Plus le temps passait et plus Stiles se demandait si les Hale étaient toujours en contact avec la meute. Voilà plusieurs jours déjà qu'il était réveillé et que l'on s'occupait de lui… Sans changer d'attitude à son égard. A bien les observer, l'hyperactif ne décelait chez eux aucune défiance, aucune colère, aucune rancune. Ils n'étaient donc vraisemblablement au courant de rien et c'était peut-être ce qui le surprenait le plus. Pas qu'il s'en plaigne : à vrai dire, il désirait plus que tout que leur ignorance dure, histoire de gagner du temps. Une fois d'attaque, il repartirait sans trop de souci. Enfin, Stiles ne prenait en compte que le côté physique de la chose, à savoir la guérison de son corps. Son âme, elle, c'était autre chose – il s'interdisait d'y penser, de songer aux possibles peurs que son inconscient entretenait encore au sujet de son agression.

Et dans ses longues réflexions, Stiles faisait régulièrement la comparaison entre la meute et les Hale – leur façon de le traiter. La première l'avait tout bonnement rejeté avec une froideur tranchante tandis que les seconds s'occupaient de lui comme s'il faisait partie de la famille – ou presque. Stiles n'avait en tout cas pas à souffrir du moindre mépris ou de la moindre négligence : on faisait tout pour qu'il se sente bien. L'on avait d'ailleurs bien compris que pour ce faire, il fallait lui envoyer Derek.

Il était aisé de remarquer à quel point l'hyperactif se détendait en sa présence. L'ancien alpha ne lui adressait la parole que lorsqu'il avait besoin de lui poser une question d'ordre utile – s'il avait mal, faim, soif – et ne le forçait pas à parler. Tant mieux, parce que Stiles ne s'en sentait toujours pas capable : sa gorge lui semblait inextricablement nouée. Les mots lui reviendraient, sa langue finirait par se délier… Il lui fallait juste un peu plus de temps pour lâcher prise à ce sujet.

Stiles n'avait aucun problème avec Peter ou Cora à proprement parler mais il était clair qu'il ne se sentait pas très à l'aise en leur présence. L'oncle se perdait en blagues sarcastique dans une façon maladroite de le dérider tandis que la nièce essayait de le faire parler malgré ses difficultés. Elle avait beau y aller doucement, Stiles s'en retrouvait malgré tout brusqué et n'arrivait pas à lâcher prise. Avec Derek, c'était plus simple : il respectait son silence et ne lui imposait rien, pas même sa présence. Il restait et ne s'en allait généralement que lorsqu'il avait quelque chose à faire ou qu'il voyait que Stiles avait besoin d'être seul. Cela se traduisait par des mouvements nerveux, une tension soudaine dans ses épaules… Des choses que l'hyperactif pensait insignifiantes mais que Derek remarquait. Un peu plus et il le ferait douter de sa nature lupine. N'avait-il pas été un aigle dans une autre vie ? Il en avait en tout cas les yeux et le sens de l'observation.

Une chose était néanmoins certaine : si l'on revenait quelques semaines en arrière et que l'on disait à Stiles que Derek Hale serait la personne auprès de qui il se sentirait le mieux, il aurait ri à gorge déployée tant cette idée lui aurait parue improbable. Elle l'était encore actuellement – mais il la vivait, au sens propre comme au sens figuré.

Stiles ne se sentit qu'à peine coupable de la façon dont il profitait du repos qu'on lui offrait sur un plateau d'argent. Il n'avait rien à faire si ce n'est se nourrir, changer certains de ses pansements et bandages – il tenait à le faire lui-même – et dormir. Pourtant, l'hyperactif avait l'impression qu'il devrait refuser tout ce confort, se dire qu'il ne le méritait pas et… C'était peut-être partiellement vrai. Il avait néanmoins beaucoup trop souffert de ces derniers jours de solitude qu'il en venait à tout accepter de façon presque… Aveugle. Aveugle, mais consciente. Stiles ne se rappelait que trop bien de ces quelques nuits passées à pleurer toute sa douleur et toute sa confusion, à se demander pourquoi on avait une nouvelle fois décidé de ne pas lui faire confiance. Il savait que tout était contre lui, mais il n'avait rien fait, clamant son innocence du début à la fin.

Qu'aurait pensé Derek, s'il avait été là ? Que lui aurait-il dit ?

Cette pensée venait de lui venir avec un naturel frappant. Automatiquement, les visages de Peter et Cora se superposèrent à celui de Derek. Stiles n'avait strictement aucune idée de leur réaction. S'il avait eu tendance à se dire qu'ils se seraient directement rangés du côté de Scott, l'hyperactif commençait lentement à douter… Ce qui ne changeait pas son avis sur la question : il ne leur parlerait de ce qu'il s'était passé sous aucun prétexte. De toute façon, il viendrait forcément un moment où ils l'apprendraient… Et malgré l'évolution de sa réflexion, Stiles aimerait ne pas être là. Aurait-il la chance de se trouver suffisamment loin d'eux ce jour-là ? Il l'espérait.

Le fait est qu'il devrait irrémédiablement encore bouger. Changer de ville. Rouler, rouler, rouler. Remettre en branle ce cycle aux allures d'infini qu'il avait brisé en pensant que son éloignement actuel serait suffisant.

C'est sur ces quelques pensées de moins en moins joyeuses que Stiles sombra lentement mais sûrement dans le sommeil. Si son esprit se montrait de plus en plus vif, son corps, lui, restait épuisé.

Il guérissait.

xxx

Peter et Cora avaient décidé de sortir un peu pour s'aérer l'esprit. Enfin ça, c'était ce qu'ils avaient sorti à Derek tout en sachant que celui-ci pouvait déceler leurs mensonges aussi naturellement qu'il respirait. C'était tout autant dans sa nature que dans la leur. D'un autre côté, il comprenait : ces mots-là sonnaient mieux que la vérité, à savoir qu'ils retourneraient sans doute sur les lieux où Stiles avait été passé à tabac, dans l'espoir de croiser un des enfoirés dont ils espéraient refaire le portrait – ou du moins l'en menacer. Les liens de meute revêtaient pour la famille Hale une importance toute particulière. Derek la ressentait aussi, cette envie de vengeance. Il ne pouvait nier le fait qu'elle la titillait chaque fois qu'il pensait à l'hyperactif se reposant dans sa chambre. Et en même temps, il avait un accord avec l'alpha de cette autre meute. Un accord auquel il consentait à ne pas déroger dans la mesure où il sentait qu'elle allait elle-même faire payer cette violence inutile et on ne peut plus gratuite à ses subalternes.

Puis il tenait à rester ici, au cas-où. Il gardait la tête froide et l'esprit clair : Stiles pouvait avoir besoin de son aide. S'il récupérait, il n'était pas encore en état de marcher sans aucune aide – il chancelait, très peu sûr de ses appuis. De ce qu'il lui avait écrit sur son téléphone car toujours incapable de parler, la tête lui tournait lorsqu'il se mettait debout. Derek ne faisait cependant pas cela dans un but uniquement charitable. Derek avait à cœur d'apprendre ce qu'il s'était passé pour que Stiles se soit mis dans un tel pétrin. Il n'appellerait pas Scott ni aucun membre de la meute : il tenait à entendre la version de l'hyperactif en premier, connaître la teneur des évènements de cette façon. Et il savait qu'il attendrait le temps qu'il faudrait pour cela.

Et Derek avait bien fait de rester à l'hôtel car il fut ainsi témoin de quelque chose d'inédit, un début de réponses à ses trop nombreuses questions.

Quelques mots péniblement articulés au beau milieu d'un rêve agité.