Ce matin-là, tout juste trois heures plus tard, au lieu de se réveiller bien avant l'appel du professeur Karkaroff, Chouta Byrne fut tirée de son sommeil par des coups insistants à sa porte :

-Chouta, debout bon sang! Lui lança son sais que la nuit a été courte, mais tu dois te lever. Tout le monde est déjà parti prendre le petit-jeûner!

Elle se leva en sursaut, sa tête tournant dans tous les sens. Les yeux fatigués, courbaturée de partout à cause de son voyage en balai volant, Chouta enfilait ses vêtements d'un geste vif de sa baguette magique.

-Je me dépêche, monsieur, dit-elle d'une voix affolée en se passant rapidement de l'eau sur le visage.

Mais il continua à tambouriner à la porte avec insistance, ignorant totalement les signes de vie qu'elle lui envoyait. Le professeur Karkaroff se vantait tellement de la discipline de ses élèves qu'il redoutait qu'on puisse dire qu'une d'entre elles restait au lit comme une paresseuse. À peine quelques secondes plus tard, jugeant que Chouta n'allait pas assez vite à son goût, le Directeur de Durmstrang ouvrit brusquement la porte alors qu'elle s'essuyait le visage avec le premier morceau de tissu à sa portée.

- En route, dit-il simplement.

- Je suis prête, professeur, dit-elle en lâchant le pauvre tee-shirt avec lequel elle s'était essuyé le visage.

Si elle avait imaginé que cette journée serait simplement une autre journée dans sa vie déjà bien chaotique, elle se trompait totalement. Le professeur Karkaroff venait de lancer un cri d'horreur en découvrant son visage...

- J'ignorai que mon physique faisait autant peur, dit-elle avec ironie en enfilant ses bottes.

- Ta peau! S'exclama-t-il de sa voix grave, regardes toi, tu as des boutons rouges partout!

Elle se tourna vers le hublot et réalisa qu'il n'exagérait en rien. Son reflet lui renvoya une image terrifiante : Chouta était couverte d'horribles pustules, même sur ses épaules et son cou. En fait, elle comprit rapidement que son corps tout entier en était recouvert.

- J'ai la dragoncelle, balbutia-t-elle d'une voix paniquée. En l'absence du remède de Gunhilda, des sorciers en meurent tous les ans, c'était le sujet de mon travail de fin d'année en première!

- Alors réjouissons-nous que cela soit arrivé à Poudlard, répondit-il. Madame Pomfresh est une infirmière de bonne renommée et le professeur Dumbledore fera venir les meilleurs médecins. Tu as de la chance, dans ton malheur...

Il était vrai qu'à Durmstrang, tout élève malade était envoyé à Londres et n'était plus revu pendant un bon moment.

- C'est contagieux! S'exclama Chouta qui n'avait aucune envie de marcher jusqu'à l'infirmerie. Ils vont me prendre pour une pestiférée et je serais curieuse de savoir qui m'a contaminé, il verra ce qu'il va voir!

- Et puis-je savoir depuis quand l'avis des autres compte pour toi? On y va, et que ça saute!

Elle obéit et ressentit un soulagement en constatant qu'ils ne croisaient personne en chemin. Tous les élèves étaient occupés à prendre leur premier repas de la journée...Tout comme les couloirs et le parc, l'infirmerie aux trente lits était heureusement déserte elle aussi.

Madame Pomfresh, l'infirmière de Poudlard, se leva précipitamment de son bureau, manquant de renverser son thé sur sa blouse blanche.

Elle parut stupéfaite en la voyant, la dragoncelle n'était pas une maladie courante : elle ne touchait qu'un sorcier sur mille. Sans perdre davantage de temps, elle la fit asseoir sur un lit aux draps blancs et commença à l'examiner méticuleusement après avoir enfilé une paire de gants.

- Tire la langue, ma petite, lui demanda-t-elle d'une voix anxieuse.

- Vous pensez qu'elle sera vite rétablie? Ne put s'empêcher de demander le professeur Karkaroff alors que Chouta avait la bouche grande ouverte. Elle a des obligations.

- Oh taisez-vous, merci! Rétorqua l'infirmière en plaçant sa baguette sur la langue de l'adolescente.

Son directeur lui lança un regard hautain, peu habitué à se voir ordonner de fermer sa bouche, surtout par un femme. Un silence pesant s'ensuivit...

Cette dernière enchaîna, observant Chouta sans toute ses coutures :

- Voyons voir ça, quarante de fière, de belles cloques rouges, les ganglions lymphatiques enflés...Étrange, très étrange...Tu n'as pas le visage verdâtre ni les yeux jaunes. C'est une varicelle, pas une dragoncelle.

Madame Pomfresh retira sa baguette magique de sa bouche et lui servit un verre d'eau qu'elle buva d'une traite.

- Qu'est-ce que c'est, la varicelle? Demanda Chouta en fronçant les sourcils.

Personne ne lui répondit, les deux adultes s'échangeaient un regard comme si elle allait mourir.

- Dites-le moi! Ordonna-t-elle en balançant son verre d'eau sur la table de nuit.

- La varicelle, mademoiselle, annonça l'infirmière avec précaution, est une maladie infantile, une maladie très connue chez...

Elle ne savait pas comment finir sa phrase.

- Chez les moldus, dit-elle finalement.

- Je ne suis pas moldue, dit-elle sur la défensive, comment diable est-ce possible?

- C'est possible à partir du moment où vous avez du sang moldu dans les veines, expliqua l'infirmière d'une voix rassurante. Cela arrive aux sorciers ayant des parents ou grands-parents moldus. Plus communément appelés les sang-mêlés.

Couverte de honte, à partir de ce moment-là, Chouta n'osait plus regarder son directeur dans les yeux. Heureusement qu'elle avait déjà bu son eau, car dans le cas contraire, elle l'aurait recraché tellement qu'elle était sous le choc.

- Je présume, madame, que cela nécessite des soins bien particuliers? S'inquiéta le professeur Karkaroff en passant sa main sur son front couvert de pustules.

Elle fut rassurée par ce contact physique, rassurée que le professeur Karkaroff ne l'a rejette pas.

- Elle aura besoin de repos, explique-t-elle. La pauvre n'est qu'au début de ses souffrances, préparez-vous à ce que son état se dégrade durant les prochaines heures. Dans le meilleur des mondes, il aurait fallut qu'elle soit vaccinée. Déclarer cette maladie à son âge n'est jamais bon, ni pour les sorciers, et encore moins pour les moldus. Je demanderai au professeur Rogue de lui apporter une potions tous les jours, il fait très bien les remèdes contre la fièvre...

Et Madame Pomfresh ne s'était pas trompée, quelques temps plus tard, Chouta eut le tournis, se perdit dans les draps et resta alitée toute la journée. Elle ne savait même plus dire quand le professeur Karkaroff était parti, ni même quelle heure il était à présent.

Tout son corps transpirait à chaudes gouttes et même les compresses froides que l'infirmière lui passait sur le front n'y pouvaient rien. Décidément, les maladies moldues étaient une véritable malédiction qu'il ne fallait jamais prendre à la légère.

Ce n'est qu'alors qu'il faisait nuit dehors qu'elle rouvrit péniblement les yeux...La porte de l'infirmerie était grande ouverte, éclairant légèrement la

pièce par les lumières encore vives du couloir.

Si elle avait d'abord pensé que personne ne s'était soucié d'elle pendant ce temps, elle se rendit vite compte de son erreur en remarquant des mots de ses amis soigneusement posés sur sa table de chevet.

Couchée, elle attrapa les mots du bout des doigts et les posa sur son ventre, les lisant un par un avec empressement :

" Ma petite araignée, le professeur Karkaroff nous a dit que tu avais la dragoncelle. Je suis passée te voir mais tu dormais. Drago m'a dit que son grand-père est mort de cette maladie, il avait peur de rentrer à l'infirmerie, ce trouillard. Je l'ai forcée à venir, il espère que tu seras vite rétablie, il faut qu'on parle de Maugrey...

A plus,

Pansy "

Soulagée qu'ils ne soient pas au courant qu'il s'agissait en réalité de la varicelle, Chouta lu le suivant :

" Chouta,

Je suis retourné dans l'ancienne classe des potions. J'avais raison, à propos du manuel.

J'ai lancé le contre-sort à Poliakoff, tout est revenu dans l'ordre. J'espère que tu seras sur pied avant la première épreuve du tournoi.

Viktor Krum. "

Avant même qu'elle n'ait eu le temps de lire les autres, elle vit soudainement le professeur Rogue, avec son visage impassible, se tenant debout face à son lit. Il était apparu sans le moindre bruit, dans la pénombre.

Immédiatement, Chouta se redressa dans son lit, étrangement enchantée par cette visite.

- Alors, Miss Byrne, on a la varicelle? Demanda-t-il sournoisement, tenant une fiole dans sa main.

Chouta perdit aussitôt son sourire.

- Ne répétez ça à personne, est-ce bien compris? Répondit-elle d'une voix menaçante, dénudée par l'effet de la fièvre. C'est un secret!

- Pas pour moi, murmura le plus bas possible Rogue en déposant le remède sur sa table de chevet. J'avais aussi votre âge, quand je l'ai contracté. Les jours qui s'en suivirent firent d'une certaine... atrocités.

- Vous aussi, vous l'avez eut? Demanda Chouta, incertaine d'avoir bien entendu tant Rogue avait prononcé ces mots à voix basse.

- Vous m'avez très bien compris.

- Pour ma part, c'est à cause de mon dépravé de père, si j'ai attrapé cette cochonnerie, se justifia Chouta. Il m'a transmis ses gênes d'origine moldu.

- Mon père aussi était un salaud, dit doucement Rogue...

- Nous avons un point commun, dans ce cas, professeur.

-De toute évidence.

Ils se fixèrent dans les yeux, sans échanger un mot, leur respiration lente et profonde. Le nom de famille bizarre de Rogue trouvait enfin une explication, il en avait hérité de son père. Elle n'aurait jamais pensé qu'un Serpentard comme lui puisse être de sang-mêlé. En réalité, dans cette maison, être de sang-pur était presque un critère. Severus Rogue n'était pas un homme ordinaire, elle en était de plus en plus convaincue.

Comme revenu d'un voyage dans son propre esprit, Rogue reprit soudain le contrôle et s'éclipsa sans cérémonie, sa cape noire tournoyant derrière lui. Il ferma la porte de l'infirmerie, permettant à Chouta de se rendormir sans être dérangée par les va-et-vient du couloir.