Bonjour ! On se retrouve pour le chapitre du jour ! Comme d'habitude, je remercie les lectrices fidèles : Gwen who et Kaname ! Je vous retrouve en bas, bonne lecture !


Chapitre 14

Forks, 15 avril 2020

POV Edward

Je regarde l'heure sur ma montre, quatorze heures quarante-cinq. Je surveille mes élèves pour leur test sur la matière que nous venons de voir. Les premiers me rendent déjà leur copie. Il reste aux autres un peu moins de quinze minutes pour terminer leur évaluation, et pour moi, rentrer chez moi. Je soupire à cette idée.

La sonnerie retentit, je ramasse les copies des derniers retardataires et je ferme ma classe à clé. Je traverse le lycée jusqu'à la salle des maîtres. J'espère l'y trouver. Il faut qu'on parle, ces conneries ont assez duré.

Quand j'ouvre la porte, je suis soulagé de voir Angela. Il faut que je lui parle. Il faut que je sache.

-Comment va Bella, je lui demande de but en blanc, sans y aller par quatre chemins.

-Ce n'est pas à moi, mais à elle de te répondre, Edward, me répond-elle en éludant ma question.

-Oh, je t'en prie, tu sais très bien qu'elle ne répond à aucun de mes appels et aucun de mes messages. Elle n'est pas chez son père, parce qu'il m'aurait déjà refait le portrait, je sais que tu l'héberges, alors arrête de me prendre pour un con, s'il te plaît.

La salle des maîtres est peu fréquentée à cette heure-ci, mais je chuchote tout de même pour ne pas ébruiter ma vie privée… Même si, à ma tête, tous mes collègues ont deviné que quelque chose ne va pas. Angela s'approche de moi pour me répondre discrètement.

-Ecoute, Edward. Je ne sais pas pourquoi vous vous êtes disputés, mais tout ce que je sais, c'est qu'elle est au fond du trou et qu'elle n'a pas voulu m'en parler. Alors oui, elle dort dans la chambre d'amis chez nous et elle est entre de bonnes mains, si ça peut te rassurer.

-Pas vraiment, mais bon… Ecoute, tu peux lui dire de m'appeler quand elle sera prête, s'il te plaît? Et aussi… Dis-lui que j'ai pris rendez-vous chez le Dr Williams vendredi à seize heures… Si elle pouvait venir…, ça… ça compterait vraiment beaucoup pour moi, je termine dans un souffle, baissant le regard.

Angela soupire et me frotte le bras.

-Ça me fait chier de vous voir comme ça, tu sais, commence-t-elle. Je lui dirai pour vendredi et je vais essayer de lui tirer les vers du nez. Mais ne désespère pas, elle va revenir.

-Je l'espère, je soupire.

-Bon, maintenant, tu rentres, tu corriges tes copies parce que tu es un bon prof et ce soir, tu commandes une pizza et tu manges devant la télé avec une bière, pendant que je gère le dossier Bella.

-Merci Angie, lui dis-je, sincère.

-Je ne réponds pas avec plaisir, mais tu comprends pourquoi. Je serai contente le jour où vous vous rabibocherez. Allez, file, lance-t-elle avant d'attraper son sac et de rentrer chez elle.

Le temps est frais, mais il ne pleut pas, ce qui relève du miracle pour Forks et le mois d'avril. Je marche d'un pas lent jusqu'à la maison, sans réel entrain. C'est fou comme ces petites choses banales, comme marcher main dans la main avec Bella peuvent me manquer.

J'ouvre la porte de la maison. Tout est éteint, vide. A chaque fois que je rentre depuis trois jours, j'ai l'infime espoir de la retrouver ici, comme si rien de tout cela ne s'était passé. Comme si notre violente dispute de ce week-end n'avait jamais eu lieu. Comme si les semaines précédentes à s'éloigner et se déchirer à nouveau n'avaient jamais existées.

Je pose mes affaires dans l'entrée et j'emporte ma sacoche dans mon bureau. Putain de sacoche, putain de lit d'appoint. Tout, absolument tout me ramène à elle. J'essaie de me focaliser sur mes copies à corriger. Cela fonctionne un moment, jusqu'à ce que mon regard dévie sur le tiroir gauche de mon bureau.

Je repose mon stylo négligemment sur la pile de corrections et je me recule dans mon siège. Je ne quitte pas des yeux ce tiroir de malheur. A l'intérieur, peut-être mon avenir et celui de Bella, même si je ne m'y résous pas. Je ne veux pas m'y résoudre. Je ne veux pas, je ne peux pas.

Il y a quelques semaines, excédé par le comportement de Bella, à toujours ressasser, à ne pas accepter les choses, à ne pas aller de l'avant, à me repousser tant physiquement qu'émotionnellement, à se servir de moi comme son punching-ball, j'ai contacté sur un coup de tête notre avocat, M. Jenks. J'étais au bout de ce que je pouvais supporter et depuis, les papiers de demande de divorce traînent dans ce tiroir sous clé.

Sur le moment, quand j'ai appelé Maître Jenks, j'étais soulagé. Ces quelques lignes de papier étaient mon salut. Ma porte de sortie loin de toute cet amoncellement de merde, mais aussi mon enfer. Dire stop et tirer un train sur neuf ans d'amour et relation avec ma Bella.

Ma Bella que je ne reconnais plus. La Bella d'aujourd'hui n'est plus celle que j'ai connue et n'est plus celle que j'aime et que j'a aimé toutes ces années. Ma Bella n'est plus depuis son diagnostic, et c'est bien ça mon problème. Comment lui reprocher une chose pareille alors que c'est cette même chose qui nous a amenée au point où nous en sommes aujourd'hui?

Même si je suis terriblement blessé moi aussi par tous ces évènements, contrairement à Bella, je n'ai jamais vraiment pu extérioriser. J'ai toujours dû être là pour elle, à la soutenir et très rarement j'ai obtenu l'inverse de sa part. Je ne peux pas la blâmer pour cela, je n'ai vécu que le dixième de tout ce qu'elle a enduré. Mais quand bien même. Moi aussi je souffre de toute cette situation et moi aussi je devrais avoir le droit de l'exprimer, mais pourtant ce n'est pas le cas. Et je n'en peux plus de subir cela. Tout comme je subis son rejet affectif depuis des semaines.

Je me suis complètement effacé le temps de sa convalescence, me dévouant complètement à elle pour prendre en charge chaque tâche de la vie quotidienne, en plus de l'aider dans tout parce qu'elle n'arrivait pas à s'habiller, se doucher ou encore aller aux toilettes sans difficultés. Je l'ai accompagné dans cette étape difficile sans sourciller et depuis, même la serrer dans mes bras est devenu mission impossible tant elle ne conçoit pas que je puisse la regarder autrement qu'avec de la pitié.

Encore une fois, je ne peux pas lui en vouloir, ce n'est pas elle en soit le problème, mais bien sa perception d'elle-même et la forteresse qu'elle construit autour d'elle.

Si voir le Dr. Williams individuellement et ensemble nous a aidé un temps, les dernières semaines et nos derniers rendez-vous n'ont rien donné de concluant, en tout cas pour les séances que j'ai partagées avec Bella.

Mes rendez-vous individuels avec le psychologue m'ont été bénéfiques sur plusieurs plans. J'ai tout d'abord pu mettre des mots sur mes maux et prendre du recul sur notre situation. J'ai pu exprimer mes craintes, parler de mes peurs, de mes ressentis, en soit tout ce que je n'ai pas pu faire avec Bella.

J'ai également pu comprendre un peu mieux Bella lors de nos séances de couple. Cependant, nos séances communes n'ont pas réussi à éviter le naufrage.

Je soupire à cette pensée. Je jette un œil à mon téléphone, il est près de dix-huit heures et je n'ai toujours pas eu de nouvelles d'elle depuis trois jours. C'est une véritable torture. Elle me manque. Viscéralement.

Je me motive à terminer mes corrections. Aux vues de certaines réponses, je me demande sincèrement si mes élèves ont voulu essayer de me remonter le moral, parce que leurs réponses sont… risibles. Un petit point sur l'impact de la déforestation sur le climat et la biodiversité s'impose au prochain cours.

Je range les copies dans ma sacoche et prépare mes affaires pour les cours de demain. Une longue journée m'attend au lycée, de quoi m'occuper l'esprit et rentrer tard, pour ne pas tourner en rond tout seul comme un con dans notre maison.

Je repense à l'idée de la pizza et de la bière devant la télévision d'Angela, mais ce cliché du célibataire endurci ne me réjouit pas vraiment. Je préfère ranger le salon et débarrasser la table basse des cadavres de bouteilles abandonnées négligemment ces derniers jours et faire un coup de propre dans la cuisine et le salon, avant de faire réchauffer des restes du congélateur.

Je mange sans grande faim, tout en consultant les messages inexistants de Bella et ma conversation à sens unique avec elle.

Plus je ressasse notre dispute de dimanche, plus je me dis que j'ai pu être dur avec elle. Mais plus je me repasse en boucle la discussion, plus elle m'a poussé dans mes retranchements. Je ne suis donc pas le seul fautif, même si je me suis largement détesté quand elle a claqué la porte dimanche soir.

Je délaisse mon téléphone pour faire la vaisselle et ranger la cuisine, quand je suis interpelé par une notification. J'abandonne tout prestement dans la plonge et m'essuie les mains à la hâte, en espérant découvrir un sms de Bella. Manque de chance pour moi, il ne s'agit que d'Angela.

De: Angela, 21h02; A: Edward:

Le dossier Bella est plus compliqué que prévu à désamorcer, mais l'équipe de déminage est en place (AKA film à l'eau de rose, mouchoirs et pots de glaces), Ben ne te remercie pas.

De: Edward, 21h03; A: Angela:

Reconnaissance éternelle (AKA burgers et bières gratuits au Lodge) en cas de réussite de la mission.

De: Ben, 21h03; A: Edward:

Je me réjouirais presque de me farcir La La Land pour tes beaux yeux!

De: Edward, 21h04; A Angela:

Tu diras bien à Ben que l'offre tient seulement si Bella accepte de venir au rendez-vous de vendredi. En attendant, merci à vous deux de rattraper mes conneries.

De: Angela, 21h04; A: Edward:

Bon, ce n'est pas tout ça, mais j'ai une mission à haut risque à accomplir. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Fin de la transmission.

Je repose mon téléphone. Angela et Ben ne sont pas nets. Mais je suis presque heureux de les compter comme alliés à cet instant. La cuisine plus que rutilante, je décide de monter me coucher, car je n'ai pas vraiment l'envie de trainer au salon.

Je prends une longue douche chaude, pour essayer de me détendre, en vain. Le seul effet qui en résulte est que j'ai vidé le ballon d'eau chaude.

Je m'installe dans le lit froid. Son absence la journée paraît d'un coup bien plus supportable que maintenant. Je dors terriblement mal sans elle. Je ne me rappelle pas avoir dormi sans elle toutes ces dernières années avant ces trois derniers jours.

J'essaie de trouver difficilement le sommeil, mais mes yeux fixent indéfiniment le plafond, sans la moindre trace de sommeil à l'horizon. Je ressers son oreiller contre moi, humant son doux parfum.

Cela me donne du baume au cœur une fraction de seconde, avant de réaliser qu'elle n'est juste pas avec moi. Je consulte une dernière fois mon téléphone. Aucune nouvelle. J'espère donc avoir de bonnes nouvelles. J'envoie un ultime message à Bella, qui je le sais sera laissé en vu. Je n'espère même pas de réponse, avant de basculer mon portable en mode avion et d'essayer de fermer l'œil pour la nuit.

Demain sera un autre jour, enfin j'espère. Et j'espère aussi la voir passer le pas de la porte du cabinet du Dr. Williams vendredi.


Alors, comment avez-vous trouvé ce chapitre ? Pensez vous que la mission Sauvons Bella sera une réussite ? Dites-moi tout en review !

A la semaine prochaine !

S.