Chapitre 34 : L' Amyrlin
La forteresse de Fal Dara, située au Shienar, bruisse d'une agitation inhabituelle. Les corridors sont remplis de soldats en armure noire et argent, les emblèmes du Shienar ornant leurs boucliers et leurs casques. Le cœur du bastion bat au rythme de la préparation d'un événement capital : l'arrivée imminente de l'Amyrlin Seat, la dirigeante suprême des Aes Sedai. Sa présence est aussi imposante que son titre, car l'Amyrlin est l'incarnation vivante de l'autorité des Aes Sedai, une organisation de femmes capables de canaliser le Pouvoir Unique. Elle règne sur la Tour Blanche, le centre de la puissance et du savoir, et chaque Aes Sedai, quel que soit son Ajah, doit lui obéissance.
Pour les habitants de Fal Dara, ce n'est pas un événement ordinaire. L'Amyrlin n'a pas l'habitude de se déplacer à travers le monde à moins que la situation ne soit grave, et pour cause : la rumeur court qu'une guerre contre le Ténébreux pourrait bien se préparer. Les Aes Sedai, connues pour leur neutralité dans les affaires des royaumes, se rassemblent à présent pour affronter une menace qui dépasse de loin les frontières de Shienar.
Dans cette ambiance déjà lourde, un autre groupe semble lui aussi en ébullition. Arno, Rand, Mat, Perrin, Loial, Egwene et Nynaeve sont rassemblés dans la grande salle, sous la vigilance de Moiraine et Lan. Les gardes sont postés près des portes, et le murmure des soldats résonne dans l'air.
Arno, avec son éternelle désinvolture, observe la scène d'un œil amusé, Paulette et Claudette, ses épées, attachées à ses côtés. "Eh bien, je ne suis pas sûr que j'aurais choisi Fal Dara pour mes vacances, mais au moins, ils savent comment faire monter la tension."
Rand, lui, est plus silencieux. Il sent la pression de plus en plus présente, surtout depuis les étranges rêves qu'il fait, des visions troublantes et terrifiantes. Mais ce n'est rien comparé à l'état de Mat, qui serre jalousement le poignard de Shadar Logoth, ses yeux fuyant les regards des autres. Son visage est blafard, et une lueur malsaine brille dans ses yeux.
Soudain, un cri retentit à l'extérieur. Les portes de la grande salle s'ouvrent brusquement, et un garde haletant surgit. "Ils attaquent !" hurle-t-il. "Les Trollocs ! Les Myrddraals !"
La confusion est immédiate. Moiraine se lève d'un bond, son visage tendu. "Protégez les portes !" ordonne-t-elle d'une voix ferme. "Ils ne doivent pas atteindre l'intérieur."
Mais la bataille est déjà en marche. Les Trollocs, ces créatures monstrueuses, mi-hommes, mi-bêtes, fondent sur les murailles de Fal Dara, leurs armes grotesques brillant dans la lueur de la lune. Les Myrddraals, ces silhouettes cauchemardesques sans yeux, glissent parmi eux, dirigeant l'assaut avec une précision terrifiante.
Arno sourit, presque satisfait, dégainant Paulette, son épée en argent, et Claudette, sa lame en acier. "Bon, on dirait que l'heure du spectacle a sonné." Il se précipite dehors, son épée déjà en mouvement. "Allez, les gars, mettons un peu d'ambiance !"
Il bondit au cœur de la mêlée, ses épées scintillant dans l'obscurité. Chaque coup qu'il porte à un Trolloc est accompagné d'une réplique cinglante. "Sérieusement, c'est tout ce que vous avez ? On dirait que quelqu'un a mal fait le casting de ces monstres." Il fend l'air, tranchant une tête de Trolloc. "Boum ! Une décapitation, ça, c'est du travail bien fait !"
Les créatures semblent désorientées par l'agilité et l'humour décapant d'Arno, mais il reste concentré. Paulette s'enfonce dans la chair noire des Trollocs tandis que Claudette repousse les attaques furieuses de leurs épées grotesques. Entre deux coups, Arno lance à l'un des gardes, "Je ne voudrais pas être méchant, mais niveau défense, vous avez encore du boulot."
Dans la confusion, Mat, lui, se terre dans un coin, tenant fermement la dague maudite. Sa respiration devient plus lourde, plus saccadée. Ses yeux se plissent, et il regarde autour de lui, son visage déformé par une expression de paranoïa pure. "Ils sont tous contre moi..." murmure-t-il. "Ils veulent la dague... Ils veulent me la prendre..."
Rand, occupé à repousser un Trolloc avec l'aide de Perrin, remarque l'état de Mat. "Mat ! Mat, ça va ?" Mais Mat ne répond pas. Son regard devient encore plus sombre, et il se recroqueville sur lui-même, comme un animal blessé.
Moiraine, observant la scène, réalise avec horreur que l'influence de la dague est en train de s'amplifier. "Mat !" appelle-t-elle, mais il est trop loin pour l'entendre. Les Trollocs continuent d'affluer, et elle doit se concentrer sur la bataille.
Pendant ce temps, Padan Fain, dissimulé parmi les ombres, s'introduit discrètement dans les salles où sont conservés des objets précieux. Il sait exactement ce qu'il cherche : le Cor de Valère et le poignard de Mat. Avec la précision d'un serpent, il parvient à s'emparer des objets sans attirer l'attention, profitant du chaos général.
Alors que l'attaque atteint son paroxysme, Arno se retrouve face à un Myrddraal. La créature, aussi froide que la mort elle-même, dégaine son épée noire, l'air de défier le Sorceleur. Arno rit doucement, "Ah, enfin un adversaire qui a un minimum de charisme. Allons-y, spectre. Fais-moi rêver."
Le combat est intense. Arno esquive les coups rapides et mortels de la créature, tout en lui assénant des coups vifs et précis. "Tu sais, j'aurais pu être ailleurs, dans une taverne, en train de siroter une bière..." clame-t-il entre deux parades. "Mais non, il a fallu que je tombe sur toi. Quelle journée !"
Finalement, après une série de feintes et d'attaques bien placées, Arno parvient à trancher la gorge du Myrddraal, mettant fin à son existence. Mais au moment où la créature s'effondre, un cri strident retentit : "Le Cor ! Le Cor a été volé !"
Moiraine, à l'autre bout de la salle, se fige. "Non..."
Padan Fain a réussi. Le Cor de Valère est désormais entre les mains de l'ennemi.
Après l'attaque, la forteresse de Fal Dara était plongée dans un silence lourd. Les gardes s'affairaient à renforcer les défenses, mais l'atmosphère était tendue, chaque soldat étant conscient du vol des objets sacrés et de la fuite de Padan Fain. L'air semblait s'être épaissi d'une inquiétude palpable. Moiraine, le visage crispé, regardait les débris et les traces laissées par l'attaque, sachant que les conséquences allaient être désastreuses.
« Le Cor de Valère... » murmura-t-elle pour elle-même, son regard fixé dans le vide. Ce n'était pas seulement un objet de légende, c'était une clé pour l'avenir du monde, et maintenant il était aux mains du Ténébreux. Elle serra les poings, sa mâchoire se crispant.
Arno, en nettoyant Paulette et Claudette avec une désinvolture presque agaçante, haussa les épaules. « Vous savez, j'ai déjà vu des trucs voler, mais là, c'était plutôt... magique. »
Moiraine lui lança un regard irrité, mais ne répondit pas. La gravité de la situation ne lui échappait pas, mais Arno semblait incapable de prendre quoi que ce soit au sérieux, ce qui était à la fois exaspérant et étrangement réconfortant dans des moments comme celui-ci.
Rand, de son côté, se tenait en retrait, les mains tremblantes. L'attaque, les rêves, et maintenant la dague volée. Tout cela se superposait dans son esprit, créant une confusion totale. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à Mat, dont l'état semblait empirer à vue d'œil.
« Rand. » La voix de Lan, calme mais inflexible, le tira de ses pensées. « L'Amyrlin te convoque. »
Les mots semblèrent tomber comme un couperet. Rand sentit son estomac se nouer. Il avait toujours su que ce moment viendrait, mais maintenant qu'il était là, il aurait donné n'importe quoi pour fuir. Pourtant, fuir n'était pas une option. Il hocha la tête et suivit Lan, sentant le poids des regards sur lui. Le silence dans la salle n'était interrompu que par les pas lourds de Lan et les siens.
Ils arrivèrent devant les portes de la salle de l'Amyrlin, où Moiraine les attendait, son visage impassible. Elle inclina légèrement la tête en direction de Rand avant d'ouvrir les portes. L'intérieur de la salle était immense, chaque mur tapissé de bannières représentant les différents Ajahs de la Tour Blanche. L'Amyrlin, Siuan Sanche, trônait au centre, son regard perçant posé sur Rand dès qu'il entra. Ses yeux semblaient scruter son âme.
Rand s'avança, son cœur battant si fort qu'il résonnait dans ses oreilles. « Vous m'avez fait demander, Mère ? » Sa voix était plus tremblante qu'il ne l'aurait voulu.
Siuan l'observa quelques instants avant de parler, sa voix résonnant dans la grande salle. « Rand al'Thor, le temps est venu pour toi de connaître la vérité sur ce que tu es... et ce que tu es destiné à devenir. » Elle se leva de son siège, ses robes blanches et dorées se balançant gracieusement. « Tu es le Dragon Réincarné. »
Le monde sembla vaciller autour de Rand. Tout ce qu'il connaissait, tout ce qu'il pensait être vrai, se brisa en une fraction de seconde. Le Dragon Réincarné. Les mots résonnaient dans sa tête comme une condamnation. Il savait ce que cela signifiait. La folie. La mort.
« Non... Non, c'est impossible... » balbutia-t-il, reculant d'un pas, sa respiration devenant saccadée. « Je ne peux pas être... »
Arno, qui était resté silencieux jusque-là, s'avança doucement, levant la main comme s'il voulait demander la parole à une classe. « Bon, pas pour me mêler de vos affaires prophétiques, mais si on commence à paniquer maintenant, on va avoir un sérieux problème. Et puis, tu pourrais être le Dragon avec des options... Tu sais, genre le modèle amélioré. »
La remarque d'Arno arracha un sourire à Siuan, mais elle garda son sérieux. « Rand, ce n'est pas une question de ce que tu veux ou non. C'est ce que tu es. Le destin ne demande pas notre avis. Il s'impose à nous. »
Rand, toujours en état de choc, hocha la tête lentement, bien que son esprit refusait encore d'accepter la vérité.
Moiraine, debout à côté de Siuan, croisa les bras. « Tu as canalisé, Rand. Le Pouvoir Unique coule en toi. C'est cela qui t'a permis de vaincre Ba'alzamon à l'Œil du Monde. Cela fait de toi le Dragon Réincarné. »
Arno, décidant de prendre un ton plus léger malgré la tension palpable, murmura à Rand : « Bon, si ça peut te rassurer, moi aussi j'ai eu des moments où je me suis dit que j'étais pas fait pour ça. Genre, être un sorceleur, c'est pas du tout glamour. » Il fit une pause dramatique. « Mais bon, on fait avec ce qu'on a. »
Rand tourna la tête vers Arno, cherchant un réconfort, une blague, quelque chose qui pourrait alléger le poids de ce qu'il venait d'entendre. Mais Arno, bien qu'amusant, ne pouvait pas effacer la réalité. Il était le Dragon Réincarné, et cela signifiait plus que de simples responsabilités. C'était une malédiction.
Siuan, voyant l'agitation intérieure de Rand, prit une voix plus douce. « Tu n'es pas seul dans cette bataille, Rand al'Thor. Tu as des alliés. Nous avons des plans. Mais tu dois comprendre que ton destin est scellé. La question est de savoir ce que tu en feras. »
Le silence qui suivit fut lourd. Même Arno, pour une fois, resta silencieux, observant Rand d'un air sérieux. Puis, comme pour briser cette atmosphère pesante, il souffla à voix basse, « Pas de pression, hein ? »
Moiraine, les bras toujours croisés, échangea un regard avec l'Amyrlin avant de déclarer, « Nous devrons agir vite. Le Cor est entre les mains de Padan Fain. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre. »
Rand, bien que toujours ébranlé par la révélation, se redressa légèrement. Il savait que la route qui l'attendait serait parsemée d'embûches, mais une chose était certaine : il ne pouvait pas fuir.
Après l'audience tendue de Rand avec l'Amyrlin, Moiraine resta en arrière dans la grande salle. Le silence était lourd, seulement brisé par les mouvements feutrés des gardes à la sortie de Rand. L'Amyrlin, Siuan Sanche, observait Moiraine d'un regard calculateur. Elle savait que son ancienne amie avait toujours une raison précise pour demander un entretien privé. Moiraine, de son côté, savait que ce qu'elle allait révéler à l'Amyrlin allait attiser encore plus sa curiosité.
« Que veux-tu me dire, Moiraine ? » demanda l'Amyrlin, ses yeux perçants rivés sur elle.
Moiraine prit une profonde inspiration avant de parler. « Il y a un autre sujet, Mère. Concernant un homme... ou plutôt, un être que j'ai rencontré récemment. Un Sorceleur nommé Arno. Il n'est pas de ce monde. »
L'Amyrlin fronça les sourcils, clairement intéressée. « Pas de ce monde, dis-tu ? Continue. »
Moiraine hocha la tête. « Arno est un Sorceleur, un mutant venu d'un autre monde. Il chasse des créatures magiques et possède des capacités bien au-delà de ce que nous connaissons ici. Il est immortel, du moins en apparence, et manie deux épées, dont l'une en argent, Paulette, pour tuer les monstres. Claudette, en acier, est son arme contre les mortels. »
Siuan se pencha en avant, son regard captivé par le rapport détaillé. « Et comment est-il arrivé ici ? »
Moiraine hésita une seconde. « Il dit être arrivé à cause d'une faille entre les mondes. Un passage qui l'a conduit ici accidentellement. Je ne sais pas s'il dit la vérité ou s'il s'agit de quelque chose de plus sinistre. Cependant, il a combattu à nos côtés et s'est montré utile... et dangereux. »
L'Amyrlin croisa les bras, pensant. « Dangereux ? »
Moiraine acquiesça. « Il possède une force physique et des réflexes impressionnants, et il est doté d'un certain humour... disons déstabilisant. Il semble aussi capable de se régénérer de blessures graves. Pourtant, il ne semble pas animé par une quelconque malveillance. »
Un silence pesa quelques instants, puis Siuan soupira doucement. « Fascinant. S'il vient d'un autre monde, cela pourrait signifier que les frontières entre les réalités se fragilisent davantage que ce que nous avons prévu. Et cela pourrait... compliquer bien des choses. »
Moiraine, toujours aussi impassible, acquiesça. « C'est pour cela que je vous en parle. J'ai pensé que peut-être la Tour Blanche pourrait l'aider à comprendre ce qui l'a amené ici. Et, si possible, à retourner dans son monde. »
L'Amyrlin hocha la tête. « Je veux qu'il vienne à la Tour Blanche. Nous devons en apprendre davantage. Si les frontières entre les mondes s'effritent, il est de notre devoir de le comprendre. Mais nous devrons le surveiller de près. »
Un léger sourire passa sur le visage de Moiraine. « Surveiller Arno ne sera pas une tâche aisée, Mère. »
Soudain, la porte s'ouvrit brusquement, et Arno fit irruption dans la salle, comme s'il avait senti qu'on parlait de lui. « Ah, j'ai entendu parler d'une invitation dans un endroit tout blanc. Est-ce que c'est pour une retraite spirituelle ou plutôt un stage de découverte ? » lança-t-il avec un sourire insolent.
L'Amyrlin le regarda, surprise par son entrée si désinvolte, tandis que Moiraine leva les yeux au ciel. « Arno, » soupira-t-elle. « Nous parlions justement de vous. L'Amyrlin souhaite que vous veniez à la Tour Blanche. Peut-être pourra-t-elle vous aider à retourner chez vous. »
Ingtar, debout au centre de la salle de guerre de Fal Dara, observait les visages tendus qui l'entouraient. Les ombres du soir se reflétaient sur les murs en pierre, créant une atmosphère lourde, propice aux plans et aux décisions graves. La perte du Cor de Valère était une catastrophe qui résonnait profondément dans le Shienar, et Ingtar, avec son sens du devoir inébranlable, s'était vu confier la mission de retrouver l'objet volé. Il était entouré de Rand, Perrin, Mat, et Hurin, le guide. Chacun savait que leur tâche serait périlleuse, et la tension était palpable.
Ingtar jeta un dernier regard à Moiraine et à Lan, qui se tenaient près de la porte, silencieux. Moiraine avait fait tout ce qu'elle pouvait pour stabiliser l'état de Mat, mais sa dégradation était visible à tous.
« Nous partons à l'aube, » annonça Ingtar d'une voix ferme, fixant chaque membre de son groupe. « Hurin a senti la piste des voleurs, et il nous mènera jusqu'à eux. Nous ne nous arrêtons que lorsque nous aurons récupéré le Cor et le poignard de Mat. »
Mat, assis dans un coin sombre de la pièce, serrait convulsivement la dague qu'il avait récupérée à Shadar Logoth. Ses yeux étaient hantés, ses traits crispés, comme s'il se battait intérieurement contre une présence invisible. Rand et Perrin l'observaient avec une inquiétude non dissimulée. Leurs regards échangés traduisaient leur impuissance face à l'état de leur ami.
« Moiraine a déjà fait tout ce qu'elle pouvait pour ralentir la corruption, » dit Rand à voix basse, se tournant vers Ingtar. « Mais il ne pourra pas continuer comme ça encore longtemps. »
Mat se leva brusquement, ses mouvements nerveux et son regard fuyant. « Je vais bien, » grogna-t-il. « C'est juste... tout est plus sombre... plus... froid. » Son poing se resserra autour de la poignée de la dague, ses jointures devenant blanches.
Perrin fit un pas en avant, mais il s'arrêta en voyant l'expression de son ami. « Mat, » commença-t-il doucement, « on veut juste t'aider. Tu dois nous laisser faire. »
Mat émit un rire bref, creux, sans joie. « Me laisser faire ? Tu crois que je ne sens pas ce qui se passe ? Je sais ce que vous pensez tous. Mais vous ne comprenez pas. Vous ne comprenez rien... »
Les mots de Mat dérivaient, ses pensées de plus en plus décousues. Moiraine, immobile près de la porte, observait en silence.
Hurin, de son côté, attendait patiemment. Sa capacité à sentir les méfaits, cette étrange sensibilité aux actes de malveillance, faisait de lui le guide idéal pour cette mission. Il était petit, trapu, avec une posture presque servile, mais sa détermination et ses talents étaient sans pareil.
« Je suis prêt à suivre la piste des voleurs, » dit Hurin en hochant la tête vers Ingtar. « J'ai senti leur présence... des actes terribles... Le genre de choses qu'on ne peut pas ignorer. » Sa voix s'éteignit, comme s'il était encore affecté par ce qu'il avait perçu.
Ingtar se tourna vers lui, un éclair de respect dans le regard. « Nous te suivrons, Hurin. Fais-nous savoir dès que tu sens une trace. »
« Il y aura des dangers, » intervint Ingtar, le regard se durcissant. « Mais ce n'est pas une simple mission de récupération. Si nous échouons à ramener le Cor de Valère, les conséquences seront terribles pour le monde entier. »
Rand, bien qu'encore secoué par la révélation de son destin lors de l'audience avec l'Amyrlin, sentait la gravité de la situation peser sur lui. Le Cor de Valère, l'objet de légende capable de réveiller les héros du passé, ne devait pas rester entre les mains des ténèbres.
« Eh bien, les gars, je suppose que c'est ici qu'on se dit au revoir, » commença Arno d'un ton léger, bien que ses yeux trahissaient une touche de gravité. « Moi, je me fais convoquer à la Tour Blanche... Ah, les tours en général, vous savez, c'est toujours un piège. Tu penses qu'il y aura une vue sympa, mais au final, c'est juste pour te faire tourner en bourrique. » Il haussa les épaules en souriant.
Rand, adossé à la table, les bras croisés, fronça légèrement les sourcils. « Tu penses vraiment que tu vas trouver un moyen de rentrer chez toi là-bas ? »
« Honnêtement, j'en sais rien, » répondit Arno en fixant Rand. « Peut-être qu'elles me mettront sous une loupe, genre 'oh, regardez cet étrange spécimen venu d'un autre monde !' Mais bon, si elles peuvent me renvoyer à mon monde, je ne vais pas me plaindre. Qui sait, peut-être que la magie de votre monde a une sortie de secours. »
Mat, assis dans un coin, le regard toujours marqué par la corruption de la dague, leva à peine les yeux. « Si tu rentres chez toi, c'est bien. On est tous coincés ici. Pas sûr qu'on s'en sorte aussi facilement. »
Arno sourit en coin, hochant la tête. « Je suis à moitié immortel, Mat, mais toi... avec cette dague, tu es sur la bonne voie pour surpasser ma longévité. Enfin, si tu ne te fais pas trop d'amis du Ténébreux. » Son ton était moqueur, mais une ombre de sincérité transparaissait. Il savait à quel point Mat souffrait, même s'il ne le montrait pas.
Perrin, plus silencieux que d'habitude, observait Arno avec son regard sérieux et doux. « Alors... si c'est un adieu, on ne te reverra peut-être pas ? »
Arno se redressa et croisa les bras. « On sait jamais, gamin. Peut-être que je vais trouver le moyen de rentrer chez moi... ou que je vais finir par rester coincé ici avec vous, à combattre des Trollocs, des Myrddraals, et des réprouvés jusqu'à la fin des temps. Qui sait ? Mais bon, si je trouve le chemin de retour, sachez que je suis ravi de vous avoir rencontrés. Même toi, Mat, avec ta dague maléfique et ta tendance à attirer les ennuis. »
Il s'approcha de Rand, qui semblait plus affecté que les autres par ce moment. Après tout, Arno et lui avaient partagé de nombreux instants où l'humour du sorceleur avait permis de relâcher la pression. « Toi, Rand, » dit Arno, sa voix devenant un peu plus sérieuse. « Fais attention à toi. Tu portes un poids que personne d'autre ici ne peut vraiment comprendre. Moi, je fais dans le découpage de monstres et les blagues pour alléger l'ambiance, mais toi... ce que tu es sur le point d'affronter, c'est un peu plus complexe. »
Rand baissa légèrement la tête, conscient de l'énorme fardeau qui pesait sur ses épaules après avoir appris qu'il était le Dragon Réincarné. « Merci, Arno. Pour tout. J'espère que tu trouveras un moyen de rentrer chez toi. »
Arno fit un clin d'œil. « Oh, je suis sûr que je finirai par me débrouiller. Et si j'y arrive, vous continuez à dégommer les monstres pour moi, ok ? »
Perrin sourit faiblement, tandis que Mat émit un léger grognement d'approbation. Arno s'éloigna alors vers la porte, avant de se retourner une dernière fois.
« Bon, on n'est pas trop doués pour les adieux, alors autant ne pas faire traîner ça. Bonne chance pour sauver le monde ou quelque chose dans ce goût-là. Si jamais je ne trouve pas de portail magique ou de vieux sage qui peut me renvoyer chez moi, je vous aiderais. »
Et sur ces mots, Arno disparut dans les ombres du couloir, laissant Rand, Mat et Perrin seuls avec leurs pensées, prêts à poursuivre leur quête, mais sans savoir s'ils reverraient un jour leur compagnon sarcastique.
Arno, debout près de la fenêtre de la petite chambre qu'il occupait à l'auberge, observait les remparts de Fal Dara en contrebas. Il tapotait doucement la garde de Claudette, comme s'il tentait de se convaincre que tout irait bien. « Bon, il paraît que c'est le moment de quitter cette belle forteresse pour... quoi déjà ? Ah oui, la fameuse Tour Blanche, là où une bande de dames en robes font de la magie. J'ai hâte ! » Il sourit ironiquement à lui-même avant de se tourner vers le peu de bagages qu'il avait.
« Claudette, Paulette, mes compagnes fidèles, vous êtes prêtes pour ce road trip forcé ? Parce que franchement, ces vacances dans ce monde, ça commence à devenir long. J'aurais dû prendre un guide touristique. Peut-être que les Aes Sedai m'offriront un prospectus... ou un aller simple pour la maison. » Il laissa échapper un rire léger, mais dans ses yeux, on pouvait lire une inquiétude plus profonde.
Alors qu'il rassemblait ses affaires, Arno s'arrêta un instant, son expression devenant plus sérieuse. Le doute l'envahit malgré son humour habituel. Et si ce voyage n'aboutissait à rien ? Si je restais coincé ici pour toujours ? pensa-t-il en silence. Il s'était battu contre des monstres, voyagé à travers des dimensions, et maintenant, il espérait que ces Aes Sedai, avec leurs mystérieux pouvoirs, pourraient faire quelque chose pour lui. Mais au fond, il savait que tout cela restait une immense inconnue.
Il soupira, se redressant en serrant les poings. « Ce n'est qu'une étape de plus. J'ai survécu à bien pire. Si je dois être coincé ici, autant m'amuser un peu... après tout, le Ténébreux n'aura pas ma peau, alors pourquoi s'inquiéter ? »
Au même moment, Moiraine frappa doucement à la porte et entra sans attendre une réponse. Sa présence imposait toujours une forme de respect, même chez Arno, malgré son humour persistant. « Arno, » commença-t-elle d'une voix calme mais pleine d'autorité, « tu sais que ce voyage à la Tour Blanche comporte des risques. Tu ne peux pas les sous-estimer. »
Arno haussa un sourcil, ses lèvres se plissant en un sourire amusé. « Risques ? Moi ? Sous-estimer des choses ? Moiraine, voyons. C'est presque comme si tu me connaissais trop bien ! Je suis une légende en minimisation des dangers. Et puis, si ça devient trop dangereux, je peux toujours chanter une chanson pour désamorcer la situation. Ou... je fais quoi d'habitude ? Ah oui, je découpe tout ce qui bouge. »
Moiraine le fixa d'un air impassible, mais elle savait que sous cette désinvolture, Arno comprenait parfaitement la gravité de la situation. « Tu sais aussi bien que moi que la Tour Blanche est un lieu de secrets. Même pour toi, leur magie pourrait être difficile à comprendre, et certains de tes... aspects pourraient susciter des réactions imprévisibles. »
« Tu parles de mon charme légendaire, c'est ça ? Ne t'en fais pas, je maîtrise ça comme personne, » répondit Arno, feignant l'arrogance, avant de lever une main apaisante. « Non, sérieusement, je comprends. Mais qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Si ces Aes Sedai ont une chance de me renvoyer chez moi, je dois la saisir. Et si ça ne marche pas... eh bien, j'improviserai. Comme d'habitude. »
Moiraine hocha la tête, mais avant de partir, elle le regarda longuement. « Sois prudent, Arno. Ce monde a déjà assez de chaos. »
« Moiraine, crois-moi, le chaos... c'est moi qui le gère. » Il lui adressa un clin d'œil et un salut décontracté, avant de la voir sortir en silence.
Arno termina de ranger ses affaires et se dirigea vers le groupe, où Nynaeve et Egwene discutaient. En s'approchant, il laissa échapper un sifflement moqueur. « Ah, mes dames préférées ! Si je ne reviens pas, sachez que vous étiez définitivement mes préférées. »
Nynaeve, croisant les bras, le toisa avec méfiance. « Tu ferais mieux de ne pas te perdre en chemin, sorceleur. Les Aes Sedai ne sont pas des jouets pour tes blagues. »
Arno sourit, mais cette fois avec une touche de sincérité. « Oh, Nynaeve... Si je ne peux plus plaisanter avec les gens qui m'entourent, à quoi sert ce monde ? Allez, détends-toi un peu, je suis sûr que tu vas me manquer. Enfin, juste un tout petit peu. »
Egwene, amusée, lui fit un signe de tête. « Tu vas nous manquer, Arno. Tu es... disons, un compagnon assez unique. »
« Unique ? Ah, j'aime bien ça. Je vais le graver quelque part dans ma légende personnelle. 'Arno, le compagnon unique'. Ça sonne bien, non ? »
Après un dernier échange de sourires et de plaisanteries, Arno s'éloigna du groupe, une étrange chaleur dans le cœur, un sentiment auquel il n'était pas habitué. Ces filles, bien que si différentes de lui, avaient réussi à le toucher d'une manière ou d'une autre.
Alors qu'il quittait Fal Dara, il murmura pour lui-même, « Peut-être que ces vacances dans ce monde ne sont pas si mauvaises après tout... »
Mais au fond de lui, l'incertitude de ce que l'avenir réservait à la Tour Blanche et de son éventuel retour dans son monde natal pesait sur ses épaules, même si l'humour restait sa seule arme pour masquer ce poids.
Le vent frais des montagnes balayait les plaines du Shienar tandis que le groupe de Rand se préparait à partir. Le camp était en effervescence, les chevaux hennissaient, les soldats de Fal Dara donnaient leurs dernières instructions. Arno observait la scène depuis une colline, ses bras croisés, une expression moqueuse au visage. « Ah, les enfants partent à l'aventure... sans nounou. Je me demande combien de temps ils tiendront avant de tout casser. »
Arno les regarda disparaître dans la brume montante des collines. « Voilà, ils sont partis sans leur baby-sitter. J'espère qu'ils n'en feront pas trop. » Il fit un pas en avant, ajustant Claudette à sa ceinture, et prit une profonde inspiration. Direction la Tour Blanche, là où les mystères s'épaississent et où, peut-être, je découvrirai enfin comment rentrer chez moi... ou pas.
Alors qu'il marchait vers l'entrée de Fal Dara, il sentit une présence derrière lui. Moiraine, accompagnée de Lan, s'avançait avec son calme habituel. « Tu es prêt ? » demanda-t-elle, sa voix douce mais pleine de gravité.
« Prêt ? Je suis toujours prêt, Moiraine. Enfin, presque. Je me demande juste si elles vont m'offrir du thé avant de m'interroger. Parce que franchement, avec tout ce que j'ai traversé, j'aurais bien besoin d'une pause. » Arno lança un sourire espiègle, mais Moiraine resta impassible.
« La Tour Blanche n'est pas un lieu de plaisanterie, Arno. Sois sur tes gardes. Les Aes Sedai ne révèlent jamais tout ce qu'elles savent. »
« Oh, ne t'inquiète pas pour moi. Je suis un maître du jeu de l'intrigue. Peut-être pas au même niveau qu'elles, mais j'ai quelques tours dans mon sac, » répondit Arno en levant les sourcils.
Arno s'arrêta un instant avant de franchir la dernière porte de Fal Dara, se retournant pour jeter un dernier coup d'œil à Moiraine et Lan. Il esquissa un sourire en coin, son regard oscillant entre l'ironie et une sorte de sincérité rare chez lui.
« Bon, eh bien, je suppose que c'est là que je dis 'au revoir', hein ? » dit-il, sa voix teintée de légèreté, comme si la situation n'était qu'un mauvais épisode de plus dans sa longue vie de sorceleur. « Qui sait, peut-être que ces sorcières en robe blanche réussiront à me renvoyer chez moi... ou à m'offrir un abonnement gratuit à leurs conseils magiques. »
Moiraine, toujours aussi stoïque, hocha la tête. « Si quelqu'un peut t'aider à comprendre ta situation et potentiellement te ramener chez toi, ce sont les Aes Sedai de la Tour Blanche. Mais sache que leur aide n'est jamais gratuite. »
« Ah, ça, j'en doute pas, » répondit Arno en levant légèrement les mains en signe de paix. « Mais au cas où je trouve la sortie de ce drôle de monde... je voulais juste dire que, vous m'avez pas trop mal supporté. » Son sourire se fit plus authentique, légèrement mélancolique. « Vous allez me manquer. Même toi, Lan, avec ton éternel air de 'j'ai une épée et je m'en sers comme personne'. »
Lan, qui observait Arno avec son habituel sérieux, fronça légèrement les sourcils, mais une étincelle presque imperceptible passa dans ses yeux. « Tu es un guerrier compétent, même si tu parles trop. Fais attention à la Tour Blanche. Tout ne se jouera pas avec une épée. »
Arno hocha la tête, un sourire malicieux au coin des lèvres. « Ah, Lan... toujours à croire que l'humour est une faiblesse. Tu verras, un jour tu lâcheras une blague, et le monde ne s'effondrera pas. »
Moiraine, qui avait observé cet échange avec une légère curiosité, s'avança d'un pas. « Sois prudent, Arno. Ce monde est complexe et plein de dangers, mais si tu trouves la sortie, tu ne dois pas hésiter à la prendre. Ce n'est pas tout le monde qui a une seconde chance de retrouver son monde. »
« T'inquiète, Moiraine. Je vais peut-être jouer au héros ici, mais si je trouve la porte de sortie, je n'hésiterai pas à sauter dedans. Et si jamais je reviens, peut-être que je serai encore plus insupportable... mais on ne sait jamais. »
Lan s'approcha légèrement, posant une main ferme mais respectueuse sur l'épaule d'Arno. « Bonne chance, sorceleur. »
Arno fronça les sourcils en regardant la main de Lan avant de lever les yeux vers lui, l'air faussement étonné. « Wow, c'est moi ou tu viens de faire preuve d'une émotion, Lan ? On note ça quelque part, ou c'est un truc exceptionnel réservé aux adieux ? »
Lan se retira, impassible, mais Arno savait qu'il avait réussi à arracher un soupçon d'humanité au Garde. Moiraine, quant à elle, conserva sa grâce habituelle et adressa un dernier signe de tête. « Que la Lumière veille sur toi, Arno. »
Il tourna les talons, le sourire toujours aux lèvres, bien qu'un peu plus grave qu'à son habitude. « Je vous retourne le compliment, » murmura-t-il pour lui-même, avant de s'éloigner définitivement, ses pas résonnant dans le couloir qui menait à la sortie de Fal Dara.
Au loin, la route vers Tar Valon et la Tour Blanche s'étendait devant lui, une aventure nouvelle mais potentiellement décisive. Une brise légère soufflait dans ses cheveux, et il leva les yeux vers le ciel. « Allez, les filles en blanc. Montrez-moi ce que vous avez. »
