Une fois Rogue hors de l'infirmerie, Chouta se retourna sans cesse dans son lit avant de comprendre que le sommeil n'était pas passé par là.

Malgré cette semaine de maladie qui l'avait affaiblie autant physiquement que mentalement, elle n'avait absolument pas oublié le manuel des potions dont Krum lui avait révélé l'existence, celui qui aurait appartenu à Severus Rogue.

C'était sa dernière nuit dans l'infirmerie de Poudlard, et elle nourrissait l'intention de mettre à profit ce temps restant.

L'idée qu'il eût pu gravé à l'encre

le sortilège du blocklang dans les pages de ses vieux parchemins d'autrefois la plongeait dans une profonde interrogation. Pourquoi aurait-il fait ça, lui qui est si soigneux et ordonné avec les livres? Elle le voyait mal griffonner des choses et d'autres entre des pages.

L'adolescente était animée d'une insatiable curiosité à son égard, une curiosité inexplicable qui ne cessait de croître. Elle avait la sensation que ce manuel l'appelait...

Il était deux heures du matin lorsque Chouta, vêtue de sa chemise de nuit et de ses épaisses chaussettes, se mit à errer dans les couloirs aux pierres froides de Poudlard. Ce château s'étendait en un labyrinthe infini, et elle ignorait totalement où se trouvait l'ancienne salle de potions magiques.

Les escaliers donnaient une multitude de voies, presque infinies, et Chouta n'avait guère l'intention de les explorer toutes. Même avec toute sa détermination pour retrouver ce manuel, elle aurait besoin de plusieurs mois pour ouvrir toutes les possibilités...

Elle se rappela soudainement de Mimi, le fantôme des toilettes des filles, qui devait connaître Poudlard aussi bien que les plis de sa sinistre robe d'écolière. Défilant devant les armures immobiles et les statues de pierre, elle monta silencieusement les escaliers, naviguant dans l'obscurité avec pour seule lumière le faible éclat de son sortilège Lumos.

Les toilettes des filles du deuxième étage étaient inondées à tel point que l'eau débordait même sur les dernières marches des escaliers. Chouta pataugea dedans, ignorant tout sortilège permettant de flotter dans les airs. Arrivant dans la pièce, tout les robinets étaient grand ouverts, leurs évacuations obstruées par des amas de papier toilette...

L'endroit était d'un calme angoissant, elle n'entendait que le bruit d'une goûte d'eau tombant le carrelage inondé...

Dans la dernière cabine, perchée sur la cuvette des toilettes, elle découvrit Mimi, pleurant à chaudes larmes dans sa mélancolie...

- Qu'est-ce que tu me veux, sac d'ordures? Demanda Mimi, agressive, de sa petite voix aiguë.

- Je cherche l'ancienne classe des potions magiques, répondit-elle en ignorant l'humeur du fantôme.

- Et moi je cherche un moyen pour mourir, chacun ses problèmes ma grande!

À l'entente de ces mots, Chouta se sentit coupable d'être venue la déranger dans ses tourments juste pour lui demander son chemin...

- Que sait-il passé, Mimi? Demanda-t-elle à mi-voix. Pourquoi es-tu ici?

- Voldemort m'a assassinée, j'ai croisé le regard de ce monstre. J'ai quatorze ans depuis...Trop longtemps. Et j'aurais quatorze ans pour toujours...

Geignarde avait dit ça d'un air étrangement normal, comme si cette question la ramenait sur terre. Encore une victime de ce monstre...

- Il a-t-il quelque chose...qui serait possible de faire, pour t'aider?

- La Mort m'avait donné le choix, murmura-t-elle en pleurant...Oh je regrette tellement de ne pas avoir choisi la lumière...Alors un soir elle est revenue me voir...Nous avons négociée...

Il est possible que je trouve le repos, à une seule condition...

À côté de ce fantôme, tous les problèmes de Chouta lui paraissaient soudainement dérisoires. Nous sommes tous des chanceux dans les yeux d'un autre.

- C'est quoi, la condition que La Mort t'a donnée? Demanda encore Chouta, prête à l'aider sans rien attendre en retour.

- Mon assassin doit mourir, mais c'est impossible. Pauvre de moi...Je vais rester ici à jamais...oooooooh

- Je ne comprends pas, Voldemort n'est plus de ce monde, Mimi...

- VRAIMENT? Hurla-t-elle sauvagement en traversant son corps. TU ME PRENDS POUR UNE FOLLE? TU PENSES QUE JE SUIS DÉBILE, TU TE CROIS PLUS INTELLIGENTE QUE MOI? JE SENT SA PRÉSENCE, JE RESPIRE SON ODEUR DE SERPENT! J'AI VÉCU AU MOINS TROIS FOIS TA VIE, ALORS ATTENTION!

Elle se mit à tourbillonner dans toute la pièce, faisant des multiples éclaboussures sur les murs ainsi que sur sa robe de nuit.

- Arrête de crier, se ratatina l'élève de Durmstrang. Tu vas m'attirer Rusard. Je te dit qu'il est mort, vous ne lisez pas la Gazette du sorcier chez les fantômes?

Mimi arrêta subitement de se comporter comme une tornade et se plaça à cinq centimètres d'elle, si près que Chouta avait l'impression qu'elle allait rentrer en elle. Ses lunettes rondes encadraient son regard livide...

- Voldemort est immortel, je l'ai rendue invincible, chuchota Mimi en penchant sa tête d'un côté, comme prise par la folie...Il a mutilé et utilisé mon âme...

Le fantôme poussa un lourd cri strident avant de plonger dans la cuvette d'une toilette. Déboussolée par sa version de la vérité, Chouta marcha un long moment dans les couloirs sans aucun but. Mimi lui avait retourné l'esprit ; elle ne savait plus démêler le vrai du faux. Ce n'est que lorsqu'elle arriva à épuisement que l'adolescente entra au hasard dans une vaste pièce complètement vide, à l'exception d'un vieux et grand miroir.

Elle s'écroula sur le sol en pierre brut juste devant son propre reflet, et pleura pendant un long moment sans même avoir exactement pourquoi. Elle lança brutalement sa baguette magique, laissant la seule source de lumière à plusieurs mètres de son champs de vision.

Après un temps impossible à définir, entre deux crises de larmes, Chouta réalisa que son reflet n'était plus seule dans cet étrange miroir. Elle frotta lentement ses yeux, et vit sa maman à ses côtés... Dans la seconde, l'élève se retourna, mais il n'y avait personne d'autre qu'elle ici.

- Maman? Demanda-t-elle.

Sa maman lui offrit un sourire bienveillant, mêlé de tristesse, sans doute à cause du fait qu'elle était en larmes.

Celle qui lui avait donné la vie était telle qu'elle se souvenait d'elle, avec ses longs cheveux noirs, ses lèvres généreuses et son visage ridé mais harmonieux. Chouta posa sa main contre la vitre, espérant pouvoir y entrer complètement pour la rejoindre. Mais la surface était dure et froide comme de la glace.

À ce même moment, la porte derrière elle s'ouvrit délicatement. Albus Dumbledore rentra, se tenant en retrait, sans rien dire. Chouta le voyait dans le reflet du miroir, mais elle était tellement heureuse de voir sa maman qu'elle ne se retourna pas. Le directeur de Poudlard était également en robe de nuit, et ses chaussettes aux petites étoiles cousues

étaient trempées.

- Ma chère enfant, dit Albus Dumbledore d'une voix douce en s'approchant, après un bon moment de silence.

Le miroir que vous contemplez est le Miroir du Riséd. Il montre non pas ce qui est, mais ce que l'on désire plus que tout...J'ai de nombreuses fois essayé de m'en débarrasser, mais je dois croire que sa place est ici. La dernière personne à qui je l'ai confié est devenu fou, à force de le regarder.

- Alors j'accepte de devenir folle, si ça me donne la possibilité de revoir ma mère, dit Chouta, hypnotisée.

- Vous êtes une fille pleine d'intelligence, Chouta, vous savez que ce que vous voyez n'est pas la réalité, poursuivit-il.

Je vous en conjure, détournez votre regard de ce miroir et portez-le plutôt vers les merveilles que la vie peut vous offrir.

Dumbledore posa sa main sur son épaule, la ramenant lentement à la raison. Il regarda lui-aussi brièvement à travers le miroir, mais détourna rapidement le regard.

- Professeur Dumbledore, que voyez-vous? Et comment faites-vous pour résister à l'envie de le regarder?

- La tentation de regarder dans ce miroir est grande, surtout pour un vieux sorciers comme moi, admit-il. Cependant, je crains que vous dire ce que j'y vois ne serve ni vous ni moi.

- Pardonnez-moi, monsieur, ma question était indiscrète, s'excusa-t-elle.

Le directeur de Poudlard acquisa tout lui en faisant comprendre que ce n'était pas grave.

- Vous devriez, à mon humble avis, réparer en vous les éléments du présent. Le passé ne reviendra jamais, hélas.

- Qu'ai-je à réparer? Je n'ai de toute façon plus rien à perdre, dit-elle sombrement.

- Je parlais d'actes, ne voyez-vous pas de quoi je veux vous parler?

- Non, monsieur.

Dumbledore lui lança un regard perçant à travers ses lunettes en demi-lune.

- Hagrid est un être cher à Poudlard, et un ami des plus fidèles au cœur généreux. Vous avez commis une grave erreur à son égard, dans la forêt interdite...Heureusement que les araignées lui sont venus en aide, car vous l'avez laissé avec une blessure à la tête. Je vous encourage à présenter vos excuses à Hagrid et à faire tout ce qui est en votre pouvoir pour réparer ce que vous avez cassé en lui.

Malgré la gravité de ses actes, Albus Dumbledore restait empreint de compassion. Elle se sentait tellement coupable de l'avoir ridiculisé avec Drago et Pansy...

- J'ai fais quelque chose de lâche, je n'ai pas maîtrisé la situation, sanglotta Chouta. Pourquoi ne pas me punir, professeur Dumbledore? Je le mérite, je suis vraiment une pauvre fille.

Elle le pensait vraiment, Chouta se détestait elle-même.

- Nous commettons tous des erreurs et faisons face à des moments où nous perdons le contrôle. La véritable punition réside dans le remords que vous ressentez et dans votre volonté de vous rattraper. Vous n'êtes pas une mauvaise personne, Chouta. Vous faites des erreurs, mais cela ne définit pas qui vous êtes. Je vous ait vu, tenter de venir en aide à Mimi...

Il l'a raccompagna vers l'infirmerie. Une où deux minutes plus tard, alors qu'ils descendaient les dernières marches des escaliers, Chouta lui posa cette question qui lui restait en travers la gorge :

-Professeur Dumbledore, je me demandais...

- Je suis à votre écoute, Chouta.

- Pourquoi Mimi pense-t-elle que Voldemort est encore en vie?

Plusieurs tableaux accrochés aux murs se reveillèrent subitement, ces derniers semblaient également intéressés par cette question.

Le directeur de Poudlard marqua un arrêt, ses yeux bleus clairs fixé sur Chouta. Une lueur d'hésitation traversa son regard, comme s'il se demandait si révéler la vérité à une élève était une sage idée.

Il se baissa légèrement, leurs deux silhouettes éclairant la nuit du château, avant de lui répondit avec une prudence extrême, pesant chaque mot avant de les prononcer :

- Lord Voldemort, sous une forme inhumaine, trouve refuge dans des forêts depuis quatorze ans, dit-il d'une voix secrète. Il est très faible, son retour dépendra de la dévotion de ses fidèles envers lui et de tous les sacrifices qui en découlent...Voldemort est comme une ombre qui se glisse silencieusement dans les recoins les plus sombres de nos esprits, c'est pour cela que les sorciers et les sorcières sont sa plus grande arme, n'oublie jamais cela.

Le cœur de Chouta manqua un bon. Les personnages des tableaux, eux, étaient tellement paniqués qu'ils partaient se réfugier dans d'autres cadres, créant une sorte de panique générale...Le bouffon du Roi Mercure alla avertir la princesse Chocolat, et cette dernière alla prévenir le tableau de l'ivrogne sous le pont.

- Donc...C'est pour cela, que le professeur Rogue et le professeur Karkaroff ne veulent pas que je prononce son nom devant eux, murmura-t-elle. Je connais leur passé de mangemort, et manifestement, ils savent depuis le début qu'il est encore vivant.

- Ces professeurs ont fait une très grave erreur, affirma Dumbledore d'une voix grave. Parfois, quand le monde nous tourne le dos, nous plaçons notre confiance dans la mauvaise personne...Ils ont passé leurs vies entière à rattraper cette erreur, il y a tellement de choses qu'ils comprennent à présent.

- Et si le seigneur des ténèbres revenait, que se passerait-il?

- Il faudra alors, quand tel sera le cas, qu'on s'aime tous vraiment très fort, assez pour ne pas se déchirer, assez pour rester tous du même côté.

Comme si l'amour était le remède de tout. Balivernes, elle ne croyait absolument pas en la puissance des sentiments.

Chouta voulait en demander davantage, mais Dumbledore lui fit un signe de la main pour lui dire d'arrêter. Une fois couchée dans son lit, elle s'endormit en un souffle. Elle était rongée par la peur, la culpabilité, et honteuse d'avoir humilié celui qui venait de lui pardonner le pire. Bien-sur, c'est Krum qui avait lancé le sortilège, mais il n'aurait jamais fait cela si elle ne l'avait pas envoyée là-bas.