En cette soirée glaciale, le manoir des Malefoy s'imposait au milieu d'une étendue de neige. La nuit était noire, illuminée par les lumières d'une multitude de fenêtres sécurisées par des
barreaux en fer forgé.
Des chauve-souris s'échappaient des grandes tours, venant voler autour de Chouta et le professeur Karkaroff. Ils étaient dans la diligence, sur le point d'atterrir, guidés par les lanternes ensorcelées qui bordaient l'allée menant au manoir...Le directeur était bien taiseux. Tout le long du voyage, tout deux n'avaient fait que de regarder le ciel par la fenêtre.
- Il se passe des choses dans le ciel, finit-il enfin par dire au moment où les premières roues touchèrent le sol de l'allée en pierre. Tout va encore recommencer comme avant...
- Je ne veux pas que vous restiez juste pour moi, Monsieur. Le jour où vous vous sentirez en danger, n'ayez pas peur de disparaître. Je préfère vous savoir caché que mort.
- Tu m'arraches une épine de culpabilité, merci Chouta.
- Vous êtes beaucoup pour moi, je ne pourrais supporter votre disparition...
- N'ai pas pitié de moi, aie pitié de ceux qui pensent que le Seigneur Des Ténèbres est un homme bon qui ne veux que le bien du monde des sorciers, murmura-t-il en jouant nerveusement avec ses bagues.
Ils descendirent. Une brume glaciale les enveloppait...
Des crissement de pas sur la neige fraîche résonnaient...Les sorciers regardaient à leurs hauteur en cherchant une silhouette humaine, c'est pourquoi ils mirent du temps à s'apercevoir qu'un elfe était juste à leurs pieds, ne dépassant pas leurs cuisses.
Son apparence fit frémir Chouta ; il portait un simple drap blanc, souillé par le temps et l'usage, qui pendait sur son corps frêle. Ses grandes oreilles étaient mutilées, des entailles visiblement faites par un poignard ou une épée.
L'elfe baissa humblement la tête et s'approcha des sombrals pour les détacher de la calèche. Alors qu'il tirait sur les rênes, Chouta l'entendit murmurer à voix basse, presque imperceptible : « Sales bêtes... » Mais l'elfe sembla immédiatement regretter ses mots et se rattrapa en marmonnant d'une voix tremblante :
- Pardon, chers convives...!
À ce moment même, le professeur Karkaroff et Chouta s'ecartérent rapidement pour le laisser faire son travail. Dans ce mouvement un peu brusque, la créature cru un instant qu'ils voulaient le frapper. Il plaça ses mains devant sa tête comme pour protéger avant de s'apercevoir qu'ils ne lui voulait aucun mal.
Chouta fronça les sourcils devant ce triste spectacle, un mélange de pitié et de révolte gronda en elle. Elle regarda l'elfe s'éloigner vers une grange non loin pour y conduire les créatures, profitant de ce moment pour se tourner vers son professeur.
- Professeur Karkaroff, commença-t-elle à voix basse, son regard toujours fixé sur la silhouette chétive de l'elfe qui disparaissait dans la nuit. Vous avez vu ses oreilles?
Karkaroff, les mains enfoncées dans les poches de son manteau de fourrure, haussa les épaules d'un air indifférent.
- C'est un signe de châtiment, répondit-il d'une voix neutre, presque détachée. Les Malefoy n'ont jamais toléré la désobéissance.
- Ce n'est pas juste, même à Durmstrang ont ne leurs ferait jamais de telles choses...
- Peut-être a-t-il fait quelque chose de vraiment déplaisant, répondit-il comme si cela justifiait l'acte.
Le silence retomba entre eux, le vent glacé qui s'engouffrait entre les arbres... Lorsque l'elfe revint, il s'inclina si bas devant eux que son nez frôla presque le sol enneigé. Chouta pensa très fort " Ne t'en fais pas, on ne dira rien de mal de toi " , espérant que l'elfe pourrait le capter.
- Pardonnez-moi de vous faire patienter aussi longtemps dans ce froid, vous pouvez me suivre, les autres invités seront ravis de votre arrivée...
Il parlait d'une voix soumise, teintée de crainte, sans jamais oser lever les yeux vers eux. Patienter? Le mot était exagéré, ils n'étaient là que depuis à peine quatre minute...
Chouta emboîta le pas à l'elfe, un poids lourd pesant sur sa poitrine. Elle se souvenu de Viktor Krum lui disant " ce n'est pas une bonne chose que tu sois invitée là-bas, c'est même une très mauvaise chose. "
Vraiment, quelle tristesse.
Le chemin de pierre menant à l'entrée principale était bordé de statues représentant des gargouilles démoniaques, leurs regards vides semblant suivre les visiteurs. La porte du manoir était gravée de runes anciennes et une tête de vipère en argent, servant de poignée était parfaitement lustrée.
Alors que l'elfe tendait sa main frêle vers la poignée de la porte, celle-ci s'ouvrit d'un coup par le côté intérieur.
C'était Lucius Malefoy, vêtu d'une robe de sorcier noire avec un nœud papillon
d'argent. Son allure, comme toujours, était soignée.
- Ah, Chaudron-Fou, dit-il en s'adressant à l'elfe avec un sourire froid flottant sur ses lèvres. Hors de ma vue, tu dors dans la grange cette nuit.
Chaudron-Fou? Pensa Chouta. Quel prénom réducteur...Elle n'était au début pas certaine d'avoir bien compris.
L'elfe s'exécuta immédiatement en couinant, faisant marche arrière en direction de là où étaient les sombrals.
- Quelle joie de vous voir ici ce soir, déclara-t-il en faisait une poignée de main à Karkaroff. Et toi, Mademoiselle Byrne, ajouta-t-il en se tournant vers Chouta dans un regard glacial. Il n'y a pas que les potions que Severus réalise très bien...Soit la bienvenue, considères-toi comme une invitée de marque.
Chouta se contenta de hocher la tête poliment, comme elle avait tellement l'habitude de le faire dans ce genre de situation. Le ton que Lucius avait employé lui fit ressentir une certaine gêne. À l'évidence, son mensonge sur son prétendu père travaillent au ministère de la magie Norvègien n'avait pas fait long feu.
Sans plus attendre, le maître des lieux les fit rentrer.
À l'intérieur, tous les invités semblaient avoir un point commun : une apparence impeccable et un air d'arrogance froide. Ils se tenaient en petits groupes, des bijoux aux pierres coûteuses autour de leurs bras, discutant à voix basse.
Elle reconnut immédiatement quelques visages, des figures associées aux récits sombres des anciens Mangemorts, et son malaise grandit. Tout semblait codé par des règles de tenue. Personne ne rigolais trop fort, pas de coudes sur les tables, les femmes portaient des longs gants satinés dans une posture droite. Elles avaient des robes encore plus coûteuses que celle que portait Chouta. ( la même qu'au bal de Noël, reçue par le professeur Karkaroff. )
Severus Rogue était devant la cheminée, droit et imposant, en pleine conversation avec une femme d'une élégance prononcée, légèrement plus âgée que lui. Son visage était délicatement maquillé, ses traits parfaitement soulignés, et ses dents, d'un blanc éclatant, formaient un sourire impeccable. Deux elfes de maison traversaient la pièce en silence, poussant un chariot chargé de glaçons dans lesquels reposaient des bouteilles de vin soigneusement sélectionnées. Rogue claqua des doigts, attirant l'attention ces elfes et leur ordonnant, sans un mot, de remplir le verre de la dame.
Avant qu'ils n'aient fait plus de trois pas, un autre domestique apparut discrètement près de Chouta et du professeur Karkaroff. Il ôta leurs manteaux, les plia avec attention, puis les accrocha lui-même sur le porte-manteau en bois sombre, s'assurant que tout était parfaitement en place.
Ensuite, Lucius se pencha vers Karkaroff, sa voix abaissée mais toujours audible pour Chouta :
- La présence des enfants dans le salon n'est pas encore nécessaire. Nous devons aborder certains... sujets entre grandes personnes, avant que la soirée ne commence véritablement.
Karkaroff acquiesça sans un mot, laissant Lucius poursuivre. Il se tourna alors vers la sorcière en compagnie de Rogue.
- Narcissa, emmène Mademoiselle Byrne à l'étage. Elle ne connaît pas encore notre maison, Drago et ses amis l'attendent.
Narcissa releva la tête, interrompue en plein échange avec Rogue, et une expression de légère contrariété passa sur son visage, mais elle la dissimula rapidement derrière un masque de douceur. Chouta comprit qu'il s'agissait de la maman de Drago, cette dernière jeta le contenu de son verre dans le feu.
Rogue, cependant, ne fit aucun effort pour cacher son mécontentement. Ses lèvres se pincèrent, et ses yeux sombres se plissèrent un peu plus alors qu'il observait Lucius avec frustration.
Lucius, comme pour savourer son interruption, esquissa un sourire satisfait avant de tourner les talons pour rejoindre un autre groupe d'invités, laissant tout le monde derrière lui. Chouta, observatrice, perçut la tension subtile qui flottait entre Lucius et son épouse, une tension qu'elle n'aurait su expliquer, mais qui semblait liée à de la jalousie engendrée par Rogue et son soudain côté serviable.
Elle et le professeur Karkaroff s'échangérent un regard interrogatif.
Narcissa se détourna finalement de Rogue et s'approcha de Chouta et Karkaroff avec une grâce naturelle. Ses cheveux blancs et noirs, parfaitement coiffés, tombaient en boucles délicates sur ses épaules, et ses yeux bleus de mère se posèrent sur Chouta avec une certaine réserve.
- J'avais une hâte certaine de mettre un visage sur ton nom, dit-elle avec une voix naturellement discrète. Je tenais à te présenter mes plus sincères condoléances pour le perte de Poliakoff, j'ai une pensée toute particulière pour ses parents, je pense à eux tous les soirs...La perte d'un jeune est toujours une terrible chose. On dit que quand une mère décéde, elle transmet la vie à son enfant. Mais quand c'est l'enfant qui part avant la mère, alors elle perd son immortalité.
- Je vous remercie pour votre compassion, Madame, répondit Chouta en se demandant si Rogue lui avait raconté la vraie version des faits.
Elle regarda aussi brièvement le professeur Karkaroff mais s'y attarda pas. On aurait dit qu'elle remettait la faute de ce tragique incident sur lui. Son manque de surveillance et sa décadence était déjà malheureusement bien connu par toute la communauté des Serpentards
