Une nouvelle Journée mondiale des Câlins, un OS de plus pour eux !

Je profite d'avoir une fenêtre de répit avec mon "autre fandom"...

Pour l'anniversaire de Kevin Costner de cette année, voir le nouveau chapitre des Revenants de Sherwood. Pour l'anniversaire de Christian Slater, voir l'OS indépendant Le mois d'août en Aquitaine.

Reprise du thème "Bringuebalant" des soirées drabbles.


Robin des Bois et les hors-la-loi de Sherwood revenaient du château de Nottingham dans des chariots usés, grinçants, encore pleins de paille et de boue qui tressautaient sur le chemin. Une petite pluie fine tombait sur le groupe et Gilles voyait ses cheveux blonds goutter malgré la capuche cramoisie rabattue sur sa tête.

Il était serré contre les autres rebelles, petite silhouette délaissée et anonyme, et observait son frère qui plaisantait avec ses hommes. Il passait d'un chariot à l'autre sans être le moins du monde déséquilibré par leur allure rapide et bringuebalante. Enfin, il finit par se tourner vers Gilles et sourit. Enjambant les autres hors-la-loi, il fit quelques pas pour le rejoindre et s'accouder à ses genoux remontés sous son menton.

« Ça va ? demanda-t-il gentiment. »

Le jeune homme hocha la tête sans répondre et se trouva surpris quand son frère se pencha pour appuyer son front contre le sien. Il aimait tellement ces trucs de frères.

Robin resta ainsi un moment, au point où Gilles finit par évoquer un gentil prétexte à se dégager :

« Tu m'as cogné le front une fois de trop, avec les cahots, plaisanta-t-il. Je crois qu'il est temps que tu ailles retrouver Marianne dans la charrette de tête.

-Tu ne veux pas que je reste avec toi ? l'interrogea Robin.

-Il n'y a pas assez de place ici autour de moi, tu le vois bien, rétorqua le jeune homme. »

Il avait le cœur qui battait la chamade. Ce n'était pas qu'il n'avait pas envie de passer plus de temps avec son frère retrouvé, mais il avait toujours chevillée au creux du ventre cette peur qu'il trouve des prétextes à le repousser. Alors il les invoquait à sa place, car il était moins blessant d'être celui qui déclinait les propositions.

L'archer l'observa un instant puis hocha la tête comme à lui-même. Gilles s'attendait à ce qu'il s'en aille, et cette appréhension sembla se confirmer lorsque Robin se redressa, mais il lui prit les mains dans son mouvement et l'entraîna avec lui. Le jeune homme se mit instantanément à tanguer dans le chariot lancé à vive allure et se rattrapa à son aîné, l'interrogeant du regard.

« Viens avec moi, proposa son frère en souriant. Je ne prétends pas que c'est un carrosse princier, mais nous pourrons nous asseoir côte à côte.

-Pas un carrosse princier ? répéta Gilles en souriant, immensément soulagé. Avec tout ce sang bleu présent à l'intérieur ?

-Et tu vas en rajouter une couche !

-Non, protesta le jeune voleur, troublé, je ne considère pas que…

-Ne te mets pas martel en tête et viens avec moi. »

Les deux hommes marchèrent en titubant jusqu'à la charrette qui menait la procession et durent en escalader et traverser deux autres pour y parvenir. Une fois à destination, Robin s'assit sur le plancher mouillé à cause de la pluie et tendit les bras à son frère.

« Qu'est-ce que tu espères faire exactement ? demanda celui-ci, sourcils froncés, tandis que sa main entrait fortuitement en contact avec celle de Robin.

-Viens ! se contenta d'insister l'archer. Allez, ne sois pas aussi timoré !

-Moi, timoré ? Je ne sais même pas ce que ça veut dire ! »

Tiré, prisonnier sous le feu incessant des suppliques de son frère, Gilles finit par s'exécuter. Il baissa la tête pour mieux voir sous la bruine fine, repéra l'endroit, s'assit sur les planches qui grinçaient. Robin le prit dans ses bras.

Il le rapprocha de lui en le faisant glisser au milieu de la terre et du foin et le serra autant qu'il le put contre sa poitrine. La capuche cramoisie des oripeaux de Gilles lui dissimulait toujours les cheveux et Robin appuya sa main dessus, la guida contre son cou pour que son petit frère puisse garder le visage autant au sec que possible.

De là où il était, le jeune homme percevait son pouls contre son front, ou à peu près. La chaleur qui se dégageait de sa peau coupa court à toutes ses protestations, à l'habituelle fierté drapée de dignité qui est bien indispensable quand on doit survivre seul, orphelin et méprisé. Robin lui rappelait d'une manière douce et sans la moindre parole, en un mot touchante pour lui, qu'il avait quelqu'un pour se soucier de lui désormais. Qu'il n'avait pas à fuir cette tendresse, cette présence, mais qu'il avait le droit, comme n'importe quel homme, que son grand frère le protège de l'humidité et de la pluie. Ou bien d'autre chose ?

« Je n'avais pas si froid que ça, murmura le jeune voleur contre le cou de Robin.

-Je sais bien, répondit l'archer joyeusement. Je voulais juste te serrer dans mes bras. Je n'ai pas besoin de prétextes. »

Gilles souffla un petit rire et se blottit un peu plus contre la chaleur de son aîné. Il gardait l'un de ses bras repliés contre lui, mais l'autre glissa contre la chemise de lin et il enlaça son frère au niveau de la taille. L'archer sourit, il le sentit clairement, et ce sentiment se confirma quand un baiser atterrit au sommet de sa tête, sur sa capuche mouillée. Il était touché par son affection, lui aussi, comprit Gilles subitement. La confiance en ce lien fraternel n'était pas quelque chose qu'il devait construire, seul, de son côté; c'était un inconnu et une timidité que son frère partageait aussi ! Cette révélation le frappa tellement viscéralement qu'il changea de position pour que son autre bras puisse rejoindre le premier autour de Robin et il raffermit son étreinte. La tête de son aîné s'appuya de nouveau contre la sienne.

Gilles se sentit plus détendu qu'il ne l'avait jamais été. Et pourtant, les chariots n'avaient pas ralenti, ils bringuebalaient toujours sur la route caillouteuse qui quittait la ville! Mais il avait cessé d'avoir froid. Il avait cessé de se sentir seul même entouré de plein de monde – sentiment qui avait disparu lors des deux jours de fête à Nottingham, puis qui était revenu.

Il se sentait juste heureux. Il espérait qu'il y aurait beaucoup d'autres étreintes comme celle-là mais, connaissant le bougre, expansif, affectueux et même envahissant, il savait qu'il n'avait pas trop de souci à se faire !