Chapitre26 : L'Attaque Des Trollocs.
Arno émergea du marécage, couvert de boue, son manteau lourd et trempé collant à son corps. Il toussa légèrement, l'air chargé d'une odeur nauséabonde d'humidité et de végétation en décomposition. Il essaya de secouer un peu la boue de ses bottes, mais c'était une cause perdue.
"Ah, voilà. Encore un marécage. Je devrais vraiment commencer à tenir un journal de tous les endroits dégueulasses où je me réveille. Le chapitre sur 'Les marécages les plus puants' serait un best-seller à coup sûr." Il fit une grimace en sentant une nouvelle bouffée de cette odeur terreuse lui monter au nez. "Sérieusement, quelqu'un a oublié de tirer la chasse d'eau ici."
Arno observa les environs, fronçant les sourcils en voyant que tout n'était que boue, arbres tordus et une brume épaisse flottant près du sol. Il essaya de deviner s'il y avait un moyen de sortir de ce bourbier. Ses yeux aiguisés de sorceleur repérèrent enfin un mince cours d'eau qui serpentait à travers les marais. Une piste. Pas un chemin, mais ça ferait l'affaire pour le moment.
"Bon, plan B : suivre la rivière. Si j'ai de la chance, ça me mènera à une civilisation. Si je n'en ai pas, ça me mènera à d'autres créatures prêtes à me mordre la tête. On verra bien. Dans tous les cas, ça sera moins ennuyeux que de rester ici à moisir."
Il commença à marcher le long du cours d'eau, ses bottes s'enfonçant dans la boue à chaque pas, produisant un son écœurant. Malgré l'hostilité des lieux, son attitude légère restait intacte.
"Ah, l'aventure ! Traverser des marais dégoûtants pour... pour quoi déjà ? Ah oui, pour sortir de ce monde bizarre. Parce que oui, mes chers lecteurs, je suis dans un autre univers. "
Il leva les yeux au ciel, comme s'il cherchait à s'excuser auprès de ses lecteurs imaginaires. "Cette fois, je suis dans l'univers de La Roue du Temps. Si vous ne savez pas ce que c'est, allez lire les bouquins. Et, attention aux spoils ! Si je croise des Trollocs ou des Aes Sedai, c'est que vous êtes prévenus. J'ai rien à voir là-dedans, c'est l'auteur qui gère tout. Moi, je ne fais que suivre le script. Sauf s'il y a des costumes de licornes. Là, je refuse."
Le vent souffla légèrement, emportant avec lui quelques cris lointains à travers la brume. Arno s'arrêta, plissant les yeux et tendant l'oreille. Son instinct de sorceleur se mit immédiatement en alerte.
"Bon, ça, c'est un son qui annonce rarement quelque chose de bon. Probablement des gens en danger, des monstres, ou un concours de hurlements. Dans tous les cas, ça mérite d'aller voir. Peut-être qu'ils ont besoin d'un sorceleur."
Il accéléra le pas, laissant derrière lui le marécage sombre et oppressant. Un sourire en coin se dessina sur son visage, malgré la situation incertaine. "C'est parti. Voyons voir quel genre de chaos je vais encore devoir gérer aujourd'hui."
Il s'engagea plus profondément le long du cours d'eau, avec l'idée bien ancrée que, comme d'habitude, les ennuis n'étaient jamais bien loin.
Arno accéléra le pas en entendant les cris se faire de plus en plus forts. Il savait reconnaître la panique dans les voix humaines, et celle qu'il entendait à cet instant était indéniable. Les flammes illuminant l'horizon ne faisaient que confirmer ses soupçons : il y avait des ennuis. Des gros ennuis.
"Bon, on dirait qu'il y a une fête en cours, et je n'ai même pas été invité. Classique." marmonna-t-il en dégainant Paulette, sa fidèle épée en argent.
Alors qu'il émergeait de la lisière des arbres, un spectacle de chaos total se révéla devant lui. Le village, modeste et paisible à l'origine, était maintenant en proie aux flammes. Les maisons en bois brûlaient tandis que des villageois désespérés couraient dans tous les sens, poursuivis par des créatures massives et grotesques. Ces monstres n'avaient rien d'humain : ils ressemblaient à des minotaures déformés, avec des têtes d'animaux sauvages sur des corps musclés et imposants. Leurs cris bestiaux se mêlaient aux hurlements des villageois, créant une cacophonie terrifiante.
"Ok, je retire ce que j'ai dit plus tôt. Ça, c'est une vraie fête." Arno plissa les yeux, analysant rapidement la situation. "Alors… des Trollocs, c'est ça ? Minotaures du pauvre ? Pas mal, mais bon, je leur donnerais un cinq sur dix pour l'esthétique."
Il n'avait jamais vu ces créatures auparavant, mais l'instinct de traqueur du sorceleur prenait déjà le dessus. C'était des bêtes violentes, sans grande subtilité, mais elles avaient l'air nombreuses et bien coordonnées, un détail inquiétant. Une force brute qui écrasait tout sur son passage. Parfait, c'était exactement le genre de situation qu'il aimait.
Arno se lança dans la mêlée, son épée fendant l'air avec une précision mortelle. Il s'attaqua au premier Trolloc qu'il croisa, un monstre massif avec une tête de bouc et des cornes tordues. Le monstre tourna ses yeux injectés de sang vers lui, mais il ne put même pas réagir avant qu'Arno ne lui tranche la gorge en une seule coupe nette.
Le sang gicla, noir et épais, mais Arno n'avait pas le temps de s'attarder. Il pivota immédiatement vers un autre Trolloc qui tentait de s'en prendre à une femme en fuite. Paulette fendit à nouveau l'air, découpant les tendons de la créature, la faisant s'effondrer dans un cri guttural.
"Vous recrutez où, sérieusement ? J'espère que la paie est bonne, parce que vous allez tous finir par terre à ce rythme." Arno lança cette réplique à un autre Trolloc qui le chargeait de face, ignorant totalement la remarque. D'un mouvement fluide, il esquiva l'attaque massive, se glissant sur le côté pour planter son épée dans le flanc de la bête.
Mais au-delà du carnage, une autre scène attira son attention. Sur sa gauche, un homme, massif et habillé d'une cape sombre, se battait avec une maîtrise impressionnante, abattant les Trollocs avec une précision froide. Chaque mouvement était calculé, chaque coup d'épée portait mortellement. Il se battait avec une grâce qui trahissait des années, voire des décennies, d'entraînement. Il n'était clairement pas un villageois ordinaire.
Mais ce n'était pas tout. À quelques mètres derrière cet homme, une femme vêtue d'une robe élégante se tenait, les mains levées, des éclairs de lumière jaillissant de ses doigts. Elle lançait des sorts qui pulvérisaient les Trollocs en une fraction de seconde, ses sorts de feu et d'énergie pure décimant les monstres par vagues entières. Elle avait une aura d'autorité indiscutable, presque divine.
"Magie… Évidemment qu'il y a de la magie," murmura Arno avec un sourire. "C'est toujours plus amusant avec des mages dans le coin."
Un Trolloc enragé chargea vers la magicienne, pensant peut-être qu'elle était vulnérable, mais avant qu'il ne puisse l'atteindre, Arno intervint, se jetant entre la créature et elle. "Hey, les monstres d'abord, la magie ensuite !" hurla-t-il en tranchant le monstre d'un coup net au ventre, le renvoyant dans les ténèbres d'où il venait.
La magicienne, impassible, continua de lancer ses sorts, ne prêtant qu'une légère attention à Arno. Elle semblait concentrée, chaque mouvement contrôlé, chaque mot prononcé avec une précision qui laissait penser qu'elle avait fait ça des milliers de fois.
L'homme à la cape sombre approcha rapidement d'Arno après avoir éliminé une nouvelle vague de créatures. Son regard froid et perçant se posa brièvement sur le sorceleur, évaluant probablement ses compétences.
"Pas mal, étranger," grogna-t-il sans perdre de temps.
"Toi non plusArno sourit, essuyant une traînée de sang noir sur sa joue. "C'est une soirée normale ici, ou je tombe toujours dans les pires situations ?"
L'homme ne répondit pas, ses yeux rivés sur les Trollocs restants. Arno devina qu'il n'était pas du genre à parler beaucoup. "Un homme de peu de mots... Génial, on va bien s'entendre."
Le vacarme du combat emplissait l'air, chaque cri de douleur, chaque cliquetis d'armes résonnant comme un écho assourdissant. Arno, déjà en pleine action, fendait les Trollocs avec Paulette, la lame argentée chantant à chaque coup qu'il portait. Les créatures, grotesques et féroces, ne cessaient de se jeter sur lui et ses compagnons, leur soif de destruction évidente dans leurs grognements bestiaux.
Un Trolloc avec une tête de sanglier, massif et couvert de sang, tenta de le prendre par surprise. Arno esquiva de justesse, se faufilant avec une agilité presque féline, avant de planter son épée dans le ventre du monstre. Le Trolloc rugit, mais son cri s'étouffa en un gargouillement avant qu'il ne s'effondre lourdement.
"Ah mince, j'ai encore parlé du physique," lança Arno avec un sourire ironique. "Bon, on a dit pas de remarques sur les mamans non plus, mais je crois que celle-là a raté quelque chose. Un peu de patience, je vais vous en envoyer quelques autres."
La magicienne, quelques mètres derrière lui, n'avait pas besoin de mots pour montrer son exaspération. Ses mains glissèrent rapidement dans des gestes élégants, incantant un sort puissant. Des éclairs de feu jaillirent de ses doigts, frappant un groupe de Trollocs qui s'approchait dangereusement. La magie réduisit les créatures en cendres en un instant, ne laissant derrière que des cendres fumantes. Elle se tourna brièvement vers Arno, son regard perçant d'irritation, avant de se reconcentrer sur les monstres restants.
"Tu pourrais te concentrer un peu plus, au lieu de faire des plaisanteries," lança-t-elle d'une voix froide, sa magie dévastant les Trollocs sans faillir.
"Concentré, moi ? Je suis toujours concentré. J'ai juste une autre définition du mot. Mais t'inquiète, on gère !" répondit Arno tout en tranchant un autre Trolloc, celui-ci avec une tête de loup et une masse dans la main.
De son côté, le guerrier était une force implacable. Il se déplaçait avec une précision militaire, chaque coup d'épée frappant au bon endroit, chaque mouvement calculé pour infliger des dégâts mortels tout en évitant de se faire toucher. Un Trolloc géant, encore plus massif que les autres, s'avança vers lui, son épée crénelée prête à abattre le guerrier.
D'un seul coup d'œil, il évalua la créature et, au moment où le Trolloc abattit son épée, Lan pivota sur le côté, esquivant avec une grâce presque irréelle. L'attaque massive frappa le sol, soulevant des éclats de terre, mais Lan profita de l'ouverture pour porter un coup mortel à la gorge du monstre. Le Trolloc géant tituba, ses mains gigantesques portant désespérément à sa gorge, avant de s'effondrer, terrassé par la puissance du guerrier.
Arno, toujours en train de découper un autre Trolloc, jeta un coup d'œil à la scène. "Oh, impressionnant! T'as pris des cours où pour te battre comme ça ? Parce que ça marche bien !"
Le combattant ne répondit pas, ses yeux rivés sur le combat, toujours prêt à attaquer le prochain monstre. Arno haussa les épaules, amusé. "Ah, les silencieux. Je les adore."
Mais tout n'était pas aussi simple. Les Trollocs continuaient d'affluer, une vague sans fin de muscles et de haine. Leur brutalité se faisait de plus en plus oppressante, chaque créature cherchant à arracher un morceau de chair ou à écraser un ennemi sous sa force titanesque. Arno se retrouva bientôt entouré par trois Trollocs qui le chargeaient simultanément.
"Ok, là ça devient sérieux. Trois contre un ? C'est pas équitable... Pour eux."
Il esquiva le premier coup, un Trolloc armé d'une hache gigantesque. Le deuxième Trolloc, une créature avec des crocs de sanglier et une arbalète, tira un carreau qui traversa le flanc d'Arno, le propulsant au sol. Arno grogna, le sang coulant abondamment de la plaie.
"Ok, ça pique un peu," murmura-t-il, grimaçant de douleur. Mais alors que les Trollocs pensaient avoir gagné, Arno commença déjà à se relever, la blessure sur son flanc se refermant rapidement.
"Voilà pourquoi je suis l'invité surprise que personne n'attend à la fête. Vous m'abattez, je reviens toujours. Comme un mauvais morceau de fromage qui traîne."
Il abattit le premier Trolloc d'un coup net, puis se retourna avec une vitesse surprenante pour trancher les tendons de la bête suivante, la faisant s'effondrer dans un cri de douleur. Le dernier Trolloc recula instinctivement, réalisant que ce sorceleur n'était pas une proie facile. Arno avança lentement, un sourire provocateur aux lèvres.
"Allez, qu'est-ce que tu attends ? Tu voulais te battre il y a cinq secondes. T'as changé d'avis ? Je suis déçu." D'un bond, Arno se jeta sur le monstre, tranchant sa gorge avant qu'il ne puisse réagir.
Pendant ce temps, la magicienne, toujours concentrée, lança un sort puissant qui projeta une vague de lumière aveuglante, réduisant un autre groupe de Trollocs en cendres. Chaque sort qu'elle lançait semblait épuiser davantage ses réserves d'énergie, mais elle ne montrait aucun signe de fatigue. Son visage était une froide expression de concentration intense.
"Tu sembles avoir l'habitude de ces monstres," lança Arno tout en abattant un dernier Trolloc à ses pieds. "Moi, je leur donnerais cinq sur dix. Ils sont un peu bourrins, mais rien qu'un bon coup de Paulette ne puisse gérer."
Elle ne répondit pas immédiatement, sa respiration légèrement saccadée après tant d'efforts magiques. "Ce ne sont que des pions," dit-elle finalement, sa voix calme mais chargée de sous-entendus. "Ils servent une cause bien plus sombre. Tu ferais mieux de prendre tout cela au sérieux."
Arno leva les mains en signe de paix. "Hey, je prends toujours les choses au sérieux. Je les prends juste avec un peu d'humour en plus. Et crois-moi, ça aide quand tu as des gars comme eux qui te tirent dessus avec des arbalètes."
Le dernier des Trollocs fut abattu, et enfin, le silence retomba sur le village. Le feu brûlait encore dans certaines des maisons, et les villageois rescapés s'empressaient de sauver ce qu'ils pouvaient. Arno rengaina son épée, essuyant le sang noir des Trollocs sur son manteau.
"Bon, pas mal comme petit échauffement. Dites-moi, vous faites ça souvent ?"
La magicienne, toujours aussi impassible, se tourna vers lui, son regard perçant. "Qui es-tu réellement, étranger ? Et pourquoi es-tu ici ?"
Arno haussa les épaules avec un sourire espiègle. "Oh, vous savez, juste un type normal qui tue des monstres à droite à gauche. J'ai été transporté ici par un portail bizarre, et maintenant je me retrouve à faire du babysitting avec des mages et des guerriers silencieux. La routine, quoi."
Le guerrier, debout à côté de la magienne essuya lentement son épée avant de la ranger. Il regarda Arno avec la même méfiance qu'il avait au début, mais il ne dit rien. Il semblait peser chaque mot que le sorceleur prononçait, comme s'il cherchait à comprendre qui était vraiment cet étranger bavard.
"Je suppose que vous avez encore des monstres à tuer, non ?" reprit Arno, son sourire ne quittant pas ses lèvres. "Parce que si c'est le cas, je suis partant. Autant me rendre utile pendant que je suis ici."
La magicienne soupira, visiblement peu impressionnée par l'attitude décontractée d'Arno. "Il reste encore des Trollocs, et d'autres dangers bien plus grands. Mais si tu comptes rester, il va falloir que tu comprennes la gravité de la situation."
Arno croisa les bras, haussant un sourcil. "Gravité ? Moi ? Allez, vous allez voir que je suis très doué pour gérer les situations graves. Avec une touche de classe."
Le silence qui suivit la bataille était presque assourdissant. Les derniers échos des cris de combat et des rugissements des Trollocs s'étaient éteints, laissant place à une atmosphère de calme étrange, seulement troublée par le crépitement des flammes encore présentes dans le village.
Arno essuya une trace de sang noir sur son manteau, jetant un dernier coup d'œil aux cadavres des Trollocs éparpillés autour de lui. Il se tourna vers la mage et le combattant, qui observaient les restes du carnage avec la même froideur qu'ils avaient montrée pendant la bataille. Arno sentit qu'il était temps de briser la glace, ou du moins, d'essayer.
"Bon, maintenant que la petite fête est terminée, je suppose qu'on peut se présenter ?" lança-t-il avec un sourire, rengainant Paulette.
La magicienne, toujours aussi impassible, fit un pas en avant, ses yeux perçants fixés sur Arno. "Qui es-tu ? D'où viens-tu ?
Arno haussa un sourcil, amusé par son ton direct. "Ah, du franc-parler, j'aime ça. Moi, c'est Arno, sorceleur de l'École de l'Aigle. En gros, je tue des monstres pour vivre. Je viens d'un autre monde, et disons qu'un portail magique m'a balancé ici sans trop me demander mon avis."
Moiraine ne broncha pas, mais Arno vit une lueur d'intérêt dans ses yeux. "Un portail magique ? Curieux." Elle jeta un rapide coup d'œil à Lan, qui restait toujours sur ses gardes, sa main posée sur le manche de son épée.
"Et vous, vous êtes qui exactement ?" demanda Arno, croisant les bras avec nonchalance. "Parce que franchement, vous ne ressemblez pas vraiment à des villageois ordinaires. Surtout toi, Capuchon. Entre ta manière de te battre et ton look, on dirait que tu sors d'un manuel de héros taciturnes."
Lan ne répondit pas, son regard perçant restant fixé sur Arno. Ce fut Moiraine qui prit la parole.
"Je suis Moiraine Damodred, Aes Sedai de l'Ajah Bleue," dit-elle calmement. "Je suis chargée de protéger ces jeunes gens, car ils sont liés à une prophétie, une prophétie qui pourrait décider du sort de ce monde."
Arno écoutait, toujours amusé mais curieux. "Aes Sedai, hein ? Donc tu es une sorte de magicienne. D'accord, jusque-là, je te suis. Et Capuchon ?" Il pointa Lan du menton.
Moiraine jeta un regard à son Gardien avant de répondre. "Lan Mandragoran, mon Garde. Il m'accompagne et me protège dans ma mission."
Lan se contenta de hocher légèrement la tête, toujours aussi silencieux.
"Ah, Garde du corps et guerrier solitaire, je vois." Arno fit semblant de réfléchir, tapotant son menton. "Vous formez une belle équipe, je dois l'admettre. Le type mystérieux et la mage stoïque, c'est un classique."
Moiraine l'ignora. "Tu dis que tu es un... sorceleur ?"
"Exactement," répondit Arno avec enthousiasme. "Je suis un peu comme un chasseur de monstres, si tu veux. Lame dans une main, humour dans l'autre. Et accessoirement, je ne meurs pas facilement."
l pointa son flanc où l'arbalète du Trolloc l'avait transpercé plus tôt. La blessure était presque complètement refermée.
Moiraine fronça les sourcils. "Je vois. Ton corps se régénère rapidement. Une telle capacité est rare."
Arno haussa les épaules. "Ouais, pratique. Surtout quand on a l'habitude de se faire empaler, trancher ou exploser. Ça devient une sorte de routine après un certain temps." Il sourit en voyant l'expression de Moiraine rester froide malgré ses tentatives d'humour.
Moiraine, bien qu'intriguée, ne laissa pas transparaître beaucoup d'émotion. "Les capacités de ton monde sont curieuses, mais je suppose que nous avons d'autres priorités." Elle fit une pause avant de reprendre. "Dans ce monde, nous sommes en pleine guerre contre les forces du Ténébreux. Les Trollocs que tu as affrontés ne sont qu'une partie de cette menace."
"Ah, c'est donc ce que j'ai entendu dans les cris avant de me joindre à la fête. Le Ténébreux, hein ? Il ne doit pas être très populaire."
Moiraine plissa les yeux. "C'est bien plus sérieux que cela. Les jeunes que je protège," elle désigna d'un geste vague les trois garçons et la jeune fille qui se tenaient à l'écart, "l'un d'eux pourrait être le Dragon Réincarné, celui qui est prophétisé pour sauver ou détruire le monde."
Arno cligna des yeux, absorbant l'information. "Le Dragon Réincarné ? Sérieusement ? Je ne sais pas pour vous, mais dans mon monde, les dragons sont rarement les bons gars."
Moiraine sembla ignorer la remarque, poursuivant calmement. "Cette guerre dépasse ce que tu peux imaginer. Si le Ténébreux s'échappe de sa prison, ce monde entier pourrait être plongé dans les ténèbres éternelles."
Arno resta silencieux un moment, son expression devenant un peu plus sérieuse. "Ok, je vois. Sauver le monde, donc. J'ai déjà fait ce genre de boulot. Et je suppose que ces gamins ne savent même pas qui parmi eux est ce... Dragon, c'est ça ?"
Moiraine hocha la tête. "Leur destin est incertain, mais nous devons les protéger à tout prix. Les Trollocs ne sont que le début. Il y a bien pire qui les traque."
Arno soupira légèrement, posant les mains sur ses hanches. "Et moi qui pensais avoir une pause après cette histoire de Fléau et de portail dimensionnel. Bon, d'accord, pourquoi pas. J'ai rien de mieux à faire de toute façon."
Moiraine, visiblement surprise par son ton léger face à une telle responsabilité, plissa légèrement les yeux. "Et toi, Arno, pourquoi es-tu ici exactement ? Tu as dit que tu viens d'un autre monde. Comment es-tu arrivé ici ?"
"Un portail magique," répondit-il avec désinvolture. "Un de ces trucs qui s'ouvrent sans prévenir et qui te balance dans des mondes que tu ne connais pas. Ça arrive plus souvent que tu ne le penses."
Moiraine sembla peser ses paroles, son regard se durcissant légèrement. "Si tu n'es pas de ce monde, cela complique les choses. Tu n'as aucune raison de rester."
Arno sourit, haussant les épaules. "Aucune raison ? Voyons, Moiraine. Sauver des gamins d'une prophétie apocalyptique, se battre contre des monstres, et essayer de comprendre ce foutu monde ? Je trouve ça plutôt excitant."
Moiraine resta impassible, mais il était évident qu'elle n'appréciait pas vraiment l'attitude désinvolte d'Arno.
"Écoute, je vais te suivre," continua Arno, son ton devenant un peu plus sérieux. "Non pas parce que j'ai quelque chose à y gagner, mais parce que je sais ce que c'est de se retrouver dans une merde cosmique sans fin. Alors, tu peux continuer de me regarder de travers, mais crois-moi, tu vas avoir besoin d'un type comme moi."
Moiraine le regarda un moment sans rien dire, pesant ses options. "Très bien," dit-elle finalement, sa voix basse mais résolue. "Mais sache que je ne tolérerai pas d'insouciance."
"Insouciance ? Moi ? Jamais," répondit Arno avec un clin d'œil. "Je suis la prudence incarnée. Mais un peu d'humour n'a jamais tué personne."
Lan, qui était resté silencieux jusque-là, se rapprocha de Moiraine, comme pour signifier que l'échange devait prendre fin. Arno sourit, satisfait. "Allez, partons sauver le monde. On verra bien comment ça tourne."
Moiraine ne répondit pas, se contentant de se tourner vers les jeunes qu'elle devait protéger. Arno, lui, suivit tranquillement, sans jamais perdre son air détendu.
Lan intervint d'une voix grave. "Si tu choisis de nous suivre, tu devras être prêt à te battre. Les Trollocs ne sont qu'un début."
"Je suis toujours prêt à me battre, Capuchon," répondit Arno avec un clin d'œil. "C'est mon truc. Mais j'imagine que vous êtes du genre à vouloir des explications sérieuses avant de vous engager dans quoi que ce soit. Alors, présentez-moi ces fameux 'Élus du Destin'."
Moiraine jeta un regard aux quatre jeunes derrière elle. "Voici Rand al'Thor, Matrim Cauthon, Perrin Aybara et Egwene al'Vere. Ils viennent de Deux-Rivières, ce village mais leur destin est tout sauf ordinaire. L'un d'eux pourrait être le Dragon Réincarné, celui qui est prophétisé pour affronter le Ténébreux."
Arno regarda les quatre jeunes, les évaluant un instant. Rand, grand et roux, avait l'air un peu perdu, mais quelque chose dans son regard trahissait une certaine détermination, même s'il semblait ne pas comprendre toute l'ampleur de ce qui se passait autour de lui. Matrim, ou "Mat" comme l'appelait parfois Moiraine, avait une expression espiègle, comme s'il était prêt à plaisanter même au milieu du chaos, mais son regard dégageait aussi un certain doute, un malaise caché. Perrin, grand et massif, était clairement le plus physique du groupe, mais ses yeux doux et pleins de réflexion trahissaient une personnalité bien plus introspective qu'on ne l'aurait cru. Enfin, Egwene, la jeune fille, semblait la plus résolue du groupe. Son regard vif et son attitude assurée montraient qu'elle n'était pas prête à rester en arrière, malgré le danger.
"Eh bien, sacrée équipe," dit Arno avec un sourire en coin. "Vous avez des épéistes, des farceurs et des penseurs... et bien sûr, la future héroïne qui va sans doute sauver tout le monde." Il adressa un clin d'œil à Egwene, qui plissa les yeux, ne sachant pas trop comment prendre la remarque.
"On n'est pas là pour plaisanter," grogna Lan, visiblement irrité par l'insouciance d'Arno.
"Je plaisante toujours, Capuchon, c'est mon truc," répondit Arno sans se départir de son sourire. "Mais rassure-toi, je sais être sérieux quand il le faut." Il observa les environs, le village brûlant encore sous le clair de lune. "Et vu la situation, je crois qu'il vaut mieux partir avant que d'autres Trollocs ne débarquent. Ils risquent de vouloir se venger, et je n'ai pas envie de refaire une soirée comme celle-ci."
Moiraine hocha la tête, confirmant d'un geste que le départ était imminent. "Les Trollocs reviendront, et ils ne seront pas seuls. Nous devons partir immédiatement."
Arno acquiesça, dégainant à nouveau Paulette pour s'assurer que l'épée était bien prête. "Eh bien, c'est parti pour une autre aventure. Si je vous suis, c'est parce que j'ai un bon feeling. Mais je vous préviens, si ça tourne au vinaigre, je vous rappellerai que j'avais prévenu dès le début." Il sourit malicieusement, puis fit signe aux jeunes de se mettre en marche.
Le groupe quitta rapidement les ruines du village, les flammes derrière eux illuminant la nuit. Arno, en marchant aux côtés des quatre jeunes, ne put s'empêcher de leur lancer quelques regards curieux. Il n'était pas un mentor, mais il pouvait déjà sentir que ces garçons et cette fille avaient quelque chose de spécial, quelque chose qui les liait à un destin bien plus grand qu'eux.
"Alors, les gars," dit-il en marchant. "On va où, exactement ? Sauver le monde, c'est ça ?"
Rand, toujours aussi perdu, haussa les épaules. "Je... je ne sais pas trop. Moiraine dit qu'on est en danger, alors on la suit."
Arno sourit, un peu amusé par l'innocence de ces jeunes. "Eh bien, peu importe où on va, je parie que ça va être mouvementé. Mais pas d'inquiétude, vous avez un sorceleur à vos côtés. On va faire en sorte que ça se passe bien... ou du moins, qu'on rigole un peu en chemin."
Le groupe s'éloigna du village, avançant dans la nuit noire. Une alliance improbable s'était formée entre un sorceleur venu d'un autre monde, une Aes Sedai, un Garde et quatre jeunes aux destins incertains. Tandis qu'ils s'enfonçaient dans l'obscurité, Arno ne put s'empêcher de sourire.
"Eh bien, voilà une aventure comme je les aime. Allez, auteur, je te fais confiance pour la suite. Mais toujours pas de costume de licornes, hein ?"
