Chapitre 4: L'Aigle et le Griffon

Les premières lueurs de l'aube perçaient à peine le ciel nuageux d'Aedirn lorsqu'Arno fit son entrée dans le village. Le paysage qui s'étendait devant lui était marqué par les cicatrices profondes de la guerre. Des maisons en ruines, des toits effondrés, et des palissades de fortune érigées à la hâte pour remplacer des murs autrefois solides. Les restes d'un passé prospère étaient éparpillés ici et là, des statues brisées et des fontaines asséchées, témoins d'un temps où Aedirn n'était pas un champ de bataille permanent.

« Charmant petit coin de paradis. Une carte postale, vraiment… Si on aime les ruines, bien sûr. » Arno murmura à voix basse, plus pour lui-même que pour quiconque, son ton imprégné de cette ironie mordante qui lui était propre.

Les habitants qui restaient — et il n'y en avait pas beaucoup — étaient maigres, fatigués. Des regards méfiants se posaient sur lui à chaque pas qu'il faisait. Un étranger dans un tel endroit, même un sorceleur, était perçu comme une menace potentielle. Mais Arno n'en avait cure. Il avait l'habitude de ce genre de réceptions. Après tout, qui ne serait pas un peu sur la défensive après avoir survécu à une guerre qui a ravagé tout ce qui les entourait ?

« Des ruines et des regards noirs. Classique. On sent tout de suite la convivialité. » pensa-t-il, tout en continuant son chemin dans la rue principale, une allée de terre battue où quelques femmes s'affairaient à transporter des seaux d'eau d'un puits à moitié effondré.

Le village, ou du moins ce qu'il en restait, portait encore les stigmates de l'anarchie qui régnait après la mort de Demavend, l'ancien roi. Sans véritable autorité centrale, les nobles se déchiraient pour prendre le contrôle des terres, tandis que les factions rivales, les mercenaires et les bandits errants ajoutaient à l'insécurité ambiante. Arno leva les yeux vers une bannière déchirée qui pendait d'une tour délabrée, le dernier vestige d'une famille noble probablement massacrée depuis longtemps.

« J'adore ce que vous avez fait avec l'endroit. Vraiment. Très avant-gardiste, ce style "post-apocalypse politique". » lança-t-il à un homme qui le fixait sans mot dire, la méfiance se lisant dans chaque ride de son visage.

Arno continua à avancer jusqu'à ce qu'il atteigne la place du village. Là, il trouva une poignée de villageois regroupés autour d'un feu mourant. La plupart semblaient perdus, leurs visages ravagés par la peur et la fatigue. C'était un spectacle récurrent depuis que les monstres avaient commencé à pulluler après la guerre. Et apparemment, ce village avait son propre problème.

Un vieil homme à la barbe hirsute, visiblement le chef du village ou quelque chose d'approchant, leva les yeux vers Arno. « Vous êtes… le sorceleur ? » demanda-t-il, sa voix rauque, probablement usée par des années de cris et de colère.

Arno hocha la tête, affichant un sourire moqueur sous son masque. « Non, je suis le barde. J'ai une lyre cachée sous ma cape, on fait un concert ce soir. » Puis, reprenant son sérieux, il ajouta : « Oui, je suis le sorceleur. On m'a dit que vous aviez un petit souci avec un griffon ? »

Le vieil homme hocha lentement la tête, visiblement peu habitué à l'humour d'Arno. « Ce maudit monstre… Il a tué deux de nos hommes et dévasté nos troupeaux. On ne sait plus quoi faire. »

Arno s'accroupit près du feu, tendant les mains pour capter un peu de chaleur. « Un griffon, hein ? Pas le plus facile, mais pas le pire non plus. » Il leva les yeux vers les villageois, qui l'observaient comme si leur dernière chance de survie reposait sur ses épaules. « Vous avez des détails ? Quand il attaque, où il se terre ? »

Le chef du village se racla la gorge, hésitant. « Il vient du sud, de la montagne. Il attaque au crépuscule, toujours par surprise. Nos flèches ne peuvent rien contre lui. On est impuissants… »

Arno haussa un sourcil, l'air faussement impressionné. « Ah, la vieille routine du monstre volant. Classique. Vous avez bien fait de m'appeler. » Il se redressa, époussetant sa cape. « Ne vous inquiétez pas, je vais m'en occuper. »

Les villageois semblèrent légèrement soulagés, mais Arno savait que la peur restait palpable. Ils avaient été terrorisés par ce griffon pendant des semaines, et voir un homme solitaire promettre de régler le problème ne suffisait pas à apaiser toutes leurs craintes.

Avant de partir, Arno adressa un dernier sourire aux villageois. « Ne vous en faites pas trop. Ce ne sera pas pire qu'un mauvais jour dans ce magnifique royaume. »

Arno continua de marcher à travers le village, ses yeux observant discrètement les alentours. Même après la brève interaction avec les villageois, il ne pouvait s'empêcher de remarquer à quel point tout ici respirait la misère et le désespoir. Les enfants, maigres et vêtus de haillons, fixaient le sol tandis que les adultes, usés par des mois de guerre et d'attaques de créatures, vaquaient à leurs tâches avec une lenteur résignée.

« Sérieusement, on dirait que Nilfgaard est passé avec des chars pour un barbecue géant. » Il ricana intérieurement, gardant ses pensées pour lui. Même s'il aimait les plaisanteries, il savait qu'ici, il devait doser. Trop de sarcasmes sur leur misère et il risquait de passer pour un fou insensible, ce qui, en toute honnêteté, n'était pas totalement faux.

S'arrêtant un instant près d'une maison effondrée, il vit une femme sortir avec un enfant dans les bras, le regard perdu dans le vide. Il la salua d'un signe de tête, mais elle ne répondit pas. « D'accord, pas le meilleur public aujourd'hui. » Son murmure passa inaperçu, tout comme sa présence. Les villageois étaient habitués à la douleur, à la souffrance. Ce n'était qu'un jour de plus dans leur existence morne et terrifiante.

Tandis qu'il approchait de la sortie du village, il sentit une main se poser doucement sur son épaule. Il se retourna, prêt à dégainer Paulette s'il le fallait, mais se retrouva face à un homme d'âge moyen, les traits creusés par l'inquiétude.

« Sorceleur… Merci. Merci de venir nous aider. Nous n'avons plus rien ici… Plus d'hommes capables de se battre. Les bandits pillent, les nobles s'entre-déchirent, et maintenant, c'est ce monstre qui nous achève. »

Arno inclina légèrement la tête, essayant d'adopter une posture plus empathique, bien que cela n'ait jamais été son fort. « Pas de problème. C'est un boulot comme un autre. Vous payez, je tranche. Tout simple. » Il lâcha un sourire léger. « Même si, à ce rythme, je vais finir par me demander si je devrais pas commencer à facturer au mot. »

L'homme esquissa un sourire forcé, puis lui tendit un petit sac. « Ce n'est pas grand-chose… Juste de quoi vous payer après la chasse. On a rassemblé ce qu'on pouvait. »

Arno regarda le sac et hocha la tête. Il n'avait jamais été très intéressé par la richesse. Ce qu'il voulait, c'était une bonne bagarre et un peu de défi. Il accepta néanmoins le sac, le rangeant dans sa besace. « Allez, ne te fais pas de souci. Ton griffon sera bientôt qu'un mauvais souvenir. » Il tapa l'homme sur l'épaule avant de se diriger vers la sortie du village.

Alors qu'il s'apprêtait à s'enfoncer dans la forêt pour traquer la créature, Arno jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule. Les villageois le regardaient partir avec une lueur d'espoir à peine perceptible dans leurs yeux. Ils voulaient croire qu'il allait ramener un semblant de paix dans leur monde ravagé.

« Et dire qu'il suffirait qu'une bande de nobles se mettent à bosser ensemble pour réparer tout ça... Mais non, bien sûr. Plus facile de laisser les sorceleurs faire tout le sale boulot. »

Il sourit en coin, une dernière pensée sarcastique avant de s'engouffrer dans les bois, prêt à en découdre avec le griffon qui terrorisait cette terre désolée.

Arno avançait tranquillement à travers la forêt, ses sens en éveil, mais son attitude désinvolte comme toujours. Le soleil commençait à peine à percer à travers le couvert des arbres, créant des motifs d'ombre et de lumière sur le sol. Les sorceleurs, ceux plus « traditionnels », auraient probablement pris le temps de se préparer avant de partir en chasse. Une petite méditation, peut-être un breuvage pour renforcer leurs réflexes, ou même quelques signes pour anticiper le danger. Mais pas Arno.

« Préparation ? » Il se parla à lui-même tout en marchant, un sourire ironique se dessinant sur ses lèvres. « Qui a besoin de ça ? Un bon coup de Paulette, une esquive bien placée, et hop, le tour est joué. »

Il se frotta les mains, prêt à passer à l'action. Les potions et autres rituels sorceleurs ne faisaient pas partie de son répertoire. « Peut-être que je devrais méditer un peu, juste pour la forme. Ou… Je pourrais aussi bien rester moi-même et foncer tête baissée. C'est plus marrant comme ça. »

Il s'arrêta un instant pour regarder autour de lui. Les traces du griffon étaient évidentes, mais pas fraîches. De larges griffures sur des troncs d'arbres, des morceaux de plumes arrachées et quelques cadavres d'animaux, déchirés et à moitié dévorés, jonchaient le sol. La créature devait être massive, et probablement affamée.

« Hmmm, ça a l'air d'être un sacré morceau. » Arno se baissa pour observer les marques laissées sur un cerf déchiqueté. « Je me demande si ce griffon a le même problème que les nobles d'Aedirn. Il attaque tout ce qui bouge parce qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il veut. »

Il releva la tête, jetant un coup d'œil à l'horizon, là où les montagnes se dessinaient au loin. Les traces menaient directement vers les collines. « Bien sûr, parce qu'il fallait que ça se passe dans un coin encore plus paumé qu'un conseil de nobles. »

Il se remit en marche, prenant soin de suivre les indices laissés par la bête. Une plume ici, une empreinte de patte massive là-bas. Le vent soufflait doucement à travers les arbres, mais le silence pesant qui régnait dans cette partie de la forêt en disait long. Le griffon avait instauré la terreur dans la région, et même les animaux semblaient fuir sa présence.

« Ah, la politique d'Aedirn. » Il haussa les épaules, parlant toujours à voix haute comme s'il s'adressait à un public invisible. « Les nobles se battent entre eux pour des miettes, tandis que les vrais problèmes continuent de dévorer leur royaume. Qui a besoin de sécurité quand on peut avoir un bon vieux combat de coqs ? »

Il sauta par-dessus un tronc d'arbre tombé, un geste agile et fluide, et continua à suivre les traces. Ses pensées vagabondaient entre la mission et la situation désastreuse de ce royaume. Il avait vu ça dans d'autres contrées aussi : un pouvoir central affaibli, des seigneurs qui préféraient s'entretuer plutôt que de protéger leur peuple. « Ah, Aedirn, tu ne changes jamais. »

Soudain, il s'arrêta. Une nouvelle empreinte. Plus récente cette fois. Les marques étaient profondes, indiquant que la créature avait dû se poser non loin de là, peut-être pour se nourrir. L'odeur de chair pourrie lui parvint, et en avançant de quelques pas, il trouva le cadavre d'une vache éventrée.

« Un petit festin improvisé, je vois. » Il fronça le nez. « Sérieusement, mec, tu pourrais au moins attendre que le dîner soit servi proprement. »

Les griffures sur la carcasse montraient que le griffon ne s'était pas attardé longtemps ici. Peut-être que quelque chose l'avait dérangé, ou qu'il avait simplement terminé son repas en vitesse avant de s'envoler. Arno se redressa, observant les arbres au-dessus de lui, guettant le moindre signe de mouvement dans le ciel.

« Eh bien, mon grand, où te caches-tu ? » Il savait que le griffon n'allait pas tarder à réapparaître. C'était une question de minutes, peut-être même de secondes. La bête reviendrait, attirée par son territoire ou par un nouveau repas à déchiqueter.

Mais pour l'instant, Arno restait calme, détendu, presque désinvolte. L'adrénaline n'avait pas encore pris le dessus, et il ne voyait pas l'intérêt de stresser. Ce n'était qu'un autre monstre à affronter, une autre bête à abattre. Et il n'avait pas l'intention de faire les choses autrement que d'habitude.

« Allez, griffon, montre-toi. Le grand méchant sorceleur est prêt. Ou pas. Mais on va improviser, comme toujours. »

Le silence de la forêt fut soudainement brisé par un battement d'ailes puissant, comme un tonnerre lointain qui s'approchait rapidement. Arno leva les yeux juste à temps pour apercevoir l'immense silhouette du griffon percer le ciel gris, ses ailes déployées projetant une ombre colossale sur la clairière où il se tenait. La créature était encore plus grande que ce qu'il avait imaginé. Sa tête massive, mi-lion, mi-oiseau, était couronnée de plumes sombres qui brillaient sous la lumière filtrante. Ses serres, longues et acérées comme des lames, s'enfonçaient dans la terre à chaque atterrissage.

« Oh, très impressionnant, je te l'accorde, » marmonna Arno en se mettant en position, ses doigts glissant naturellement sur la garde de Paulette. Le griffon n'était pas seulement impressionnant, il était menaçant, avec une aura de puissance brute qui semblait envahir l'air autour de lui.

Le regard du sorceleur croisa celui de la bête. Ses yeux jaunes, perçants, brûlaient d'une intelligence primitive, mais Arno savait que cette créature n'avait qu'une seule intention : le réduire en morceaux. Un rugissement déchirant retentit, et sans avertissement, le griffon s'élança.

Arno réagit en une fraction de seconde, plongeant sur le côté alors que les serres de la créature s'abattaient là où il se trouvait quelques secondes auparavant. Le sol éclata sous l'impact, soulevant de la terre et des débris autour de lui. « Okay, pas mal pour un oiseau géant en colère ! » Arno roula sur lui-même pour éviter une nouvelle attaque, ses mouvements rapides et précis.

La bête tourna autour de lui, cherchant à lui barrer la route. Arno savait que face à une telle créature, la vitesse était son seul avantage. Il esquivait encore et encore, chaque coup de griffes frôlant dangereusement son corps.

« Tu sais, en y réfléchissant, je pourrais te vendre quelque chose, là, pendant qu'on s'amuse. » lança-t-il entre deux esquives, sa voix légèrement haletante mais toujours teintée de sarcasme. « Tu devrais vraiment lire cette nouvelle fanfiction, c'est incroyable. Imagine ça : Bruce Wayne, alias Ken Nemo, un jeune héros en formation avec un alter de magnétisme à l'académie Yuei... Ça ne te parle pas ? »

Le griffon répondit par un hurlement de rage, ses ailes s'élançant dans un battement violent pour se projeter dans les airs avant de piquer à nouveau vers Arno. Le sorceleur plongea juste à temps, sentant le vent déplacé par les serres tranchantes passer à quelques centimètres de son visage. Il roula sur le sol, se redressant en un éclair, Paulette déjà dégainée.

« Je te promets, c'est de la bombe. Batmetal, le justicier qui manipule le métal à volonté. Tu aurais aimé. Mais bon, je suppose que tu es plutôt du genre à aimer les combats bestiaux, pas vrai ? »

Cette fois, Arno contre-attaqua. Paulette fendit l'air dans un sifflement aigu, visant une aile du griffon. Le coup fut rapide, précis, mais la créature était aussi rapide qu'elle était massive. Le griffon esquiva à la dernière seconde, tournant sur lui-même avant de frapper Arno avec sa queue musclée. Le choc envoya le sorceleur voler à quelques mètres, son corps heurtant brutalement le sol rocailleux.

« Aïe, ça, c'est de la puissance. » Il se redressa avec difficulté, son facteur autoguérisseur déjà en marche, bien que la douleur pulsait encore dans ses côtes. Il plissa les yeux en observant la créature, qui planait à nouveau au-dessus de lui, cherchant un angle d'attaque. « J'ai l'impression que ça va être plus compliqué que prévu. »

Les premiers échanges avaient prouvé une chose : ce griffon n'était pas seulement une masse de muscles et de plumes. Il était rapide, calculateur. Arno devait ajuster sa stratégie, et vite. Mais au lieu de paniquer, il esquissa un sourire sous son masque.

« Bon, on arrête les préliminaires ? Je me chauffe un peu, et après, je te fais la pub complète pour Batmetal. Deal ? »

Le griffon, ignorant ses sarcasmes, replongea vers lui avec une rage redoublée. Ses serres tranchantes fendirent l'air, cherchant une nouvelle fois à déchiqueter Arno, qui esquiva de justesse en bondissant sur le côté, Paulette prête pour un contre. Il savait que le moment viendrait où il trouverait une ouverture, mais pour l'instant, il devait jouer avec le griffon, tester ses limites.

Le griffon ne perdit pas de temps à réattaquer. Dans un tourbillon de plumes et de colère, il fonça droit sur Arno, ses serres tranchantes cherchant à l'attraper. Arno, toujours dans un état de calme presque agaçant, se déplaça à nouveau avec agilité, esquivant à la dernière seconde.

« Hey, c'est moi ou tu commences à t'essouffler ? » lança-t-il en se jetant sur le côté, Paulette dans la main droite, Claudette dans la gauche, prêtes à mordre. Mais ce n'était pas encore le moment. Pas avant d'avoir étudié tous les mouvements du monstre.

La bête rugit de frustration, ses griffes déchirant le sol là où Arno se tenait une seconde plus tôt. Elle leva la tête, ses yeux brillants de rage fixés sur lui, cherchant le moindre faux pas. Arno en profita pour faire quelques pas en arrière, l'épée en argent luisant dans sa main droite, prête à frapper.

« D'accord, je vais faire une pause dans la pub. Mais sérieusement, 'Batmetal'… imagine un justicier qui manipule le métal à volonté. Bruce Wayne à l'académie Yuei, utilisant son alter pour combattre les criminels. C'est du lourd. »

Le griffon ne semblait pas impressionné par l'enthousiasme d'Arno pour la fanfiction. En réponse, il poussa un cri perçant, battant des ailes avec une force qui souleva des nuages de poussière tout autour d'eux. La créature bondit à nouveau, cette fois-ci avec une vitesse redoublée. Ses serres se refermèrent dans un geste rapide, visant directement le torse d'Arno.

Il n'y avait pas de place pour l'erreur cette fois-ci. Arno plongea en avant, se faufilant sous la bête dans une roulade acrobatique. Paulette fendit l'air dans un mouvement fluide, et cette fois, elle trouva sa cible : l'aile gauche du griffon. Un cri déchirant retentit alors que la lame tranchait profondément dans les plumes épaisses, blessant la créature.

« Ah, tu l'as senti celui-là, hein ? » Arno se redressa d'un bond, un sourire étiré sur ses lèvres. Le griffon, désormais légèrement handicapé par l'aile blessée, tituba en essayant de s'élever dans les airs. Mais ses mouvements étaient moins gracieux, moins rapides.

« Voilà, maintenant on parle. » Arno fit un pas en avant, Paulette levée, prêt à frapper à nouveau. Mais avant qu'il ne puisse attaquer, la créature riposta. Le griffon, fou de rage, balaya l'air de ses griffes. Arno n'eut pas le temps de réagir complètement et reçut un coup violent à l'épaule qui le projeta contre un arbre. Le choc fut brutal, et il sentit ses côtes craquer sous l'impact.

« Ouf… ça, c'est pas sympa. » Il se redressa lentement, serrant les dents tandis que son facteur autoguérisseur commençait déjà à réparer les dégâts. « T'as un sacré crochet, mais je me remets toujours debout. »

Il fit craquer son cou, regardant le griffon qui boitait légèrement. La blessure à l'aile avait affaibli la bête, mais elle était toujours dangereuse. Arno savait qu'il devait maintenant trouver un point vulnérable. Ses mouvements ralentis lui donnaient enfin l'opportunité d'en finir.

« Ok, assez joué. Je vais t'achever, et ensuite… je pense que je ferai une pause bien méritée pour lire un chapitre de plus sur Batmetal. » Il se remit en position, prêt pour l'assaut final, le sourire toujours présent sur ses lèvres malgré la douleur qui pulsait dans son corps.

Le griffon, bien que blessé, n'était pas encore vaincu. Ses yeux brûlaient d'une rage primitive alors qu'il tentait une nouvelle fois de s'élever dans les airs, ses ailes battant lourdement, mais l'aile endommagée l'empêchait de voler comme avant. Arno, essuyant le sang qui coulait de son front, se redressa lentement. Chaque mouvement envoyait une douleur lancinante dans son corps, mais il savait que son facteur autoguérisseur était déjà en train de réparer les dommages.

« Ok, là on passe aux choses sérieuses, » murmura-t-il en serrant les poignées de Paulette et Claudette. « On termine ça en beauté. »

Le griffon, comprenant que son adversaire ne faiblirait pas, se lança dans une charge désespérée, ses serres pointées vers Arno, prêtes à le réduire en pièces. Le sorceleur se déplaça rapidement sur le côté, ses bottes glissant légèrement sur le sol humide, mais il était assez rapide pour éviter l'attaque de la créature. Paulette fendit l'air à la seconde où le griffon passa à côté de lui, frappant son flanc déjà affaibli.

La bête hurla de douleur, son cri résonnant dans toute la forêt. Elle tituba en tentant de se retourner, mais Arno ne lui laissa pas une seconde de répit. Claudette, l'épée en acier, frappa cette fois, se plantant dans la patte avant du griffon. Le métal rencontra la chair avec un bruit sourd, et la créature chuta lourdement au sol.

« Ouf, désolé, mon grand, mais il fallait que tu prennes une petite sieste, » plaisanta Arno, son souffle court. Le griffon, malgré ses blessures, se débattait toujours, essayant de se relever, mais ses forces diminuaient rapidement. Arno le sentait.

Le combat avait pris une tournure plus brutale. Le griffon, désormais désespéré, donnait tout ce qu'il avait pour échapper à son sort. Arno, quant à lui, esquivait de justesse les coups violents de la bête, ses mouvements devenant plus fluides à chaque seconde. Il attaquait par petites touches, frappant là où la créature était le plus vulnérable : ses pattes, ses ailes déjà meurtries, et finalement, son cou.

Mais la bête n'était pas en reste. Dans un dernier sursaut de force, le griffon parvint à saisir Arno avec une de ses serres, plantant profondément ses griffes dans la chair du sorceleur. Le sang jaillit tandis qu'Arno grimaçait de douleur, sentant ses muscles se déchirer sous la pression.

« Ah, ça, c'est vilain, » grogna-t-il, en sentant son facteur autoguérisseur lutter pour compenser les dégâts. Malgré la douleur lancinante, il souriait toujours sous son masque. « Mais tu sais quoi ? C'est pas ça qui va m'arrêter. »

Arno, avec une souplesse étonnante, planta Paulette directement dans la patte du griffon, forçant la créature à le lâcher dans un hurlement de souffrance. Le sorceleur roula sur le sol, se relevant rapidement, bien que chaque fibre de son corps hurlait de douleur.

Le griffon, maintenant épuisé, boitait gravement. Ses ailes ne parvenaient plus à se déployer complètement, et ses mouvements étaient devenus maladroits, comme si chaque geste lui coûtait un effort immense. Arno savait que le moment décisif approchait.

Il respira profondément, observant la bête. C'était un adversaire redoutable, mais comme tous les monstres qu'il avait affrontés, il avait des failles. Et Arno les avait trouvées.

« Allez, dernier acte, » dit-il en s'élançant avec agilité. Claudette et Paulette dansaient dans ses mains, frappant avec précision à chaque point vulnérable. Le griffon tenta de contre-attaquer, mais ses coups étaient désordonnés, guidés par la douleur plutôt que par une stratégie.

Et puis vint l'ouverture. Le griffon, affaibli et à bout de souffle, baissa la tête un instant de trop. Arno bondit, Paulette levée haut au-dessus de lui, et d'un coup net et précis, il planta l'épée en argent dans le cou de la créature. Le griffon émit un dernier cri désespéré avant de s'effondrer lourdement au sol, son corps immense provoquant une onde de choc dans la clairière.

Arno resta immobile un instant, le souffle court, ses mains encore serrées autour de la poignée de Paulette. Le combat était terminé.

Il tira l'épée du corps inerte du griffon et recula, observant la bête gisante devant lui. Un instant de silence s'installa, seulement brisé par le souffle lourd et fatigué d'Arno. Il s'essuya le front, laissant échapper un long soupir de soulagement.

« Et voilà, un autre monstre de moins. Et dire que certains pensent que je devrais méditer avant ce genre de truc… » Il éclata de rire, amusé par la situation. « Je suppose qu'on peut appeler ça une victoire éclatante. »

Arno regarda un dernier instant le corps du griffon avant de tourner les talons. La douleur dans ses muscles commençait à s'estomper tandis que son corps se régénérait lentement. « Bon, je vais me prendre un petit moment de repos bien mérité avant de retourner au village. Peut-être que cette fois, je pourrais me lancer dans une carrière de promoteur de fanfictions. »

Et sur ces mots, il reprit la route, laissant derrière lui la carcasse du griffon, l'écho de sa victoire résonnant encore dans la clairière.

Le soleil déclinait à l'horizon lorsque Arno revint au village, traînant légèrement des pieds après l'intensité du combat. Son corps, bien qu'autoguéri en grande partie, ressentait encore la fatigue. Paulette et Claudette pendaient à ses côtés, les lames nettoyées sommairement après la bataille, mais toujours porteuses des traces de la victoire. Devant lui, les silhouettes des villageois se rassemblaient peu à peu, une lueur de soulagement dans leurs regards.

Il n'eut même pas à annoncer son succès. Le simple fait qu'il soit revenu vivant suffisait à répondre à toutes les questions. Un murmure parcourut la petite foule avant que le chef du village, le vieil homme qui l'avait engagé plus tôt, ne s'approche de lui, ses mains tremblantes de reconnaissance.

« Vous… vous avez réussi, » balbutia-t-il, la voix encore incrédule. Les visages des habitants étaient marqués par l'épuisement, mais aussi par un espoir naissant.

Arno haussa les épaules, son sourire habituel étirant légèrement ses lèvres sous son masque. « Eh bien, je suppose que oui. Le grand méchant griffon est parti, disons… pour toujours. »

Les villageois commencèrent à se détendre, certains lâchant des soupirs de soulagement tandis que d'autres échangeaient des regards pleins de gratitude. Une vieille femme s'approcha, tenant une miche de pain dans ses mains frêles, qu'elle tendit à Arno. « Ce n'est pas grand-chose, mais c'est ce que nous avons. Merci, sorceleur. »

Arno prit le pain, le regardant un instant avant de sourire. « De la nourriture ? Vous savez parler à mon cœur. Ou à mon estomac, du moins. » Il fit un clin d'œil à la vieille femme, qui rougit légèrement avant de s'éloigner rapidement.

Le chef du village fit un pas en avant, tenant un autre petit sac de provisions. « Nous avons rassemblé tout ce que nous pouvions pour vous. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est tout ce que nous avons. »

Arno prit le sac et hocha la tête. « Vous savez quoi ? C'est parfait. Pas besoin de richesses, juste de quoi continuer la route. » Puis, jetant un regard amusé au village en ruines autour de lui, il ajouta : « Peut-être que je devrais me lancer dans la politique locale, après tout. Qui sait ? J'ai toujours rêvé de jouer aux nobles d'Aedirn. Avec mes talents, je pourrais certainement remettre un peu d'ordre ici. »

Les villageois le regardèrent avec des expressions perplexes, ne sachant pas s'il plaisantait ou non. Le chef, cependant, tenta un sourire hésitant. « Peut-être que… ça ne serait pas une mauvaise idée. »

Arno éclata de rire, faisant un geste de la main. « Ah non, trop de paperasse, trop de réunions interminables… Je pense que je vais m'en tenir à tuer des monstres. C'est plus simple, et honnêtement, beaucoup plus amusant. »

Quelques villageois laissèrent échapper des rires nerveux, mais Arno sentait qu'ils étaient véritablement reconnaissants. Le poids du griffon sur leurs vies, sur leurs peurs, venait de disparaître grâce à lui.

Il s'installa dans une petite maison que les villageois lui avaient aménagée pour la nuit. Il ne demandait jamais grand-chose, mais après un tel combat, un bon repas et un lit de paille lui semblaient être une récompense digne d'un roi. Arno s'asseya à la table, dévorant rapidement les quelques morceaux de pain et de viande qu'on lui avait offerts.

« Un roi à sa table, hein ? » murmura-t-il en plaisantant, sa voix faible après une journée aussi éreintante. Son esprit divagua un instant vers les querelles de la noblesse locale. « Peut-être que je devrais vraiment tenter le coup dans la politique. Je suis sûr que je pourrais faire mieux que ces clowns qui se battent pour un trône vide. »

Il secoua la tête, amusé par sa propre réflexion, avant de se laisser tomber sur son lit improvisé. Les yeux à moitié fermés, il laissa son corps s'alourdir, la fatigue de la journée enfin prenant le dessus.

Le lendemain, le village était plus calme, presque apaisé. Le soleil montait lentement dans le ciel, baignant les terres dévastées d'une lumière dorée. Arno sortit de la maison, les membres encore un peu endoloris mais déjà pratiquement remis grâce à son autoguérison. Les villageois, bien qu'encore méfiants du monde qui les entourait, semblaient plus sereins en le voyant partir.

Le chef du village s'approcha de lui, une dernière fois. « Nous n'oublierons pas ce que vous avez fait pour nous, sorceleur. Si un jour vous revenez, vous serez toujours le bienvenu ici. »

Arno sourit, posant une main sur l'épaule de l'homme. « Avec plaisir. Mais espérons que la prochaine fois, vous n'aurez pas besoin de moi pour trancher un monstre. Je préfère les visites touristiques. »

Sur ces derniers mots, il s'éloigna, les bruits de ses pas s'estompant au fur et à mesure qu'il s'enfonçait sur le chemin qui le mènerait à sa prochaine aventure.

La route devant lui était longue, et il savait qu'il y aurait encore bien d'autres créatures à affronter. Mais pour l'instant, il se contenta de marcher, un léger sourire sur les lèvres, prêt à accueillir ce que l'avenir lui réservait.