Chapitre 18: Boue et Chagrin
La pluie tombait drue, transformant la zone marécageuse en un labyrinthe de boue et d'eau stagnante. Le sol glissant sous les pieds d'Arno rendait chaque pas précaire, mais cela ne semblait pas entamer son moral. Claudette accrochée à son dos et Paulette prête à l'emploi, il avançait avec son assurance habituelle.
« Ah, rien de tel qu'une petite balade dans un spa de luxe pour se détendre, » lança-t-il à voix haute, s'adressant à personne en particulier, ou plutôt au lecteur invisible qu'il sentait toujours avec lui. « Le sol est parfait, la boue est à température idéale… Maintenant, il ne manque plus qu'un jacuzzi, et ce serait la journée parfaite ! »
Arno n'était pas stupide. Si la pluie et la boue rendaient le terrain traître, c'était précisément parce que quelque chose ou quelqu'un contrôlait ce chaos. Il sentait une présence, et elle n'était pas amicale. Son sixième sens de sorceleur lui disait que ce marais n'était pas qu'un simple terrain boueux. Ses sens en alerte, il commença à chercher des indices, tout en continuant son monologue.
« Évidemment, avec ma chance, ce "spa" doit avoir son lot de clients mécontents. Probablement le genre de créatures qui ne laissent pas de pourboire. Je déteste ces types. »
Puis, soudain, il la sentit. Une vague d'énergie pulsait sous ses pieds, presque imperceptible, mais suffisant pour qu'Arno sache qu'il n'était plus seul. La boue commença à onduler, comme si elle avait pris vie, et une silhouette émergea lentement du sol. Une créature à la fois humaine et monstrueuse, sa peau autrefois lisse et magnifique maintenant déformée, fissurée par la douleur et le chagrin. Des algues et des morceaux de boue pendaient de son corps, et ses yeux, autrefois sûrement brillants, étaient maintenant ternis par une rage ancienne. Une abaya.
« Oh, voilà l'hôte de ce charmant établissement, » commenta Arno, levant un sourcil. « Dis-moi, tu fais aussi des massages ou c'est juste la boue qui est au menu ? »
La créature resta silencieuse un instant, fixant Arno avec une intensité glaciale. Puis elle parla, sa voix cassée par l'amertume, mais portante une lourdeur de tristesse. « Pourquoi… Pourquoi suis-je condamnée à cette douleur ? Pourquoi suis-je condamnée à cette existence… hideuse ? »
Arno sentit le poids de la tragédie dans ses mots. La colère dans ses yeux était palpable, mais ce n'était pas la rage aveugle d'un monstre, c'était le chagrin d'une âme brisée. Cependant, fidèle à lui-même, il n'abandonna pas tout de suite son ton sarcastique.
« Laisse-moi deviner… Mauvais service au restaurant ? Ton smoothie n'était pas assez froid ? » dit-il en pointant Paulette dans sa direction. « Allez, balance l'histoire. Ça doit être mieux qu'une série Netflix, non ? »
L'abaya ne réagit pas à ses sarcasmes, ses griffes s'enfonçant dans la boue à ses pieds, les faisant trembler légèrement. « Tu te moques, humain, mais vous êtes tous responsables. Tous, comme lui. Vous promettez des choses… et vous trahissez. »
Sa voix se brisa alors que ses yeux se remplissaient de larmes de boue. « Je l'aimais. Et il m'a laissée… seule, détruite. J'étais une naïade, belle et immortelle. Mais maintenant… maintenant je suis ceci. »
Arno hocha la tête lentement. Les pièces du puzzle commençaient à se mettre en place. Une naïade, autrefois bénie par la jeunesse éternelle, trahie par l'homme qu'elle aimait, et maintenant déformée par la rage et la tristesse. C'était classique, presque trop classique, mais cela n'enlevait rien à la tragédie de la situation.
« Oof. D'accord, je retire ce que j'ai dit sur le smoothie. C'est un peu plus grave que ça, » murmura Arno, adoucissant son ton. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine compassion pour elle, même s'il savait que cette créature n'hésiterait pas à le tuer si elle en avait l'occasion.
« Alors, il t'a trahie. » Arno plissa les yeux. « Ouais, je vois le genre. Les gars comme ça méritent une correction. Peut-être deux. »
L'abaya grinça des dents, sa colère revenant en force. « Tous les hommes doivent souffrir comme il m'a fait souffrir ! Vous êtes tous coupables ! »
Avant qu'Arno puisse répondre, la créature se jeta sur lui avec une vitesse déconcertante, la boue se mouvant sous elle comme si elle fusionnait avec le terrain. Des griffes acérées jaillirent de la boue, cherchant à déchirer la chair d'Arno, mais il était prêt. D'un bond agile, il esquiva l'attaque, s'appuyant sur une branche tordue pour se propulser hors de portée.
« Woah, facile là ! » cria Arno en roulant sur le côté pour éviter une autre rafale de boue projetée dans sa direction. « Je savais que tu étais en colère, mais est-ce que tout le monde mérite de se faire noyer dans la boue ? C'est pas un peu… sale ? »
Il sauta de nouveau, cette fois en utilisant Paulette pour se stabiliser dans la boue. Ses bottes glissaient sur le sol humide, mais il continuait de se déplacer rapidement, esquivant les attaques de l'abaya.
« Regarde, je comprends que t'aies des problèmes de couple, mais est-ce que ça justifie de me transformer en statue de boue ? J'ai déjà assez de soucis avec ma coiffure comme ça ! »
Mais derrière l'humour, Arno ne pouvait s'empêcher de ressentir un soupçon de pitié pour elle. Cette créature, autrefois belle et aimée, avait été défigurée par la trahison et la douleur. Il savait que ce combat ne serait pas uniquement une question de force ou de rapidité. La clé serait de comprendre son chagrin… et d'y répondre.
« Tu sais quoi ? Je vais t'aider. Pas en t'achetant un abonnement à Tinder, mais je vais peut-être trouver ce type qui t'a fait ça. On peut lui rendre la monnaie de sa pièce. Mais d'abord… je dois éviter de finir comme décoration de jardin. »
L'abaya, les yeux brûlant de rage, hurla de nouveau avant de fondre sur lui, bien décidée à lui prouver que les hommes étaient tous responsables de sa douleur.
Et le combat commença réellement.
La boue se mit soudain à onduler sous les pieds d'Arno, et avant qu'il n'ait le temps de faire un commentaire, elle explosa vers lui en un geyser gluant. L'abaya, fusionnée avec le marais, contrôlait chaque parcelle de terre boueuse, créant des pièges glissants et des murs de boue pour restreindre les mouvements du sorceleur.
« Eh bien, c'est un vrai paradis de spa, maintenant avec le bonus boue volcanique. Tout ce qu'il manque, c'est une serviette chaude et un cocktail, » lança Arno en esquivant de justesse un piège de boue qui se refermait sur lui comme une mâchoire de terre. Il se propulsa sur un tronc d'arbre, s'aidant d'une branche pour éviter de glisser. Ses bottes s'enfonçaient légèrement à chaque impact, mais sa maîtrise du terrain traître était remarquable.
La créature rugit, et ses yeux, injectés de colère et de chagrin, s'illuminèrent d'une lueur sauvage. Des vagues de boue s'élevèrent autour d'elle, comme une mer en furie. « Tous les hommes sont les mêmes ! Tu es venu pour me tuer, comme lui est venu pour me voler mon cœur ! » Sa voix, brisée par l'émotion, résonnait à travers le marécage.
Arno bondit de nouveau pour éviter une boule de boue qui aurait pu l'entraîner au fond du marécage. Il s'accrocha à une branche suspendue au-dessus de lui et se balança légèrement avant de retomber gracieusement sur ses pieds, malgré le sol instable. Il dégaina Paulette, son épée en argent, prête à parer.
« Hey, pour être clair, je ne vole jamais le cœur des gens. Trop salissant, et puis, j'ai pas le temps pour des histoires de cœur… » Il plissa les yeux en direction de l'abaya. « Par contre, je suis plutôt du genre à rendre les comptes, et de ce que j'ai compris, quelqu'un t'en doit un énorme. »
L'abaya hurla de plus belle, balançant une vague de boue gigantesque qui se dirigea droit sur Arno. Cette fois, il décida de ne pas simplement esquiver. Il planta Paulette dans le sol, utilisant la force de l'épée pour se stabiliser, et fit un saut périlleux au-dessus de l'attaque. Lorsqu'il atterrit, il glissa légèrement sur la surface humide mais garda son équilibre.
« Sérieux, t'as vu ce mouvement ? C'était digne des Jeux Olympiques, » dit-il tout en évitant une autre attaque de boue qui venait d'en dessous. Il secoua la tête en soupirant. « Ça aurait été cool si tu pouvais essayer de ne pas noyer tout le monde, tu sais. Y'a déjà assez de gens qui se noient dans leurs propres problèmes… »
Les griffes de l'abaya surgirent soudainement de la boue, cherchant à saisir Arno par les jambes. Il fit un pas de côté, esquivant de justesse les lames qui s'enfoncèrent dans le sol.
« Tu ne peux pas comprendre ! » cria la créature, sa voix pleine de désespoir. « Il m'a juré l'amour éternel, et je l'ai cru ! Je l'ai cru ! Mais il m'a trahie… Il a quitté mon monde pour retourner parmi les siens. Je suis restée seule… seule, et maintenant... regarde-moi ! » La haine et la souffrance vibraient dans ses paroles, une douleur qui semblait sans fin.
Arno fit une roulade pour éviter une autre attaque et se redressa, le regard plus sérieux cette fois. « Ouais, je vois ça. Pas facile d'être dans ta position, je te l'accorde. Les trahisons, ça peut rendre… eh bien, boueux tout ça, » dit-il en mimant la situation avec Paulette, taillant la boue autour de lui. « Mais écoute, est-ce que ça justifie de tous nous mettre dans le même sac ? Ok, t'as eu un mauvais type, mais y'a des gens bien aussi, non ? »
L'abaya poussa un cri de rage, la boue tourbillonnant autour d'elle comme un maelström, cherchant à aspirer Arno dans un piège mortel. « Tous les hommes sont comme lui ! Je ne laisserai plus personne me faire du mal ! Tous doivent payer ! »
Arno sauta pour éviter un piège qui se refermait sous ses pieds, son corps glissant dans l'air avant de retomber souplement sur un autre tronc d'arbre. « Ok, donc je vois que la thérapie de groupe, c'est pas ton truc. Mais je dois dire que tu sembles vraiment prendre ça à cœur. Peut-être un peu trop, même. »
Il jeta un coup d'œil autour de lui, cherchant une ouverture tout en continuant d'esquiver les assauts de boue. Les racines, les arbres morts, et la surface inégale du marécage rendaient chaque mouvement dangereux, mais il restait concentré.
« Alors, ce type… Il t'a dit qu'il t'aimait, et puis quoi ? Il est parti pour un autre monde ? Ça ressemble à une rupture classique, non ? »
« Il m'a laissé pour une autre ! » hurla l'abaya, des larmes de boue coulant sur son visage déformé. « Il m'a trahie, m'a abandonnée. Et maintenant, je suis condamnée à cette forme, à cette existence. Je ne suis plus qu'un monstre ! »
Arno baissa légèrement son épée, scrutant le visage de l'abaya, ses traits tragiques marqués par la douleur et la solitude. Il pouvait comprendre cette part d'humanité en elle, même si elle était désormais en proie à la rage.
« Tu sais, je suis immortel. Alors, côté problèmes existentiels, on est un peu dans le même bateau, » dit-il calmement, son ton adouci par une touche de sincérité inattendue. « Ça craint, vraiment. Mais ce gars-là ? Il mérite d'entendre ce que tu as à dire. Pas sûr que te transformer en reine des marécages soit la meilleure façon de faire passer le message, par contre. »
L'abaya, aveuglée par sa douleur, rugit une nouvelle fois, ignorant les paroles d'Arno. Ses griffes boueuses se jetèrent sur lui avec encore plus de furie, tandis qu'elle continuait de manipuler le terrain pour le piéger. Arno, utilisant son agilité et son sens du parkour, sauta de branche en branche, évitant les pièges et tentant de calmer la situation.
Mais il savait que ce combat allait durer encore un moment.
La boue commençait à peser sur Arno, littéralement. À chaque mouvement, il sentait ses bottes s'enfoncer un peu plus profondément dans le marécage glissant. L'abaya, sentant sa frustration, devenait de plus en plus violente. Elle érigeait des murs de boue autour de lui, des vagues épaisses et mortelles cherchant à le submerger et à l'immobiliser.
L'abaya surgit à nouveau des marais, ses griffes tendues, ses yeux brillants de rage. « Vous devez tous payer ! Tous les hommes ! Vous êtes responsables de ma souffrance, de ma laideur, de cette malédiction ! » hurla-t-elle, la voix déformée par la haine et le désespoir.
« Ouais, je te comprends. Les hommes peuvent être de vrais enfoirés. Regarde-moi. J'ai un visage que seul un miroir brisé pourrait aimer, et je ne suis même pas sûr que ça suffise, » répliqua Arno avec un sourire en coin. « Mais là, tu me parles d'une généralisation massive. Et laisse-moi te dire que je connais des gars qui ont fait bien pire. Genre... vraiment pire. Mais tu sais quoi ? Ce n'est pas en noyant tout le monde dans de la boue que tu obtiendras justice. »
La créature marqua une pause, surprise par l'attitude d'Arno. Mais la colère était encore plus forte que l'hésitation. « Tu ne comprends rien ! Il m'a prise, m'a séduite avec ses mensonges, puis il m'a abandonnée. Il m'a détruite, et maintenant, je suis condamnée à errer ici, dans cette forme horrible. »
« Hey, je comprends mieux que tu ne le crois, » répondit Arno, tout en esquivant un autre geyser de boue en se lançant contre un arbre voisin. Il se hissa avec une agilité déconcertante, prenant un instant pour observer l'abaya. « Ce type t'a brisé, je le vois bien. Mais tu sais quoi ? Cette rage que tu portes ? Elle ne va que te détruire encore plus. Tu t'en prends aux mauvaises personnes. »
L'abaya, son visage déformé par la douleur, semblait vaciller, tiraillée entre la colère et la tristesse. « Je ne peux plus aimer, je ne peux plus être aimée. Tout ce que je suis, c'est ce monstre. Je ne peux plus retourner en arrière ! »
Arno sauta d'un arbre à l'autre, esquivant une nouvelle vague de boue qui tentait de l'attraper. « Et je suis censé être le mec avec des répliques bidon. Sérieusement, c'est ton plan ? Se venger de tout le monde pour ce qu'un seul crétin t'a fait ? Il ne vaut pas que tu gâches ta vie pour lui. »
L'abaya gronda, mais quelque chose dans les mots d'Arno semblait l'atteindre. Ses attaques devinrent moins précises, ses gestes plus hésitants. « Il m'a fait croire à l'amour éternel, et maintenant... regarde ce que je suis devenue. Je suis déformée, un cauchemar ambulant. Comment pourrais-je pardonner à l'humanité pour ce qu'il m'a fait ? »
« Eh bien, je ne suis pas exactement un expert en amour éternel, » dit Arno en esquivant une nouvelle attaque de griffes. « Mais j'ai appris une chose. Se venger de l'univers entier pour les erreurs d'un seul abruti, c'est comme te jeter dans un marécage boueux et espérer en sortir propre. »
L'abaya, visiblement épuisée, arrêta son assaut pendant un moment. Ses épaules tremblantes, elle regardait Arno avec des yeux pleins de larmes de boue. « Je ne peux pas être sauvée. Il est trop tard pour moi. »
Arno plissa les yeux en la fixant, les éclairs de la tempête illuminant son visage. « Non, ce n'est pas trop tard. Peut-être que tu es devenue cette créature, mais tu n'es pas obligée de rester comme ça. T'as encore le choix. »
Pour la première fois depuis le début du combat, l'abaya ne riposta pas immédiatement. Elle se tenait là, perdue dans sa souffrance, la boue autour d'elle se calmant légèrement. « Mais je ne sais plus comment. Je ne sais plus comment... »
Arno haussa les épaules, un demi-sourire aux lèvres. « Écoute, je ne suis pas exactement un expert en rédemption. Moi, je me contente généralement de faire des blagues jusqu'à ce que quelqu'un me frappe assez fort pour que je me régénère. Mais je crois que tu pourrais essayer de vivre pour autre chose que cette haine. »
L'abaya, vacillante, le regarda, ses yeux remplis de chagrin et d'incompréhension. Ses attaques, qui auparavant étaient impitoyables, s'étaient réduites à de simples éclaboussures de boue. Elle semblait à bout de forces, autant physiquement qu'émotionnellement.
Arno s'approcha prudemment, sa main serrant toujours Paulette, prêt à agir si la créature devenait agressive. « Laisse tomber ce type. Il n'en vaut pas la peine. Moi, par contre, je vais aller lui botter les fesses juste pour toi. Gratuitement. Cadeau. »
Un silence s'installa entre eux, la créature ne sachant plus si elle devait continuer à attaquer ou simplement céder à l'épuisement émotionnel. Arno la regarda, un air de compassion dans les yeux, malgré son éternel sarcasme.
« Ouais, c'est ça. Détends-toi un peu, tu verras. La vie est déjà assez pourrie sans qu'on ait à ajouter de la boue dans tout ça. »
Arno s'approcha lentement de l'abaya, les pieds enfoncés dans la boue gluante. Elle avait cessé d'attaquer, ses mouvements devenus lents et pesants, comme si toute la rage et la haine qui l'avaient animée jusque-là s'étaient dissipées, laissant place à une profonde tristesse. Elle n'était plus cette créature hurlante et enragée qui l'avait assailli. Maintenant, elle paraissait plus humaine, plus désemparée.
L'abaya titubait, le souffle lourd, ses yeux brillants de larmes de boue. Sa silhouette tremblante, qui autrefois dégageait une puissance destructrice, semblait désormais brisée, comme si le poids de son chagrin l'écrasait plus que le combat ne l'avait jamais fait.
« Allez, calme-toi, » dit Arno en gardant Paulette pointée devant lui, ses muscles toujours tendus, mais son ton un peu plus doux. « On peut encore régler ça sans éclabousser de boue tout le monde. Littéralement. »
Elle leva les yeux vers lui, son visage déformé par la douleur, ses griffes maculées de boue retombant mollement le long de ses flancs. « Je ne peux plus… vivre ainsi, » murmura-t-elle. « Chaque jour, chaque instant, je ressens cette trahison. La douleur… elle ne s'arrête jamais. »
Arno secoua la tête, tout en prenant une profonde inspiration, son visage détendu malgré la gravité du moment. « Écoute, je suis pas psychologue, d'accord ? Je suis juste le mec avec des répliques sarcastiques et une régénération à toute épreuve. Mais franchement, tu ne devrais pas laisser ce crétin te définir. Je veux dire, un gars qui te fait ça ? C'est lui le monstre, pas toi. »
L'abaya cligna des yeux, troublée. Son corps tremblait sous l'effet du chagrin, les griffes, autrefois si menaçantes, paraissaient inoffensives maintenant. Elle tituba vers Arno, mais cette fois, il ne se recula pas.
« Tout… tout est fini pour moi. Je ne peux pas revenir à ce que j'étais. Ma beauté, ma jeunesse, mon monde d'avant… tout est détruit. Je suis condamnée à être ce... monstre. »
Arno fit tourner Paulette dans sa main, son regard scrutant la créature avec une compassion sincère, malgré son attitude habituelle. « Peut-être que t'as plus ta jeunesse éternelle, ouais. Mais ce n'est pas une raison pour te noyer dans la boue et faire de la vie de tout le monde un enfer. Crois-moi, y'a d'autres trucs à faire dans la vie. Comme se venger, par exemple. Mais intelligemment, tu vois ? »
L'abaya sembla vaciller à nouveau. Ses larmes de boue s'étaient mélangées à la pluie battante, ses épaules secouées par des sanglots silencieux. « Je ne veux plus de cette existence… Je t'en supplie, tue-moi. Libère-moi de cette souffrance. »
Arno haussa un sourcil, la bouche entrouverte comme s'il allait répliquer avec une de ses blagues habituelles, mais rien ne vint. Il la regarda un long moment, ses yeux bleus clairs fixés sur cette créature déchirée par la douleur. Il hocha la tête lentement, ses traits adoucis par une rare expression de gravité.
« T'es sûre de toi ? Il y a pas de retour en arrière après ça. »
Elle hocha faiblement la tête, ses larmes continuant de couler. « Oui… c'est tout ce que je souhaite. »
Arno soupira, plantant Paulette profondément dans le sol. Il se rapprocha doucement, hésitant un instant avant de poser la main sur l'épaule de l'abaya. Ses doigts glissèrent sur sa peau déformée et couverte de boue, mais il resta là, immobile.
« Bon… c'est peut-être la seule fois où je n'ai pas envie de sortir une réplique cinglante, » dit-il avec une pointe de tristesse dans la voix. Il s'accroupit légèrement, juste à hauteur de la créature. « Tu méritais pas ça, pas cette fin, ni cette souffrance. Mais je vais t'offrir ce que tu veux. »
L'abaya ferma les yeux, se préparant à ce qui allait suivre. Arno, prenant une profonde inspiration, brandit Paulette d'un geste rapide et précis. Dans un dernier souffle, l'abaya s'effondra, son corps se dissipant lentement dans la boue qui l'avait autrefois définie.
Arno resta immobile un long moment, regardant la créature disparaître peu à peu dans les marais. Il essuya lentement Paulette sur son pantalon avant de la ranger dans son fourreau.
« Bon, ça, c'était... beaucoup plus dramatique que prévu, » murmura-t-il à voix basse. Puis, s'adressant au lecteur, il ajouta : « Ok, alors, j'avoue que ce n'est pas ma réplique la plus marrante, mais bon, on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, hein ? »
Il se retourna, prêt à quitter ce maudit marécage, mais un dernier regard en arrière le laissa pensif. La pluie continuait de tomber en rideaux fins, effaçant lentement toute trace de l'abaya. Arno savait que ce n'était pas la vengeance qui l'avait guidé cette fois, mais une forme de compassion inattendue.
« Maintenant, c'est à mon tour de m'occuper de ce crétin. »
Arno arriva dans le village voisin avec un sourire en coin et une démarche nonchalante. Le contraste avec la tempête de boue et la tragédie qu'il venait de vivre dans le marécage ne pouvait être plus frappant. Le soleil perçait les nuages, et l'animation régnait dans les rues, mais Arno, fidèle à lui-même, ne se laissa pas distraire. Il avait une mission.
Son objectif ? Le séducteur. Celui qui avait trahi l'abaya et l'avait condamnée à devenir un monstre. D'après ses informations, cet homme vivait ici, et de ce qu'il avait entendu, il n'était pas seulement un séducteur, mais un vrai salaud.
« Ah, les petits villages... toujours pleins de secrets. » murmura Arno en s'adressant, comme à son habitude, à un public imaginaire. « Enfin, pas tant de secrets que ça. Tout se sait dans ce genre d'endroits. »
Arno fit quelques pas dans l'allée principale avant de s'arrêter net devant une maison modeste, mais bien entretenue. La cible. Le fameux séducteur. Un gars à l'air décontracté, un sourire narquois collé aux lèvres, était assis sur un banc, entouré de quelques admiratrices. Le genre de mec que tu vois et que tu as immédiatement envie de frapper. Ou défigurer. Oui, défigurer, ça sonnait mieux.
« Bingo, » souffla Arno avec un sourire carnassier.
Il s'avança tranquillement vers le groupe, Paulette accrochée dans son dos, une main nonchalamment sur la garde de Claudette. Il n'avait même pas besoin de dire un mot pour que le séducteur le remarque. L'homme leva les yeux vers lui, visiblement surpris de voir un type aussi peu commode que lui dans le coin.
« Qu'est-ce que tu veux, l'ami ? » lança le séducteur, l'arrogance transpirant dans sa voix. « Si tu cherches des ennuis, t'as frappé à la mauvaise porte. »
Arno s'arrêta à quelques mètres de lui, croisant les bras, un sourire ironique plaqué sur le visage. « Oh, des ennuis, non. Enfin, si. Mais c'est surtout toi qui vas en avoir. Tu vois, je viens de la part d'une... vieille amie. Disons qu'elle t'envoie ses salutations. »
Le séducteur fronça les sourcils, confus. « Une amie ? De quoi tu parles ? Je ne connais personne qui traîne avec des types comme toi. »
Arno haussa les épaules. « Oh, elle n'est plus tout à fait comme tu te la rappelles. Disons que ta petite trahison l'a un peu... changée. Boue, griffes, haine éternelle, ça te dit quelque chose ? »
Le séducteur blêmit, réalisant enfin de qui Arno parlait. Il se leva précipitamment, essayant de sauver la face, mais la peur commençait à percer son masque de confiance. « Écoute... je... j'ai fait des erreurs, ok ? Mais elle... c'était pas... enfin, elle était... »
« Ah ! » l'interrompit Arno en levant un doigt, comme s'il venait de trouver la réponse à un quiz. « Des excuses. L'arme favorite des lâches. Laisse-moi te poser une question. Tu t'es jamais demandé ce que ça ferait si tu te retrouvais du mauvais côté de tes petits jeux ? Non ? Eh bien, bonne nouvelle, tu vas le découvrir ! »
Avant que le séducteur ne puisse réagir, Arno dégaina Claudette et, avec une rapidité déconcertante, lui balança un coup horizontal en plein visage. L'homme hurla, s'effondrant au sol, tenant son visage ensanglanté alors qu'un sourire sadique se dessinait sur les lèvres d'Arno.
« Oh, ça fait mal ? » demanda Arno d'un ton faussement compatissant. « C'est marrant, parce que tu sais ce qui fait encore plus mal ? Se réveiller en monstre après que ton cher et tendre t'ait abandonné pour aller... séduire ailleurs. »
Le séducteur, désormais défiguré, tenta de se relever, mais Arno le repoussa au sol d'un simple coup de pied. « Tu sais, je pourrais te tuer. Vraiment, je le pourrais. Mais où serait le plaisir là-dedans ? » Arno se pencha, son visage tout près du sien. « Non, ce que je vais faire, c'est te laisser avec une petite marque. Un souvenir... éternel. »
Il planta Claudette dans le sol à côté du séducteur, comme pour marquer le coup. « Parce que tu vois, la justice, c'est pas toujours sur le coup. Parfois, c'est lent, douloureux, et ça laisse une cicatrice. » Arno utilisa sa lame secrète pour faire des entailles sur le front de l'homme.
Arno sourit et recula, laissant le séducteur gémir au sol, complètement défiguré. « Bon, j'ai fini ici. T'as de la chance, mec, je suis un gars occupé. »
Il se redressa, rangeant Claudette dans son fourreau, et fit volte-face pour quitter la scène. Il ne jeta même pas un regard en arrière, sûr que le séducteur n'oserait plus jamais lever la tête sans se rappeler de ce jour.
Alors qu'il s'éloignait, Arno se tourna une dernière fois vers le lecteur. « Et voilà, mesdames et messieurs. Une justice bien méritée. Vous voyez, dans cette histoire, je ne suis peut-être pas le prince charmant, mais... je sais au moins comment distribuer des baffes. »
Et sur ces paroles pleines de sagesse, il quitta le village, un sourire satisfait sur le visage, prêt pour de nouvelles aventures, une nouvelle boutade déjà en tête. « Alors, c'est quoi la prochaine mission ? Un dragon ? Un fantôme ? Ou mieux, un dragon-fantôme ? Je signe tout de suite. »
