Chapitre 3: Le Chaperon Rouge
La route qui menait à Lyrie était jonchée de débris, comme si la guerre avait déversé ses entrailles sur chaque centimètre du royaume. Arno avançait d'un pas tranquille, le bruit régulier de ses bottes étouffé par la terre battue. Il leva les yeux, observant les ruines des villages environnants. Les maisons en pierre, autrefois robustes, avaient été réduites à des squelettes fragiles ; les toits, arrachés ou brûlés, n'étaient plus que des souvenirs d'une époque révolue.
« Ah, la belle campagne... On dirait que quelqu'un a joué aux dés avec des boulets de canon ici. »
Il se garda bien de dire ça à voix haute, toutefois. Les villageois qu'il apercevait de temps à autre n'avaient pas l'air d'avoir envie de plaisanter. Leurs visages marqués par la fatigue et le désespoir suffisaient à comprendre l'ampleur des souffrances qu'ils avaient endurées. Mais malgré tout, certains relevaient la tête. Des hommes couverts de suie remontaient des murs, d'autres s'affairaient à réparer les toitures avec des planches encore fraîches.
Arno se faufila à travers les ruelles d'un petit hameau, un endroit qui essayait de renaître malgré les cicatrices visibles de la guerre. Des charrettes étaient empilées de matériaux de construction, des enfants aidaient les adultes à transporter du bois, et la fumée montait doucement des feux où on cuisinait une maigre pitance. Le contraste était frappant entre la destruction environnante et cette lueur de reconstruction, comme une plante qui repousse sur un champ de bataille.
« Au moins, ils n'ont pas abandonné. C'est déjà ça. » Arno jeta un coup d'œil à son médaillon d'aigle, légèrement caché sous sa cape. Il avait entendu des récits sur la guerre entre la Lyrie et Nilfgaard, mais voir de ses propres yeux les conséquences de ces conflits le laissait pensif. « Et dire qu'il y a quelques années, je me plaignais d'une simple tempête en Zerrikania… »
Les villageois étaient méfiants. Chaque fois qu'il passait près d'eux, il sentait leurs regards peser sur lui. Ils murmuraient entre eux, jetant des coups d'œil rapides dans sa direction. Arno n'était pas étranger à ce genre de réaction. Après tout, avec son masque de toile et sa capuche dissimulant la plupart de son visage, il n'avait pas exactement l'air accueillant.
« Allez, les gars, je suis pas si effrayant... Enfin, si, je le suis. Mais pas pour vous, promis. » pensa-t-il en souriant sous son masque.
Un homme, visiblement le chef du village, s'approcha de lui. Son visage buriné par le temps et la fatigue contrastait avec la détermination qu'il semblait vouloir afficher. « Vous êtes le sorceleur que nous avons demandé ? »
Arno hocha la tête, croisant les bras. « Ouais, c'est moi. Qu'est-ce que vous avez pour moi ? Des goules ? Un spectre nostalgique de la guerre ? » Il se garda d'ajouter qu'il espérait que ce ne serait rien de plus ennuyeux.
Le chef grimaça et secoua la tête. « Non, pire. Un loup-garou. Il attaque la nuit, emporte nos bêtes... parfois des hommes. Nous avons essayé de l'abattre, mais nos armes ne le blessent pas. »
Arno haussa un sourcil derrière son masque. « Un loup-garou, hein ? Pas mal. »
Arno glissa ses mains dans ses poches, observant calmement le visage fatigué du chef du village. Le vieil homme semblait hésitant, mais Arno savait qu'il n'avait pas d'autre choix que de lui faire confiance. Après tout, les villageois n'étaient pas en position de refuser l'aide d'un sorceleur, aussi excentrique soit-il.
« C'est un fléau pour nous, » continua le chef, sa voix tremblante sous l'émotion. « Depuis que la guerre est terminée, nous avons essayé de reconstruire, mais cette... bête. Elle attaque toujours la nuit, et personne ne sait où elle se cache. »
Arno hocha lentement la tête. « Un loup-garou opportuniste, donc. Classique. Il a vu que la guerre avait tout ravagé, et il a décidé de s'installer comme si c'était son domaine. » Il observa les environs : des enfants à moitié affamés jouaient sans enthousiasme dans la boue, des femmes trop maigres cuisinaient des soupes dont les ingrédients se comptaient sur les doigts d'une main. La guerre avait laissé des marques profondes. Et maintenant, un loup-garou terrorisait ceux qui tentaient de recoller les morceaux.
« Vous pouvez le tuer, n'est-ce pas ? » Le chef du village fixait Arno avec un mélange d'espoir et de désespoir, comme si cette réponse déciderait du sort de tout ce qui restait de son peuple.
« Bien sûr que je peux. Je ne serais pas là si ce n'était pas le cas. Mais… » Arno leva un doigt, l'air soudain sérieux, « il va falloir me payer. Même après la guerre, la vie continue, et moi, je dois manger aussi. »
Le chef sembla s'agiter, mais il hocha la tête. « Nous avons peu... mais nous trouverons quelque chose. Des vivres, peut-être, ou un peu d'argent... »
Arno balaya l'air d'un geste désinvolte. « On en parlera plus tard. La première chose à faire, c'est de repérer cette bête. Je dois savoir où elle traîne, comment elle attaque, et surtout, à quelle vitesse elle se déplace. » Il laissa son regard traîner sur le visage du chef. « Quelqu'un a survécu à une attaque récente ? »
Le chef acquiesça, puis désigna un groupe d'hommes au loin. « Mon fils a échappé de justesse à ses griffes il y a deux nuits. Il pourrait vous en dire plus. »
Arno hocha la tête et se dirigea vers le groupe désigné, ses bottes crissant sur la terre humide. Les hommes étaient occupés à remonter une palissade de fortune, probablement un maigre espoir de repousser la bête. Ils levèrent les yeux en voyant approcher le sorceleur masqué, mais Arno n'y prêta pas attention.
« Ton père m'a dit que tu avais survécu à une rencontre avec le loup-garou, » dit-il en se plaçant devant le plus jeune des hommes, un gaillard maigre mais aux bras solides, témoignage de jours de dur labeur.
Le jeune homme fronça les sourcils, visiblement mal à l'aise. « Oui, c'était il y a deux nuits... J'ai entendu les bêtes crier dans les bois, puis il est apparu. Grand, rapide. Trop rapide. Il m'a presque eu. »
Arno se frotta le menton, pensif. « Trop rapide, hein ? Ça complique un peu les choses, mais pas impossible. »
Une fois les informations recueillies, Arno retourna à son point de repos temporaire, une vieille grange à moitié effondrée, prêtée par le chef du village. À l'intérieur, l'air était lourd, l'odeur du foin humide et de la poussière saturant l'espace. Ce n'était pas exactement le grand luxe, mais après avoir traversé des contrées bien plus hostiles, Arno avait appris à s'accommoder de l'essentiel.
Il se débarrassa de sa cape, jeta un coup d'œil à Paulette et Claudette, ses deux épées qui brillaient doucement dans la lumière mourante. « Bon, mes belles, c'est bientôt l'heure. Mais on va faire ça avec style, vous me suivez ? »
Le plan qui lui trottait dans la tête était, comme à son habitude, un mélange d'audace et d'absurdité. Arno n'avait jamais été un grand fan des méthodes classiques. Pourquoi faire simple quand on pouvait faire excentrique ? C'est ainsi que, quelques minutes plus tard, il se retrouva en train d'enfiler une cape rouge, une vieille relique dénichée parmi les affaires de la grange.
« Voilà, parfait. Qui a dit que je ne pouvais pas être élégant au combat ? » murmura-t-il en se contemplant dans un vieux miroir brisé. Il leva les bras, laissant la cape flotter légèrement derrière lui. « Et voilà, le Petit Chaperon Rouge est prêt à attirer son loup. »
Il imaginait déjà les réactions des villageois lorsqu'ils le verraient. Et il avait raison. En sortant de la grange, les regards surpris se fixèrent sur lui. Les habitants interrompirent leurs tâches, le fixant avec des yeux ronds. Certains chuchotaient entre eux, visiblement incapables de comprendre pourquoi un sorceleur s'habillerait ainsi pour traquer une créature aussi dangereuse.
« Eh bien, il fallait bien que quelqu'un donne un peu de couleur à ce village, non ? » lança Arno avec un clin d'œil à un groupe de femmes âgées, qui ne firent que hocher la tête en silence, visiblement confuses. « C'est un plan solide, vous verrez. Après tout, quoi de mieux pour attirer un loup qu'un bon vieux Chaperon Rouge ? »
Les hommes, eux, semblaient plus perplexes qu'inquiets. Ils échangeaient des regards, visiblement habitués à des sorceleurs plus conventionnels. Arno, quant à lui, était imperturbable. Il savait que son approche pouvait sembler ridicule, mais c'était précisément ce qui la rendait brillante à ses yeux.
Tout en ajustant la capuche rouge, il réfléchit à ce qu'il savait du loup-garou. Une bête puissante, rapide, mais aussi terriblement prévisible. Il savait déjà qu'elle attaquerait la nuit, attirée par le moindre mouvement ou bruit dans la forêt. Et quoi de mieux qu'un appât vibrant de rouge dans une mer de ténèbres ?
« Au moins, je ne suis pas en train de chasser un vampire végétarien, » plaisanta-t-il à voix haute, pensant à certaines légendes qu'il avait entendues dans ses voyages. « Ça aurait été bien pire. Entre un loup-garou affamé et un vampire qui refuse de boire du sang, mon choix est vite fait. »
Il s'assura que ses épées étaient bien fixées à ses côtés et prit une grande inspiration. Paulette et Claudette seraient prêtes à mordre dès que le loup-garou se montrerait.
Arno s'avança vers la lisière de la forêt, laissant derrière lui les regards sceptiques des villageois. La nuit commençait à tomber, enveloppant la Lyrie d'une obscurité lourde, presque étouffante. Il était parfaitement conscient que ce qu'il s'apprêtait à faire relevait du grand n'importe quoi pour la plupart des chasseurs de monstres traditionnels. Mais c'était justement cela qu'il trouvait amusant. Son plan fonctionnait parce qu'il défiait toutes les attentes.
Il s'arrêta un moment devant les arbres, ajustant une dernière fois la cape rouge sur ses épaules. « On y va, Chaperon Rouge, c'est le moment de briller, » murmura-t-il en souriant. Il savait que le loup-garou, avec son instinct animal, ne pourrait ignorer un appât aussi tentant.
Tout en avançant lentement dans la forêt, Arno gardait ses sens en éveil. Les créatures comme les loups-garous avaient un flair exceptionnel, et il n'était pas question de se laisser surprendre. Les bois étaient denses, chaque pas faisait craquer les branches sous ses pieds, et le silence oppressant qui régnait autour de lui n'annonçait rien de bon. Il pouvait presque sentir la bête, quelque part dans l'ombre, tapie, prête à bondir.
« Alors, gros méchant loup, tu vas vraiment te faire avoir par ce vieux tour de conte de fées ? » Son ton était moqueur, mais derrière cette façade de légèreté, Arno restait concentré. Il savait que la créature ne tarderait pas à montrer le bout de ses griffes.
Il continuait à marcher, se glissant entre les arbres comme une ombre rouge vif dans la nuit. Le contraste entre la noirceur environnante et sa cape criarde était presque comique. « Je pourrais faire une sacrée entrée dans une pièce avec ça…
Les premières traces du loup-garou étaient visibles, à peine dissimulées par la pénombre : de larges empreintes profondément enfoncées dans le sol, laissant deviner le poids considérable de la créature. « Eh bien, au moins, tu n'as pas décidé de faire dans la discrétion. » Il s'accroupit pour examiner de plus près les empreintes, faisant glisser ses doigts dans la terre meuble. « Grand, lourd, et probablement affamé. Une combinaison qui a déjà mal tourné pour plus d'un. »
Se redressant, il continua d'avancer, suivant les traces laissées par la bête. La tension montait progressivement. Chaque pas le rapprochait de son objectif, et il sentait que la créature était tout près, tapie quelque part, prête à frapper. « Le gros méchant loup qui se cache dans les bois… ça aurait pu être un conte de fées. Mais non, moi j'ai droit à la version où tout le monde finit en charpie. Merci bien. »
Ses pensées furent interrompues par un bruit lointain. Un craquement. Puis un autre. Quelque chose bougeait dans les bois. Arno s'immobilisa, son corps tendu, ses doigts effleurant la garde de Paulette. Il pencha légèrement la tête, cherchant à capter la moindre variation dans les sons autour de lui. Le loup-garou était là, quelque part, il le savait. Le silence retomba, encore plus lourd qu'avant.
« Bon, maintenant que j'ai fait le difficile… Je suppose qu'on va passer aux choses sérieuses. » Il tira légèrement Paulette de son fourreau, son métal argenté reflétant la faible lueur de la lune qui perçait à peine à travers les arbres. Il était prêt. La créature n'avait qu'à faire son apparition.
Puis, soudain, un mouvement rapide surgit de sa gauche. Un flash de griffes et de crocs, accompagné d'un grognement sourd. Arno se jeta de côté avec une agilité surprenante, esquivant de justesse l'attaque qui aurait pu lui ouvrir la poitrine. Il se redressa en un instant, Paulette à la main, sa capuche rouge flottant encore derrière lui.
« Ah, te voilà enfin. » Un sourire éclatant se dessina sur son visage sous le masque. « Je commençais à m'ennuyer. »
La silhouette massive du loup-garou émergea lentement des ombres, ses yeux brillants de faim et de rage. Arno observa la bête avec calme, jaugeant ses mouvements. La première attaque avait été précipitée, ce qui signifiait que la créature n'avait pas encore entièrement mesuré le danger qu'il représentait.
« C'est parti pour la danse. »
Le loup-garou attaqua avec une vitesse surprenante, ses griffes cherchant à déchiqueter Arno, mais ce dernier, avec une agilité presque surnaturelle, esquiva d'un bond gracieux. Ses pieds effleurèrent à peine le sol alors qu'il se déplaçait, évitant l'assaut furieux de la créature. « Eh bien, t'as de bons réflexes pour un sac à puces. »
Il fit quelques pas en arrière, Paulette toujours prête dans sa main, mais il n'attaqua pas immédiatement. Non, pour l'instant, il observait, analysait. Le loup-garou, lui, grognait de frustration, tournant autour d'Arno, cherchant à trouver une ouverture. Arno savait que ce n'était qu'une question de temps avant que la bête ne tente un nouvel assaut.
« Allez, montre-moi ce que tu as vraiment dans le ventre. » murmura-t-il pour lui-même.
Lorsque la bête bondit à nouveau, Arno glissa sur le côté, sa cape rouge virevoltant derrière lui. Il répondit par une attaque rapide, un coup d'essai avec Paulette qui frappa le flanc de la bête. L'épée argentée mordit légèrement la chair, mais ne fit qu'effleurer la créature. « Ouais, je savais bien que ça n'allait pas être aussi simple. »
Le loup-garou hurla de rage, ses crocs se découvrant alors qu'il se tournait pour une nouvelle attaque. Arno esquiva une fois de plus, agile comme un danseur sur la scène d'un opéra sanglant. Mais au lieu de rester silencieux et concentré, il ne pouvait s'empêcher de commencer à chantonner :
« Qui a peur du grand méchant loup ? Le grand méchant loup, le grand méchant loup... »
La chanson enfantine se mêlait au bruit des griffes du loup-garou déchirant l'air, créant un contraste presque surréaliste. Arno souriait sous son masque. Bien sûr, il savait que son comportement agaçait la bête. Et c'était précisément l'effet recherché.
La créature attaqua à nouveau, mais cette fois, Arno la laissa s'approcher un peu plus près, juste assez pour tester sa force. Ses griffes réussirent à l'atteindre, ouvrant une profonde entaille sur son bras. Le sang gicla, mais Arno ne perdit pas son sourire. « Aïe, ça pique ! Mais t'inquiète pas, ça va se réparer tout seul. »
Déjà, il sentait son autoguérison faire effet. La douleur diminua légèrement, ses tissus commençant à se régénérer. Mais il savait que ce pouvoir, aussi pratique soit-il, avait ses limites. Il devait en finir rapidement avant de trop s'épuiser.
« Bien joué, tu as réussi à me toucher, » lança-t-il au loup-garou qui grognait, prêt à repartir à l'attaque. « Mais désolé de te dire que ça ne suffira pas. »
Le loup-garou bondit encore, et cette fois, Arno ne chercha pas à esquiver complètement. Il se contenta de glisser à moitié sous la bête, Paulette prête à frapper à nouveau. Il planta l'épée dans le flanc de la créature, mais encore une fois, ce ne fut qu'un coup d'essai. « Oups, j'ai raté quelque chose ? »
Le loup-garou rugit de douleur et de colère, sa patte massive frappant Arno avec une force brutale. Le coup l'envoya rouler sur le sol, mais il se redressa presque instantanément, son corps endolori mais toujours fonctionnel. « Bon, maintenant, on arrête de jouer. »
Arno se releva lentement, époussetant sa cape rouge d'un geste théâtral, comme s'il sortait tout juste d'un bal plutôt que d'un combat mortel. « Tu sais, t'aurais pu abîmer le tissu… Ça ne se remplace pas si facilement. » Il roulait des épaules, sentant les os de son bras se remettre en place grâce à son autoguérison. Les coups du loup-garou devenaient de plus en plus violents, mais cela ne faisait qu'alimenter l'ironie d'Arno, qui restait imperturbable.
La créature, de son côté, continuait de grogner, ses muscles tendus sous sa fourrure sombre, ses yeux rouges ne quittant pas le sorceleur. Elle semblait hésiter, comme si quelque chose dans la manière d'Arno de se relever encore et encore la déconcertait. C'était ce moment de flottement que le sorceleur attendait.
« Allez, on enchaîne. Je te chante la suite ? » lança Arno en commençant à trottiner autour de la créature. Il fit mine de se préparer pour un assaut direct, mais à la dernière seconde, il esquiva encore. Cette fois-ci, son mouvement était calculé. Il bondit agilement sur une grosse souche d'arbre avant de plonger en piqué, Paulette prête à frapper.
L'épée en argent s'enfonça enfin plus profondément dans le flanc du loup-garou, juste à côté d'une cicatrice déjà visible, une vieille blessure mal guérie. La créature hurla de douleur, et pour la première fois, Arno sentit qu'il avait touché quelque chose de vital.
« Ça y est, on fait des progrès ! » Il tenta de se dégager rapidement, mais le loup-garou, rendu fou par la douleur, répliqua avec une violence inouïe. Ses griffes trouvèrent la poitrine d'Arno cette fois-ci, déchirant sa chair d'un seul coup puissant. Le sorceleur fut projeté en arrière, s'écrasant contre un tronc d'arbre.
Le souffle coupé, il grimaça en se redressant, sentant son sang couler abondamment sous sa chemise. « Ouh, ça, c'est pas bon. » Mais déjà, il sentait la magie de son autoguérison se remettre en marche, recousant doucement ses plaies internes. « Bon sang, on peut dire que tu ne fais pas les choses à moitié, toi. »
Le loup-garou, lui aussi affaibli, respirait lourdement. Il boitait légèrement à cause de la blessure infligée par Paulette. Mais même dans cet état, il restait dangereux. Arno pouvait voir la lueur de rage toujours brûlante dans ses yeux. Il se redressa une nouvelle fois, essuyant un filet de sang qui coulait de sa bouche avec le revers de sa main.
« Je dois admettre… tu te débrouilles bien. Mais c'est ici que les choses deviennent vraiment intéressantes. » Il fléchit les genoux, prêt pour le prochain échange.
Le loup-garou se lança une dernière fois, mais cette fois, Arno était prêt. Il esquiva de justesse, pivotant avec une fluidité impeccable pour placer un coup décisif. Paulette fendit l'air avec un sifflement métallique, trouvant cette fois la gorge de la bête.
La créature tituba, lâchant un dernier grognement sourd avant de s'effondrer lourdement sur le sol.
Le loup-garou s'effondra lourdement sur le sol, son corps immense secoué par un dernier spasme avant de devenir immobile. Arno, debout juste à côté, souffla un bon coup. Il essuya son front avec le revers de sa main, dégageant un peu de sang et de sueur qui s'étaient mêlés. Paulette, encore dégoulinante du sang de la créature, brillait faiblement sous la lueur de la lune.
« Eh bien, qui aurait cru que le Petit Chaperon Rouge allait sortir victorieux de cette danse ? » murmura-t-il en jetant un regard moqueur à la carcasse massive du loup-garou. Il rangea Paulette dans son fourreau d'un geste sec, avant de baisser les yeux vers la cape rouge qui pendait toujours sur ses épaules, un peu déchirée par les griffes de la bête. « Désolé, Chaperon. T'as pris quelques coups là-dedans, mais on s'en sort bien, non ? »
Le contraste entre la scène et l'accoutrement d'Arno était presque surréaliste. « Sérieusement… j'espère que personne ne me demande jamais pourquoi j'étais déguisé en Chaperon Rouge pour tuer un loup-garou. » Il esquissa un sourire sous son masque, s'adressant directement à un public invisible, comme si l'absurdité de la situation méritait d'être immortalisée dans une anecdote.
Il tourna le dos à la créature, sentant l'adrénaline quitter doucement son corps, laissant place à une fatigue lourde. Le chemin du retour au village se fit sous un ciel éclairé par une lune haute, la forêt semblant plus calme, presque apaisée après la disparition du prédateur qui y régnait en maître.
En arrivant près des premières maisons, Arno fut accueilli par des regards pleins de curiosité et de méfiance. Les villageois s'étaient rassemblés, inquiets de ne pas l'avoir vu revenir plus tôt. Mais à la vue de leur sorceleur masqué, encore habillé de sa cape rouge déchirée, ils comprirent que l'affaire était réglée. Quelques murmures parcoururent la foule, et le chef du village s'avança.
« C'est fait, » annonça Arno, l'air nonchalant, en levant légèrement Paulette comme s'il venait de planter un simple clou. « Le grand méchant loup ne viendra plus dévorer vos moutons. » Son ton était empreint de sarcasme, mais il savait que les villageois saisiraient l'essentiel : ils étaient enfin en sécurité.
Le chef le regarda un instant, visiblement soulagé. « Merci, sorceleur. Nous n'avons pas beaucoup de moyens, mais nous avons préparé ce que nous pouvions pour vous récompenser. »
Arno haussa un sourcil, curieux. « J'espère que c'est mieux que quelques pièces rouillées. Parce que je commence à avoir sacrément faim après ce spectacle. »
Ils lui tendirent un sac rempli de nourriture : du pain, du fromage, et un peu de viande séchée. Une récompense modeste, mais après avoir passé des jours à ne manger que des rations de voyage, c'était plus que suffisant pour lui. Il sourit sous son masque. « Finalement, pas si mal. »
Il prit le sac avec un hochement de tête, satisfait. « Je ne dis pas non à un bon repas. » Puis, en jetant un coup d'œil à sa cape, il ajouta, moqueur : « Et pour la prochaine mission, vous pourriez peut-être me trouver un autre déguisement ? Je pense que j'ai assez fait dans le rouge. »
Les villageois échangèrent des regards confus, mais Arno ne s'attarda pas sur les détails. Il accepta de rester pour la nuit, épuisé par le combat. Après avoir savouré sa récompense, il se laissa tomber sur un vieux lit de paille dans une grange voisine, s'endormant presque immédiatement, son corps encore en pleine régénération.
Le lendemain matin, le soleil à peine levé, Arno se réveilla, les muscles endoloris mais pleinement guéris. Il jeta un dernier regard au village alors qu'il ajustait son équipement et reprenait la route. Les villageois le saluèrent timidement, reconnaissants mais toujours un peu déroutés par l'étrangeté de ce sorceleur excentrique.
« Allez, retour à Kovir. » murmura-t-il en jetant un dernier coup d'œil à la forêt derrière lui. « Qui sait, peut-être que la prochaine fois, je devrais me déguiser en chèvre pour attirer un dragon. »
