Chapitre 9: Le Bal des Nosferatus

La lune, voilée par de lourds nuages, jetait une lumière grise et maladive sur le village de Barrow. Arno et Triss avancèrent à travers les rues désertes, leurs pas faisant craquer le sol poussiéreux. Un silence inhabituel régnait, à peine troublé par le murmure du vent entre les maisons. Mais ce n'était pas un calme rassurant. C'était une de ces atmosphères où même le silence semblait crier.

Puis, sans prévenir, le calme fut brisé. Au loin, un hurlement perça la nuit, suivi d'un cri déchirant, bestial. Arno s'arrêta net, ses sens de sorceleur en alerte.

« Eh bien, il semblerait que la fête ait déjà commencé, » dit-il, un sourire en coin, alors que Triss, à ses côtés, se raidit en entendant ces bruits terrifiants.

Les flammes commençaient à lécher les toits de quelques maisons en périphérie du village. Des ombres se faufilaient à une vitesse surnaturelle entre les bâtiments, accompagnées de cris de panique et d'agonie. Arno plissa les yeux et posa la main sur le pommeau de Paulette, son épée en argent.

« C'est moi ou on dirait un mauvais remake de 30 jours de nuit ? » lança-t-il en se tournant vers Triss avec un sourire sarcastique. « Je me demande si on va croiser Josh Hartnett dans tout ça. Sérieux, l'auteur pourrait faire preuve de plus d'originalité. »

Triss, elle, ne plaisantait pas. Son regard était fixé sur le carnage qui se déroulait à quelques dizaines de mètres. Des silhouettes sombres et bestiales jaillissaient des ombres pour s'abattre sur les villageois terrifiés. Les vampires étaient rapides, des créatures horribles à la peau blafarde, aux crocs dégoulinants de sang. Leurs griffes acérées déchiraient la chair avec une facilité effrayante, et leurs mouvements, aussi brusques que précis, ne laissaient que peu de chance aux malheureux habitants de Barrow.

« Ce n'est pas le moment de plaisanter, Arno, » répliqua Triss, sa voix tendue. Elle leva les mains, prête à invoquer un sort pour protéger les villageois encore debout. « Ces créatures sont des monstres. Si nous n'intervenons pas immédiatement, il n'y aura plus personne à sauver. »

Arno haussa les épaules, décontracté. « Ouais, ouais... C'est ce que je disais. C'est littéralement 30 jours de nuit, version médiévale. Enfin, sauf que là, je suis le héros. Désolé Josh, cette fois, c'est moi qui sauve la mise. »

Un autre cri se fit entendre, plus proche cette fois. Arno sortit Paulette de son fourreau dans un sifflement métallique, et l'épée étincela dans la lueur tremblante des flammes.

« Bon, allons-y avant que le reste de la production ne débarque, » dit-il, avant de se lancer dans la mêlée.

En quelques bonds rapides et maîtrisés, il atteignit le cœur du chaos. Les vampires, des créatures à l'apparence de Nosferatu, se déchaînaient sur leurs proies. Leurs griffes éviscéraient sans pitié, et leurs crocs se plantaient dans la gorge de ceux qui tentaient de fuir. Les villageois étaient désespérément dépassés par la brutalité des assaillants.

Arno bondit dans la mêlée avec l'assurance nonchalante qui lui était propre, Paulette brillant dans sa main comme une étoile de mort. Son premier assaillant, un vampire au visage déformé par la faim et la soif de sang, se jeta sur lui avec une vitesse inhumaine. Arno esquiva aisément, un sourire narquois aux lèvres, et dans un mouvement fluide, décapita la créature d'un coup net.

« Franchement, vous pourriez au moins essayer d'avoir un peu de charisme. Sérieusement, où est passé le glamour des vampires de cinéma ? Entre Twilight et Interview with the Vampire, je m'attendais à quelque chose d'un peu plus… distingué. »

Triss, concentrée sur ses sorts, commença à incanter des boules de feu qu'elle lançait vers les créatures se précipitant sur les villageois. Mais en jetant un coup d'œil à Arno, elle ne put s'empêcher de lever un sourcil d'agacement. Son comportement était tout sauf professionnel, et pourtant, chaque coup de son épée était précis et efficace.

« Est-ce que tu pourrais te concentrer un peu plus sur le combat, au lieu de faire des commentaires inutiles ? » lança-t-elle en repoussant un vampire avec une décharge d'électricité. Le monstre se tordit de douleur avant de se transformer en cendres.

Arno, lui, semblait prendre un plaisir malsain à se moquer des créatures. Un autre vampire fondit sur lui, griffes en avant, et il fit un tour sur lui-même pour éviter l'attaque, tranchant les deux bras de la créature avant de lui planter Paulette dans la poitrine.

« Non mais regardez-moi ça ! Même Buffy contre les vampires avait des monstres plus stylés que vous. » Il fit un pas de côté pour éviter un autre coup, et dans un mouvement rapide, il trancha la tête d'un autre Nosferatu. « Je m'attendais à des canines brillantes et un peu de mélodrame, mais non, je me retrouve avec des créatures qui n'ont même pas le bon sens de citer Shakespeare en attaquant. »

Triss, de plus en plus irritée, repoussa plusieurs autres créatures avec une explosion d'énergie magique. « Ces choses sont mortelles, Arno. Essaie de les prendre au sérieux. »

« Oh, mais je les prends très au sérieux, » répondit Arno en se débarrassant d'un autre vampire d'un coup bien placé. « C'est juste que, tu vois, je préfère affronter la mort avec un sourire aux lèvres et une bonne réplique en tête. C'est ça, la vraie classe. »

Il continua de fendre les vampires avec une précision déconcertante, chaque coup d'épée décapitant ou empalant un monstre avec une facilité qui trahissait des années d'expérience. Pourtant, à chaque mouvement, il lançait une blague, comme s'il commentait une simple scène de théâtre.

Un vampire particulièrement imposant fonça sur lui, ses crocs dégoulinant de sang, ses griffes acérées cherchant à s'enfoncer dans la chair d'Arno. D'un coup habile, Arno para la première attaque, puis planta Paulette dans le cœur de la créature.

« On se calme, Nosferatu XXL, t'es pas dans un concours de body-building ici ! »

La créature hurla en s'effondrant, et Triss, à quelques mètres de là, lança un éclair vers un autre groupe de vampires. Elle observait Arno d'un œil perplexe. Malgré son humour désinvolte, il était d'une efficacité redoutable. Chaque coup d'épée était millimétré, et il ne laissait aucune chance à ses adversaires. Mais ce qui la perturbait, c'était cette légèreté constante, comme s'il se moquait de la gravité de la situation.

Arno se tourna vers elle, évitant un coup de griffe d'un vampire avant de le trancher en deux d'un mouvement fluide.

« Tu vois, Triss, c'est là que tu te trompes. Ces bestioles, elles n'ont rien d'impressionnant. Les vrais vampires, ceux qu'on voit au cinéma, tu sais, ceux qui te charment avec un regard et te récitent un poème avant de te vider de ton sang, là, c'est du sérieux. Ici, j'ai l'impression d'être dans une production de troisième zone. » Il esquiva un autre assaillant, plantant Paulette dans le ventre du vampire qui tentait de l'attaquer.

« On est loin de Twilight, et encore plus de Dracula, si tu vois ce que je veux dire. » Il se pencha sur un autre vampire tombé à ses pieds, levant son épée pour l'achever d'un coup net. « Je suis presque déçu. »

Triss roula des yeux, mais elle devait admettre que malgré ses répliques incessantes, Arno savait ce qu'il faisait. Elle lança une boule de feu sur un groupe de vampires qui s'approchait dangereusement, brûlant leurs corps avant qu'ils ne puissent atteindre les survivants du village.

Le chaos s'étendait, les cris des villageois se mêlant aux grognements des vampires, mais Arno restait imperturbable. Il semblait même s'amuser, balançant des répliques sarcastiques tout en décimant les créatures, une par une.

« Si seulement ces types pouvaient apprendre à dire quelque chose d'intelligent avant d'attaquer... Un petit 'Je suis ton pire cauchemar' ne serait pas de trop. Mais non, rien. Même pas un 'Je vais te vider de ton sang'. Ils manquent vraiment d'imagination. »

Un sourire moqueur sur les lèvres, il continua de se battre, Paulette brillant à chaque coup qu'il portait, tranchant à travers la chair et l'os avec une précision inégalée. Triss, tout en lançant ses sorts, jeta un dernier regard à Arno, toujours perplexe. Il était peut-être insupportable, mais il était également l'un des combattants les plus redoutables qu'elle ait jamais vus.

« Allez, Rouquine de Feu, » lança Arno en éliminant un autre vampire. « On va finir ça en beauté. »

Arno jeta un regard en coin au lecteur, tout en souriant. « Vous avez vu ça ? Si c'est pas du grand art, je ne sais pas ce que c'est. Qui a dit que combattre des vampires devait être ennuyeux ? »

Soudain, un grognement sourd se fit entendre. Un des vampires les plus imposants, un véritable monstre de près de deux mètres, au crâne chauve et aux dents aussi longues que des poignards, émergea des ombres. Ses yeux brillaient d'une lueur rouge, et ses crocs dégoulinaient de sang frais. Il se déplaçait avec une vitesse effrayante, un prédateur en chasse. Triss sentit le danger immédiatement.

« Arno, attention ! »

Mais avant qu'il ne puisse réagir, le Nosferatu monstrueux fondit sur lui. Dans un geste brutal et inhumain, le vampire plongea sa main griffue dans la poitrine d'Arno, lui arrachant le cœur à mains nues. Le bruit humide de la chair déchirée résonna dans l'air, accompagné d'un grognement triomphal du vampire.

Triss poussa un cri étouffé, horrifiée. Elle regarda avec des yeux écarquillés le cœur d'Arno, encore battant, dans la main du vampire. Elle ne pouvait pas y croire. Son compagnon, aussi insupportable qu'il fût, venait de subir une blessure mortelle. Paralysée par le choc, elle ne bougea pas. C'était un cauchemar.

« Arno… » murmura-t-elle, la gorge serrée.

Le vampire, satisfait de sa victoire, leva le cœur au-dessus de sa tête, prêt à le dévorer. Triss était pétrifiée, convaincue qu'Arno était mort.

Mais à cet instant, quelque chose d'inattendu se produisit.

Arno cligna des yeux, un sourire amusé se dessinant sur ses lèvres. Il baissa les yeux vers le trou béant dans sa poitrine, puis leva un sourcil comme si ce n'était qu'un léger inconvénient. Avec une nonchalance désarmante, il se pencha lentement, ramassa Paulette, puis se redressa avec une moue exagérée.

« C'est sympa d'essayer de me briser le cœur, » dit-il avec un clin d'œil au lecteur, « mais il en faut plus que ça pour me faire tomber amoureux, mon pote. »

Triss, encore sous le choc, écarquilla les yeux en voyant Arno parler comme si rien ne s'était passé. Comment pouvait-il être debout, encore moins plaisanter, après s'être fait arracher le cœur ? C'était absurde, c'était… impossible !

Arno, quant à lui, ne semblait pas plus perturbé que cela. Il ajusta Paulette dans sa main, l'air de quelqu'un qui se remet à sa tâche après une pause déjeuner.

Le vampire, tenant toujours le cœur d'Arno, grogna, perplexe face à la réaction de son adversaire. Mais avant qu'il ne puisse comprendre ce qui se passait, Arno bondit, Paulette brillait dans la nuit alors qu'il décapitait la créature d'un coup net.

Le corps du Nosferatu s'effondra au sol dans un bruit sourd, tandis que sa tête roulait, laissant tomber le cœur d'Arno dans la poussière. D'un coup de pied désinvolte, Arno repoussa le cadavre et lança un regard amusé à son propre organe vital.

« Tiens, c'est bizarre, je n'aurais jamais pensé me retrouver dans cette situation un jour. »

Triss, toujours incapable de bouger, était en état de choc. « Comment… ? » balbutia-t-elle, essayant de comprendre ce qu'elle venait de voir.

Arno haussa les épaules, son sourire toujours vissé sur son visage. «Autoguérison, zéro souci. Je devrais peut-être faire une brochure. »

Il se pencha pour ramasser son cœur, l'observa un instant, puis le lança en l'air avant de le rattraper avec un geste théâtral. « Tadam ! Remis en place comme neuf ! » fit-il en mimant un tour de magie. Puis, avec une fausse révérence, il remit son cœur en place dans sa poitrine avec un bruit légèrement écœurant.

Triss, encore ébranlée, ne put que secouer la tête. « Tu… tu es complètement cinglé. »

« Eh bien, on me l'a déjà dit. Mais tu vois, c'est ce qui fait tout mon charme. » Il tapota sa poitrine, comme pour vérifier que tout était en ordre. « Allez, c'est reparti. »

Avant que Triss ne puisse répondre, un autre vampire chargea dans leur direction, mais Arno, dans un élan quasi dansant, fit tournoyer Paulette et trancha net la créature sans même se retourner. Il lança ensuite un regard narquois à Triss.

« Bon, maintenant qu'on a réglé ce petit problème d'organe interne… Tu crois qu'on pourrait s'occuper de ces charmants messieurs d'ici avant qu'ils ne décident de me démembrer la prochaine fois ? Parce que franchement, je n'ai pas envie de jouer à l'homme sans bras ni jambes. »

Triss, encore sous le choc mais reprenant lentement ses esprits, hocha la tête. « Oui… d'accord. »

Arno s'avança, Paulette à la main, et ajouta : « Et la prochaine fois, essayons de ne pas perdre la tête… ou le cœur. »

Il se tourna alors vers le lecteur avec un clin d'œil complice. « Bon, j'espère que vous suivez toujours. Ça devient intéressant, non ? »

Et avec ça, il replongea dans la mêlée, toujours aussi imprévisible et hilarant.

Alors que Triss tentait de reprendre ses esprits après avoir vu Arno littéralement se faire arracher le cœur et s'en remettre avec un sourire en coin, un autre vampire, plus sournois, émergea des ombres. Les créatures, monstrueuses et affamées, se déplaçaient rapidement et de manière imprévisible, prêtes à fondre sur la sorcière qui semblait temporairement déconnectée de la réalité.

Le vampire, d'une stature imposante et au visage déformé par la soif de sang, se glissa derrière Triss avec une rapidité déconcertante. Ses griffes longues et acérées luisaient à la lumière des flammes environnantes, prêtes à s'abattre sur sa proie. Triss, absorbée par l'horreur de la situation, n'avait pas remarqué la créature approcher, et pour la première fois, elle faiblissait sous le poids de ses émotions.

Le vampire bondit, sa gueule grande ouverte, prêt à déchirer la chair de la sorcière.

Mais au moment où ses crocs s'apprêtaient à percer la nuque de Triss, une silhouette se glissa entre eux avec une agilité déconcertante. Arno, toujours aussi imprévisible, plongea dans la mêlée, Paulette tranchant l'air en une fraction de seconde. Dans un mouvement vif et précis, il abattit l'épée en argent, tranchant la tête du vampire en plein vol. La créature s'effondra au sol, inerte, alors que sa tête roulait dans la poussière, les crocs toujours menaçants même dans la mort.

« Et voilà ! Une tête en moins, une rouquine sauvée. Quelle journée productive ! » s'exclama Arno, lançant un clin d'œil à Triss.

Triss cligna des yeux, encore en état de choc, regardant alternativement le cadavre du vampire et Arno, debout devant elle, son sourire désinvolte et sa poitrine fraîchement réparée. Comment pouvait-il être debout ? Et surtout, comment pouvait-il plaisanter après avoir subi une blessure aussi… fatale ?

« Mais… tu… » Triss tenta de formuler une phrase cohérente, mais tout dans cette scène semblait défier la logique. « Comment peux-tu… après ça ? »

Arno haussa les épaules avec nonchalance, Paulette reposant sur son épaule. « Eh bien, rouquine, tu sais… certaines personnes ont de la chance, d'autres ont des compétences. Moi, j'ai les deux, mais je préfère dire que je suis juste trop têtu pour mourir. »

Il jeta un rapide coup d'œil à son torse, tapota sa poitrine et ajouta : « Tu vois, tout est réparé. Comme neuf ! Et puis, il en faut plus pour me mettre à terre. Genre, vraiment plus. »

Triss se frotta les tempes, essayant de rassembler ses pensées. Elle savait que les sorceleurs étaient résistants, capables de se régénérer grâce à des mutations. Mais ce qu'elle venait de voir dépassait tout ce qu'elle connaissait.

« C'est… ce n'est pas normal, même pour un sorceleur. »

Arno sourit, dévoilant une lueur espiègle dans ses yeux. « Oh, je ne suis pas un sorceleur normal, ma chère. Je suis… un sorceleur à la grande gueule. On en a déjà parlé, non ? »

Il se tourna ensuite vers le lecteur, ignorant complètement l'inquiétude de Triss. « Je vous avais dit que cette mission allait être amusante. Et sérieux, si je continue à sauver la mise, je vais devoir commencer à facturer des heures supplémentaires. » Il fit une pause, réfléchissant une seconde avant de reprendre. « Mais c'est vrai, sauver des rousses devrait être une cause noble. Je vais peut-être ajouter ça à ma liste de services… »

Triss, bien qu'encore sous le choc, commença à reprendre ses esprits. Elle regarda Arno avec une nouvelle lueur dans les yeux, mélange de reconnaissance et de confusion. Il l'avait sauvée, mais à quel prix ? Comment pouvait-il rester si détaché après tout cela ?

« Merci, » dit-elle enfin, avec une voix légèrement tremblante. « Mais... tu dois être plus prudent. On ne peut pas continuer comme ça si tu… »

Arno la coupa immédiatement, levant la main pour signaler qu'il en avait entendu assez. « Oh là là, Rouquine de Feu, on se calme. Prudent ? C'est un mot que je n'ai jamais vraiment compris. Mais je t'assure, tout va bien. C'est juste un petit cœur. On en a tous, non ? »

Triss soupira, mais cette fois, un léger sourire effleura ses lèvres. C'était un sourire fatigué, mais un sourire tout de même. Elle commençait à comprendre qu'Arno fonctionnait différemment des autres. Il n'était pas seulement imprévisible, il était… unique.

« Je suppose qu'on ne peut pas te changer, » dit-elle avec résignation.

« Exactement ! » répondit Arno, son sourire toujours aussi large. « Et c'est pour ça que tu m'adores déjà. Allez, on a encore quelques vampires à décapiter. »

Triss, désormais plus concentrée, se remit en position de combat, sa magie crépitant autour de ses doigts. Arno, quant à lui, se tourna à nouveau vers le lecteur.

« Vous voyez ? Toujours un plaisir de travailler avec moi. Et je vous le dis, les aventures ne font que commencer. Alors, prêts pour la suite ? Parce que je suis prêt à en découdre avec plus de Nosferatus... ou n'importe quoi d'autre. »

Alors qu'il terminait sa réplique, un autre vampire surgit de l'ombre, mais cette fois, Triss était prête. Elle lança une boule de feu en plein dans la créature, la réduisant en cendres avant qu'elle ne puisse attaquer.

« Bien joué, » fit Arno en hochant la tête d'un air approbateur. « Tu vois, c'est ça l'esprit d'équipe. Toi, tu brûles, moi je coupe. Une combinaison parfaite. »

Triss ne put s'empêcher de sourire malgré elle. Peut-être que ce sorceleur excentrique, aussi insupportable qu'il puisse être, était exactement ce dont ils avaient besoin pour cette mission.

Les derniers éclats de combat s'éteignirent dans un silence lourd. Les vampires, ces créatures monstrueuses et déformées, gisaient désormais en tas de cendres ou de cadavres démembrés autour du village de Barrow. Le vent, qui avait jusque-là chassé les hurlements des victimes et le cliquetis des épées, semblait maintenant s'apaiser. Le calme revenait lentement sur ce coin reculé de Kovir, comme si la terre elle-même se remettait d'un cauchemar éveillé.

Arno, respirant à peine plus fort qu'au début de la bataille, nettoya Paulette sur le manteau d'un vampire décapité. Il s'étira ensuite avec la nonchalance d'un promeneur du dimanche, comme s'il venait de participer à une petite démonstration de cirque, plutôt qu'à un massacre sanglant. Triss, quant à elle, peinait encore à retrouver son souffle, ses mains tremblantes alors que sa magie se dissipait lentement dans l'air.

« Bon, ben… je dois avouer que c'était plus divertissant que je ne le pensais, » déclara Arno avec un sourire éclatant. « Ces Nosferatu-là devraient vraiment revoir leur stratégie marketing, parce qu'honnêtement, je m'attendais à mieux. »

Triss le regarda avec des yeux ronds, son visage trahissant un mélange d'incrédulité et de fatigue. « C'est tout ce que tu as à dire ? » demanda-t-elle, sa voix légèrement tremblante. « Ces créatures ont tué des dizaines d'innocents, et toi… tu plaisantes ? »

Arno haussa les épaules. « Eh bien, ouais, c'est un peu mon truc, tu vois. Je veux dire, si ces Nosferatu avaient un peu plus de style, peut-être qu'ils pourraient attirer plus de chasseurs comme moi. Genre, où est l'innovation ? Toujours des crocs, des griffes… pas de personnalisation ! C'est un business en chute libre, c'est tout ce que je dis. »

Triss ferma les yeux un instant, comme pour rassembler toute la patience dont elle était capable. Elle avait vu des sorceleurs faire des choses extraordinaires, mais Arno… lui, défiait non seulement la logique, mais aussi toute notion de décence. Elle ouvrit la bouche pour poser une question sérieuse, déterminée à comprendre ce qu'il était réellement. Après tout, personne ne se fait arracher le cœur puis continue à faire des blagues sans raison valable.

« Arno, sérieusement, qu'est-ce que tu es ? Ce que j'ai vu ce soir, ce n'est pas… normal. Même pour un sorceleur. Tu t'es fait arracher le cœur et tu as continué comme si de rien n'était. Il faut que tu me dises ce que tu es vraiment. »

Arno, tout en souriant, leva une main pour l'arrêter. « Ah, Triss, Triss, Triss… » Il soupira, exagérant son air mystérieux. « Tu sais, on pourrait avoir cette grande discussion sur ma véritable nature, mon passé tragique, tout ça… mais là, je suis juste pas d'humeur. Pas encore eu mon moment à la Josh Hartnett, tu vois ? »

«J'aurais dû être transformé en vampire puis bruler sous le soleil, mais non, l'auteur a encore besoin de moi!»

Triss, de son côté, restait figée, choquée non seulement par son comportement mais aussi par ce qu'elle venait de voir et entendre. Elle cligna des yeux, cherchant à comprendre à qui Arno parlait, mais elle secoua rapidement la tête, décidant qu'il valait mieux ne pas poser plus de questions.

« Je suppose que je ne dois pas m'attendre à des réponses sérieuses de ta part, » lâcha-t-elle avec un soupir résigné.

Arno, toujours dans son monde, sourit largement. « Exactement ! Et c'est pour ça que je suis fun à avoir dans les parages. » Il posa Paulette sur son épaule et s'approcha de Triss avec une légèreté déconcertante. « Allez, on devrait se remettre en route, non ? Ce village est un peu trop mort à mon goût. »

Il se tourna une dernière fois vers les corps des vampires éparpillés autour d'eux, secoua la tête d'un air désapprobateur. « Sérieusement, les gars… investissez dans un peu de diversité dans votre panel de pouvoirs, sinon, vous allez perdre votre boulot. »

Triss le regarda, puis fixa le village silencieux, envahi par la désolation laissée par les vampires. Même si elle ne comprenait pas entièrement Arno, une chose était claire : il était aussi insupportable qu'il était efficace. Et dans une situation comme celle-ci, il valait mieux l'avoir à ses côtés.

« Bon, d'accord, » dit-elle finalement en se remettant en marche. « Mais la prochaine fois, essaie au moins de prendre ça un peu plus au sérieux. »

« Ah, Rouquine de Feu, » dit-il en ricanant, « si je commençais à être sérieux, ce serait la fin de l'aventure. Et personne ne veut voir ça, crois-moi. »