Chapitre 13 : La Toile du Piège

L'air frais de Kovir soufflait doucement à travers les imposants couloirs du palais royal. Ajax avançait avec assurance, son visage impassible, ses yeux perçants. Il était un sorceleur de l'École de l'Aigle, connu pour son efficacité implacable, mais ce n'était pas seulement ses compétences martiales qui faisaient de lui un chasseur redouté. Aujourd'hui, il était venu en Kovir non pour protéger, mais pour piéger.

Le roi de Kovir, un homme pragmatique et avisé, avait entendu parler de l'arrivée d'un nouveau sorceleur dans son royaume. Après avoir été informé qu'Ajax avait débarrassé un village voisin de noyeurs qui terrorisaient les habitants, il se montra immédiatement impressionné par l'efficacité du sorceleur. Quand Ajax entra dans la salle du trône, le roi l'accueillit avec une chaleur rare.

"Bienvenue à Kovir, sorceleur," déclara le roi, ses yeux brillants de satisfaction. "Je vois que tu as déjà prouvé ta valeur."

Ajax inclina la tête avec humilité. "Votre majesté, les noyeurs étaient un problème mineur. Mon objectif ici est de servir Kovir autant que nécessaire."

Le roi hocha la tête avec une appréciation sincère. "Tu es un homme d'action, et c'est exactement ce dont nous avons besoin. Reste aussi longtemps que tu le souhaites. Nos terres accueillent volontiers ceux qui protègent le peuple."

Mais dans l'ombre, un autre regard scrutateur se posait sur Ajax. Triss Merigold, conseillère royale et sorcière, observait ce nouveau venu avec une méfiance croissante. Elle avait appris à faire confiance à Arno, bien que celui-ci soit aussi un sorceleur de l'École de l'Aigle, mais voir un autre membre de cette école aussi loin de la Zerikania éveillait en elle des doutes qu'elle ne pouvait ignorer.

Après la rencontre, Triss rejoignit Ajax dans une salle plus privée. Elle choisit ses mots avec soin, dissimulant ses soupçons derrière une courtoisie froide. "Zerikania est loin. C'est étrange de voir un autre sorceleur de l'École de l'Aigle ici, après tant d'années sans nouvelles."

Ajax leva un sourcil, sa voix glaciale mais douce. "Les contrats nous mènent là où nous devons être. Kovir est prospère, et les monstres y pullulent, après tout."

"Oui, mais Arno est ici depuis peu. Ne me dis pas que deux sorceleurs de la même école arrivent par hasard à Kovir ?"

Le visage d'Ajax resta impassible. "Je ne suis pas ici pour Arno. Nos chemins se croisent parfois, mais les affaires de sorceleurs ne se limitent pas à des amitiés."

Triss fronça légèrement les sourcils. Elle ne se laissait pas duper aussi facilement. La façon dont Ajax esquivait la question d'Arno renforça ses soupçons. Elle avait ressenti quelque chose d'étrange à son sujet depuis son arrivée, un sentiment que cet homme cachait quelque chose de bien plus sinistre. Elle décida de pousser un peu plus loin.

"Quelles affaires t'ont amené ici, alors ? Et pourquoi éviter de parler de ton camarade ?"

Ajax sourit subtilement. "Je préfère parler d'affaires utiles à ta majesté. Quant à Arno, je ne peux pas répondre pour un autre sorceleur. Nos chemins se croisent, mais nos buts sont souvent bien différents."

Triss comprit qu'elle n'obtiendrait pas davantage de réponses. Elle observa Ajax un instant de plus avant de quitter la pièce, mais son malaise ne la quittait pas. Elle devait avertir le roi, même s'il semblait fasciné par ce sorceleur mystérieux.

Plus tard, alors que Triss se tenait seule dans les jardins royaux, contemplant l'horizon de Kovir, elle réfléchissait à tout cela. L'aura de danger qui entourait Ajax était indéniable. Elle se sentait responsable d'avertir le roi, même si ses preuves étaient faibles pour le moment. Elle le rejoignit dans ses appartements pour lui parler de ses soupçons.

"Votre majesté," commença-t-elle prudemment, "ce sorceleur, Ajax… quelque chose ne va pas. Il élude mes questions, et je crains qu'il ait des intentions cachées. La Zerikania est très éloignée, et deux sorceleurs de la même école ici… cela me semble bien trop étrange."

Le roi la regarda un instant avant de soupirer doucement. "Triss, je comprends ton inquiétude. Mais je te rappelle que ces hommes sont formés pour tuer des monstres, pas pour semer la discorde. Qu'aurait-il à gagner à te tromper ?"

Triss se mordit la lèvre, frustrée par l'incrédulité du roi. "Les sorceleurs ne sont pas à l'abri des motivations personnelles. Je n'ai peut-être pas encore de preuves, mais je sens qu'il cache quelque chose."

Le roi la regarda avec indulgence. "Je fais confiance à ton instinct, Triss, mais nous n'avons aucune raison de douter de cet homme pour l'instant. Il a déjà prouvé sa valeur en défendant l'un de nos villages. Pour l'instant, laisse-le faire ce pour quoi il est ici."

Triss inclina la tête, mais la méfiance ne quittait pas son esprit. Ajax cachait quelque chose. Elle en était certaine.

Ajax, avec la patience et la précision d'un prédateur, continuait d'installer ses pions. Chaque jour, il se rapprochait du roi, utilisant son calme calculateur et son charisme discret pour renforcer la confiance que le monarque lui accordait. Ses actions étaient efficaces, toujours bien calculées. Il participait aux discussions royales, offrait des conseils sur les monstres et la sécurité des villages, et semblait être l'allié parfait. Chaque fois qu'il ouvrait la bouche, il s'assurait de dire exactement ce que le roi voulait entendre, cultivant sa réputation sans paraître trop ambitieux.

Malgré tout, Ajax restait à distance de Triss. Il l'évitait soigneusement, toujours vigilant lorsqu'elle était dans les parages. Il savait qu'elle était intelligente, qu'elle le surveillait de près, et il ne pouvait se permettre de commettre la moindre erreur. La capture de Triss devait être méticuleusement planifiée. Si elle avait le moindre soupçon de ce qu'il préparait, cela pourrait ruiner tous ses efforts.

Pendant ce temps, Triss sentait la tension monter. Ses interactions avec Ajax devenaient de plus en plus glaciales. Chaque fois qu'ils se retrouvaient dans la même pièce, un silence lourd s'installait, et leurs regards se croisaient comme des lames affûtées. Ajax, bien qu'il ne montrait rien à l'extérieur, la surveillait en permanence. Il repérait ses déplacements, ses moments d'isolement, les gardes qui l'accompagnaient ou non. Chaque instant était une opportunité pour lui de peaufiner son plan.

Un jour, lors d'une discussion dans la grande salle du palais, Ajax entama une conversation avec le roi sur les nouvelles mesures de sécurité dans les zones rurales. Triss, assise non loin, écoutait attentivement, ne cessant de l'observer du coin de l'œil. Elle se demandait pourquoi cet homme, supposé être un sorceleur errant, semblait si intéressé par la politique locale. Ajax, de son côté, laissait juste assez de questions en suspens pour éviter de répondre pleinement, mais jamais au point de paraître suspect.

"Majesté," dit Ajax avec calme, "si vous le souhaitez, je pourrais inspecter les villages à l'est. Ils semblent être plus fréquemment attaqués par des créatures, et je pourrais également entraîner certains de vos hommes à mieux gérer ces menaces."

Le roi, enchanté par cette idée, sourit largement. "Cela serait d'une grande aide. Triss, qu'en penses-tu ?"

La magicienne, surprise d'être appelée à donner son avis, se redressa. Elle savait qu'Ajax jouait à un jeu dangereux. "C'est une bonne idée, mais j'aimerais que nous examinions d'autres options également. Peut-être en renforçant la magie de protection autour des villages."

Ajax jeta un regard discret à Triss, sans rien dire. Il savait qu'elle tentait de maintenir une forme de contrôle, mais il n'avait aucune intention de la laisser dicter le cours des événements. Une simple inclinaison de la tête en guise d'accord lui permit d'éviter un débat inutile.

Plus tard dans la journée, Triss quitta la salle du trône, son esprit en ébullition. Elle était certaine qu'Ajax n'était pas ce qu'il prétendait être. Elle décida de prendre certaines précautions. Utilisant discrètement ses pouvoirs, elle projeta des sorts de détection dans les couloirs et jardins, cherchant des indices sur les intentions de ce mystérieux sorceleur. Mais malgré ses efforts, elle ne trouvait rien d'incriminant. Ajax était beaucoup trop méticuleux.

Pendant ce temps, Ajax poursuivait son plan. Il avait repéré plusieurs failles dans la routine de Triss. Elle avait pour habitude de se promener seule dans les jardins royaux, parfois même la nuit. Bien que certains gardes surveillaient les lieux, il y avait des moments où elle était vulnérable, suffisamment loin du palais pour que personne ne puisse intervenir rapidement. Ajax savait qu'il devait attendre le moment parfait, où elle serait à la fois isolée et dans un état où ses défenses seraient affaiblies.

Les jours suivants, les tensions entre eux devinrent palpables. Triss continuait à l'interroger lors des réunions, cherchant à découvrir ses véritables intentions. Ajax, toujours calme, répondait de manière évasive, déviant chaque question avec une habilité qui la laissait frustrée. Elle avait l'impression de courir après une ombre, sans jamais pouvoir l'attraper.

Un soir, alors que Triss quittait les jardins après l'une de ses promenades solitaires, elle sentit une présence. Une énergie lourde, froide. Elle se retourna rapidement, mais il n'y avait personne. Elle fronça les sourcils, ses instincts en alerte. Quelque chose n'allait pas. Elle accéléra le pas pour rejoindre le palais, le souffle court, ses sens magiques en éveil. Ajax n'était pas loin. Elle le savait.

Ajax, lui, observait tout depuis l'ombre, dissimulé par un coin du mur extérieur. Triss était sur ses gardes, mais elle ne se doutait pas que chaque moment de sa journée était soigneusement observé, analysé, et inscrit dans l'esprit calculateur d'Ajax. Il nota la direction qu'elle prenait, son rythme de marche, et surtout la manière dont elle réagissait à la tension qui planait dans l'air. Cela allait bientôt se terminer. Très bientôt.

Alors que Triss s'éloignait, Ajax esquissa un sourire froid. Il avait presque fini de tisser sa toile.

Le soir était tombé sur Kovir, et l'air était chargé d'une étrange tranquillité. Les jardins royaux, habituellement empreints de la douce mélodie des oiseaux et du vent, étaient plongés dans un silence presque inquiétant. Triss, comme à son habitude, profitait de ce calme pour se promener et réfléchir aux événements récents. Ses pensées tournaient en boucle autour d'Ajax, ce sorceleur mystérieux venu de Zerikania. Quelque chose n'allait pas avec lui, et malgré toutes ses tentatives pour en savoir plus, il avait toujours réussi à éviter ses questions.

Ce soir-là, cependant, elle se sentait plus que jamais sur le qui-vive. Ses sens de magicienne lui signalaient quelque chose de perturbant, mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Alors qu'elle franchissait une haie de buis, prête à retourner vers le palais, une ombre se glissa derrière elle. Triss sentit une présence lourde et glaciale.

Sans un bruit, Ajax passa à l'action.

D'une vitesse fulgurante, il bondit hors des ténèbres et s'empara de Triss avant qu'elle ne puisse réagir. Elle leva instinctivement la main pour lancer un sort de protection, mais Ajax avait anticipé son mouvement. Il empoigna fermement son poignet, immobilisant son bras. Son autre main se referma sur la gorge de Triss, l'empêchant de prononcer la moindre incantation. La magicienne lutta, tentant de se dégager, mais la force d'Ajax était écrasante.

"Pas un mot, Triss," murmura-t-il froidement, sa voix aussi tranchante que la lame d'une épée. "Je n'ai pas de temps à perdre avec tes tours de sorcière."

Triss essaya de bouger, mais ses efforts étaient vains. Ajax avait parfaitement calculé son attaque. Elle était impuissante, son corps paralysé par l'emprise de l'autre sorceleur. Sa magie, qui habituellement coulait en elle comme une rivière prête à exploser, était maintenant silencieuse, bloquée par l'étreinte implacable d'Ajax. Une vague de désespoir monta en elle, mais elle tenta de se ressaisir.

"Pourquoi fais-tu ça ?" souffla-t-elle, essayant de reprendre son souffle, son regard empli d'incompréhension et de colère.

Ajax la fixa d'un regard froid et indifférent. "Arno. Je suis ici pour lui, Triss. Tu es simplement un moyen d'y parvenir."

Il la tira sans effort, la traînant à l'écart des jardins vers une zone plus isolée. Là, il la plaqua contre un mur de pierre, l'empêchant toujours de bouger. Ses yeux perçants observaient chaque réaction de Triss, comme s'il prenait un plaisir silencieux à la voir impuissante.

"Arno est un fardeau pour notre école," expliqua-t-il, d'une voix dénuée d'émotion. "Un monstre qui ne devrait pas exister. Mais moi, je vais rectifier cette erreur."

Triss, sentant l'horreur de la situation, tenta de protester. "Arno n'est pas un monstre. C'est—"

Ajax la coupa brutalement. "Silence. Tu ne sais rien de lui." Sa voix s'était faite plus dure, impitoyable. "Il est immortel, oui, mais même cela a des limites. Je vais décapiter Arno, mettre sa tête dans une cage en argent enchantée, et l'emmener avec moi en Zerikania. Là-bas, ses maîtres décideront de son sort."

Un frisson glacé parcourut l'échine de Triss. L'idée même de voir Arno dans une telle situation la bouleversait. Elle ne comprenait pas comment un autre sorceleur, quelqu'un qui était censé comprendre la dure réalité de leur condition, pouvait être aussi impitoyable. Mais Ajax n'en avait pas fini.

"Quant à toi," reprit-il avec un calme terrifiant, "tu seras un joli bonus. En Zerikania, les esclaves magiciens se vendent à un prix exorbitant. Un petit bijou comme toi fera sensation là-bas."

Triss, choquée et horrifiée, sentit un désespoir qu'elle n'avait jamais connu auparavant. Elle avait déjà été en danger, mais jamais dans une situation aussi désespérée, aussi glaciale. La brutalité et l'indifférence d'Ajax lui glaçaient le sang.

"Tu es fou," murmura-t-elle avec défi malgré sa position de faiblesse. "Arno ne te laissera jamais faire."

Ajax sourit, un sourire froid et calculateur. "Arno viendra, c'est sûr. C'est pour ça que tu es là, après tout. Il est stupide, imprévisible, mais il tient à toi. Et c'est ce qui le perdra."

Triss essaya de trouver une solution, de réfléchir à une échappatoire, mais Ajax avait été trop minutieux. Chaque mouvement, chaque geste, était contrôlé avec une précision calculée. Ses mains étaient fermement maintenues, et sa magie, sans les incantations verbales, restait inerte.

Il murmura quelques mots en ancien zerrikanien, et une lumière étrange enveloppa Triss. Elle sentit une lourdeur dans ses membres, un engourdissement qui se répandait lentement, jusqu'à ce que ses paupières deviennent lourdes. Ajax l'avait ensorcelée, un sort d'immobilisation temporaire.

"Reposons-nous un peu, Triss," dit-il avec une satisfaction calme. "Nous avons un long voyage devant nous."

Le monde de Triss s'obscurcit, et son corps s'affaissa mollement, tandis que la conscience la quittait peu à peu. Ajax, méthodique, la souleva sans effort et s'éloigna des jardins, en direction de la cachette qu'il avait prévue.

L'étau se resserrait autour d'Arno, et il ne le savait même pas encore.

Arno, allongé dans une taverne en Temeria, les pieds négligemment posés sur une table branlante, dégustait une pinte d'hydromel local tout en souriant intérieurement. Il venait de terminer un contrat épuisant, éliminant un nid de goules particulièrement coriaces. La lumière tamisée de la taverne, les rires des villageois et le doux crépitement du feu dans l'âtre faisaient contraste avec la brutalité du monde extérieur.

« Ahh, la Temeria... Pas exactement le paradis sur terre, mais pour l'instant, ça fera l'affaire, » murmura Arno tout en levant sa chope en direction du plafond, avant de la vider d'un trait. « Et franchement, après avoir tranché des têtes toute la journée, je crois que j'ai bien mérité un moment de détente. »

Il s'interrompit un instant, réfléchissant à sa situation. Il aimait bien Triss, peut-être même un peu trop. Mais avec "sa gueule", comme il l'appelait, il ne s'attendait à rien de plus qu'une amitié étrange et pleine de piques. Peut-être qu'il fuyait cette possibilité en acceptant ce genre de contrat... Ou peut-être qu'il avait juste besoin d'espace. Qui sait ?

Arno leva les yeux au ciel, se moquant une fois de plus de la tournure de l'intrigue. « D'ailleurs, je dois dire que l'auteur de cette histoire fait un peu trop dans le copier-coller, tu trouves pas ? Le coup du sorceleur envoyé pour me capturer... Ça te rappelle rien ? C'est moi ou ça commence à ressembler un peu trop à Deadpool ? Sérieusement, si ce mec s'appelait Francis, je me roulerais par terre. Heureusement qu'il s'appelle Ajax, ça évite le ridicule complet, mais quand même... un peu plus d'originalité, s'il vous plaît ! »

En disant cela, il reposa sa tête contre le dossier de sa chaise, savourant la sensation de calme qui régnait dans la taverne. Il avait quelques jours de répit devant lui avant de devoir retourner à Kovir. Même s'il savait que Triss avait probablement des choses à lui dire, il se permettait un moment de tranquillité bien mérité.

Les villageois autour de lui bavardaient joyeusement, sans se soucier du monde extérieur. Tout semblait si paisible ici. Mais Arno, fidèle à son humour noir, ne pouvait s'empêcher de songer que ce calme n'était jamais fait pour durer.

« Bon, après tout ça, il va bien falloir que je rentre en Kovir. Et qui sait, peut-être que cette fois, je serai accueilli avec une coupe de vin au lieu d'une mission suicidaire. » Il fit une grimace avant de se détendre à nouveau. « On peut toujours rêver, hein ? »

En sirotant un dernier fond d'hydromel, Arno jeta un coup d'œil à l'aubergiste, qui le regardait d'un air perplexe. « Tu te demandes si je parle tout seul ? » Arno sourit en coin, faisant signe au tavernier de lui apporter une autre chope. « T'inquiète, mec. Ce n'est qu'une conversation avec mes lecteurs imaginaires. Ça détend. »

L'aubergiste haussa les épaules et se dirigea vers le bar, laissant Arno dans son monologue intérieur. Pendant un instant, Arno se permit de rêver à son retour à Kovir, pensant à Triss, aux missions futures, à l'étrange lien qu'ils partageaient, même s'il refusait de l'admettre pleinement.

« Si seulement tout pouvait être aussi simple que dans les histoires où le héros rentre, sauve la belle et vit heureux jusqu'à la fin des temps. » Il gloussa légèrement. « Mais non, c'est trop demander dans ce fichu monde, pas vrai ? »

Alors qu'il s'apprêtait à reprendre une nouvelle gorgée de sa boisson, un messager essoufflé entra dans la taverne. Il portait les armoiries de Kovir et chercha rapidement Arno du regard. L'ambiance légère et insouciante qui régnait autour de lui sembla se figer instantanément.

« Sorceleur Arno ? » demanda le messager, la voix entrecoupée par l'effort. « J'ai un message urgent pour vous. »

Arno leva un sourcil, intrigué. « Eh bien, qu'est-ce qu'on m'apporte cette fois ? » plaisanta-t-il en se levant nonchalamment, tout en jetant un regard au lecteur. « Je vous parie que c'est encore un truc qui va ruiner mes plans de vacances. »

Le messager lui tendit un parchemin scellé d'urgence. Arno le décacheta d'un geste rapide, puis parcourut les lignes d'un œil attentif. Son visage, habituellement décontracté, s'assombrit légèrement.

Triss.

Le nom résonnait dans sa tête tandis qu'il serrait inconsciemment le parchemin dans sa main. La mention d'un danger potentiel pesant sur elle fit monter en lui une bouffée d'adrénaline.

« Eh bien, mes vacances sont officiellement terminées. »

Triss était allongée sur le sol froid et poussiéreux de sa cellule, le souffle court. Les chaînes magiques qui l'entravaient étaient lourdes et oppressantes, renforçant la sensation d'impuissance qui pesait sur elle. Elle avait tenté à plusieurs reprises de briser ses liens, mais la magie utilisée par Ajax était redoutablement efficace, coupant son lien avec ses propres pouvoirs. Chaque fois qu'elle essayait de canaliser son énergie, une douleur vive lui traversait les poignets et la tête, la ramenant à cette réalité brutale.

La cellule où elle était enfermée était située dans un lieu isolé, loin du palais de Kovir. Le silence régnait, à peine perturbé par le faible sifflement du vent à l'extérieur. L'endroit avait été minutieusement choisi par Ajax : une vieille tour abandonnée au cœur des montagnes, où personne ne viendrait la chercher.

Elle tenta de reprendre son souffle, réfléchissant aux dernières paroles d'Ajax. Le sorceleur était revenu la voir peu après l'avoir capturée, l'air implacable et calculateur, sans la moindre trace d'empathie dans ses yeux glacés. « Arno viendra pour toi », avait-il dit d'une voix neutre, presque mécanique. « Il n'a pas le choix. Et quand il sera là, je le décapiterai, puis j'emporterai sa tête en Zerikania. Quant à toi… » Il avait laissé un sourire cynique flotter sur ses lèvres avant de continuer. « Les marchands d'esclaves sauront bien quoi faire de toi. Une sorcière enchaînée... une belle monnaie d'échange. »

Le simple souvenir de ses paroles fit frissonner Triss. Elle serra les dents, refusant de céder à la peur. Elle savait qu'Arno viendrait la sauver, mais elle ne pouvait pas rester passive en attendant. Il fallait qu'elle trouve une faille, un moyen de contourner cette magie qui la maintenait prisonnière. Ses pensées s'égaraient, cherchant désespérément une solution, mais les chaînes semblaient absorber toute l'énergie et l'espoir qu'elle tentait de conserver.

Pendant ce temps, Ajax se tenait à l'extérieur de la cellule, observant les environs de la tour. Son plan était en place. Il savait qu'Arno reviendrait à Kovir, et que dès qu'il apprendrait la capture de Triss, il se précipiterait tête baissée dans le piège. C'était prévisible, tout comme le reste de la mission. Il n'avait jamais échoué dans ses contrats, et celui-ci ne ferait pas exception. Arno serait capturé, ramené en Zerikania, et lui, Ajax, en serait largement récompensé.

Il s'approcha d'une fenêtre de la vieille tour, jetant un regard calculateur sur le paysage rocailleux. Il laissa échapper un soupir, non pas d'émotion, mais de lassitude. Tout cela n'était qu'une autre mission à accomplir, rien de plus. Mais au fond, il y avait une part d'excitation froide : celle de réussir à traquer et capturer quelqu'un qui avait si longtemps échappé à ses maîtres.

« Bientôt, tout cela sera terminé », murmura-t-il pour lui-même, avant de se détourner et de disparaître dans les ombres de la tour.