Chapitre 12 : Les Deux Traques

Le soleil se couchait sur les toits argentés de Kovir, baignant la ville d'une douce lumière dorée. Triss Merigold, assise près de l'immense baie vitrée de ses appartements, contemplait l'horizon avec une certaine frustration. Elle avait demandé à Arno de passer du temps avec elle, de profiter d'un rare moment de tranquillité dans cette ville en pleine effervescence politique, mais comme à son habitude, il n'avait pas répondu.

La sorcière, qui était pourtant d'un calme olympien, ne pouvait cacher sa légère irritation. Elle savait qu'Arno était imprévisible, toujours prêt à bondir sur le premier contrat de monstre qui lui tombait sous la main. Mais cette fois, c'était différent. Elle sentait qu'il y avait quelque chose de plus. Une forme de distance qu'il instaurait entre eux, une barrière qu'il maintenait, non pas par simple désinvolture, mais par une gêne qu'il ne voulait pas reconnaître. Elle soupira légèrement, fixant les rues animées de Kovir.

Arno, quant à lui, était déjà loin. En selle sur son fidèle destrier, il s'éloignait à vive allure des murs de la ville, direction la Temeria. L'air frais du crépuscule caressait son visage, tandis que son esprit vagabondait, oscillant entre pensées légères et réflexions plus sombres. Il savait que Triss s'était vexée de son départ précipité, mais il ne pouvait pas se résoudre à rester. Non seulement parce qu'il avait un contrat à honorer – un Fiellon qui ravageait les villages du sud de la Temeria – mais surtout parce qu'il fuyait quelque chose de plus personnel.

"Passer du temps avec Triss, hein ?", se dit-il en fixant l'horizon. "Pourquoi pas une broderie en groupe pendant qu'on y est ? Non, merci." Pourtant, au fond de lui, il savait que la véritable raison de son départ n'avait rien à voir avec un simple contrat. Il commençait à ressentir des choses pour la belle magicienne, et cela le troublait plus qu'il ne l'admettrait jamais. "Avec ma gueule d'écorché vif, je n'ai aucune chance", pensa-t-il en riant nerveusement.

Le monstre intérieur, ce reflet difforme qu'il voyait chaque fois qu'il retirait son masque, lui rappelait à quel point il était différent. L'humour était devenu son armure, son bouclier contre un monde qui n'avait jamais vraiment voulu de lui. Pourquoi changer maintenant ? Pourquoi se rapprocher de quelqu'un comme Triss, alors qu'il savait que rien de sérieux ne pourrait jamais naître de tout ça ?

Il chassa rapidement ces pensées d'un mouvement de tête, ses mains serrant les rênes. "Bah, mieux vaut affronter un Fiellon qu'une discussion sur les émotions, de toute façon."

"Et là, vous vous dites que cette histoire commence à sentir bon l'eau de rose, pas vrai ? Croyez-moi, si l'auteur continue comme ça, je vais finir par avoir une discussion sérieuse avec lui. Mais bon, revenons à nos monstres."

Pendant ce temps, loin de l'agitation d'Arno, une ombre avançait discrètement dans les ruelles de Kovir. Ajax, un sorceleur tout aussi redoutable qu'Arno, s'était glissé dans la ville comme un prédateur traquant sa proie. Il avait suivi des rumeurs, des traces laissées ici et là par un certain "sorceleur de l'École de l'Aigle".

Son objectif était clair : retrouver Arno et le ramener en Zerrikania, que ce soit de son plein gré ou de force. Les maîtres de l'école étaient impatients de mettre la main sur lui, et Ajax n'avait pas l'intention de faillir à sa mission.

Alors qu'il parcourait les rues de Kovir, Ajax entendit parler d'une certaine Triss Merigold, la conseillère royale. Une sorcière puissante, proche d'Arno selon les rumeurs locales. Cette information fit naître un sourire froid sur son visage. Si Arno était insaisissable, peut-être que la belle magicienne pourrait servir d'appât.

Il s'arrêta dans une ruelle sombre, observant silencieusement le palais royal en contrebas, où il savait que Triss résidait. "Les émotions humaines sont faibles", pensa-t-il avec mépris. "Si Arno tient vraiment à cette femme, alors il viendra à moi."

Ajax n'avait jamais compris ce qui poussait certains à s'attacher à d'autres. L'épreuve des herbes avait éliminé toute empathie chez lui. Il était devenu une machine, un sorceleur sans attaches ni remords. Si Triss devait souffrir pour que sa mission aboutisse, cela ne lui posait aucun problème.

Il se fondit dans l'obscurité, son esprit déjà en train de planifier la suite. La chasse venait de commencer, et Arno ne savait pas encore à quel point le piège était en train de se refermer sur lui.

Arno arriva en Temeria, les sens en alerte mais sans trop réfléchir. Après tout, réfléchir, c'était pour les philosophes, pas pour les sorceleurs. Paulette dégainée, il s'avança dans la clairière où, selon les rumeurs, le Fiellon rôdait. Pas besoin d'être sorceleur pour sentir la puanteur bestiale dans l'air. Les arbres autour de lui étaient griffés, l'écorce déchirée comme si une créature gigantesque avait fait de ce lieu son terrain de chasse.

« Ah, et voilà le décor classique. Forêt lugubre, traces de griffes… franchement, je m'attendais à plus d'originalité, mais bon, on fait avec ce qu'on a. » Il sourit en coin, bien conscient que personne d'autre ne pouvait l'entendre – du moins personne de vivant.

Le Fiellon ne se fit pas attendre. Une silhouette massive surgit des ombres, ses bois imposants illuminés par les rayons diffus du soleil. Ses yeux brillaient d'une lueur rouge, et ses griffes semblaient capables de broyer du métal. Mais bien sûr, ça ne fit qu'amuser Arno.

« Bon, voilà la bête ! Hé, tu pourrais au moins dire bonjour avant de te jeter sur moi. Un peu de politesse, voyons. »

Sans perdre de temps, Arno se jeta dans le combat, fidèle à sa nature. Paulette scintilla dans l'air, s'abattant sur la créature avec toute la force qu'il pouvait rassembler. Les coups pleuvaient, rapides et précis, mais le Fiellon était loin d'être une cible facile. Ses mouvements étaient rapides et féroces, esquivant la plupart des attaques d'Arno avec une agilité surprenante pour une créature aussi massive.

« C'est pas mal, je l'avoue, » dit Arno en reculant légèrement pour évaluer la situation. « Mais attends que je te montre mon tour préféré : la décapitation ! »

Il lança une nouvelle attaque, mais cette fois, le Fiellon riposta, frappant Arno avec une telle force que Paulette lui échappa des mains. L'impact l'envoya voler contre un arbre. Arno cracha du sang, mais il ne perdit pas son sourire.

« Ah, un coup classique ! Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas pris une raclée pareille. »

Pendant ce temps, à Kovir, Ajax avançait dans son enquête méthodique. Il avait appris que le sorceleur qu'il traquait était en mission en Temeria, mais ce détail n'était pas ce qui l'intéressait le plus. Ce qui attira vraiment son attention, c'était la sorcière mentionnée dans plusieurs rapports : Triss Merigold, conseillère du roi de Kovir. Arno avait négligé de rester discret sur ses relations, et Ajax, avec son esprit calculateur, voyait déjà une opportunité.

Ajax, impitoyable et sans une once d'émotion, se dirigea vers le palais royal de Kovir. Là, en interrogeant quelques gardes et serviteurs, il confirma rapidement que Triss et Arno étaient amis. Ils semblaient proches, et cela lui donnait un avantage.

« Si ce sorceleur est attaché à cette femme, alors elle pourrait très bien être la clé pour l'atteindre, » pensa Ajax, une froide lueur d'arrogance dans les yeux. Il n'avait aucun scrupule à se servir de Triss comme appât.

Sa mission était claire : ramener Arno, quel qu'en soit le prix.

Il décida de poursuivre ses investigations. Il était certain qu'avec un peu plus d'observation, il trouverait un moyen de la piéger sans attirer trop d'attention. Pour l'instant, il savait où frapper, et surtout quand frapper.

Alors qu'Ajax mettait en place ses plans froids et calculés, Arno, de son côté, continuait à s'enfoncer dans la bataille contre le Fiellon. Le monstre avait maintenant un avantage certain, mais cela ne suffisait pas à entamer l'enthousiasme d'Arno.

« Sérieusement, mon vieux, » lança-t-il au Fiellon, en récupérant Paulette, « tu es plus coriace qu'un dîner en famille ! Mais bon, la prochaine fois, je t'invite à un bal, au lieu de me battre contre toi ! »

Le combat, bien qu'ardu, n'avait pas encore atteint son apogée, mais Arno savait qu'il devait trouver une faille dans les mouvements de la créature s'il voulait s'en sortir. Pourtant, son esprit dévia un instant. Une pensée fugace traversa son esprit, celle de Triss. Elle lui avait demandé de passer du temps avec elle à Kovir, mais il avait pris la décision d'accepter ce contrat en Temeria.

« Bah, c'est mieux ainsi, » murmura-t-il, tout en bloquant une nouvelle attaque du Fiellon.

Avec une dernière réplique en tête, Arno se lança à nouveau dans le combat, ignorant totalement la menace qui planait sur Triss à des centaines de kilomètres de là.

Le Fiellon se révélait bien plus coriace qu'Arno ne l'avait prévu. Chaque coup porté semblait à peine affecter la créature, et bien que Paulette morde dans la chair de la bête à plusieurs reprises, le monstre continuait de se battre avec une furie sauvage. Ses griffes acérées lacéraient le sol, envoyant des gerbes de terre et de pierres dans l'air. Arno, malgré sa rapidité et son agilité, commençait à accumuler des blessures. Le sang coulait le long de son bras gauche, et une profonde entaille traversait son flanc droit.

« Sérieusement, c'est quoi ton régime ? T'es encore plus coriace que ce steak de wyvern que j'ai mangé une fois. Et crois-moi, c'était pas une expérience que j'ai envie de répéter, » lança Arno avec son habituel ton sarcastique, esquivant de justesse un coup de griffes qui aurait pu lui arracher la tête.

Le Fiellon rugit, frustré de ne pas pouvoir écraser cet ennemi tenace. Arno, malgré la douleur qui commençait à le submerger, ne pouvait s'empêcher de sourire.

« T'as essayé d'aller en cure thermale, non ? Je parie que ça adoucirait ton tempérament. »

Il savait qu'il devait trouver un moyen de terminer ce combat rapidement. Ses blessures, bien que soignées par son facteur autoguérisseur, commençaient à peser lourd sur lui. Le Fiellon frappait avec une telle brutalité qu'il pouvait sentir ses os craquer sous chaque impact. Même avec ses pouvoirs de régénération, cela prenait du temps. Et Arno n'avait jamais été connu pour sa patience.

Pendant ce temps, loin de cette bataille sauvage, à Kovir, Ajax s'approchait discrètement de la résidence de Triss Merigold. Il avait appris qu'elle n'était pas au palais ce jour-là, préférant la tranquillité de sa demeure pour se reposer après les récents événements. Ajax, toujours méthodique et calculateur, observa attentivement les alentours avant d'entrer dans la propriété. Ses sens étaient en alerte. Chaque mouvement, chaque détail était analysé avec précision.

Triss, quant à elle, était méfiante. Bien qu'elle se soit isolée pour méditer, un sentiment d'inquiétude grandissait en elle. Elle n'avait pas oublié la façon dont Arno l'avait « plantée » pour un contrat en Temeria, et même si elle ne l'avait pas montré, elle avait été profondément vexée. Toutefois, ce n'était pas le comportement d'Arno qui la troublait en cet instant, mais plutôt une étrange sensation d'être observée.

Avec un soupir, elle se leva de son siège et lança un rapide sort de détection. Une vague de magie s'étendit autour d'elle, enveloppant chaque recoin de sa demeure et des alentours. Ses sourcils se froncèrent légèrement lorsqu'elle perçut une présence étrangère. Quelqu'un ou quelque chose rôdait près de chez elle.

« C'est peut-être rien, » murmura-t-elle, même si son instinct lui disait le contraire.

Ajax, restant dans l'ombre, remarqua le frémissement de la magie autour de lui. Triss Merigold venait d'user de ses pouvoirs pour vérifier les alentours. Un léger sourire apparut sur ses lèvres. Elle était plus vigilante qu'il ne l'avait anticipé, mais cela ne changeait rien à ses plans. Il était prêt à l'affronter si nécessaire, mais s'il pouvait la capturer sans trop de bruit, cela lui serait encore plus utile. Il imaginait déjà Arno fonçant tête baissée pour la sauver, tombant droit dans son piège.

Il sortit lentement de sa cachette, ses mouvements calculés et silencieux. À cet instant, il n'était pas encore décidé. Devait-il l'attaquer maintenant ? Ou attendre le moment parfait pour la capturer et l'utiliser comme levier ? Il pesait les options dans son esprit froid et analytique.

Triss, de son côté, était désormais sur ses gardes. Elle s'avança vers une fenêtre, son regard balayant l'extérieur. Elle sentait la présence de quelqu'un de puissant. Son instinct lui disait de se préparer à une confrontation, mais elle ne pouvait dire qui ou quoi rôdait si près de chez elle.

« Arno… » murmura-t-elle, se demandant s'il aurait pu lui attirer des ennuis, encore une fois.

De retour en Temeria, Arno faisait tout pour ne pas se laisser submerger par l'imposante force du Fiellon. Son corps endolori par les coups, ses vêtements déchirés, il s'efforçait de rester en mouvement, d'éviter les assauts les plus violents.

« Ok, ok, j'ai compris ! Tu m'en veux pour quelque chose, mais tu pourrais au moins me le dire en face, au lieu de me frapper comme un ivrogne en colère ! »

Le monstre chargea à nouveau, ses cornes pointant directement sur Arno. Ce dernier roula au sol, évitant de justesse l'attaque, avant de se redresser, Paulette dans la main, prêt à riposter.

« S'il te plaît, la prochaine fois, apporte un bouquet de fleurs, ça rendra les choses moins… agressives. »

Bien qu'il plaisante, Arno savait que la fin du combat approchait. Soit il trouvait une solution rapidement, soit il risquait de finir broyé par cette créature. Il serra plus fermement Paulette, cherchant la moindre ouverture dans la défense du Fiellon.

Mais alors qu'Arno luttait pour sa survie, la menace d'Ajax pesait toujours sur Triss. Le sorceleur méthodique n'attendait qu'un moment d'inattention pour frapper, prêt à utiliser tous les moyens nécessaires pour attirer Arno dans son piège mortel.

Arno se tenait face au Fiellon, les jambes fléchies, Paulette fermement dans sa main droite. La créature monstrueuse, un mélange grotesque de cerf et de fauve, lui faisait face, grondant, les muscles tendus sous sa fourrure épaisse et ses cornes massives menaçant. Ses yeux, rouges comme le feu, brillaient d'une rage animale que seule la douleur semblait attiser. Chaque fois qu'Arno l'attaquait, ses coups étaient repoussés, comme si sa lame d'argent ne parvenait jamais à toucher un point vital.

« Je te jure, si je dois encore une fois affronter une bestiole qui ressemble à un cerf sous stéroïdes, je vais demander une augmentation ! » lança Arno, esquivant une nouvelle attaque violente.

Le Fiellon frappa à nouveau, ses griffes labourant la terre et envoyant des éclats de pierre dans toutes les directions. Arno roula sur le côté, mais pas assez vite pour éviter complètement l'attaque. Une griffe l'effleura, déchirant son armure légère et lui arrachant un hurlement de douleur. Une plaie profonde marquait maintenant son flanc droit.

« Aïe ! Sérieusement ? Et c'est moi qu'on traite de monstre… »

Malgré sa régénération, la douleur était bien réelle, et Arno sentait son énergie diminuer à mesure que le combat s'éternisait. Son humour était une barrière fragile contre la gravité de la situation, mais il commençait à se demander s'il pourrait réellement vaincre cette créature sans y laisser un bras ou deux... ou son cœur, encore une fois.

Le Fiellon n'attendit pas pour enchaîner. Ses cornes imposantes se dirigèrent droit vers Arno. Il esquiva de justesse, sentant le vent violent de l'attaque lui effleurer la nuque. Mais il devait agir vite. Il ne pourrait pas continuer à jouer à ce jeu éternellement. La bête était rapide et terriblement forte, et ses attaques étaient aussi brutales que précises.

« Ok, ok… réfléchis, Arno. Réfléchis. Il doit bien y avoir un point faible dans cette fourrure de paillasson ambulant. » Il se parla tout haut, espérant que le lecteur apprécie l'effort, tout en cherchant désespérément une ouverture.

Mais pendant qu'Arno se battait pour sa vie contre la terreur de la Temeria, un autre danger, plus subtil, se tissait à Kovir.

Ajax, méthodique et implacable, avait observé Triss Merigold depuis les ombres. Il l'avait vue utiliser ses sorts de détection, la sentant méfiante mais non alarmée. Ses routines, ses gestes, tout était analysé avec la précision d'un prédateur patient. Triss n'était pas une proie facile, mais Ajax n'était pas pressé. Il savait qu'il devait agir avec finesse pour ne pas attirer l'attention trop tôt.

Il avait envisagé plusieurs options, toutes menant à une même conclusion : il devait faire croire à Triss qu'il était un allié, un autre sorceleur venu proposer son aide au roi de Kovir. Cela lui permettrait de se rapprocher d'elle, d'obtenir sa confiance, pour ensuite la capturer et l'utiliser comme appât. Arno viendrait inévitablement à sa rescousse, et c'est là qu'Ajax frapperait.

« Un roi pragmatique… parfait pour ma couverture, » murmura Ajax pour lui-même. Se présenter comme un sorceleur venu d'une école lointaine, en quête d'un nouveau contrat, serait la meilleure façon d'approcher Triss sans éveiller les soupçons.

Le plan prenait forme dans son esprit froid. Il irait voir le roi, se présenterait comme un émissaire d'une école sorceleur, et tisserait habilement son mensonge pour gagner la confiance de la cour. Triss, bien qu'intelligente, serait ainsi neutralisée, prise dans une toile qu'elle ne pourrait deviner avant qu'il ne soit trop tard.

De retour en Temeria, Arno était toujours en pleine bataille contre le Fiellon, et malgré son habitude à plaisanter dans les situations les plus tendues, il commençait à réaliser que ce combat pourrait réellement mal tourner.

« Bon, réfléchissons, réfléchissons. Paulette ne fait que chatouiller ce truc… Peut-être que Claudette ferait mieux le boulot ? » Il lança un regard à son épée en acier, sachant pertinemment que l'argent était le seul métal efficace contre les créatures surnaturelles comme les Fiellons.

« Non, je suis pas idiot, je reste avec Paulette… mais va falloir être plus inventif que ça, mon vieux. »

Il plongea, roulant sous le ventre de la créature qui rugissait avec rage. Il profita de ce bref instant pour observer de plus près son anatomie. Et là, il le vit. Juste sous l'articulation de l'une des pattes arrière, une petite zone plus vulnérable, sans cette fourrure épaisse qui l'avait tant protégé jusque-là.

« Bingo. »

Il se redressa, reprenant Paulette à deux mains, se préparant pour l'assaut final.

Le monstre, pensant avoir l'avantage, fonça vers lui pour lui asséner un coup fatal, mais Arno roula sur le côté au dernier moment, et avec un effort surhumain, planta Paulette dans le flanc du Fiellon, juste à l'endroit qu'il avait repéré. La bête hurla de douleur, reculant dans une agitation désespérée, mais la blessure était profonde et mortelle.

Arno, étalé au sol, essuya son front ensanglanté et sourit, même s'il était épuisé.

« Tu vois, mec ? C'est pas la taille qui compte, c'est où tu frappes ! »

Pendant ce temps, à Kovir, Ajax peaufinait son plan. Son visage impassible ne trahissait aucune émotion. Il avait hâte de voir si Arno viendrait vraiment pour cette magicienne.

Arno, toujours essoufflé mais victorieux, se redressa lentement, jetant un dernier regard à la carcasse du Fiellon. « Bon, encore un cerf démoniaque en moins. J'espère que quelqu'un me paiera une bière pour ça. » Il essuya le sang de son visage, rangea Paulette, et se tourna vers l'horizon, prêt à retourner à Kovir.

Mais malgré son apparente désinvolture, une vague d'inquiétude s'immisça en lui. Un sentiment étrange, une sensation qu'il ne parvenait pas à identifier. Peut-être qu'il avait trop poussé la chance avec ce combat, ou peut-être que c'était autre chose. « Bah, c'est sûrement rien. » Il haussa les épaules et entama son long retour vers Kovir.

Pendant ce temps, à Kovir, Ajax, impassible, continuait d'observer Triss depuis l'ombre, son plan prenant forme avec une précision glaciale. Arno n'avait aucune idée de ce qui se préparait. Chaque minute qui passait rapprochait Triss du piège qu'Ajax tissait patiemment.

La tension montait lentement, une menace invisible que même Arno ne pouvait prévoir. Le retour vers Kovir s'annonçait plus dangereux qu'il ne l'imaginait.