Chapitre 19 : Loup Glacé

Le feu crépitait doucement dans l'âtre de la petite auberge, jetant des ombres dansantes sur les murs de bois. Arno était affalé dans un fauteuil, les pieds posés sur la table devant lui, un air d'ennui profond gravé sur son visage. Il observait les flammes avec une moue contrariée, comme si elles étaient responsables de tous ses malheurs.

« Sérieusement, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? » marmonna-t-il pour lui-même. « Je veux dire, il y a quoi, des centaines de sorceleurs dans ce monde, et pourtant, à chaque fois qu'il y a une sale affaire, c'est toujours pour bibi. »

Il saisit sa tasse, remplie de ce qu'il espérait être du café mais qui avait plus le goût d'un breuvage douteux, et la porta à ses lèvres. « J'aurais pu être tranquille... Un petit verre de vin, une rousse à mes côtés. Mais non, il a fallu que je vienne ici, dans ce coin perdu, à traîner des bottes dans la neige. »

Soudain, la porte s'ouvrit brusquement, laissant entrer une bourrasque glaciale qui souffla les dernières traces de chaleur dans la pièce. Une silhouette familière entra, ses cheveux roux brillant dans la lueur des flammes. Triss Merigold, le visage marqué par l'urgence, avança vers lui d'un pas rapide.

« Arno, on a un problème. »

Sans lever les yeux, Arno soupira profondément. « Triss, laisse-moi deviner... Un dragon mutant ? Un nécromancien avec un complexe d'infériorité ? Non, attends... C'est pire, n'est-ce pas ? »

Triss ne perdit pas de temps en plaisanteries. « Il y a un Amarok dans les parages. »

Le nom attira enfin l'attention d'Arno, qui posa sa tasse avec une moue exagérée. « Un Amarok, tu dis ? Un monstre spectral et intangible qui devient matériel juste avant d'attaquer ? Eh bien, super, exactement ce qu'il me fallait pour égayer la soirée. »

Triss, visiblement agacée par le ton nonchalant de son compagnon, fronça les sourcils. « Ce n'est pas le moment de plaisanter, Arno. Cette créature ne s'arrête que lorsqu'elle a dévoré sa cible. »

« Dévoré sa cible... Charmant, » répondit-il avec un sourire ironique. « Et qui a eu la chance d'être sélectionné pour le buffet de ce soir ? »

Triss prit une profonde inspiration, tentant de calmer ses nerfs. « Vulka. C'est la fille du baron local. Elle n'a aucune idée du danger qui la guette. »

Arno haussa les sourcils. « Bien sûr. Toujours des nobles. On ne pourrait pas une fois, juste une fois, protéger quelqu'un d'autre ? Genre un boulanger ou un marchand de tapis ? »

Le regard de Triss s'assombrit. « Ce n'est pas une plaisanterie, Arno. Si tu n'agis pas vite, elle est perdue. L'Amarok est déjà en chasse. »

Arno se redressa, attrapant lentement ses épées. « Eh bien, on dirait que mon moment de détente est officiellement terminé. » Il inspecta Paulette, son épée en argent, puis Claudette, en acier, comme pour s'assurer qu'elles étaient prêtes pour l'affrontement à venir.

« Tu sais à quel point c'est difficile de blesser ces créatures, n'est-ce pas ? » continua Triss, un soupçon d'inquiétude dans la voix. « Il te faudra être rapide. L'Amarok devient tangible seulement au dernier moment. Il te faudra agir juste avant qu'il n'attaque. »

« Ça, c'est la partie facile, » rétorqua Arno avec un sourire en coin. « Le vrai défi, c'est de secourir une noble capricieuse sans qu'elle passe son temps à se plaindre. »

Triss secoua la tête. « Tu n'as pas le choix. Tu dois la sauver. Si l'Amarok l'atteint, elle n'a aucune chance. »

Arno se leva, ajustant sa cape tout en soupirant profondément, comme s'il s'apprêtait à affronter une corvée plutôt qu'une créature mythique. « D'accord, d'accord. Je vais la trouver et m'assurer qu'elle reste entière. » Il se tourna vers Triss, l'air plus sérieux cette fois. « Je m'en occupe. »

Triss hocha la tête, reconnaissant enfin l'engagement d'Arno. « Merci. Mais sois prudent. Cette créature est plus dangereuse que tu ne le penses. »

Arno la fixa un instant, réfléchissant. Puis un sourire malicieux réapparut sur son visage. « Tu me connais, Triss. Je suis toujours prudent. » Il fit une pause, avant d'ajouter, tout bas : « Enfin, presque toujours. »

Triss le regarda partir, son regard plein d'inquiétude. Elle savait qu'Arno était capable de grandes choses, mais son humour désinvolte cachait souvent une approche imprévisible et risquée. Elle espérait seulement qu'il ne ferait pas quelque chose de stupide cette fois-ci.

En sortant de l'auberge, Arno s'enveloppa dans sa cape pour se protéger du froid mordant. La nuit tombait déjà, et la lune, à demi cachée par des nuages épais, projetait une lumière blafarde sur les Monts du Dragon. « Sauver une noble d'un loup spectral... C'est officiel, ma vie est devenue un conte de fées tordu. »

Il savait exactement ce qu'il devait faire. La première étape était simple : trouver Vulka avant que l'Amarok ne le fasse. Mais ce qu'il n'avait pas dit à Triss, c'était la suite de son plan. Un plan qu'elle n'approuverait probablement pas du tout.

Alors qu'il avançait dans la neige, Arno ne pouvait s'empêcher de sourire en pensant à la manière dont il allait gérer la situation. Après tout, kidnapper une noble pour lui sauver la vie... c'était une première, même pour lui.

La nuit était aussi silencieuse que glaciale, et les vastes terres du domaine du baron étaient plongées dans une obscurité oppressante. Arno, avançant furtivement à travers les ombres, se dirigeait vers la demeure de Vulka avec une détermination tranquille. Il savait que le temps jouait contre lui. L'Amarok pouvait frapper à tout moment, et la seule façon de sauver la jeune fille était de prendre les devants.

Les gardes qui patrouillaient autour de la résidence du baron étaient peu nombreux et distraits, leur souffle formant de petits nuages dans l'air froid. Arno se glissa entre eux, aussi silencieux qu'un spectre, ses pas légers dans la neige. Il atteignit la fenêtre de Vulka, qui donnait sur le jardin intérieur. La lumière d'une bougie vacillante filtrait à travers les rideaux, indiquant qu'elle ne dormait pas encore.

Parfait.

Il n'avait pas l'intention d'expliquer la situation avant d'agir. Vulka, fille de noble, ne comprendrait pas, ou pire, elle se montrerait récalcitrante. Avec un soupir résigné, il attrapa un crochet pour soulever délicatement la fenêtre et s'introduire dans la pièce avec la grâce d'un chat.

Vulka, assise à son bureau, sursauta en entendant le bruit, ses grands yeux se posant sur Arno, qui se redressait nonchalamment. Elle était aussi belle qu'arrogante, avec ses cheveux bruns ramenés en une tresse élégante et un air de mépris permanent sur le visage.

« Qui... qu'est-ce que... » commença-t-elle, visiblement troublée par l'intrusion.

Arno, sans perdre une seconde, lui fit signe de se taire. « Chut, noble demoiselle en détresse. Je suis là pour te sauver. » Il sourit malicieusement tout en avançant vers elle.

Vulka se leva d'un bond, ses sourcils froncés, prête à riposter verbalement. « Me sauver ? De quoi, toi ? Je suis Vulka de Greylane, la fille du baron ! Je n'ai besoin de l'aide de personne, surtout pas d'un... d'un... »

« D'un sorceleur, ouais, je sais. Mais crois-moi, si tu ne veux pas finir comme un amuse-gueule pour un loup spectral géant, tu vas me suivre sans poser de questions. »

Vulka éclata de rire, un rire sec et moqueur. « Tu plaisantes, j'espère. Un loup spectral géant ? C'est tout ce que tu as trouvé ? Mon père va t'envoyer au cachot pour cette intrusion ridicule ! »

Arno roula des yeux, s'approchant d'elle avec une rapidité qui la surprit. En un clin d'œil, il la saisit par la taille et la hissa sur son épaule comme un sac de pommes de terre.

« Eh ! Qu'est-ce que tu fais ?! Lâche-moi, imbécile ! » cria-t-elle, frappant son dos avec ses poings.

Arno ne broncha pas, esquissant un sourire. « On reparlera de qui est l'imbécile quand je te sauverai de cet Amarok qui te veut en tant que plat principal. »

Vulka continua de se débattre, mais Arno l'ignora, la portant hors de la chambre en direction des bois environnants. Il la déposa finalement au sol, toujours attachée à lui par une corde de fortune qu'il avait sortie de sa besace.

« Voilà, maintenant on est ensemble. Littéralement. »

« Tu es fou ! » s'exclama Vulka, en se débattant. « Je vais te dénoncer ! »

« Pas avant qu'on en ait fini avec cette histoire de monstre. » Il ajusta la corde, faisant en sorte qu'elle ne puisse pas se dégager facilement. « Désolé, mais il faut que tu sois à portée. L'Amarok va essayer de t'attaquer directement. Et si tu n'es pas avec moi, eh bien... disons que tu ne feras pas long feu. »

Vulka le fusilla du regard, mais son air arrogant commençait à se fissurer. Derrière ses sarcasmes et ses provocations, Arno détectait une lueur de peur. « Et qu'est-ce que tu comptes faire, hein ? Le tuer avec cette... épée ridicule ? » demanda-t-elle, pointant Paulette d'un geste méprisant.

Arno sourit en tapotant l'épée en argent. « Paulette, c'est son nom. Et ouais, c'est exactement ce que je vais faire. Elle est faite pour ça, vois-tu. Seule l'argent peut blesser un Amarok, et elle est taillée pour ce genre de boulot. »

Vulka déglutit, malgré elle. « Et tu penses vraiment qu'un loup fantôme peut me tuer ? » Sa voix, bien qu'encore teintée de sarcasme, tremblait légèrement.

Arno la regarda droit dans les yeux, et pour la première fois depuis qu'il était entré dans sa chambre, son sourire s'effaça. « Ce n'est pas une question de 'pense'. C'est une certitude. L'Amarok a choisi sa cible, et malheureusement pour toi, c'est toi. Il ne s'arrêtera pas tant qu'il ne t'aura pas dévorée. »

Vulka resta silencieuse un instant, absorbant les paroles d'Arno. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun mot n'en sortit. Elle détourna finalement les yeux, une ombre de peur traversant son visage.

Arno hocha la tête, satisfait de voir qu'elle commençait enfin à saisir la gravité de la situation. « Tu vois, c'est pas si compliqué. Je te garde attachée à moi, comme ça, dès que l'Amarok tente quelque chose, je lui donne un bon coup de Paulette dans les côtes. »

Vulka le regarda de nouveau, la peur toujours présente dans ses yeux, mais son ton restait provocant. « Et qu'est-ce qui te fait croire que je vais rester là, docile, pendant que tu joues les héros ? »

Arno haussa les épaules. « Parce que si tu t'enfuis, il te dévore. Simple comme bonjour. »

Vulka resta silencieuse cette fois, son sarcasme s'évaporant peu à peu à mesure que l'inquiétude prenait le dessus. « Très bien, » murmura-t-elle, le menton légèrement tremblant. « Mais si je meurs, je te jure que je reviendrai te hanter jusqu'à la fin de tes jours. »

Arno éclata de rire, d'un rire sincère cette fois. « Oh, ça, j'en doute pas. Mais ne t'inquiète pas, Vulka. Avec moi, tu as de bonnes chances de rester en vie. »

Ils se mirent en route, Vulka toujours attachée à Arno. Malgré son sarcasme persistant, elle jetait des coups d'œil nerveux autour d'eux, cherchant des signes de l'Amarok. Arno, de son côté, restait concentré, scrutant l'obscurité avec une vigilance aiguisée.

La chasse venait à peine de commencer, et il savait que l'Amarok ne tarderait pas à montrer les crocs.

Le froid s'infiltrait dans la peau d'Arno, un froid si intense qu'il semblait venir d'un autre monde. L'air lui-même devenait épais, comme si la chaleur de la terre avait été arrachée par une force invisible. Vulka frissonna à côté de lui, ses sarcasmes se tarissant peu à peu alors que l'atmosphère changeait.

« Est-ce... est-ce normal ? » demanda-t-elle, la voix tremblante malgré ses efforts pour rester brave.

Arno ne répondit pas immédiatement, ses yeux scrutant les alentours. Il connaissait cette sensation. Cette morsure glaciale qui vous saisit jusqu'aux os n'avait rien de naturel. C'était l'Amarok, qui approchait. Invisible pour l'instant, mais sa présence était palpable. Les premières traces de congélation apparaissaient sur les arbres, leur écorce craquant sous la pression du gel soudain. Le sol lui-même semblait se durcir, la neige fondante se transformant en glace, rendant chaque pas précaire.

« C'est lui, » murmura Arno, serrant Paulette dans sa main. « Prépare-toi, ça va devenir moche. »

Vulka ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose de sarcastique, mais le son s'étrangla dans sa gorge lorsque le premier cri retentit dans l'obscurité. Un cri de douleur, déchirant et brutal, suivi du bruit terrifiant de chairs déchirées. Elle se tourna vers Arno, les yeux écarquillés.

« Qu'est-ce que... »

Arno ne lui laissa pas finir. « Les hommes du baron. Ils sont en train de se faire massacrer. »

Le second cri fut encore plus horrible que le premier, un hurlement mêlé de terreur et de souffrance. Puis le silence s'installa de nouveau, lourd, oppressant. Arno avança de quelques pas, tirant Vulka avec lui, essayant de garder son calme.

Soudain, ils virent la scène.

Les corps des hommes du baron étaient éparpillés sur le sol, figés dans des postures grotesques, leurs visages tordus par la douleur. Leurs chairs, blanches comme la neige, semblaient avoir été gelées instantanément. Leurs membres étaient brisés comme du verre, et certains avaient déjà été partiellement dévorés. Du sang, presque noir dans la lueur de la lune, s'étalait sur le sol, tranchant contre la blancheur du paysage.

Vulka étouffa un cri, ses yeux s'écarquillant d'horreur. Elle recula d'un pas, trébuchant presque. « Mon dieu... Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Arno sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale. Il avait déjà vu des horreurs dans sa vie, mais l'efficacité glaciale de l'Amarok était différente. La créature ne laissait aucune chance à ses victimes.

Puis, il le sentit. Un mouvement dans l'air, à peine perceptible, mais suffisant pour éveiller ses instincts. Arno tourna la tête juste à temps pour apercevoir une ombre fugace, quelque chose de massif, de rapide, mais encore intangible. L'Amarok. La bête se déplaçait entre les arbres, sa forme presque indistincte dans la brume glaciale qui s'était levée autour d'eux.

« Reste près de moi, Vulka, » murmura-t-il, gardant un œil sur l'obscurité mouvante.

Vulka, malgré ses sarcasmes habituels, ne chercha pas à protester. Elle se rapprocha d'Arno, ses mains tremblant visiblement. « C'est... c'est impossible. Il est... »

« Intangible pour l'instant, » termina Arno à sa place. « Mais pas pour longtemps. Dès qu'il décide d'attaquer, il deviendra bien réel. »

Ils restèrent là, immobiles, écoutant l'air se déchirer autour d'eux. Chaque souffle semblait geler avant de sortir de leurs lèvres. Arno savait que l'Amarok jouait avec eux. Il testait ses proies, cherchant le moment idéal pour frapper. Et ce moment approchait.

Un nouveau cri, plus proche cette fois. Un dernier homme, en train de courir, apparut soudain dans leur champ de vision. Il courait désespérément, son souffle formant des nuages de vapeur alors qu'il tentait d'échapper à l'inévitable. Mais avant qu'il ne puisse atteindre la sécurité des bois, une forme gigantesque se matérialisa derrière lui.

L'Amarok.

Le monstre émergea de l'ombre, ses yeux luisant d'une lueur surnaturelle. Sa fourrure, aussi noire que la nuit, était parsemée de cristaux de glace, et son souffle créait des volutes de givre dans l'air glacial. D'un coup de mâchoire, il attrapa l'homme en pleine course, le soulevant du sol comme une poupée de chiffon. Le cri de l'homme s'arrêta net lorsque la mâchoire de la bête se referma sur lui.

Le sang jaillit, rouge vif dans la nuit blanche.

Vulka porta une main à sa bouche, incapable de détourner les yeux de la scène. Arno, lui, se força à rester calme. Il savait que c'était à lui de frapper le prochain coup. Le monstre les avait repérés, et maintenant qu'il avait terminé avec les hommes du baron, son attention se tournerait vers eux.

L'Amarok, ayant dévoré sa victime, leva lentement la tête vers Arno et Vulka, ses yeux perçants brillant dans l'obscurité. Le vent se mit à hurler autour d'eux, comme si la créature manipulait même l'air qui les entourait. Arno sentit la corde qui le reliait à Vulka se tendre légèrement alors qu'elle reculait d'un pas, sa respiration devenant erratique.

« On est... on est morts, » balbutia Vulka, son arrogance dissipée par la peur.

Arno tourna la tête vers elle, ses yeux sérieux pour une fois. « Pas encore. Mais va falloir que tu restes proche de moi. Très proche. »

Il brandit Paulette, l'épée en argent brillant faiblement dans la lumière lunaire. « Il va devenir tangible au dernier moment. C'est là que je frapperai. »

Vulka hocha la tête, trop effrayée pour parler cette fois. Ses sarcasmes avaient disparu, remplacés par une terreur bien réelle. Arno le savait. Même avec Paulette en main, ce combat allait être difficile. L'Amarok n'était pas une créature ordinaire. Il ne frappait pas comme les autres monstres. Il jouait avec ses proies avant de les anéantir.

Le vent s'intensifia soudainement, comme si l'Amarok était prêt à passer à l'attaque. Arno, les muscles tendus, se prépara à l'impact. Il devait frapper au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard. C'était une danse avec la mort, et la moindre erreur leur coûterait la vie.

L'Amarok bougea alors, rapide comme l'éclair, fonçant droit sur Vulka.

Il fondit sur eux avec la vitesse d'une tempête, ses griffes émergeant de l'ombre glaciale, prêtes à déchiqueter Vulka. Un hurlement rauque accompagna son attaque, faisant vibrer l'air autour d'eux. Mais Arno était déjà en mouvement. Il tira Vulka brusquement contre lui, la maintenant à l'écart du danger juste au moment où l'Amarok devint tangible.

« Paulette, c'est l'heure de briller, ma belle ! » cria-t-il en levant son épée en argent juste à temps pour bloquer le premier coup de la créature.

L'impact fut violent, le choc résonnant dans ses bras comme une décharge électrique. Arno fut projeté en arrière, mais réussit à se stabiliser sur ses pieds, ses bottes glissant légèrement sur le sol gelé. Paulette avait fait son travail, mais la bête n'allait pas s'arrêter là.

« OK, ça c'était impressionnant, » lâcha-t-il avec un sourire crispé, ses yeux rivés sur l'Amarok qui, déjà, s'apprêtait à frapper de nouveau. « Tu as au moins un bon crochet du gauche, je te l'accorde. »

Vulka, blottie contre lui, respirait difficilement, sa bravade se désintégrant sous le poids de la terreur. Elle lança un regard désespéré à Arno, son sarcasme habituel oublié. « Fais quelque chose ! »

Arno éclata de rire, malgré la tension. « Oh, crois-moi, c'est exactement ce que je fais ! Mais tu vois, c'est une danse... et ce cher Amarok n'a jamais pris de leçons. »

La bête rugit à nouveau, frustrée par l'échec de son premier assaut. Ses griffes s'abattirent sur Arno dans une série d'attaques frénétiques, chaque coup accompagné d'un souffle glacial qui brûlait la peau exposée. Arno esquiva habilement, déviant les frappes avec Paulette, ses muscles tendus à l'extrême. Mais malgré son agilité, il ne pouvait éviter tous les coups.

Une griffe réussit à le toucher en plein torse, ouvrant une large entaille qui fit jaillir le sang sur la neige. Arno grimaça de douleur, mais se redressa presque immédiatement, ses plaies se refermant déjà, même si la régénération laissait une sensation de brûlure. Il serra les dents, lançant un regard moqueur à la créature.

« Bravo, t'as enfin réussi à m'avoir ! Mais je te préviens, je me répare plus vite que tu ne peux frapper. C'est ce qu'on appelle jouer à la dure. »

Il jeta un coup d'œil rapide à Vulka, qui tremblait de tout son corps, ses yeux écarquillés. « Reste avec moi, gamine. On est encore loin d'en finir. »

L'Amarok, furieux de ne pas avoir encore abattu sa proie, recula légèrement, fixant Arno de ses yeux rouges brillants. Puis, sans prévenir, il bondit de nouveau, visant Vulka cette fois-ci, ses mâchoires grandes ouvertes, prêtes à l'engloutir.

Arno réagit en une fraction de seconde. Il se jeta devant Vulka, prenant le coup de plein fouet. Les crocs de l'Amarok s'enfoncèrent dans son épaule, le projetant violemment au sol. Un cri de douleur s'échappa de ses lèvres, mais il serra Paulette avec force, parvenant à enfoncer l'épée dans le flanc de la créature. Le métal argenté pénétra la chair gelée, faisant reculer l'Amarok dans un hurlement de rage.

« Aïe... là, tu joues sale, » grogna Arno en se redressant, ses muscles déjà en train de se régénérer. Le sang coulait encore, mais il sentait son corps se réparer à chaque seconde. « OK, nouvelle règle : pas de morsures. Sérieux, mec, ce n'est pas une date, là. »

Il lança un regard rapide vers vous, le lecteur imaginaire de sa vie. « Sérieusement, les gars, vous avez déjà vu un truc pareil ? Moi non plus. Ce truc a l'air de sortir d'un mauvais rêve, mais bon, j'ai déjà combattu des trucs bien plus laids. »

Vulka, quant à elle, n'avait pas bougé. Elle était figée, son regard rivé sur la bête qui continuait de les fixer, prête à bondir à nouveau. Arno se mit entre elle et l'Amarok, resserrant sa prise sur Paulette.

« Je te l'avais dit, Paulette et moi, on forme une équipe de choc. Mais toi, Vulka, tu commences à comprendre pourquoi j'ai insisté pour qu'on reste collés comme des sangsues ? »

Vulka, encore sous le choc de l'attaque, hocha la tête, incapable de répondre. Ses sarcasmes s'étaient envolés, remplacés par une peur palpable. Arno la comprenait. L'Amarok n'était pas une créature ordinaire. Il incarnait une terreur pure, une force de la nature prête à tout pour anéantir sa cible.

L'Amarok bondit de nouveau, ses griffes tranchantes comme des lames. Arno fit un bond en arrière, tirant Vulka avec lui, esquivant de justesse l'attaque mortelle. Le monstre s'écrasa au sol, ses griffes labourant la neige gelée dans un bruit terrifiant.

Arno planta Paulette profondément dans le dos de la bête, mais elle se releva aussitôt, secouant l'épée comme une vulgaire écharde. « Hé, pas si vite ! On n'a pas encore terminé. »

Le combat continuait, implacable. L'Amarok frappait encore et encore, ses griffes fouettant l'air, ses crocs cherchant à mordre Arno à chaque occasion. Et chaque fois, Arno déviait les attaques avec une agilité presque surnaturelle, tout en lançant des piques à la créature.

« Franchement, c'est tout ce que tu as ? On m'avait dit que tu étais un prédateur redoutable, mais là... J'ai vu des chats se battre avec plus de férocité que ça ! »

La bête, dans un ultime effort, frappa Arno en plein torse, l'envoyant valser contre un arbre. Il s'écrasa lourdement, le souffle coupé, mais son corps commençait déjà à se régénérer. Vulka, terrifiée, cria son nom.

Arno leva une main en signe de victoire, un sourire tordu aux lèvres. « T'inquiète pas, je suis encore là. L'Amarok va devoir faire mieux que ça pour me mettre K.O. »

Mais derrière l'humour, Arno sentait la fatigue monter. Ses blessures, bien que guéries, s'accumulaient, et son corps commençait à faiblir. Il devait en finir, et vite.

L'Amarok, blessé et furieux, grognait, prêt à porter le coup de grâce. Arno, rassemblant ses dernières forces, serra Paulette dans sa main. Il savait que le prochain coup serait décisif.

« Allez, mon grand, donne-moi tout ce que tu as. »

L'Amarok grognait, la rage visible dans ses yeux brillants. Ses griffes griffaient le sol, labourant la neige et la glace, et Arno savait qu'il n'aurait pas droit à une autre chance. Ses muscles criaient de fatigue, ses plaies se refermaient à peine sous le froid mordant, mais il tenait toujours Paulette fermement dans sa main.

« Allez, Paulette, c'est maintenant ou jamais, ma belle, » murmura-t-il entre ses dents.

L'Amarok bondit de nouveau, un rugissement assourdissant résonnant dans la nuit. Ses mâchoires s'ouvrirent pour broyer Arno une bonne fois pour toutes, mais Arno était plus rapide. Il plongea sous la créature, esquivant de justesse ses griffes acérées, et dans un ultime effort, planta Paulette avec toute la force qu'il lui restait.

Le métal argenté pénétra profondément dans le ventre de l'Amarok, juste sous ses côtes. La créature hurla de douleur, secouant violemment Arno qui tenait toujours l'épée enfoncée dans son corps. Le rugissement de la bête se mua en un cri de désespoir, et ses mouvements devinrent de plus en plus erratiques, sa force l'abandonnant progressivement.

Arno tira Paulette d'un coup sec, du sang noir et épais jaillissant de la plaie. L'Amarok s'effondra lourdement au sol, sa respiration devenant saccadée avant de s'éteindre complètement. Arno tituba en arrière, reprenant difficilement son souffle, et observa la bête morte à ses pieds.

« Eh bien... c'était pas facile, » souffla-t-il, un sourire en coin.

Il se tourna vers Vulka, qui était restée pétrifiée pendant tout le combat. Elle était couverte de la tête aux pieds du sang de l'Amarok, littéralement « toute rouge ». Ses vêtements, son visage, ses cheveux, tout était maculé de ce liquide sombre et gluant.

Arno éclata de rire, malgré la fatigue. « Eh bien, regarde ça, » dit-il en s'approchant d'elle. « C'est pas moi le Chaperon Rouge cette fois. Tu portes le costume à merveille, Vulka. »

Vulka, encore sous le choc, cligna des yeux, incapable de répondre tout de suite. Puis elle se regarda, constatant l'ampleur des dégâts. « C'est... C'est dégoûtant ! » s'exclama-t-elle, horrifiée.

Arno haussa les épaules avec désinvolture. « Bah, ça te va bien, franchement. Ça pourrait devenir une mode, qui sait ? »

Il jeta un coup d'œil à ses propres blessures. Son corps, encore marqué par les coups de griffes et de crocs, se régénérait lentement, mais les traces de sang et de gel recouvraient sa peau. Il avait l'air d'un combattant qui venait de sortir d'un congélateur géant.

« Je dois dire, je ressemble à un surgelé de chez Picard, non ? » lança-t-il en riant. « Mais au moins, je suis toujours en un seul morceau. Enfin, plus ou moins. »

Il se tourna de nouveau vers Vulka, qui commençait à reprendre ses esprits, bien que son regard soit encore un mélange de choc et d'admiration. « Tu es... » Elle s'interrompit, cherchant ses mots. « Comment est-ce que tu... ? »

Arno fit un geste désinvolte de la main. « Oh, tu sais, juste une journée normale dans la vie d'un sorceleur. Rien de bien exceptionnel. » Il secoua Paulette pour retirer le sang encore collé à la lame, avant de la rengainer.

Vulka leva les yeux vers lui, toujours impressionnée malgré elle. « Tu fais toujours ça ? Sauver des filles en détresse, combattre des monstres géants... »

« Ça, et des choses plus ennuyeuses, » répondit Arno avec un clin d'œil. « Mais je dois dire, tu étais une sacrée partenaire. » Il jeta un coup d'œil au corps sans vie de l'Amarok avant de revenir vers elle. « Bon, techniquement, tu n'as rien fait à part éviter de mourir, mais on va dire que ça compte. »

Elle le fusilla du regard, retrouvant un peu de son sarcasme habituel. « Eh bien, merci pour le compliment, je suppose... » Elle secoua la tête, encore abasourdie par tout ce qui venait de se passer.

Arno hocha la tête, satisfait. « Bon, allez, c'est l'heure de rentrer à la maison. J'imagine que ton père va se demander pourquoi tu es rentrée couverte de sang de monstre et pourquoi un sorceleur t'accompagne. »

Vulka le regarda avec une expression mi-exaspérée, mi-reconnaissante. « Il va surtout me demander pourquoi je me suis laissée kidnapper par un sorceleur complètement cinglé. »

Arno haussa les épaules en ajustant sa cape. « Hé, c'est toi qui as insisté pour ne pas mourir. Moi, je ne fais que livrer le service après-vente. » Il la détacha finalement, lui rendant sa liberté, tout en se préparant à reprendre la route.

Ils commencèrent à marcher en direction du domaine du baron, la neige crissant sous leurs pas, le silence retombant sur les terres glacées après l'horreur du combat. Vulka jetait encore des coups d'œil nerveux autour d'elle, comme si elle s'attendait à voir surgir une autre créature monstrueuse.

« Tu penses qu'il y en a d'autres ? » demanda-t-elle finalement, brisant le silence.

Arno réfléchit un instant avant de répondre, un sourire espiègle aux lèvres. « Probablement pas... Mais qui sait ? Peut-être que demain, ce sera un dragon ou un spectre. »

Vulka soupira, exaspérée. « Génial... J'ai hâte. »

Ils marchèrent encore un moment en silence avant qu'Arno ne jette un dernier coup d'œil vers elle, un sourire moqueur sur les lèvres. « Tu devrais vraiment considérer le rouge comme ta couleur officielle. Ça te va comme un gant. »

Vulka lui lança un regard noir, mais cette fois, un sourire se dessina malgré elle. « Tu es vraiment insupportable, tu le sais, ça ? »

Arno rit, haussant les épaules. « C'est ce qu'on dit. Mais tu t'y habitueras. »

Et avec ça, ils continuèrent leur chemin, le vent soufflant doucement autour d'eux, tandis que la lune brillait faiblement au-dessus des montagnes, maintenant libres de la menace de l'Amarok.