Chapitre 20: Le Chevalier Licorne
Les portes massives de la baronnie se refermèrent derrière Arno et Vulka avec un bruit sourd, résonant dans la cour froide. La neige continuait de tomber doucement, recouvrant le sol de son manteau blanc. Arno jeta un regard rapide autour de lui, le visage fermé, alors qu'ils traversaient la cour, sentant déjà l'orage à venir. Vulka marchait à ses côtés, silencieuse, ses vêtements tachés de sang séché, vestige du combat contre l'Amarok.
« Je te préviens, ça va être joyeux, » murmura Arno à voix basse, les mains toujours posées sur Paulette, comme s'il attendait une autre attaque. « Ton père va adorer cette petite balade nocturne. »
Vulka lui jeta un coup d'œil en coin, un léger sourire se dessinant sur ses lèvres. « Oh, ne t'inquiète pas. Il adore les surprises… surtout quand elles impliquent le massacre de ses hommes. »
Ils atteignirent le grand hall, où une chaleur bienvenue les enveloppa. Mais l'atmosphère glaciale n'était pas due à la température extérieure. Le baron, un homme massif à la barbe grisonnante, se tenait debout près du foyer, les poings serrés, ses yeux jetant des éclairs lorsqu'il aperçut sa fille et Arno. Derrière lui, plusieurs gardes se tenaient prêts, l'air grave.
« Vulka ! » La voix du baron tonna dans la salle comme un coup de tonnerre. « Où étais-tu ? Et qu'est-ce que tout cela signifie ? Pourquoi les hommes que j'ai envoyés ne sont-ils pas revenus ? »
Vulka s'avança, levant une main pour calmer son père, mais le baron avait déjà tourné son regard vers Arno, le jaugeant avec une colère à peine contenue.
« Toi ! » gronda-t-il en pointant un doigt accusateur vers le sorceleur. « Qu'as-tu fait ? Tu as osé mettre ma fille en danger ! Tu es responsable de la mort de mes hommes ! »
Arno, qui avait déjà prévu cette réaction, leva les mains en signe de paix, un sourire sarcastique flottant sur ses lèvres. « Hé, tout doux, baron. Ce n'est pas moi qui les ai envoyés se faire dévorer par un loup spectral géant. »
« Assez ! » rugit le baron, ses yeux lançant des éclairs. « Tu seras jugé pour tes actes ! »
Avant que la situation ne puisse dégénérer davantage, Triss Merigold apparut dans l'ombre, avançant d'un pas calme mais déterminé. Ses cheveux roux flamboyants semblaient capter chaque éclat de lumière du feu, et son regard posé sur le baron suffisait à tempérer l'atmosphère. Elle s'interposa entre Arno et le baron, levant une main pour réclamer le silence.
« Baron Greylane, » dit-elle d'une voix ferme mais douce. « Avant que vous ne jugiez cet homme, vous devez connaître la vérité. »
Le baron, surpris de l'intervention de la conseillère royale, se tourna vers elle, ses traits se détendant légèrement sous son influence.
« La vérité ? » répéta-t-il, fronçant les sourcils. « Quelle vérité, Merigold ? Expliquez-vous. »
Triss hocha la tête et jeta un bref regard à Vulka, lui donnant l'occasion d'intervenir. Vulka, prenant une profonde inspiration, s'avança à son tour, un mélange de respect et de fatigue dans la voix.
« Père, écoute-moi. Arno m'a sauvée d'une créature démoniaque, un Amarok. Ce n'était pas sa faute. Si je suis ici aujourd'hui, c'est grâce à lui. Il a risqué sa vie pour me protéger, et les hommes… ils n'ont jamais eu une chance contre cette chose. »
Le baron se tut, ses poings toujours serrés, mais l'influence combinée de sa fille et de Triss semblait tempérer sa colère. Il jeta un regard dur à Arno, comme s'il pesait encore ses options.
Triss intervint à nouveau, sa voix douce comme une caresse mais teintée d'une fermeté indéniable. « Je comprends votre douleur et votre colère, baron, mais Arno n'est pas l'ennemi ici. Il a fait ce qu'il fallait pour sauver Vulka. »
Le silence se prolongea un instant, le baron fixant Arno de ses yeux perçants. Puis, après un long moment, il soupira lourdement et relâcha la tension dans ses épaules. « Très bien, » dit-il enfin d'une voix plus calme. « Si ce que vous dites est vrai… alors je rétracte ma sentence. Mais cet homme a causé beaucoup de pertes, et il doit payer d'une manière ou d'une autre. »
Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de Vulka, qui, bien que reconnaissante envers Arno, n'allait pas le laisser partir sans un léger châtiment.
« Père, j'ai une idée, » déclara-t-elle, un éclat malicieux dans le regard. « Arno pourrait… me servir pendant une semaine. Mais pas de n'importe quelle manière. » Elle marqua une pause, savourant le moment. « Il devra porter un costume de licorne. »
Le silence qui suivit cette déclaration fut presque assourdissant. Arno, figé, cligna des yeux, comme s'il n'avait pas entendu correctement. « Un… costume de quoi ? » demanda-t-il, sa voix légèrement tremblante d'incrédulité.
Triss éclata de rire, brisant la tension. « Oh, je crois que ça lui irait à merveille, » dit-elle, son visage illuminé par l'amusement. « Une semaine en tant que licorne ? Ce serait parfait. »
Arno tourna lentement la tête vers vous, lecteur imaginaire, un air de désespoir théâtral sur le visage. « Sérieusement ?! C'est ça, l'idée ? Me faire porter un costume de peluche ridicule ? Je parie que l'auteur rigole bien, là. »
Le baron, bien que toujours réticent, sembla céder devant l'enthousiasme de sa fille et l'approbation de Triss. « Soit, » dit-il finalement. « Une semaine de service. Déguisé en… licorne. »
Arno ferma les yeux un instant, se frottant les tempes comme s'il essayait de se réveiller d'un cauchemar. Puis il rouvrit les yeux, lançant un regard noir à Vulka. « Très bien, très bien. Licorne ou pas, je préfère être vivant.»
Le lendemain matin, Arno se tenait devant un miroir dans l'une des chambres du château, ses yeux fixés sur son reflet. Devant lui, le costume ridicule qu'on lui avait imposé était étalé sur le lit : une combinaison blanche en peluche d'une douceur exagérée, avec une corne dorée sur un capuchon, une queue multicolore et des sabots scintillants. Le tout avait l'air d'être confectionné pour une parade grotesque ou une fête pour enfants, et non pour un sorceleur aguerri.
« Bon, » murmura-t-il pour lui-même en ramassant le capuchon, « j'ai combattu des monstres gigantesques, survécu à des malédictions, mais je parie que je n'ai jamais fait face à quelque chose d'aussi… humiliant. »
Il enfila le costume, chaque mouvement renforçant l'absurdité de la situation. La peluche était chaude, trop chaude, et la queue multicolore chatoyait derrière lui comme une bannière de dérision. Lorsqu'il rabattit le capuchon sur sa tête, la corne dorée se dressa fièrement, ajoutant un ultime coup de grâce à son allure grotesque.
« Voilà, » marmonna-t-il en ajustant les sabots pailletés à ses pieds. « Le Chevalier Licorne est prêt à servir. Si quelqu'un me prend en photo, c'est terminé. »
Il se tourna lentement vers vous, lecteur imaginaire, une expression de désespoir mêlée d'humour ironique sur son visage. « Sérieusement… On ne pouvait pas me faire affronter un autre monstre à la place ? C'est ça, l'idée de l'auteur ? Me transformer en mascotte ridicule ? »
La porte s'ouvrit brusquement, et Vulka entra dans la pièce, un sourire étirant ses lèvres. Elle s'immobilisa en voyant Arno, puis éclata de rire. « Oh, ça te va à merveille, Arno. Vraiment. Une licorne majestueuse en plein jour. »
Arno, impassible, croisa les bras, un sourire ironique se dessinant sur ses lèvres. « Majestueuse, oui, c'est bien le mot. Si majestueuse qu'on pourrait me mettre sur un gâteau d'anniversaire pour enfants. »
Vulka s'approcha de lui, jetant un coup d'œil à son costume d'un air moqueur. « Ne t'inquiète pas, je suis certaine que tu vas très vite t'habituer. D'ailleurs, j'ai déjà une première mission pour toi, oh noble licorne. » Elle désigna un énorme tas de sacs remplis de provisions à l'autre bout de la pièce. « Ces provisions doivent être transportées jusqu'au château. Ce sera ta première tâche. »
Arno haussa un sourcil. « Transporter des sacs de provisions en costume de licorne ? » Il secoua la tête, amusé malgré lui. « Tu veux vraiment me faire passer pour un âne de foire, n'est-ce pas ? »
« Un âne, non, » répondit Vulka en lui lançant un sac. « Une licorne, oui. »
Arno soupira bruyamment, se tournant de nouveau vers vous, lecteur invisible, avec un air de défi. « Vous voyez ça ? C'est comme si chaque jour dans ma vie devenait de plus en plus absurde. Il ne manquait plus que je transporte des pommes de terre en peluche. » Puis, tout en attrapant un autre sac, il ajouta : « On va voir jusqu'où ça peut aller. »
Il sortit de la pièce, Vulka marchant derrière lui, et ils se dirigèrent vers l'extérieur, où les premiers villageois commençaient déjà à se rassembler. La nouvelle qu'un sorceleur déguisé en licorne transportait des provisions n'avait pas tardé à se répandre, et bientôt, une petite foule amusée observait la scène.
« Regardez-moi ça ! Une licorne ! » s'exclama un villageois, déclenchant des rires dans l'assemblée.
Arno, les bras chargés de sacs, continua d'avancer, son expression impassible, mais son ton bourru trahissait son embarras. « Ne faites pas attention à moi, » lança-t-il d'un ton sarcastique. « Juste une licorne en service, rien de plus. »
Vulka, profitant de l'occasion, en rajouta une couche. « Allez, Arno, montre-leur ce que ça veut dire d'être une licorne majestueuse. »
Arno roula des yeux, mais ne put s'empêcher de sourire. « Une licorne majestueuse ? Avec cette queue multicolore, j'ai l'air d'un animal de foire, Vulka. »
Les villageois riaient de plus belle, certains tapotant les sabots scintillants d'Arno en passant, tandis que d'autres applaudissaient avec exagération pour encourager la « licorne ». Arno, portant les sacs de provisions à bout de bras, continua son chemin jusqu'au château, la chaleur du costume et les rires autour de lui ne faisant qu'alimenter son irritation.
« Vous savez, je me demande si ce costume a des pouvoirs spéciaux, » dit-il en haussant la voix pour que la foule l'entende. « Peut-être que je vais invoquer des arcs-en-ciel la prochaine fois que je me battrai. Qui sait ? »
Arrivé au château, il déposa enfin les provisions dans la salle principale, ses bras engourdis par l'effort. Il se tourna vers Vulka, qui l'observait avec un sourire narquois. « Alors, mademoiselle la princesse licorne, satisfaite ? »
Vulka hocha la tête, les bras croisés. « Très. Mais ne t'inquiète pas, ce n'était que le début. Il te reste encore une semaine complète pour montrer tout ton potentiel. »
Arno la fixa un instant avant de se tourner de nouveau vers vous, lecteur imaginaire. « Et vous savez quoi ? J'ai l'impression que cette semaine va être la plus longue de ma vie. » Il fit un clin d'œil, puis ajouta avec un soupir dramatique : « Mais bon, j'ai déjà survécu à pire. Enfin, je crois. »
Alors qu'il retirait brièvement le capuchon pour respirer, un enfant du village, qui était resté silencieux jusqu'ici, s'avança timidement. Il leva les yeux vers Arno, les mains serrant un petit jouet en bois en forme de licorne. « Monsieur… Vous êtes vraiment une licorne magique ? »
Arno baissa les yeux vers l'enfant, son expression s'adoucissant légèrement. Il se pencha en avant, murmurant d'un ton conspirateur : « Chut, petit. Ne le dis à personne, mais oui… je suis une licorne secrète. Mais seulement pour cette semaine. » Puis, avec un clin d'œil complice, il ajouta : « Si tu gardes le secret, peut-être qu'un jour tu en verras une vraie. »
L'enfant, les yeux écarquillés, hocha la tête avec enthousiasme avant de courir rejoindre ses amis, tout excité.
Arno, observant la scène, secoua la tête en souriant légèrement. « Une licorne magique, hein ? Pourquoi pas… Mais si quelqu'un d'autre me demande de porter ce truc après cette semaine, je me transforme en griffon, je le jure. »
La nouvelle de l'attaque des Nekkers parvint rapidement au village, et bien sûr, qui d'autre que le fameux Chevalier Licorne pour s'en occuper ? Vulka, profitant de chaque occasion pour ridiculiser Arno, l'envoya en mission. « C'est parfait, » avait-elle dit avec un sourire en coin, « tu pourras utiliser ton aura de licorne magique pour effrayer les Nekkers. »
« Une aura de licorne magique… Génial, » marmonna Arno en ajustant son costume une dernière fois avant de se diriger vers la sortie. Il se tourna brièvement vers vous, lecteur fidèle de ses mésaventures, son regard empreint de désespoir exagéré. « Si vous me voyez combattre des créatures dans cette tenue, s'il vous plaît, dites à l'auteur qu'il est allé trop loin. »
Les villageois, eux, étaient déjà attroupés, prêts à assister au spectacle. Voir un sorceleur en pleine action était déjà rare, mais voir un sorceleur habillé en licorne... c'était un événement à ne pas manquer.
« C'est quoi ça, un carnaval ? » lança un vieil homme en se penchant sur sa canne.
Arno passa à côté de lui, l'air impassible. « Pas un carnaval, juste une journée normale dans la vie d'une licorne. »
La foule riait, certains applaudissant à la vue du Chevalier Licorne. Vulka, qui observait la scène de loin, souriait de toutes ses dents. « Allez, Arno, montre-leur que même une licorne peut botter des fesses de Nekker. »
« J'y compte bien, » répliqua-t-il en serrant Paulette, son épée en argent, avant de s'avancer dans la forêt à la recherche des créatures.
Le décor changea rapidement une fois qu'Arno s'enfonça dans les bois. Le village, avec ses rires et ses moqueries, était maintenant derrière lui, remplacé par le silence oppressant de la forêt. Les Nekkers n'étaient pas des créatures à prendre à la légère. Petites, rapides et vicieuses, elles attaquaient toujours en meute, ne laissant que peu de chances à leurs victimes.
Le premier signe de leur présence fut une odeur fétide qui se répandit dans l'air. Arno plissa le nez et s'arrêta net. « Sérieusement, je dois vraiment les combattre avec une queue multicolore qui rebondit derrière moi ? » Il secoua la tête, amusé malgré lui. « J'ai vraiment l'air d'un chevalier majestueux. »
Les buissons à sa gauche bougèrent soudainement, et deux Nekkers bondirent hors de l'ombre, leurs crocs saillants et leurs griffes prêtes à déchiqueter tout ce qui bougeait. Arno, malgré son accoutrement ridicule, réagit avec l'agilité d'un sorceleur expérimenté. Paulette décrivit un arc parfait, découpant net le premier Nekker, qui s'effondra dans un cri rauque.
« Quand j'ai dit que je brillerais en société, c'était pas littéral… » lança Arno en abattant le second Nekker d'un coup rapide, toujours sous le choc de la vitesse de son adversaire.
Mais la meute ne s'arrêtait pas là. Trois autres Nekkers surgirent, leurs yeux rouges brillant d'une lueur carnassière. Ils encerclèrent Arno, leur respiration lourde et bestiale s'élevant dans l'air froid. Les créatures semblaient hésiter un instant, probablement déconcertées par l'apparence scintillante de leur adversaire.
« Quoi, vous n'avez jamais vu une licorne avant ? » railla Arno, un sourire moqueur sur les lèvres. « Vous devriez essayer, c'est très à la mode cette saison. »
Un des Nekkers tenta de bondir sur lui, mais Arno esquiva habilement, faisant tournoyer Paulette dans un mouvement fluide. L'épée en argent trancha la créature en deux, ses morceaux retombant lourdement sur le sol.
« Ah, là, c'est mieux. » Arno lança un regard vers les deux autres Nekkers, qui semblaient moins assurés. « Alors, qui est le prochain ? »
Un rire s'éleva des buissons. Vulka, toujours à distance, observait la scène avec un mélange d'amusement et de fascination. « Je dois avouer, Arno, tu fais une licorne redoutable. »
Arno lui jeta un regard rapide, les yeux levés au ciel. « Oui, parce que c'est exactement ce que je voulais entendre pendant un combat à mort. » Il abattit un autre Nekker d'un coup précis avant d'ajouter : « 'Licorne redoutable', je sens que ce surnom va me suivre un moment… »
Le dernier Nekker, désormais seul, tenta une attaque désespérée, mais Arno le para sans effort. Paulette s'enfonça dans le flanc de la créature, qui s'effondra dans un dernier râle.
Le silence retomba sur la forêt, à peine perturbé par le souffle rapide d'Arno. Il se redressa, observant les cadavres des Nekkers à ses pieds, puis il regarda de nouveau son costume, le sang des créatures ayant éclaboussé la peluche blanche.
« Génial… Maintenant je suis une licorne ensanglantée. » Il tourna de nouveau la tête vers vous, lecteur fidèle, un sourire narquois sur les lèvres. « Sérieusement, quelqu'un pourrait me dire à quel moment tout est parti en vrille ? Parce que j'ai l'impression d'avoir raté une étape. »
Les villageois, qui avaient suivi le combat de loin, commencèrent à s'approcher prudemment. Ils étaient partagés entre l'admiration pour les compétences de combat d'Arno et l'hilarité face à son apparence. Un homme, le visage encore tordu par le rire, s'approcha et lui tapa sur l'épaule.
« C'est… c'était quelque chose. Je n'aurais jamais pensé voir ça un jour. »
Arno hocha la tête, un sourire fatigué sur les lèvres. « Moi non plus, pour être honnête. Mais je suppose qu'il y a une première fois pour tout. » Il se tourna vers Vulka, qui s'approchait lentement, toujours aussi amusée. « Alors, satisfaite ? Tes Nekkers sont neutralisés, et ta licorne reste intacte. »
Vulka hocha la tête, le sourire toujours présent sur ses lèvres. « Très satisfaite. Mais n'oublie pas, il te reste encore d'autres tâches à accomplir. »
Arno soupira profondément. « Bien sûr qu'il en reste… Pourquoi j'ai pensé qu'une chasse aux Nekkers déguisé en licorne serait l'événement le plus absurde de la semaine ? »
Alors qu'ils se dirigeaient vers le village, Arno se tourna une dernière fois vers vous, lecteur invisible. « Je vous l'ai dit, non ? L'auteur est un sadique. La semaine n'est même pas terminée, et voilà où j'en suis… Peut-être qu'après tout ça, on pourra écrire sur quelque chose de normal, hein ? Mais je suppose que vous êtes ici pour les licornes. »
Le jour suivant, Vulka avait décidé que la ville avait besoin de protection, et qui de mieux qu'un chevalier sorceleur pour l'accompagner en tant que garde du corps ? Naturellement, Arno n'avait pas besoin de poser la question pour savoir dans quelle tenue il devrait assurer ce rôle. Il se tenait devant l'entrée du château, la corne dorée scintillant sous les rayons du soleil, la queue multicolore ondulant derrière lui avec chaque mouvement.
« Bon, » lança Arno en se tournant vers Vulka, qui l'observait avec amusement. « Tu es sûre qu'un simple sorceleur n'aurait pas suffi ? Tu avais vraiment besoin d'une licorne pour cette mission ? »
Vulka fit mine de réfléchir en ajustant sa cape. « Oh, je pense qu'une licorne féroce dissuadera bien plus les bandits. Et puis, qui sait ? Peut-être qu'ils se rendront rien qu'en voyant ta majestueuse corne. »
Arno la fixa un instant, avant de se tourner lentement vers vous, lecteur fidèle de ses mésaventures. « Vous entendez ça ? C'est officiel, je suis devenu une arme de dissuasion à moi tout seul. Une arme… avec une queue multicolore. »
Le trajet jusqu'à la ville fut, comme on pouvait s'y attendre, une véritable parade d'humiliation. Partout où ils passaient, les regards des villageois se posaient sur Arno, certains les yeux écarquillés, d'autres contenant difficilement leur rire. Les chuchotements se faisaient entendre à chaque coin de rue, et les enfants suivaient Arno en riant, fascinés par son apparence.
« Maman, regarde ! C'est une licorne ! » s'écria une petite fille, pointant Arno du doigt. Sa mère, malgré son sourire, la fit taire rapidement, mais le rire dans son regard était impossible à ignorer.
Arno soupira en ajustant sa corne dorée, s'adressant de nouveau à vous, lecteur invisible. « Et dire que j'étais censé être un guerrier respecté. Maintenant, je suis là, à rendre visite à une ville entière dans un costume de carnaval. Si jamais vous racontez ça à un autre sorceleur, je nierai tout en bloc. »
Vulka, marchant à côté de lui, ne ratait aucune occasion de le taquiner. « Je me sens tellement en sécurité avec une licorne aussi féroce à mes côtés, » dit-elle, en souriant d'un air faussement innocent.
Arno, sans même se tourner vers elle, répondit du tac au tac : « Si la corne brille assez fort, on me voit comme un guerrier légendaire… ou une farce. À ce stade, c'est un peu des deux. »
Les passants continuaient à les dévisager, certains riant sous cape, d'autres secouant la tête comme s'ils ne croyaient pas ce qu'ils voyaient. Un vieil homme, appuyé contre le mur d'une échoppe, croisa les bras en observant Arno d'un œil critique.
« Eh bien, mon garçon, je dois dire que j'ai vu beaucoup de choses dans ma vie, mais une licorne qui fait office de garde du corps ? Ça, c'est nouveau. »
Arno haussa les épaules sans ralentir son pas. « Moi aussi, c'est une première pour moi. Mais bon, il paraît que je suis multifonction. Licorne le matin, sorceleur l'après-midi, et peut-être clown le soir. »
La foule de passants éclata de rire, et Vulka se tourna vers lui, les yeux brillants de malice. « Il faut dire que tu as vraiment le sens du spectacle. »
Ils arrivèrent finalement au marché central, où une grande place était animée par des marchands criant leurs prix et des clients marchant dans tous les sens. Le vacarme de la foule se calma légèrement lorsqu'ils remarquèrent l'arrivée d'Arno et de son accoutrement. Un marchand de fruits laissa tomber une pomme en voyant le sorceleur déguisé, et un groupe de jeunes hommes éclata de rire à la vue de la scène.
« Oh, regardez, » lança l'un d'eux. « C'est pas tous les jours qu'on voit une licorne en ville. »
« On est dans un conte de fées, ou quoi ? » ajouta un autre en donnant une tape amicale à son compagnon.
Arno, toujours impassible, se tourna vers eux en haussant un sourcil. « Oui, un conte de fées. Je suis là pour rétablir l'ordre dans le royaume… ou au moins dans le marché. Si vous avez des pommes à protéger, je suis votre homme. »
Le groupe éclata de rire, mais ils se dispersèrent rapidement, probablement conscients que plaisanter avec un sorceleur, même déguisé en licorne, n'était pas forcément une bonne idée.
Vulka, elle, se fraya un chemin jusqu'à un marchand de tissus, laissant Arno se tenir en retrait. De là où il se trouvait, il pouvait observer les regards curieux et les murmures qui couraient dans la foule. Il se tourna à nouveau vers vous, lecteur invisible, avec une grimace exagérée. « Franchement, j'espère que cette semaine se termine bientôt. Parce que si je dois encore me promener avec une corne dorée sur la tête, je vais finir par croire que je suis vraiment une licorne. »
Vulka revint avec quelques rouleaux de tissus sous le bras, son sourire toujours aussi éclatant. « Bon, on a terminé. Je suppose que personne n'a osé te défier, n'est-ce pas, noble licorne ? »
Arno secoua la tête avec lassitude. « Étrangement, non. Je suppose que ma majestueuse présence a suffi à faire régner la paix dans ce marché. »
Ils quittèrent la place sous les regards amusés et les rires étouffés des passants, Arno restant silencieux jusqu'à ce qu'ils s'éloignent un peu de la foule.
« Bon, Vulka, » dit-il d'un ton plus sérieux. « On peut arrêter avec les humiliations, maintenant ? Je crois que j'ai assez donné pour cette semaine. »
Vulka, sans perdre son sourire, lui lança un regard amusé. « Oh non, Arno. Ce n'est que le début. Mais je dois avouer que tu te débrouilles bien. Qui sait, peut-être que la licorne finira par devenir ton emblème. »
Arno leva les yeux au ciel. « Si c'est le cas, je vais devoir sérieusement réviser mes choix de carrière. »
Alors qu'ils quittaient la ville, Arno jeta un dernier regard par-dessus son épaule vers la place animée. « Vous savez, je pensais que le plus difficile dans mon travail, c'était les monstres. Mais non. Le plus dur, c'est définitivement ça. Être une licorne de parade. »
La dernière lueur de la semaine touchait à sa fin, et avec elle, la sentence imposée à Arno. Une semaine entière déguisé en licorne, une semaine à subir des tâches absurdes, des regards moqueurs et des commentaires sarcastiques. Chaque jour avait semblé interminable, mais enfin, il était là, debout dans la cour du château, prêt à se libérer de son ridicule accoutrement.
« Alors, on y est enfin, » dit-il en arrachant le capuchon du costume, laissant tomber la corne dorée à ses pieds. Il secoua la tête, libérant enfin ses cheveux de l'étreinte de la peluche. « Je crois que c'est la dernière fois que je porterai ça. »
Vulka, qui se tenait à quelques pas de lui, sourit en croisant les bras. Elle avait observé Arno tout au long de la semaine avec un mélange d'amusement et de satisfaction. Voir un sorceleur aussi puissant dans une tenue aussi absurde lui avait procuré un plaisir non dissimulé, mais maintenant que tout cela était terminé, elle ressentait un certain respect, bien qu'elle ne l'admettrait jamais pleinement.
« Je dois dire, Arno, » commença-t-elle en s'approchant. « Tu t'en es bien sorti. Peut-être que tu pourrais en faire une habitude. Une licorne pour chaque mission, ça pourrait devenir ta marque de fabrique. »
Arno grogna en dénouant la ceinture du costume et laissa tomber la queue multicolore au sol. « Si je reçois encore une mission en tant que licorne, je te garantis que ce sera pour me venger de toi, Vulka. »
Elle rit doucement avant de devenir plus sérieuse, son regard se posant sur lui avec une certaine reconnaissance. « Plus sérieusement, Arno… Je ne t'ai jamais remercié correctement. Pour l'Amarok. Tu m'as sauvée, et je suppose que cette semaine d'humiliation était ma façon de... te remercier à ma manière. »
Arno releva les yeux vers elle, surpris par cette admission sincère. Vulka avait passé toute la semaine à le tourner en ridicule, mais derrière cette façade, il percevait enfin la gratitude qu'elle ressentait. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
« Eh bien, j'espère que tu trouves ta façon de remercier quelqu'un plus efficace la prochaine fois, » dit-il, son ton mi-ironique, mi-amusé. « Parce que si tu continues comme ça, je vais finir par croire que tu as un penchant pour la torture. »
Vulka sourit à nouveau, mais cette fois, son regard était plus doux. « Peut-être, » répondit-elle en haussant légèrement les épaules. « Mais au moins, tu t'en souviendras. »
Avant qu'Arno ne puisse répondre, Triss apparut, descendant lentement les marches du château. Elle s'approcha d'eux, un sourire moqueur sur le visage, et posa les yeux sur le costume délaissé d'Arno.
« Alors, c'est enfin fini, » dit-elle, ses yeux brillants d'amusement. « Je dois avouer, Arno, tu m'as impressionnée. Une semaine en licorne, et tu n'as pas perdu la tête. » Elle jeta un dernier coup d'œil au costume. « Je crois que je pourrais m'habituer à te voir en licorne. Ça te donnait un certain... charme. »
Arno roula des yeux, exaspéré. « Oh, c'est sûr, tout le monde va se souvenir du Chevalier Licorne. Superbe réputation pour un sorceleur, non ? » Il soupira lourdement avant de se tourner à nouveau vers vous, lecteur imaginaire. « Vous voyez ce que je dois supporter ? Même les sorcières trouvent ça drôle. »
Triss sourit, mais cette fois avec une lueur malicieuse. « Eh bien, je suis sûre que le prochain monstre que tu devras affronter n'aura aucune chance… après avoir survécu à une semaine pareille. »
Arno se passa une main sur le visage, épuisé mais soulagé. « Peu importe le prochain monstre, tant que je n'ai pas à le combattre en costume de peluche, je suis prêt à tout. » Il se tourna enfin vers Vulka, un sourire en coin. « Mais ne t'inquiète pas, Vulka, je n'oublierai pas cette semaine. Un jour, je trouverai un moyen de me venger. »
Vulka haussa les sourcils, visiblement amusée. « Oh, j'ai hâte de voir ça. Mais d'ici là, je te souhaite bonne chance. » Elle se tourna pour partir, mais lança un dernier regard à Arno par-dessus son épaule. « Merci encore, Arno. Pour tout. »
Arno observa Vulka s'éloigner, puis se tourna vers Triss, qui lui fit un clin d'œil avant de s'éloigner à son tour. Le calme retomba sur la cour, et Arno se retrouva seul, enfin libre de son costume de licorne.
Il jeta un dernier coup d'œil à la combinaison blanche étalée à ses pieds, puis secoua la tête avec un sourire fatigué. « Eh bien, voilà une semaine que je ne suis pas près d'oublier. »
Arno ramassa Paulette, son épée en argent, et s'apprêta à quitter le château. Mais avant de franchir les portes, il se tourna une dernière fois vers vous, son fidèle lecteur, avec un sourire en coin.
« Bon, tout est bien qui finit bien, comme on dit. Mais sérieusement… ne laissez jamais ça se reproduire. Si vous voulez que je continue à sauver des vies, gardez les costumes ridicules pour les autres. »
Et avec ces mots, il s'éloigna, prêt à reprendre sa vie de sorceleur, loin des peluches et des cornes dorées.
