Chapitre 17: Retrouvailles Imprévisibles
Arno poussa la porte avec nonchalance, son habituel sourire en coin accroché à ses lèvres malgré la fatigue qui pesait sur ses épaules. Après tout ce qu'il avait traversé – les mercenaires, Angel Dust, et Ajax –, on pourrait penser qu'il serait un peu plus sérieux, un peu plus épuisé. Mais non. Arno restait Arno, indéfectiblement sarcastique, comme si l'humour était son armure la plus solide.
La pièce était sombre, illuminée seulement par quelques torches vacillantes, jetant des ombres inquiétantes sur les murs de pierre. Là, au centre, Triss Merigold était attachée, ses poignets retenus par des chaînes magiques. Elle leva la tête en voyant Arno entrer, son expression passant brièvement de la surprise au soulagement, avant de revenir à son masque habituel de contrôle. Pourtant, il y avait une lueur dans ses yeux, une lueur qu'Arno ne manqua pas de remarquer.
« Ah, voilà notre belle princesse en détresse, » lança Arno en s'avançant vers elle, les mains dans les poches comme s'il venait simplement pour une visite de courtoisie. « Et qui, en bon chevalier, suis-je pour refuser une telle mission ? Sauver la demoiselle, obtenir une récompense héroïque... Je dois dire que je m'attendais à un dragon, ou au moins une armée de trolls, mais non. Juste toi. »
Triss lui adressa un regard moqueur, feignant la lassitude. « Toujours aussi modeste, Arno. Je suis ravie de voir que tu n'as pas perdu ton sens de l'humour, même après tout ce qui s'est passé. »
Il s'approcha encore, jetant un coup d'œil aux chaînes qui retenaient la sorcière. « Eh bien, quand on est immortel, on prend un peu tout à la légère. Sauf peut-être les... récompenses, » dit-il avec un sourire malicieux en s'accroupissant pour examiner les liens. « Alors, je t'ai sauvée, je t'ai trouvée ici, et maintenant, la récompense ? »
Triss haussa un sourcil, faisant mine de réfléchir. « La récompense, hein ? Intéressant. »
Mais avant qu'Arno n'ait le temps de finir sa plaisanterie ou de détacher les chaînes, Triss, avec une précision déconcertante, leva la jambe et lui envoya un coup de pied dans les parties. Le choc fut immédiat. Arno laissa échapper un gémissement de douleur, plié en deux, sa main instinctivement portée à son entrejambe.
Arno se redressa lentement, grimaçant encore légèrement sous l'effet du coup que Triss lui avait si gracieusement offert. Il posa une main sur son entrejambe, affichant une expression faussement outrée tout en essayant de reprendre contenance. « Eh bien, je suis immortel, mais ça... ça, c'est un coup qui laisse une marque, » dit-il en boitillant légèrement, la voix traînante et exagérée. « Vraiment, Triss ? C'est comme ça qu'on traite son sauveur ? »
Ciri, qui observait la scène avec une satisfaction évidente, éclata de rire. « À ce rythme-là, je crois que tu vas devoir revoir tes stratégies de sauvetage, Arno. Tu vois, il y a des récompenses, mais il y a aussi des... conséquences. » Elle croisa les bras, un sourire en coin. « Et là, Triss avait peut-être bien raison. »
Arno leva les yeux au ciel. « Ah oui, bien sûr, tout le monde est contre moi. Je m'en sors à peine vivant, je viens sauver la princesse, et en retour, je récolte des coups de pied dans... les parties nobles. Y a pas à dire, c'est de la gratitude. »
Geralt, toujours stoïque, regardait la scène avec l'air fatigué d'un homme qui a vu bien des combats et bien des absurdités. « S'il te plaît, Arno, tu vas t'en remettre. Je me demande juste si tu es capable de finir ce que tu as commencé. »
« Ha ! » s'exclama Arno en secouant la tête. « C'est ça, Geralt. L'homme qui se fait poignarder, transpercer, tabasser, et qui se relève toujours, mais là, c'est un coup de pied qui serait ma fin ? Ne m'enterre pas trop vite. » Il se tourna vers Triss, une lueur de malice dans les yeux. « Tu pourrais peut-être te contenter de me dire merci la prochaine fois. C'est plus... traditionnel. »
Triss haussa un sourcil, visiblement amusée. « C'est ce que tu veux ? Un simple merci ? Je pensais que tu préférais des récompenses plus... surprenantes. »
« Surprenantes, oui. Doloureuses, non, » rétorqua Arno en se massant encore discrètement l'entrejambe, feignant un sourire dramatique. « Allez, je te libère, et après, je propose qu'on se souvienne de cette aventure comme d'un triomphe héroïque et non d'une émasculation héroïque. »
Geralt, impassible, se pencha légèrement en arrière, croisant les bras à son tour. « On verra si tu mérites vraiment ce titre de héros après ça, Arno. Pour l'instant, c'est juste amusant de te voir te faire remettre à ta place. »
Ciri ajouta avec un air moqueur : « Peut-être que Triss ne fait que t'entraîner à ne plus te croire invincible. »
Arno lança un regard exagérément dramatique à Ciri, mimant l'expression d'un homme trahi par ses compagnons. « Eh bien, ça fait plaisir de savoir que mes... euh... amis prennent autant de plaisir à voir leur héros souffrir. »
Triss sourit enfin, plus sincèrement cette fois. Elle relâcha légèrement son ton provocateur, bien que l'humour flottait encore dans l'air. « Je devrais peut-être m'excuser pour ça. » Elle marqua une pause, observant Arno avec un regard plus doux. « Merci, Arno. Vraiment. »
Le sorceleur de l'École de l'Aigle, pourtant habitué à tourner en dérision les moments les plus sérieux, sembla un instant désarmé par la sincérité de Triss. Il la regarda, une étincelle d'émotion traversant brièvement son expression avant qu'il ne recouvre son masque habituel.
« Ah, tu vois ! Un simple merci, c'est tout ce qu'il fallait, » répondit-il, mais cette fois sans trop de sarcasme. Il ajouta, feignant de réfléchir : « Même si... je suis sûr que tu aurais pu trouver un moyen un peu plus créatif que ça. »
Geralt secoua la tête avec une once d'amusement dans les yeux. « Tu n'en as jamais assez, n'est-ce pas ? »
Arno fit un geste vague de la main, comme pour balayer l'idée. « Écoute, Geralt, quand on vit aussi longtemps que moi, il faut bien trouver des moyens de rendre les choses intéressantes. Mais sérieusement, je pense que j'ai mérité un moment de répit. Un verre, peut-être. Ou deux. Ou... »
« Tu mérites un peu de repos, » répondit Triss en souriant doucement. « Mais d'abord, il reste encore quelque chose à faire ici. »
Arno haussa un sourcil, jouant à nouveau son rôle de l'homme à l'ironie implacable. « Oh, c'est vrai, il reste toujours une fin héroïque. Et toi, Geralt, qu'est-ce que tu en dis ? Une petite mission en plus pour parfaire le tout ? »
Geralt jeta un regard à Ciri avant de répondre, son visage toujours aussi impassible. « Si tu peux encore marcher après ce coup, je suppose que tu peux terminer cette mission. »
Arno éclata de rire, apparemment déjà remis de la douleur initiale. « Pas de problème, vieux. Si je peux survivre à un coup de pied de Triss Merigold, je peux tout affronter. »
Ciri, ne voulant pas manquer l'occasion de participer à l'humour ambiant, ajouta avec une touche d'ironie : « Peut-être qu'elle t'a rendu plus fort, Arno. À sa manière. »
« Oh, je suis certain que ce coup m'a fait évoluer d'une manière ou d'une autre, » rétorqua Arno en grimaçant faussement. « Mais peut-être qu'un peu plus de... douceur serait plus adapté la prochaine fois. »
Triss s'approcha légèrement, croisant son regard avec celui d'Arno, et l'humour ambiant sembla se fondre doucement en un silence léger mais significatif. « On verra, Arno, » dit-elle simplement, sa voix plus douce, presque rassurante, avant de détourner les yeux vers Geralt et Ciri.
L'atmosphère restait légère, mais le respect et la complicité entre eux étaient palpables. Chacun savait qu'ils étaient arrivés à la fin d'une longue bataille, et bien que les plaisanteries volaient, une forme de lien plus profond semblait s'être forgée.
Alors que l'atmosphère légère commençait à se dissiper, un silence plus doux s'installa dans la pièce. Triss, toujours assise, semblait reprendre son souffle après l'humour taquin d'Arno, mais cette fois, elle laissa de côté la façade. Ses yeux se posèrent tour à tour sur Geralt et Ciri, et son expression se radoucit.
Elle se leva, encore un peu vacillante, et s'approcha d'eux avec une sincérité qu'elle ne cachait plus. « Geralt... Ciri, » commença-t-elle, sa voix plus douce, mais teintée d'émotion. « Je vous dois beaucoup. Sans vous, je ne sais pas ce qui serait arrivé. »
Geralt se contenta de la fixer, ses yeux perçant trahissant une affection qu'il ne montrait que rarement. Il ne dit rien tout de suite, laissant Triss exprimer ce qu'elle avait sur le cœur. Ciri, toujours attentive, croisa les bras, observant la scène avec un sourire discret, consciente de l'intensité du lien entre son père adoptif et la sorcière.
Triss continua, faisant un effort pour ne pas laisser l'émotion l'envahir. « Je sais que ce n'est pas la première fois que vous me sauvez, mais... » Elle s'interrompit un instant, cherchant ses mots. « C'était différent, cette fois. Je me sentais plus vulnérable que jamais, et pourtant, je savais que je pouvais compter sur vous deux. »
Geralt fronça légèrement les sourcils, un geste qui ne cachait pas tant de l'inquiétude que de la compréhension. « Tu as traversé pire, Triss. Tu es plus forte que tu ne le crois. »
Elle sourit doucement à ces mots. Geralt n'était jamais du genre à faire de longs discours, mais chaque mot avait son poids, chaque phrase portait une vérité qu'elle connaissait bien. Triss hocha la tête, touchée. « Peut-être, mais je ne suis pas infaillible. Cette fois, je... » Elle regarda Ciri avec tendresse. « J'avais besoin de vous. »
Ciri, qui jusque-là était restée en retrait, s'avança légèrement. Elle souriait toujours, mais cette fois, son sourire était plus réconfortant, plus complice. « Tu sais qu'on serait toujours là, quoi qu'il arrive. » Elle lança un regard rapide à Geralt avant d'ajouter : « Même si parfois, on dirait que tu te mets volontairement dans les ennuis. »
Triss rit doucement à cette remarque, la tension s'évaporant un peu plus. « Oh, c'est vrai, je semble avoir un talent pour ça, n'est-ce pas ? »
Geralt ne put s'empêcher de sourire lui aussi, bien que très subtilement. Son regard se fit plus doux, plus familier. Il y avait quelque chose de non-dit entre lui et Triss, un échange silencieux qui parlait des années de confiance, de batailles partagées, et des moments de camaraderie qui allaient bien au-delà de ce jour-ci. « Tu n'as jamais eu besoin de moi pour te sortir de chaque situation, mais je suis content d'être là quand ça compte. »
Triss acquiesça doucement, appréciant la simplicité de ses mots. Leur relation avait toujours été fondée sur une compréhension mutuelle, parfois même plus profonde que les mots. C'était dans ces moments silencieux qu'ils se comprenaient le mieux, qu'ils savaient ce que l'autre pensait, sans avoir à le dire.
Ciri, toujours observatrice, brisa le silence avec une légère touche d'humour. « En tout cas, il semble que tu t'en sois sortie. Même si Arno a failli nous rendre la tâche plus difficile. » Elle jeta un coup d'œil amusé à ce dernier, qui feignit d'être offensé.
« Moi ? Rendre les choses plus difficiles ? Mais voyons, je suis un modèle de... euh... de solution, » répondit Arno, un sourire narquois sur le visage. « Et puis, Triss est la véritable héroïne ici. Elle m'a presque émasculé, après tout. »
Triss secoua la tête, amusée malgré elle, avant de reporter son attention sur Geralt. « Sérieusement, Geralt... Je suis heureuse que tu sois venu. J'ai toujours su que je pouvais compter sur toi. »
Geralt hocha lentement la tête, son expression redevenant sérieuse. « Nous avons traversé bien des choses ensemble, Triss. Ce n'était qu'une autre étape. »
Le silence qui suivit n'était pas pesant, mais plutôt empreint de cette complicité silencieuse que seuls les plus proches amis partageaient. Ciri, bien que plus jeune et parfois plus vive, ressentait cette connexion, et son sourire s'élargit en voyant la dynamique entre son père adoptif et Triss.
« C'est bon de te revoir en sécurité, » ajouta Ciri d'une voix douce. « Après tout ce qu'on a traversé, je crois que tu mérites un peu de paix, toi aussi. »
Triss laissa échapper un soupir léger, comme si les paroles de Ciri apaisaient une partie de la tension qui la tenait encore en éveil. « Oui, » répondit-elle doucement. « Peut-être que cette fois, on pourra tous se reposer un peu. »
Mais, avant que le moment ne devienne trop solennel, Arno intervint, avec son ton habituel de bravade. « Repos ? Pff, c'est pour les faibles. Moi, je dis qu'il faut qu'on célèbre ! Un grand banquet, avec du vin, des chansons... et peut-être une armure plus solide pour protéger... certaines parties sensibles. »
Geralt et Ciri échangèrent un regard mi-amusé, mi-agacé, tandis que Triss secouait la tête avec un sourire. Arno, fidèle à lui-même, savait toujours comment désamorcer une situation trop sérieuse.
« Ne change jamais, Arno, » murmura Triss, son sourire ne quittant pas ses lèvres.
Le sorceleur de l'École de l'Aigle fit un clin d'œil exagéré. « Ne t'inquiète pas, je ne compte pas changer de sitôt. »
Geralt, observant tout cela avec une pointe d'amusement dans les yeux, conclut doucement : « Bon, maintenant que tout le monde est là et en un seul morceau, peut-être que nous devrions vraiment penser à sortir d'ici. »
Ciri hocha la tête, déjà prête à repartir, tandis que Triss regardait encore une fois ceux qui l'entouraient. Elle se sentait reconnaissante, non seulement pour leur aide, mais pour ces moments de complicité qu'ils partageaient après tant de batailles.
Arno tendit la main pour aider Triss à se relever, son habituelle désinvolture légèrement atténuée par le sérieux de l'instant. Il l'observa se redresser avec grâce, malgré les épreuves qu'elle avait traversées. Pendant un moment, un silence inhabituel s'installa entre eux, une pause dans le flux constant des blagues et des remarques acerbes qui avaient rythmé leur aventure jusque-là.
Leurs regards se croisèrent, et une chaleur inattendue envahit l'atmosphère. Triss semblait contempler Arno d'une manière différente, un mélange de gratitude et de quelque chose de plus profond qui laissait planer un mystère. Arno, lui, se sentait légèrement décontenancé. Il n'était pas habitué à ce genre de moments, à cette intensité.
Triss s'avança alors, doucement, sans une parole, et avant qu'Arno ne puisse anticiper ce qui allait se passer, elle posa ses lèvres sur les siennes dans un baiser aussi bref que surprenant. Le contact, bien que court, laissa Arno figé, ses pensées soudainement suspendues. Lui, le sorceleur à l'humour sans limites, celui qui plaisantait même dans les situations les plus périlleuses, se retrouva pour une rare fois sans mots, son esprit cherchant une réplique, une plaisanterie… mais rien ne vint.
Le silence sembla durer une éternité. Geralt et Ciri, qui observaient la scène en arrière-plan, échangèrent un regard mi-incrédule, mi-amusé, comme s'ils venaient de comprendre qu'une dynamique bien plus complexe unissait ces deux-là. Ciri arqua un sourcil, un léger sourire flottant sur ses lèvres, tandis que Geralt fronça à peine les sourcils, sans vraiment exprimer ce qu'il pensait de tout cela.
Arno, enfin, reprit contenance. Il se tourna légèrement, son regard espiègle revenant à la charge, et il s'adressa au lecteur dans un murmure intérieur : « Alors là... c'est bien la première fois qu'un coup dans cette mission ne m'a pas fait mal... enfin, sauf à mon ego, peut-être. »
Triss, qui avait entendu ses murmures plus souvent qu'elle ne l'aurait admis, esquissa un sourire en coin. Elle avait réussi à surprendre celui que rien ne semblait pouvoir déstabiliser. Il la regarda alors avec cette expression indéchiffrable, entre amusement et confusion, ses yeux cherchant une explication à ce qui venait de se passer.
« Ça… c'était pour quoi ? » demanda-t-il enfin, brisant le silence, sa voix légèrement plus douce que d'habitude.
Triss haussa légèrement les épaules, son sourire ne quittant pas ses lèvres. « Pour m'avoir sauvée. Et peut-être pour m'avoir inquiétée. »
Arno cligna des yeux, cherchant ses mots avec un peu plus de difficulté qu'il ne l'aurait imaginé. « D'accord, alors la prochaine fois que je te sauve, je devrais m'attendre à… quoi ? Une gifle ? Un câlin ? »
Triss leva les yeux au ciel, amusée par la tentative maladroite d'Arno de retrouver son terrain familier. « Peut-être les deux, si tu es chanceux. »
Il esquissa un sourire, l'un de ces sourires qui ne demandent aucune réponse, mais qui laissent deviner qu'il apprécie plus qu'il ne le montre. Arno, étant Arno, ne pouvait toutefois pas laisser un tel moment se prolonger sans tenter de réinjecter une touche de légèreté. Il secoua la tête et lança d'un ton faussement sérieux : « Écoute, si ça devient une habitude, je vais devoir commencer à porter une armure émotionnelle. Je suis fragile, tu sais. »
Triss éclata de rire, un éclat léger mais sincère. « Fragile ? C'est toi qui dis ça, après avoir survécu à des blessures que même un troll ne pourrait endurer ? »
« Eh bien, les blessures physiques, c'est une chose, mais les... » Arno fit un geste théâtral vers son cœur, comme s'il était sur le point de prononcer une tirade dramatique, « les blessures ici, elles sont beaucoup plus dures à soigner. »
Geralt, qui avait observé la scène avec une patience stoïque, secoua finalement la tête, une lueur amusée dans les yeux. « Vous êtes incorrigible, tous les deux. » Sa voix, bien que grave, avait une note d'affection dans son ton, comme s'il comprenait que certains liens ne suivaient pas les règles de la logique ou de la raison.
« Tu n'as pas idée, » répondit Arno, adressant un clin d'œil à Geralt, avant de se tourner vers Triss avec une exagération théâtrale. « D'accord, prochaine étape : te sortir de cette situation en héros. Ensuite, on pourra reparler des remerciements… sans les coups de pied, si possible. »
Triss le regarda un instant, ses yeux scintillant d'un mélange d'amusement et d'affection, avant de simplement répondre : « On verra. »
La tension de la scène précédente avait disparu, remplacée par une légèreté qui, malgré tout, laissait une certaine ambiguïté dans l'air. Quelque chose de plus profond semblait s'être révélé, même si ni l'un ni l'autre n'étaient prêts à l'admettre. Mais pour l'instant, les mots suffisaient, tout comme les gestes et les sourires discrets qui en disaient parfois bien plus.
Le groupe se tourna enfin vers la sortie, prêt à laisser derrière eux les ruines de cet endroit lugubre.
Alors que le groupe se préparait à quitter le château, l'air semblait soudain plus léger, débarrassé du poids des combats et des dangers. Arno, toujours fidèle à son esprit sarcastique, leva les bras en direction du ciel gris et dévasté, un sourire en coin aux lèvres.
« Et voilà, mesdames et messieurs, la fin de notre magnifique conte de fées ! Pas de dragon, mais on a eu un Ajax coriace et une brute mutante en bonus. Qui a besoin d'un cheval blanc quand vous avez un sorceleur immortel avec un sens de l'humour douteux ? »
Ciri, qui ajustait sa cape de voyage, haussa les épaules tout en jetant un regard amusé à Geralt. « C'est vrai que cette aventure aurait presque pu passer pour une légende, si seulement les héros étaient un peu plus... » Elle marqua une pause, cherchant ses mots. « Enfin, disons, un peu moins... excentriques. »
Arno se tourna vers elle, faussement offensé. « Excentrique ? Moi ? Je suis le modèle parfait du héros tragique, tu sais. J'ai des cicatrices, un passé sombre et complexe, et un style d'humour que personne n'apprécie à sa juste valeur. Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? »
Geralt, qui terminait de s'assurer que tout le monde était prêt à partir, ne put s'empêcher de secouer la tête avec un soupir léger. « Ton style est... unique, je te l'accorde. »
Le sorceleur vétéran jeta un coup d'œil rapide à Arno, l'étudiant comme il l'avait fait pendant toute cette mission. Il avait vu beaucoup de choses au cours de sa vie, mais Arno restait un mystère. « Mais il faut admettre que tu as des talents. L'immortalité et l'humour ne sont peut-être pas les armes les plus communes, mais elles sont... efficaces. »
Ciri acquiesça en silence, un sourire en coin, réfléchissant encore à ce qu'elle avait vu de cet homme hors du commun. « Il y a quelque chose de... fascinant dans le fait de se battre avec quelqu'un qui semble ignorer complètement le danger. Tu as cette insouciance, mais je me demande si c'est juste un masque ou quelque chose de plus profond. »
Arno, qui écoutait d'une oreille distraite tout en ajustant son épée Claudette dans son dos, haussa les épaules. « Eh, peut-être que je suis un peu des deux. Un mystère ambulant, un casse-tête vivant, un joyau caché... ou alors je suis juste très, très bon pour éviter de penser aux choses trop compliquées. » Il tourna la tête, lançant un clin d'œil au lecteur. « Et puis, si tout devient trop sérieux, qui sera là pour vous faire rire, hein ? »
Geralt échangea un regard avec Ciri, un mélange d'incrédulité et de curiosité. « Je suppose que cette légèreté fait partie de ton charme, » dit-il enfin, sans qu'on sache vraiment s'il était sarcastique ou sincère.
Triss, qui était restée silencieuse jusqu'ici, se tourna finalement vers Arno, l'observant avec un sourire énigmatique. Il était évident qu'elle le voyait sous un jour différent désormais, un mélange d'admiration et d'amusement dans son regard. Mais elle ne dit rien, se contentant de marcher aux côtés du groupe.
Le château derrière eux disparaissait peu à peu dans le brouillard, et le chemin devant eux semblait s'étendre à l'infini. Le calme qui régnait autour d'eux contrastait avec l'intensité des événements passés, et chacun semblait pris dans ses propres réflexions.
« Alors, on va où maintenant ? » demanda finalement Arno en brisant le silence, ses yeux pétillant toujours de malice. « Parce que moi, je me dis qu'après avoir sauvé une princesse et affronté des méchants, on mériterait bien une petite pause. Une bière ou deux, peut-être ? Enfin, c'est juste une idée. »
Ciri éclata de rire. « Une bière après tout ça ? Tu ne changes vraiment jamais. »
Arno haussa les épaules, toujours aussi détendu. « Hey, je suis là pour ajouter un peu de couleur dans ce monde trop sombre. Et puis, avec tout ce que j'ai traversé pour vous, je pense que c'est le minimum. »
Geralt resta silencieux pendant un moment, avant de répondre avec un sourire discret. « Pourquoi pas. Je suppose que même un sorceleur mérite une pause de temps en temps. »
Arno s'arrêta un instant, regardant le groupe avec un faux air grave. « Vous voyez, ça, c'est le genre de coopération que j'apprécie. Une petite pause, quelques bières... et qui sait, peut-être une autre mission héroïque à l'horizon. On n'a pas fini de vivre des aventures, les amis. »
Il adressa un clin d'œil complice à Triss, laissant planer une pointe de mystère dans son regard. Leurs interactions de cette journée avaient révélé plus que ce qu'il aurait voulu admettre, et même si l'humour restait son armure préférée, il savait que quelque chose avait changé entre eux.
« Alors, on y va ? » demanda Triss, son ton à la fois léger et un peu taquin. « Je crois qu'on a mérité ce repos. »
Arno sourit. « Tu sais quoi ? C'est toi qui as raison. Mais je te préviens, la prochaine fois que tu me donnes un coup de pied... je vais peut-être devoir répondre. »
Triss éclata de rire, hochant la tête avec amusement. « On verra. »
Arno, en tête, lança un dernier regard au lecteur, un sourire en coin. « C'était pas si mal, hein ? Mais attendez, l'histoire n'est pas encore finie. On se retrouve bientôt. »
