De retour dans la caserne après une nouvelle expédition dans l'ouest de Primordia, qui s'est globalement bien déroulée, les quatre collègues décident de vaquer à leurs occupations avant le repas du soir.

Comme à son habitude, Mimir est la première à partir s'isoler dans sa chambre. Enfin… « chambre » n'est peut-être pas le terme le plus approprié. L'appellation de « laboratoire secondaire » conviendrait bien mieux à cette pièce jonchée de tubes à essais, de conteneurs stériles et de vivariums habités, dont la seule table croule sous le matériel d'analyse biologique, et où la lampe de chevet a été troquée pour un tableau blanc noirci de schémas incompréhensibles par-dessus lesquels figurent à l'encre rouge des mots écrits avec une calligraphie rappelant celle d'un médecin. On peut aussi y apercevoir ce qui ressemble à un lit enseveli sous une montagne de vêtements dans un coin de la pièce.

La jeune Curator se précipite vers son bureau, où elle débarrasse le clavier de son ordinateur d'une boîte de papier pH et un paquet de gants chirurgicaux pour y ouvrir un dossier intitulé « Encyclopédie » puis le fichier qui porte le nom « Rizattice ». Après avoir relu les quelques informations qu'elle avait rentrées à l'époque, elle rajoute quelques lignes expliquant pourquoi ce lézard est desséché en permanence, maintenant qu'elle en a enfin compris la raison. Elle en profite aussi pour corriger le texte d'introduction de l'animal, précisant qu'il chasse des « proies » à forte teneur en eau, et non pas des « végétaux » comme elle le pensait à l'origine.

Une fois cette précision apportée, il est temps de retourner plancher sur le bestiaire. Mais avant ça, il lui faut nourrir les quelques créatures qu'elle garde en observation… si elle arrive à mettre la main sur la nourriture à leur donner… Difficile de retrouver quoi que ce soit dans ce capharnaüm !

De l'autre côté de la cloison, H. Lin passe la porte d'une chambre parfaitement rangée, depuis le lit impeccablement fait jusqu'au bureau incroyablement long sur lequel sont soigneusement triés notes de frais, avis de mission, lettres manuscrites cachetées ou non, rapports de mission, d'incident, de prospection, d'analyse, de recherche, de recensement… entre autres. Malgré la quantité impressionnante de documents se trouvant sur ce bureau qui prend à lui seul la moitié de la pièce, il reste suffisamment de place pour y placer du papier à lettre et un encrier ainsi qu'une paire d'ordinateurs dont l'un d'eux affiche des dossiers de membres du BLADE et l'autre une carte sommaire de Primordia sur laquelle plusieurs points d'intérêt apparaissent en surbrillance.

La Prospector s'allonge négligemment sur son lit en soupirant avant de fermer les yeux quelques secondes, se laissant bercer par le bourdonnement des ordinateurs. Après un temps, elle rouvre les yeux et se redresse sur le bord de son lit en dégainant son terminal, sur lequel elle consulte dans un premier temps le pourcentage d'énergie restante dans l'Arche de vie, puis les derniers rapports de mission des deux équipes du BLADE qui viennent de rentrer à N.L.A., ensuite les résultats des analyses de minerais prélevés par la sonde qu'ils ont installée quelques jours plus tôt, avant de basculer sur les nouvelles entrées du bestiaire de Primordia et de repasser les rares informations déjà connues sur la faune de Noctilum, et enfin regarder la liste des missions proposées aux agents du BLADE.

Encore une fois, rien qu'elle puisse convaincre son équipe de faire… Et surtout rien que son équipe ne puisse faire aussi bien qu'une équipe d'Interceptors… Elle soupire avant de retomber sur son lit. C'est difficile de toujours donner l'impression de garder le contrôle…

De l'autre côté du couloir, Baldr entre dans une pièce épurée et globalement en ordre dans laquelle on peut trouver un lit partiellement fait, un bureau globalement ordonné et un établi sous lequel s'entassent plusieurs morceaux de ferraille grossièrement triés par taille et par type. Sur l'établi, une cellule de bouclier miroir en cours de réparation trône à côté d'un fer à souder débranché et d'une scie à métaux, tandis que sur le bureau, ce sont trois écrans d'ordinateur qui occupent la plus grande place, chacun resté allumé sur divers schémas de la Grande Blanche bardés de flèches pointant vers diverses zones hachurées et surmontées d'annotations telles que « vide ? », « pourquoi ? » ou encore « assez grand ? ».

Le Reclaimer s'assied prestement à son établi, poussant sommairement le matériel s'y trouvant pour laisser place à sa nouvelle trouvaille : une sorte de cylindre recouvert d'écritures indéchiffrables. Après l'avoir observé sous toutes ses coutures plusieurs longues minutes, il entreprend de transcrire les inscriptions sur une feuille de papier, tâche à laquelle il s'emploie méticuleusement pendant de longues minutes avant de poser son crayon en soupirant et de se prendre la tête dans les mains. Après quelques secondes, il se lève et s'approche de son bureau, jette un œil à un cadre photo placé à côté de ses écrans d'ordinateur, puis ouvre un tiroir pour en sortir un Rubik's cube complètement mélangé et le manipuler sans entrain.

Ce genre de casse-tête… Ce cylindre… C'est quelque chose qui aurait plu à Emmy. Lui, il est bien trop idiot pour ça. Pour… c'était quoi sa formulation déjà ? « Résoudre autre chose qu'un Rubik's cube » ? Elle n'a jamais été du genre à le ménager…

La dernière des quatre chambres est naturellement celle du dernier venu. Bien que cela ne fasse que quelques semaines qu'il soit arrivé à N.L.A., Skoll s'est déjà grandement approprié les lieux, couvrant les murs de divers tableaux de liège sur lesquels sont punaisées diverses photos de Primordia, des affiches de lieux remarquables terrestres cochées d'une marque verte et des coupures de presse relatant les exploits d'un aventurier équipé seulement d'une paire de baskets et d'un couteau. Sur son lit se trouve un carnet abîmé par les années qui est resté ouvert sur une double page où sont collées deux pages d'un livre relatant l'épopée du premier humain à avoir touché le fond de la fosse des Mariannes, près d'un siècle plus tôt.

Le Pathfinder pose son lourd sac sur le sol avant de s'étirer. Après quelques minutes d'inaction, il attrape sur son bureau quelques feuilles de papier sur lesquelles se trouvent diverses listes et coche progressivement plusieurs cases, n'en laissant vierges que très peu. Il se tourne alors vers l'un des tableaux de liège, sur lequel se trouve une carte partielle de la planète griffonnée au crayon à papier et y contemple la partie ouest de Primordia ainsi que les quelques traits qui sont sensé représenter le peu qui est su de Noctilum. Il prend une profonde inspiration avant d'attraper une bouteille de liqueur qui trône sur sa table de nuit et de se servir un fond de remontant dans un verre à eau.

N'importe où qu'il regarde, quelqu'un est déjà passé. C'est un fait indéniable. Cette expédition en Noctilum, c'est l'occasion d'enfin faire quelque chose de grand. Quelque chose dont il puisse être fier. Et c'est pour bientôt. Très bientôt.

Alors que tous vaquent à leurs occupations dans leur espace personnel, un cri provenant de la chambre de leur cheffe les pousse à accourir dans le couloir.

« Qu'est-ce qui se passe ?! demande Baldr paniqué.

- On aurait dit que quelque chose de grave est arrivé à Ashlyn, répond Skoll.

- Vous avez vu ça ?! s'écrie l'intéressée en sortant de sa chambre, son terminal à la main.

- Quoi donc ? demande Mimir. Il s'est passé quoi ?

- L'équipe d'Elma vient de rapporter que l'équipe de Nelson s'est fait attaquer par des extraterrestres !

- Comment ?! s'écrie Skoll.

- Tu veux dire des êtres doués de conscience ? demande clarification Mimir. Pas des créatures indigènes ?

- Oui ! répond H. Lin. Il s'agirait même, selon le rapport, de xénoformes étrangères à Mira.

- Incroyable ! s'exclame Mimir. C'est absolument incroyable !

- Mais… Tu viens de dire qu'ils s'en sont pris à des agents du BLADE, non ? s'inquiète Baldr.

- D'après le rapport d'Elma, ils auraient refusé toute négociation et auraient attaqué sans sommation, confirme H. Lin.

- Ça, c'est pas rassurant… marmonne Skoll.

- Il va nous falloir redoubler de prudence, prévient H. Lin. Il semblerait que les créatures indigènes ne soient pas la seule menace sur cette planète. »


Charme ancien : Couvertes d'écritures incompréhensibles, des centaines de ces objets cylindriques ont été découverts sur Mira. Personne n'a encore réussi à les décoder.

Exploration de Mira : 2,55%