Disclaimer : L'œuvre Harry Potter est la propriété de J. K. Rowling.
Draco s'éveilla dans un état d'engourdissement familier. Ses yeux s'ouvrirent sur la lumière tamisée qui filtrait à travers les rideaux, un gris pâle typique des matins londoniens. Son premier réflexe fut de chercher son téléphone, tâtonnant à l'aveugle sur la table de chevet jusqu'à ce que ses doigts rencontrent enfin le métal froid de l'appareil.
6 h 45.
Pas catastrophique. Pas idéal non plus. Draco soupira en se laissant retomber sur l'oreiller, le téléphone posé sur son torse. Il savait qu'il ne pourrait pas se rendormir, pas avec l'agitation diffuse que les effets secondaires de son traitement faisaient vibrer sous sa peau. Ces réveils précoces étaient devenus une routine depuis longtemps, tout comme les maux de tête discrets mais persistants ou cette étrange sensation de n'être jamais totalement reposé.
« Six heures, c'est déjà ça de pris. » Pensa-t-il en fixant le plafond.
Il passa quelques minutes à faire défiler son fil d'actualité, un geste purement machinal. Des photos d'amis lointains, des annonces d'événements auxquels il n'irait jamais, quelques articles sans grand intérêt. Puis, comme souvent, il se surprit à ruminer les mêmes pensées. Ses collègues. La Gazette. Rita.
L'idée s'imposa rapidement : il n'avait rien d'autre à faire de cette matinée, alors pourquoi ne pas s'attaquer à ce qui l'obsédait depuis la veille ? Il ferma les yeux un instant, hésitant entre aller à la salle de sport ou céder à cette envie. L'idée d'un jogging matinal était séduisante, mais une autre pulsion s'imposa, plus tenace.
L'investigation.
Ce travail qu'il aurait voulu faire à la Gazette. Pas les articles convenus et lisses qu'il produisait à longueur de journée, mais une vraie plongée dans les zones d'ombre. Et quoi de mieux que Gringotts pour occuper sa frustration ?
Il se leva finalement, enfila un bas de jogging et se traîna jusqu'à la cuisine. L'appartement était calme, comme toujours à cette heure. Theo dormait probablement encore.
Draco fit couler un café en silence, savourant l'arôme amer qui embaumait déjà la pièce. Il posa sa tasse à côté de son ordinateur portable, s'installa à la table de la cuisine et ouvrit une session de recherche.
Les premières minutes furent peu prometteuses.
Il tapa d'abord « Gringotts presse », puis « Laboratoires Gringotts innovations» et même « Gringotts éthique et progrès ». Chaque mot-clé ramenait néanmoins les mêmes résultats, soit une avalanche d'articles élogieux publiés par les grandes rédactions nationales. A n'en pas douter, les titres étaient tout droit sortis d'une campagne de communication savamment orchestrée.
« Un modèle d'innovation et de transparence. »
« Les laboratoires qui sauvent des vies. »
« Le futur de la médecine grâce à Gringotts. »
Draco cliqua machinalement sur l'un des liens. L'article, publié par un grand journal national, déroulait une suite de phrases vides et de lieux communs enrobés dans un vernis d'admiration. Rien de concret ou de substantiel, en somme. Aucun chiffre, aucun témoignage, aucune trace d'une enquête sérieuse.
Il haussa un sourcil en remarquant que ces articles ressemblaient étrangement à ceux qu'il écrivait lui-même pour la Gazette. Cette constatation le fit grimacer.
Piqué par cette pensée parasite, il tenta une combinaison moins équivoque : « Gringotts controverses ».
Les rapports publics qu'il dénicha ne furent malheureusement pas plus utiles. Rédigés dans un jargon bureaucratique et volontairement abscons, ils évoquaient des projets « préliminaires » ou des initiatives « en cours de validation ». Là non plus, il n'y avait aucune information véritablement concrète ni aucune prise de responsabilité.
Draco sentit une frustration sourde monter en lui. Il resserra ses doigts autour de sa tasse de café, l'avalant d'un trait avant de replonger dans ses recherches.
Puis un nom attira son attention. Nicolas Flamel.
L'Alpha âgé était l'un des fondateurs et directeurs de Gringotts, mais sa présence publique était presque inexistante. Les rares images de lui montraient un homme à l'air bonhomme, une sorte de grand-père bienveillant dans un costume gris et soigné. Pourtant, Draco détectait un artifice dans ce sourire. Il chercha des interviews mais ne trouva que quelques déclarations soigneusement calibrées. Draco retourna sur la photo. Même à travers cette image étudiée, il devinait autre chose. Ce sourire trop parfait cachait une intelligence froide et méthodique. Flamel semblait tout faire pour paraître inoffensif, mais ses yeux racontaient une autre histoire.
Cependant, malgré tous ses efforts, Draco ne trouva presque rien d'autre sur lui. Pas de discours marquants, pas d'interviews. Flamel était une énigme parfaitement protégée par la machine médiatique de Gringotts.
Il tenta de chercher d'autres noms mais les autres têtes pensantes du laboratoire étaient encore plus invisibles. Cette entreprise avait visiblement une politique stricte de confidentialité en ce qui concernait ses dirigeants.
Il dut fouiller un moment avant qu'un nouvel article ne mentionne enfin un autre lien intrigant : la proximité de Gringotts avec un politicien influent, Rufus Scrimgeour. Draco connaissait déjà cet homme pour s'être penché sur son cas lors d'une précédente enquête personnelle. Scrimgeour, proche de la famille royale et tout particulièrement du roi Amos Ier, était connu pour son visage glacial et ses opinions tranchées.
Draco roula des yeux. Ce filon-là était encore plus stérile que le précédent. Scrimgeour était un personnage prévisible, un homme d'influence qui jouait le jeu du pouvoir sans jamais dépasser les limites du convenable.
Il regarda l'horloge qui indiquait presque midi.
Une matinée entière à tenter de déterrer quelque chose d'intéressant et il n'avait presque rien. Draco passa une main sur son visage fatigué.
« C'est complètement verrouillé. Ils contrôlent tout, ces salauds. »
Sa tasse de café était vide depuis longtemps mais il la porta machinalement à ses lèvres avant de la reposer avec un claquement sec.
Il hésita à continuer. Une part de lui voulait persévérer, mais l'autre savait qu'il avait besoin d'une pause avant de devenir complètement fou.
Le bruit d'une porte qui s'ouvrait, suivi de pas feutrés sur le parquet, fut l'interruption qu'il cherchait. Theo apparut dans l'embrasure de la porte de la cuisine, un mug vide à la main et ses cheveux noirs en bataille. Il flottait dans un sweat trop ample et avait cette mine boudeuse qui lui collait au visage dès le réveil.
Draco l'observa entrer dans la pièce sans un mot et un souvenir remonta à la surface. Il se revit, un an plus tôt, en train de lire l'annonce de colocation qui l'avait mené ici. Les termes étaient étranges, inhabituels: « Recherche colocataire oméga, célibataire de préférence, discret et sérieux. » Bien sûr, il avait tiqué mais le loyer défiait toute concurrence et, pressé par le temps, il avait pris le risque.
Avec des termes aussi louches, il s'était préparé à un vieux Bêta excentrique ou un Alpha dominateur. La surprise avait été totale en découvrant Theodore Nott, un jeune oméga frêle au regard méfiant. Le début avait été glacial, marqué par une méfiance mutuelle, mais peu à peu, ils avaient appris à s'apprivoiser. De simples échanges polis, ils étaient passés à une amitié sincère.
« T'es là depuis combien de temps? » demanda Theo, tirant Draco de ses pensées. Il se dirigea vers le placard et sortit un sachet de thé.
- J'en sais rien. Suffisamment longtemps pour réaliser que Gringotts a plus de porte-parole qu'un ministre en campagne. » Répondit Draco en refermant son ordinateur d'un geste sec.
Son colocataire esquissa un sourire amusé.
« T'as vraiment rien de mieux à faire un dimanche matin ? »
Draco posa son menton dans sa main pour l'étudier d'un regard ennuyé.
« C'est mon jour de repos. J'ai tout le loisir de m'infliger un peu de torture intellectuelle. Et toi ? Une insomnie ? Parce qu'il est même pas encore midi. »
Theo haussa les épaules sans relever la pique, remplissant son mug d'eau chaude.
« Tu fais beaucoup de bruit quand tu tapes sur ton clavier.
- Je devrais te réveiller plus souvent alors, t'as l'air moins pénible quand t'es groggy. » Répliqua Draco avec un sourire en coin.
Theo roula des yeux et s'installa en face de lui, le mug entre les mains. Ses doigts jouaient distraitement avec la céramique chaude et Draco remarqua les cernes sous ses yeux.
« Ça va ? » Demanda-t-il en adoucissant son ton.
Theo arqua un sourcil méfiant.
« Pourquoi tu me demandes ça ? »
- T'as l'air épuisé. »
Cette fois, il esquissa un sourire sarcastique.
« Oh, ça ? C'est juste le plaisir d'être moi-même. Tu devrais essayer. »
Draco réprima un sourire et détourna brièvement les yeux. Theo ne prenait plus de traitement depuis des mois et lui avait expliqué son choix dès le début. Il ne supportait plus les effets secondaires et avait décidé de vivre pleinement avec sa nature, quitte à se heurter à quelques inconvénients. De toute façon, il mettait un point d'honneur à ne jamais sortir de l'appartement et travaillait à domicile en tant que designer graphique en freelance.
Draco se leva pour remplir sa tasse une nouvelle fois et en reprenant sa place devant Theo, se surprit à détailler son visage : des traits fins et délicats, des pommettes légèrement saillantes, des lèvres minces mais joliment dessinées. Il nota aussi une tension presque imperceptible dans ses épaules et surtout, cette odeur subtile mais persistante qui commençait à imprégner l'air autour d'eux.
C'était discret, presque imperceptible, mais il savait reconnaître les prémices des chaleurs imminentes. Il sentit une tiédeur au fond de son ventre, un vague brouillard mental… Il détourna rapidement les yeux, se redressant sur sa chaise.
« Tes chaleurs approchent, hein ? » Lança-t-il d'un ton qui se voulait détaché.
Il eut un rire bref mais sans joie en réponse.
« Tu veux dire que ça empeste ? »
- Non. Enfin… un peu, peut-être. Mais c'est pas ça le problème. »
Theo plissa les yeux, sceptique.
« Et c'est quoi, alors ? »
Draco soupira et se passa une main dans les cheveux.
« C'est juste que je sais que t'aimes pas ça non plus.
- C'est pas comme si j'avais le choix, hein. Les inhibiteurs, c'est sympa jusqu'à ce que ça commence à te foutre en l'air de l'intérieur. »
Draco ne répondit rien, conscient que Theo avait raison. Il respectait son choix de vivre sans ces traitements, même s'il en ressentait parfois lui-même les effets de manière désagréable.
Theo finit son thé et se leva, s'étirant légèrement avant de se diriger vers la porte.
« Je vais bosser. »
Draco hocha la tête sans un mot, son regard suivant presque malgré lui Theo alors qu'il quittait la pièce. Une fois seul, il poussa un soupir et passa une main sur sa nuque endolorie. L'odeur dans l'air devenait trop entêtante et rendait la pièce étouffante.
Après un moment d'hésitation, il referma son ordinateur et se leva, décidant qu'il avait besoin de prendre l'air. Il s'habilla en vitesse, attrapa son sac et sortit en silence.
.
Le café Fortarôme, niché dans une rue étroite de Shoreditch, était l'un des rares endroits où Draco aimait travailler en dehors de chez lui. L'atmosphère y était calme, l'éclairage tamisé et la clientèle discrète. C'était un havre où il pouvait s'enfoncer dans ses pensées sans être dérangé par le brouhaha londonien.
Draco s'installa à une table près de la vitrine, commandant un expresso serré. À cette heure de l'après-midi, le café était presque vide, si ce n'était un couple attablé un peu plus loin et un homme penché sur un livre au comptoir. Draco posa ordinateur sur la table, savourant les premières gorgées de son café brûlant, avant de se replonger dans ses recherches.
Les forums indépendants furent sa première piste. Contrairement aux articles des grands journaux ou aux rapports officiels, ces espaces en ligne regorgeaient de témoignages crus et de récits personnels.
«J'ai participé à une étude clinique chez Gringotts. Ils m'ont promis un suivi mais après les premiers effets secondaires, silence radio…»
Il fronça les sourcils et scrolla un peu plus bas, avant de cliquer sur un autre sujet.
« Quelqu'un a entendu parler des essais en Afrique ? J'ai lu quelque chose sur des tests non autorisés, mais je ne trouve plus l'article. »
Il fit le tour des quelques commentaires sans trouver de réponse et changea de page.
« Gringotts m'a payé 3 000 £ pour un protocole de six mois. Maintenant, j'ai des migraines constantes et mes traitements ne sont pas remboursés. Vous croyez qu'on peut les poursuivre ? »
Ces témoignages étaient souvent anonymes et manquaient de détails mais ils peignaient un tableau bien plus sombre que les louanges affichées sur la première page de ses recherches. Il prit des notes méthodiques, extrayant les éléments les plus troublants, tout en classant chaque lien dans différents dossiers.
Il envisageait d'arrêter lorsqu'un nouvel article attira particulièrement son attention : « Les secrets derrière la philanthropie de Gringotts ».
L'auteur, un journaliste indépendant, détaillait les manœuvres d'évasion fiscale de la société sous couvert de dons humanitaires. Bien que l'article ne fût pas corroboré par des sources solides, il pointait des incohérences évidentes. Draco nota tout, même les insinuations les plus douteuses.
Le temps filait sans qu'il ne s'en rende compte. À chaque nouvelle piste, il découvrait un nouvel angle sans qu'aucun ne soit assez étayé pour qu'il puisse tirer des conclusions concrètes. Il finit par se laisser aller contre le dossier de sa chaise et massa ses tempes.
C'est à ce moment-là qu'un mouvement près de la vitrine attira son regard.
De l'autre côté de la rue se tenait un couple d'une vingtaine d'années dont la dynamique ne faisait aucun doute. L'Oméga, une jeune femme élégamment vêtue d'un manteau beige, souriait en rougissant à un Alpha qui inclinait la tête vers elle pour lui murmurer à son oreille. Ils semblaient absorbés l'un par l'autre, insouciants de leur environnement.
Draco les observa un moment.
« Elle est jolie. Et lui, bien sûr, grand, confiant, typique de son rôle. »
Son regard s'attarda sur le visage de la jeune femme. Elle semblait admirer son compagnon avec une adoration presque naïve.
« Combien de temps avant qu'il ne commence à décider pour elle ? » Pensa-t-il. « Avant qu'elle ne quitte son emploi parce que leurs plans de famille passent en priorité ? »
Il détourna les yeux, un goût amer dans la bouche. Cette société construite autour des rôles prédéfinis des Alphas et des Omégas l'écœurait plus que jamais.
Sa tasse était vide. Il jeta un coup d'œil à l'horloge murale du café qui lui indiqua qu'il était là depuis des heures. Dehors, la lumière du jour commençait à décliner.
Avec un soupir, il referma son ordinateur. Comme toujours, ses recherches finiraient dans ce même dossier, sobrement intitulé Investigations. Un espace où il rassemblait toutes ses découvertes, des débuts d'articles et des idées inabouties qu'il savait condamnées à rester invisibles.
Il rangea ses affaires et jeta un dernier coup d'œil par la vitrine. Le couple était toujours là, mais cette fois, l'Oméga riait, les joues roses.
Draco les observa un instant de plus, songeur, avant de se lever. Il avait besoin de bouger.
En sortant, il sentit l'air frais s'engouffrer entre les pans de son trench-coat, une sensation presque apaisante. Une fois dans la rue, il tourna à gauche, s'engageant dans une promenade sans but précis, laissant ses pensées vagabonder.
.
Lorsqu'il franchit la porte de l'appartement, plus tard dans la soirée, Draco remarqua immédiatement le changement. L'air, plus frais, portait encore les traces d'une aération récente. Une bougie au cèdre trônait sur la table basse, sa flamme vacillante diffusant une lumière douce et une odeur boisée qui atténuait agréablement les relents sucrés et entêtants de Theo.
Il posa son sac avec un soupir et, en passant dans la cuisine, découvrit une assiette de pâtes recouverte d'un torchon. Une attention simple, discrète, mais qui lui fit quelque chose. Draco s'autorisa un sourire en coin, bref mais sincère, tout en soulevant le tissu.
L'attention était typique de Theo : silencieuse mais empreinte de sollicitude. Derrière sa carapace, il avait ce don d'exprimer une forme de prévenance qu'il ne verbalisait jamais. Draco le savait et même si cela ne suffisait pas toujours à effacer la tension de leurs vies respectives, ça comptait.
Un coup d'œil rapide lui confirma que Theo s'était à nouveau barricadé dans sa chambre. Aucun bruit ne filtrait de l'autre côté de la porte fermée mais Draco n'eut aucun mal à l'imaginer recroquevillé sur son fauteuil avec ses croquis ou absorbé par ses écrans.
Il s'installa à la table de la cuisine pour manger les pâtes tièdes. La journée avait été longue, frustrante, mais ce retour, bien qu'étrange dans son calme, avait quelque chose d'apaisant.
Quand il eut terminé, il se leva sans un bruit pour ranger son assiette, jetant un dernier regard vers la porte close de la chambre de Theo. Ce dernier avait beau fuir les interactions, il avait veillé à alléger l'atmosphère de l'appartement pour lui. C'était un équilibre étrange, mais c'était le leur.
A suivre…
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