Chapitre25 : Le Vortex

Le Fléau se rapprochait dangereusement du centre de la zone dégagée, ses pas lourds écrasant la terre sous son poids massif. Chaque coup qu'il portait semblait repousser les limites de la destruction, et même Arno, pourtant habitué à affronter des monstres redoutables, sentait qu'ils atteignaient la limite de ce qu'ils pouvaient supporter.

"On commence à manquer de temps, Terminator !" cria Arno tout en esquivant un nouveau coup de poing qui fit trembler le sol à ses pieds.

Cable, blessé mais toujours combatif, ne répondit pas. Son attention était rivée sur l'objet qu'il tenait fermement dans sa main : la grenade magique. C'était leur seule chance, la dernière carte qu'ils pouvaient jouer pour se débarrasser du Fléau une fois pour toutes. Cable activa la grenade d'un mouvement rapide, et un léger vrombissement se fit entendre, suivi d'un éclair lumineux.

"Il est prêt !" cria Cable, ses yeux fixés sur le Fléau.

L'instant suivant, la grenade fut projetée dans les airs, tournoyant lentement avant de s'écraser au sol au centre de la zone dégagée. Aussitôt, une lumière éblouissante explosa depuis l'impact, un vortex se formant à une vitesse incroyable. Le sol semblait se déchirer, le portail aspirant tout ce qui se trouvait à proximité, créant une force gravitationnelle si puissante qu'elle menaçait de tout engloutir.

Le Fléau, qui s'était approché trop près, recula en sentant le sol se dérober sous ses pieds, mais il était déjà trop tard. Le portail commençait à l'aspirer, et malgré sa force colossale, même lui ne pouvait résister à l'appel du vortex.

"Non !" hurla le Fléau, son visage déformé par la rage alors qu'il luttait contre l'attraction, ses pieds glissant vers le portail.

Mais ce n'était pas le seul à être en danger.

Julian, resté à l'écart pendant le combat, était maintenant à portée du portail. La force d'aspiration l'emportait également, ses pieds glissant sur le sol, son corps frêle incapable de résister à une telle puissance. La terre se dérobait sous lui, et en un instant, il comprit qu'il allait être aspiré lui aussi, englouti dans cette dimension inconnue.

"Arno !" cria-t-il, son visage tordu par la peur et la panique. Ses mains s'agitaient désespérément, cherchant quelque chose à quoi se raccrocher, mais il ne trouvait rien.

Arno, voyant la scène, ressentit une urgence brûlante. Il tourna rapidement la tête vers Cable, mais ce dernier était trop concentré sur le Fléau, tentant de maintenir sa position, prêt à voir le géant aspiré dans l'autre dimension. Il savait que Cable ne ferait rien pour sauver Julian. Ce gamin ne représentait rien pour lui. Mais pour Arno, c'était différent.

"Pas cette fois," murmura Arno, prenant une décision en une fraction de seconde.

D'un bond, il se précipita vers Julian. Ses pieds glissaient sous l'effet de l'aspiration du portail, mais il utilisa toute sa force pour avancer. Ses bras s'étendirent, et il attrapa Julian par les épaules juste au moment où le garçon allait être emporté.

"Désolé, gamin, mais cette aventure interdimensionnelle n'est pas pour toi," lança-t-il avec son éternel sourire en coin.

Sans hésitation, Arno utilisa toute sa force pour projeter Julian hors de la zone d'influence du portail. Le jeune garçon vola à travers l'air, heurtant le sol un peu plus loin, hors de portée du vortex. Julian roula sur plusieurs mètres, son corps meurtri par l'impact, mais il était en sécurité. Le portail ne l'aspirerait pas.

Mais Arno, lui, n'eut pas la même chance.

Avant qu'il ne puisse se retourner, la force du portail l'attrapa de plein fouet. Il sentit ses pieds quitter le sol, son corps tiré inexorablement vers le vortex. Le vent rugissait dans ses oreilles, et tout autour de lui semblait se brouiller sous la pression intense de l'aspiration.

"Eh bien, c'est une manière de partir en vacances," murmura-t-il pour lui-même, un dernier sourire ironique sur les lèvres.

Le Fléau, quant à lui, continuait de lutter, mais il ne pouvait pas échapper à son sort. Il fut tiré lui aussi, ses bras massifs tendus vers l'avant dans une dernière tentative de résistance, mais c'était peine perdue. En un éclair, son corps fut avalé par le portail, disparaissant dans les ténèbres tourbillonnantes.

Arno suivit de près, son dernier regard dirigé vers Julian, qui se relevait péniblement plus loin, hors de danger. Arno n'avait pas de regrets. Il savait que c'était la bonne décision, la seule qu'il pouvait prendre. Sauver le gamin, peu importe ce que cela lui coûtait.

Et puis, après tout, il était Arno. L'aventure n'était jamais finie pour lui.

En un instant, il fut aspiré dans la même dimension que le Fléau, son corps disparaissant dans les profondeurs du vortex.

Le portail se referma soudainement, laissant derrière lui un silence pesant, comme si rien ne s'était jamais produit.

Julian, encore sous le choc, se redressa lentement, ses yeux embués de larmes. Il regarda autour de lui, cherchant désespérément une trace d'Arno, mais il n'y avait rien. Juste le calme après la tempête. L'adolescent sentit une boule se former dans sa gorge, ses larmes coulant malgré lui.

"Arno..." murmura-t-il, sa voix brisée par l'émotion.

De l'autre côté du champ de bataille, Cable, bien que gravement blessé, observait la scène en silence. Il savait que tout avait changé. Il pouvait le sentir. L'intervention d'Arno, son sacrifice... tout cela avait altéré le cours du futur. Il le savait, car il le ressentait profondément : sa famille, celle qu'il avait juré de protéger, était sauvée. Grâce à Arno, Julian ne deviendrait pas le monstre qu'il avait tant redouté.

Avec un dernier regard vers Julian, Cable rengaina son épée. "C'est fini," dit-il d'une voix grave. "Mon futur est changé."

Julian ne répondit pas. Il se contenta de fixer le sol, ses larmes tombant silencieusement. Il se souviendrait de ce sacrifice pour le restant de ses jours.

"Arno... pourquoi ?"

Mais la réponse se trouvait déjà dans l'écho du silence qui les entourait.

Julian resta immobile, figé, incapable de comprendre pleinement ce qui venait de se passer. Ses jambes tremblaient, sa respiration se faisait saccadée, et ses yeux, embués de larmes, fixaient l'endroit où Arno avait disparu. La terre semblait calme, immobile, comme si rien ne s'était produit. Pourtant, l'absence d'Arno pesait sur ses épaules comme un fardeau trop lourd à porter.

"Arno..." murmura-t-il, sa voix à peine audible. Les larmes, d'abord retenues par le choc, coulèrent désormais librement sur ses joues. "Pourquoi ? Pourquoi m'as-tu sauvé ?"

Il revoyait encore le moment où Arno l'avait attrapé, où il l'avait projeté en dehors du champ d'action du portail, prenant sa place dans ce tourbillon dévastateur. Ce n'était pas juste. Ce n'était pas ce qui devait arriver. Arno, avec son humour sarcastique et son sourire en coin, ne méritait pas ce sort. Il l'avait sauvé, sans hésiter, en sachant parfaitement ce que cela signifierait pour lui.

Julian tomba à genoux, la terre froide sous ses mains. Il serra les poings, son corps secoué de sanglots. La culpabilité le dévorait de l'intérieur. "C'est ma faute..." pensa-t-il. "C'est à cause de moi..."

Il ne pouvait échapper à cette pensée. Arno s'était sacrifié pour lui, alors que tout indiquait que Julian n'avait rien fait pour mériter un tel acte. Il sentait son cœur se serrer, et une vague de chagrin s'abattit sur lui. Comment pourrait-il continuer après ça ? Comment pourrait-il vivre en sachant qu'Arno, son protecteur, avait donné sa vie pour le sauver ?

Non loin de là, Cable, toujours debout malgré ses blessures, observait la scène en silence. Contrairement à Julian, son regard n'était pas tourné vers le passé, mais vers l'avenir. Il savait, au fond de lui, que quelque chose avait changé. Ce sacrifice d'Arno, cette décision inattendue, avait réécrit le cours du temps. L'avenir n'était plus celui qu'il avait connu.

Cable s'approcha lentement de Julian, ses pas lourds et mesurés. Il posa une main ferme sur l'épaule du garçon. Julian, encore bouleversé, ne réagit pas immédiatement, mais releva lentement la tête, son visage couvert de larmes.

"C'est fini," dit Cable, sa voix grave mais calme. "Il n'y a plus rien à craindre."

Julian fronça les sourcils, ses lèvres tremblantes. "Fini ? Mais... Arno..."

Cable secoua la tête, ses traits impassibles. "Le sacrifice d'Arno a changé bien plus que tu ne le penses."

Julian resta silencieux, incapable de comprendre les implications des paroles de Cable. Ce dernier, voyant le trouble dans le regard du jeune garçon, inspira profondément avant de parler à nouveau.

"Avant qu'Arno ne fasse son choix, le futur était figé. Julian, dans cet avenir-là, tu étais destiné à devenir une menace. Tu as tué des gens... ma femme, ma fille." Il marqua une pause, ses yeux se durcissant à la simple évocation de cette tragédie. "C'est pour cela que j'étais venu. Pour t'arrêter avant que tu ne deviennes ce monstre."

Julian écarquilla les yeux, choqué par la révélation. "Je... je ne ferais jamais ça," balbutia-t-il, secoué par l'horreur de cette idée.

Cable hocha la tête. "Je le sais maintenant. Parce que ce que vient de faire Arno... a tout changé. Il t'a sauvé, mais pas seulement dans ce moment précis. Il a brisé le cycle de violence. L'avenir que je connaissais n'existe plus."

Julian écoutait, mais chaque mot lui semblait lointain, irréel. Arno avait sacrifié bien plus que sa vie. Il avait transformé le cours du destin de Julian, effaçant les ténèbres qui se profilaient devant lui.

Cable, après un moment de silence, desserra légèrement son étreinte sur l'épaule du garçon. "Ma famille est désormais sauvée. Le futur dans lequel tu étais une menace n'existe plus. Arno a fait ce qu'il fallait."

Il recula de quelques pas, ses yeux durs cherchant ceux de Julian. "Je devrais te tuer... mais je ne le ferai pas. Arno m'a montré que l'avenir n'est pas gravé dans la pierre." Il marqua une pause, les mots pesant de sens. "Tu es libre, Julian. Ne fais pas de ce sacrifice un gâchis."

Avec ces paroles, Cable se tourna vers un coin de la clairière, là où l'air semblait légèrement distordu, comme si une fine brume flottait dans l'atmosphère. Une faille dans la réalité, un portail vers son propre futur. Il s'avança, prêt à y retourner.

Julian, encore agenouillé, sentit une vague d'émotions contradictoires l'envahir. Le chagrin, la culpabilité, et maintenant l'incompréhension de tout ce qui venait de se produire. Il leva la tête vers Cable, cherchant des réponses, mais l'homme du futur s'éloignait déjà.

"Tu... tu pars ?" Julian balbutia, ses mains tremblant encore sous l'effet du choc.

Cable s'arrêta, juste avant de franchir le portail. "Je n'ai plus de raison de rester. Mon futur est réparé. C'est tout ce qui compte."

Puis, sans ajouter un mot de plus, il franchit la brèche, disparaissant dans une onde d'énergie. Le portail se referma derrière lui, laissant Julian seul au milieu de la clairière, en proie à ses pensées.

Julian resta immobile, le cœur lourd, les larmes continuant de couler. Arno avait tout sacrifié pour lui. Mais à quel prix ?

Arno ouvrit lentement les yeux, sa tête encore engourdie par le passage brutal à travers le portail. Il se trouvait étendu sur le dos, ses vêtements trempés, et une odeur nauséabonde envahissait ses narines. La lumière ambiante était étrange, un mélange de vert pâle et de gris sale, comme si ce nouvel endroit baignait dans une brume perpétuelle. En se redressant, il réalisa qu'il n'était plus dans sa dimension. Autour de lui s'étendait un marécage dense et humide, avec des arbres tordus s'élevant de la vase noire, leur écorce couverte de moisissure et de mousse dégoulinante.

"Super, une autre dimension, et il fallait que je tombe dans un endroit encore plus charmant qu'un égout de Novigrad." Arno s'essuya le visage d'un revers de main, repoussant la boue qui lui collait à la peau.

Mais il n'eut pas le temps de savourer cette réflexion. Un grondement sourd retentit derrière lui, un son qu'il connaissait trop bien. Le Fléau était là, toujours en vie, et probablement plus furieux que jamais.

"Oh, génial. Il est là aussi. Parce que pourquoi pas, après tout ? C'est pas une véritable aventure sans un colosse enragé aux trousses." Arno se redressa rapidement, sa main cherchant instinctivement le manche de Claudette.

Le Fléau émergea des brumes, ses yeux flamboyant de rage. L'armure massive qui le couvrait était couverte de boue, mais cela ne faisait qu'ajouter à son allure menaçante. Son souffle était lourd, chaque inspiration semblant trembler sous le poids de sa colère. Et il fixait Arno avec une intention très claire : la mort.

"Sorceleur," rugit le Fléau, sa voix résonnant dans l'air lourd. "Tu vas payer pour ça. Tu aurais dû rester en arrière. Maintenant, tu vas souffrir avant de mourir."

Arno soupira en levant les yeux au ciel. "Toujours avec la même rengaine, hein ? 'Je vais te tuer, tu vas souffrir, bla bla bla'. Sérieusement, c'est comme si vous, les grands méchants, aviez tous le même script. Un peu d'originalité, je vous en prie."

Mais le Fléau n'était pas là pour discuter. Il chargea soudainement, ses pieds massifs s'enfonçant dans la boue à chaque pas, mais sa force brute le poussait toujours en avant. Arno se jeta sur le côté, esquivant de justesse un coup qui aurait pulvérisé ses os.

"Wow, doucement, grand gaillard ! On vient juste d'arriver, tu pourrais au moins me laisser admirer la vue." Arno se redressa rapidement, son esprit déjà en train de chercher un moyen de s'en sortir.

Le marécage autour d'eux était traître. Chaque pas était une lutte pour ne pas glisser ou s'enfoncer dans la vase. Mais ce qui attira l'attention d'Arno, c'était une zone particulière à quelques mètres de là. Le sol semblait encore plus instable, des bulles de gaz remontant lentement à la surface. Des sables mouvants. Parfait.

Un sourire en coin se dessina sur son visage. "Bon, très bien, on va jouer un peu. Tu veux te battre ? Ok, mais ce sera à mes conditions."

Arno se mit à courir en direction des sables mouvants, tout en continuant à jeter des regards derrière lui. Le Fléau, aveuglé par sa rage, ne se doutait de rien. Il le suivait, ses pas lourds faisant trembler le sol, chacun de ses mouvements déchaîné par sa soif de vengeance.

Arrivé près des sables mouvants, Arno ralentit, jouant le rôle du combattant fatigué. "Ouf, je crois que tu as gagné ce round," dit-il d'une voix haletante, feignant la fatigue. "Je suis à bout de forces... Allez, viens m'achever, si t'es vraiment l'homme de la situation."

Le Fléau, voyant sa chance, se jeta sur Arno avec toute la force dont il était capable. Ses yeux brûlaient d'une haine profonde, et il balaya l'air avec ses bras massifs, prêt à frapper. Mais à la dernière seconde, Arno esquiva, plongeant souplement sur le côté.

Le Fléau n'eut pas la même chance. En plein élan, son pied massif s'enfonça dans les sables mouvants, et avant même qu'il ne réalise ce qui se passait, l'autre pied suivit. Sa masse énorme, combinée à l'élan de sa charge, l'entraîna encore plus profondément dans la trappe naturelle.

"Quoi ?!" hurla-t-il, luttant pour se libérer, mais plus il se débattait, plus il s'enfonçait. Son armure lourde ne faisait qu'aggraver la situation. La boue gloutonne avalait lentement son corps, le tirant inexorablement vers le bas.

Arno se redressa lentement, essuyant nonchalamment une tache de boue sur son manteau. "Oh, quelle surprise, t'es tombé dans un piège. C'est presque comme si tu devais regarder où tu mets les pieds dans un marécage. Mais bon, j'imagine que t'as pas reçu cette formation à l'école des gros méchants."

Le Fléau continuait de se débattre furieusement, mais cela ne faisait qu'accélérer sa chute. Ses mains massives tentaient d'attraper quelque chose, n'importe quoi, pour se tirer de là, mais rien ne se présentait. Son corps s'enfonçait de plus en plus, et bientôt, seul son torse et ses bras étaient encore visibles à la surface.

"Tu crois vraiment que tu peux m'avoir comme ça, sorceleur ?!" rugit-il, sa voix déformée par la rage et la panique. "Je te retrouverai ! Je reviendrai !"

Arno s'approcha du bord des sables mouvants, gardant une distance prudente. Il regarda le Fléau avec une fausse expression de compassion. "Revenir ? Dans cet état ? Je te souhaite bien du courage, vraiment. Parce que là, je crois que t'as déjà assez de mal à gérer ta situation actuelle."

Le Fléau, impuissant, ne pouvait que le fixer avec une haine dévorante. Ses bras massifs se débattaient encore, mais le poids de son armure faisait le reste. Il s'enfonçait lentement, jusqu'à ce que ses épaules disparaissent sous la surface.

"Adieu, grand gaillard," dit Arno avec un sourire narquois, faisant un petit salut. "T'as été un adversaire coriace. Un peu borné, mais coriace."

Le Fléau, incapable de répondre, disparut finalement sous la surface boueuse, englouti par les sables mouvants. L'air redevint étrangement calme, si ce n'était pour les bulles de gaz qui remontaient à la surface.

Arno se frotta les mains avec satisfaction. "Et voilà, encore un problème de réglé. Je suis vraiment trop fort à ce jeu."

Il tourna son regard vers l'horizon brumeux du marécage, ses mains sur les hanches. "Bon, maintenant, où est-ce que je suis exactement ? Sérieusement, Triss va encore m'engueuler... Si je parviens à rentrer."

Et avec ce dernier commentaire, Arno se remit en marche, ses bottes s'enfonçant légèrement dans la boue, mais avec toujours cette démarche légère et insouciante, malgré les périls qui l'attendaient encore dans cette dimension inconnue.

Arno resta un moment immobile, les mains sur les hanches, fixant l'endroit où le Fléau avait disparu. Les dernières bulles s'étaient dissipées, et tout était redevenu étrangement calme dans ce marécage humide et nauséabond. Il inspira profondément, sentant la boue et la moisissure emplir ses narines, puis souffla un coup.

"Eh bien, voilà qui est fait. Un autre jour, une autre victoire pour moi, Claudette et un type géant qui finit dans la boue. Parfait."

Il balaya du regard l'étendue lugubre autour de lui. Des arbres tordus et décharnés bordaient le marais, et la brume épaisse flottait toujours à ras de terre, ajoutant à cette atmosphère sinistre. Aucune présence humaine, pas même un signe de civilisation. Rien que lui, seul dans cette dimension inconnue.

"Bon, je suppose que je ne suis plus vraiment à Kovir..." Arno plissa les yeux en tentant de discerner quelque chose au loin, mais le marécage semblait s'étendre à perte de vue, toujours aussi hostile. "Et évidemment, pas de portail magique pour rentrer à la maison. Merci Cable, vraiment, quel plan brillant."

Il passa une main dans ses cheveux mouillés de boue, secouant la tête. "Ok, il est temps de faire le point. Seul, dans un monde inconnu, sans provisions, sans amis... mais au moins, j'ai encore Claudette et Paulette. Toujours un point positif !"

Mais malgré ses plaisanteries, une légère tension se lisait dans son regard. Il n'avait aucune idée de la manière de revenir dans sa propre dimension. S'il y avait bien une chose qu'il avait apprise de toutes ces aventures, c'était que rien n'était jamais simple.

Il se mit à marcher lentement, ses bottes s'enfonçant légèrement dans la boue collante du marais. À chaque pas, il pouvait sentir l'humidité imprégner davantage ses vêtements, et le bruit de l'eau stagnante résonnait autour de lui. Rien ne semblait bouger, rien ne semblait vivant. Ce monde était désert, ou pire encore, il pourrait être peuplé de créatures bien plus terrifiantes que le Fléau.

"Bon, d'accord. Nouveau monde, nouvelles règles. Peut-être que je suis dans un de ces mondes de fantasy japonaise, là... Comment ils appellent ça déjà ?" Il plissa les yeux, faisant mine de réfléchir. "Ah oui, un isekai. Qui sait ? Si c'est le cas, je devrais bientôt croiser un groupe d'aventurières super mignonnes qui vont m'aider à sauver ce monde... ou peut-être un harem de gonzesses qui vont toutes vouloir se battre pour moi !"

Il s'arrêta un instant, fixant la brume devant lui, puis haussa les épaules avec un sourire amusé. "Ouais, non. Si je reste moi-même, avec ma chance, je vais surtout croiser des gobelins baveux et peut-être un ou deux trolls. Génial."

Le sorceleur reprit sa marche, mais la solitude commençait à peser sur ses épaules. Il n'avait jamais vraiment apprécié le silence, pas de cette manière en tout cas. D'ordinaire, il trouvait toujours quelqu'un à qui lancer une réplique sarcastique, ou au moins un monstre à décapiter. Ici, dans cette étendue marécageuse, il n'y avait rien pour l'occuper. Juste lui, ses pensées, et cette brume épaisse qui semblait l'encercler comme une cage invisible.

"Triss serait furieuse si elle me voyait dans cet état. Elle dirait quelque chose comme 'Arno, pourquoi tu te retrouves toujours dans des situations impossibles ?' Et moi, je lui répondrais que c'est parce que je suis un aimant à problèmes." Il esquissa un sourire à cette pensée. "J'espère qu'elle ne s'inquiète pas trop. Mais bon, elle doit être habituée, à ce stade."

Il continua à marcher, mais l'isolement lui pesait de plus en plus. Il ne savait pas où il était, ni comment il allait s'en sortir. Et pour une fois, malgré toute sa bravade et son humour, il n'avait aucune solution évidente. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était avancer, espérant trouver une issue, ou au moins, une réponse à sa situation.

Mais même dans cette solitude, Arno ne pouvait s'empêcher de plaisanter.

"Bon, à défaut d'un harem, je me contenterai de ne pas croiser un dragon affamé. J'ai pas le temps pour ce genre de bêtises aujourd'hui." Il s'arrêta un instant, un éclat malicieux dans les yeux. "Quoi que... un dragon, ça pourrait être fun. Tant qu'il n'est pas trop... mordant."

Il éclata de rire à sa propre blague, le son résonnant étrangement dans l'air épais du marécage. Puis, il soupira et continua à avancer, laissant derrière lui une longue traînée de pas dans la boue. La brume se refermait sur son passage, et bientôt, il ne fut plus qu'une ombre dans ce paysage lugubre.