive allure. C'est juste qu'il faut bien reconnaître que Rogue n'est pas le professeur le plus accueillant de Poudlard!
- Tu n'es pas un ange, toi non plus, rétorqua Pansy en haussant les épaules. Ce n'est pas pour ça que je t'ai agressée dès la première fois que t'ai vue.
Chouta ne préférait pas lui raconter la vraie raison pour laquelle elle avait lancé ce sortilège sur Rogue. Surtout qu'ici, son passé ne dérangeait pas les Serpentards, ni même Dumbledore. Ce qu'elle croyait être un grand secret était en réalité de notoriété publique.
Pour l'heure, elle n'avait pas la moindre idée d'où Pansy l'emmenait. Elles passèrent devant la Grande Salle sans s'arrêter, les rires typiques des Gryffondors les agaçaient. Sans rien y comprendre, elle suivit Pansy jusqu'au premier étage.
- On va là où personne ne viendra nous déranger, annonça Pansy d'une voix étrangement enjouée.
Trois couloirs plus tard, elles entrèrent dans une ancienne salle de cours abandonnée. Pansy connaissait plutôt bien le château, et plus particulièrement les endroits calme et dépeuplé. La Serpentard prit place sur une table poussiéreuse et déroula sur ses genoux ses rouleaux de parchemins. Elle les lisait attentivement, faisant abstraction du décor ambiant.
Cette classe était figée dans le temps, toutes les plumes et les cahiers des élèves étaient encore disposé sur les bancs. Chouta passait entre chacuns d'entres eux, lisant les inscriptions gravées par des anciens élèves...
1980 : Nous sommes les Gryffondors! Tant que Poudlard sera debout, on continuera d'aller à l'école! Peace and Love.
Mes parents sont moldus, oui, et alors?
Si demain je meurs, dites à me petite sœur que je l'aime. J.M
Je suis un sang-mêlé, comme vous-savez-qui. Pourquoi veut-il ma mort si je suis comme lui?
Elle comprit alors que cette classe avait été désertée en temps de guerre, sûrement une évacuation d'urgence vu toutes ces fournitures encore présentes. Il y avait même le carnet des présences qui devait appartenir à l'enseignant de l'époque.
- On dit qu'un élève est mort ici, dit tout bas Pansy qui avait levé son nez de sa lecture. De la main de tu-sais-qui. C'est pour ça que personne ne vient jamais ici...
- En tout cas, il a bien fait de ne pas avoir fait le choix de devenir un fantôme, affirma Chouta à mi-voix en repensant à une certaine Mimi dans les toilettes des filles. Ne jamais connaître le repos doit être un destin atroce, aussi atroce que de brûler vif éternellement.
- Ce n'est pas pour rien que le comte des trois frères parle d'accueillir La Mort comme une vielle amie. Le seigneur des ténèbres avait une peur bleue d'elle, il n'y a pourtant pas échappé.
Elles s'échangèrent un sourire sans la moindre méchanceté, c'était sincère. Pansy Parkinson était vraiment une fille avec qui elle pouvait s'enfermer pendant des heures sans devenir claustrophobe.
Chouta continua de faire le tour de la pièce tandis que Pansy poursuivait sa lecture. La matière autrefois enseignée ici était la métamorphose, et l'enseignant devait en être passionné. Tout était désordonné ici, et le rangement des deux armoires en bambou n'était pas là pour rattraper la gloire : des tasses, des boules à neige, des chaussettes sales et des vieilles baguettes magiques étaient entassées de façon complètement anarchique.
Tous les appuis de fenêtres étaient encombrés par des corbeaux empaillés...Il ne faisait aucun doute qu'ils étaient morts, pourtant, elle avait la désagréable sensation d'entendre leurs croassements rauques et graves.
- CROAAACCC Imita Pansy en faisant aller ses bras comme un volatile.
- Très drôle, Miss Parkinson, lança-t-elle froidement en s'éloignant de ces spécimens.
- Tu sais, je suis un peu comme toi, lui dit Pansy, toujours assise.
- Personne n'est comme moi.
- J'ai dit un peu, souligna-t-elle. Je veux dire que moi aussi, j'ai souvent ce besoin d'être seule. Quelques professeurs acceptent que je suive les cours à ma façon de temps à autre. Ils m'écrivent la leçon et moi je l'étudie comme ça me chante.
- Toi aussi, tu comprends mieux la matière lorsque tu l'apprends toute seule? Demanda Chouta en s'intéressant vraiment a elle.
- Oui, je ne comprends jamais les choses comme les autres les comprennent. Et je pense que c'est pour ça que je n'arrive pas à produire un Patronus, se lamanta la Serpentard. Même Potter en est capable...
Chouta alla s'asseoir juste à côté d'elle, enroula soigneusement ses parchemins et les firent se poser sur le bureau voisin dans un sortilège informulé sous le regard impressionné de Pansy.
- Si tu veux vraiment réussir un patronus, tu dois commencer par arrêter de comparer tes capacités avec celles des autres, explique-t-elle d'un ton dur. Tu dois travailler ta technique sans relâche, tout en imaginent que ta vie est menacée.
- Je connais le mouvement par cœur pour l'avoir répèté au moins milles fois, dit Pansy avec agacement en sortant sa baguette de sa robe, prête à essayer.
C'est quoi, ta méthode?
Les joues pâles de Chouta rougirent légèrement...
- Aucun de mes souvenirs ne produit assez de puissance magique, admit-elle avec un soupçon de honte. Je suis capable de tout, sauf d'une magie aussi blanche que le patronus.
Pansy baissa le regard et rangea sa baguette.
- Je suis désolée d'apprendre que tu n'as pas eu une vie facile, dit Pansy d'un ton sincère.
- Laisse tomber, dit Chouta, qui n'aimait pas s'attirer la pitié des autres. Parlons d'autre chose.
- Je viens de repenser à quelque chose qui pourrait t'intéresser, annonça Pansy pour briser la glace.
- Ah oui?
- Les dragons de la première épreuve sont arrivés ce matin. J'ai entendu le professeur Bibine dire à Chourave qu'ils étaient dans des cages, cachés quelque part dans la forêt interdite.
- C'est intéressant, très intéressant effectivement, dit-elle avec reconnaissance.
- Si tu vas les voir, j'espère que tu ne te feras pas dévorer par une acromentule, dit Pansy avec une pointe d'inquiétude. Elles sont très agressives en ce moment.
- En même temps, si j'étais une grosse araignée et qu'un cyclope comme Maugrey venait enlever mes petits, moi aussi je serais méchante, affirma l'élève de Durmstrang de façon narquoise.
- Tu es déjà méchante, plaisanta Pansy. Il ne manquerait plus que tu aies huit jambes...
Ce jour-là, le souper fut particulièrement rapide. Drago était toujours aussi furieux contre Maugrey et il était bien content que Rogue et McGonagall fassent leur possible pour qu'il soit expulsé. Ce vieux avait vraiment quelque chose de personnel contre les Serpentards : Toutes les maisons pouvaient faire et dire ce qu'ils voulaient, sauf eux. D'après Goyle, ils étaient même espionnés et leurs courriers interceptés.
- Notre salle commune reste le seul endroit sûr, rajouta Crabbe en se gavant de tarte comme s'il c'était la dernière fois qu'il mangeait de sa vie.
Lorsqu'il fit nuit, Chouta se coucha en repensant encore à Poliakoff et à Krum. Elle se demandait lequel de ces deux problèmes était le plus grave (et le plus urgent). N'avoir pas réussi à ouvrir les tiroirs de Rogue lui avait été terriblement frustrant, elle était persuadée que le contre-sort devait être marqué quelque part.
C'était déjà le deuxième jour qu'elle reportait sa mission au lendemain et cela la stressait bien plus que ce qu'elle ne voulait bien l'admettre.
Elle avait fait une promesse et, par Lucifer, il lui fallait la respecter, au moins par respect envers elle-même. Au lieu de se servir de son esprit vif et clairvoyant pour trouver des solutions, elle avait préféré passer la journée en compagnie de Pansy Parkinson.
Rogue l'avait impressionnée aujourd'hui ; elle avait découvert une partie plus honorable de lui. Il était appréciable de le voir défendre bec et ongles les intérêts des élèves de sa maison. Il devait en falloir, du courage, pour défier un Auror alors qu'on est un ancien mangemort.
Malgré ces moments plutôt intéressants, elle devait reprendre pied sur terre. Le bon à rien de Krum allait mettre son dragon K.O, elle se le promis!
Ni une ni deux, avec détermination, l'élève de Durmstrang se releva de son lit, remit ses vêtements, et alla frapper à la cabine de Krum. Elle voulait qu'il voit un dragon en face afin qu'il prenne enfin conscience des efforts qu'il allait devoir fournir. La forêt interdite était vaste et elle s'y était jamais aventurée, mais tout cela lui était égal : il était plus facile de se perdre dans le château de Poudlard qu'à travers ces hectares de sapins.
