Isaac et Jackson avaient décidé de laisser passer le reste de la journée et d'attendre le soir pour tenter un nouvel assaut. Stiles n'était pas en forme du tout, soit – c'était là le nœud du problème et en même temps, la raison pour laquelle ils s'étaient mis d'accord pour lui laisser un peu de répit. Mais ils avaient discuté entre eux et s'étaient mis d'accord sur le fait que cela ne pouvait définitivement pas durer.
Sauf qu'une fois le soir venu, Stiles faisait tellement peine à voir qu'ils n'osèrent pas le confronter. Sitôt leur repas partagé, ils le laissèrent vaquer à ses occupations dans sa chambre et très vite, l'on entendit ses doigts tapoter sur le clavier de son ordinateur. Sans doute s'était-il attelé à des recherches pour cette mission dont ils étaient censés s'occuper ici. Dans son odeur, ils n'avaient pas senti grand-chose de positif et Isaac avaient émis l'idée qu'il se sentait peut-être coupable par rapport à ce que son état entraînait comme ralentissements dans leur entreprise surnaturelle. De ce qu'il connaissait de l'hyperactif, c'était clairement probable.
Mais le jeune homme réapparut dans la cuisine une bonne heure plus tard, une plaquette de médicaments dans la main gauche. Jackson, qui avait un petit creux, l'y croisa par hasard et le regarda, sans dire un mot, se saisir de deux cachets et se remplir un grand verre d'eau. Ce n'est qu'au moment où Stiles but le tout que le kanima comprit qu'il venait de prendredes somnifères. Et même s'il savait que c'était à cet usage qu'il les avait achetés, la chose le surprit malgré tout – elle prenait un sens concret. Jackson jeta un bref coup d'œil à l'horloge murale de la cuisine. Il était encore tôt. Ainsi se creusa dans son cœur une certaine inquiétude.
- Tu vas déjà au lit? Lâcha-t-il soudainement.
La question lui brûlait les lèvres, si bien qu'il lui avait été impossible de la garder en lui. Il connaissait Stiles et malgré le fait qu'il puisse être fatigué, il le savait couche-tard, toujours prêt à ignorer son sommeil pour allonger la soirée – en particulier lorsqu'il considérait avoir des choses à faire. Le fait qu'il lâche la bride de cette façon avait de quoi surprendre – et, dans un sens, alerter.
- Ouais, je veux essayer de faire quelque chose demain, avoua Stiles quelque peu à contrecœur.
Il détestait devoir céder du terrain, faire des concessions… En particulier lorsqu'il se savait en position de faiblesse. Mais à côté de cela, il lui fallait se montrer un minimum coopératif s'il ne voulait pas attirer davantage l'attention du kanima ou d'Isaac, lequel se trouvait sans doute dans le salon. Puis ce qu'il disait tenait la route en plus d'être la vérité – elle n'était juste pas complète. Il faisait bonne figure, ou en tout cas autant que possible, mais il avait vraiment du mal à garder les yeux ouverts. S'il ne faisait pas actuellement attention à son équilibre, il serait déjà à terre.
Donc en soi, il s'endormirait de la même façon, que ce soit avec ou sans somnifères mais la différence, il l'attendait dans son sommeil. Il attendait de cette solution-là qu'elle lui fasse passer une nuit sans réveil, sans que ses cauchemars ne l'atteignent. Il avait passé l'entièreté de sa journée à y penser, à espérer que le soir arrive vite et lui permette de s'enrouler dans ses draps, de dormir vraiment… Rien que d'y penser, il lâchait déjà un peu prise… Laissant entrevoir la même fébrilité que celle qui l'avait prise après sa sieste – celle qu'il avait faite en rentrant de la pharmacie.
- Bonne idée, acquiesça Jackson, l'air mal à l'aise.
Stiles mit cela sur le compte de l'air de zombie qu'il devait avoir et des marques toujours présentes sur son visage. Il devait vraiment faire peine à voir, pour désarçonner à ce point le sacro-saint Jackson Whittemore, celui qui se fichait de tout.
- Dors bien, entendit-il ensuite.
C'était Isaac qui, moins timide que Jackson, lui avait lancé ça depuis le salon. Stiles ne pensa même pas à lui répondre tant cela lui paraissait futile. Il sortit de la cuisine sans un mot et sans un geste de plus. Dans un sens, il se fichait un peu de son impolitesse, tant qu'il pouvait dormir un peu… Et sincèrement, il y crut. Après un bref passage dans la salle de bains pour se laver les dents, il se réfugia dans sa chambre et se glissa dans son lit. Mais les choses ne se passèrent pas exactement comme il les imaginait. Il s'interrogea alors sur la dose qu'il avait prise: deux cachets, était-ce seulement assez? Or finalement, il s'endormit avant même de se trouver capable de répondre à cette question – ce qui constituait, en soi, une réponse suffisante.
Sauf qu'une nouvelle fois, rien ne se passa comme prévu car deux bonnes heures plus tard, Stiles s'éveilla brutalement, la bouche grande ouverte dans un cri silencieux. Son cœur battait à tout rompre, sur son front perlait une multitude de gouttes de sueur, ses yeux exorbités fixaient un plafond que, dans l'obscurité, ils ne voyaient pas. Son corps, qui ne s'attendait pas à être réveillé de la sorte, aussi fort, aussi vite… Ne transmit pas tout de suite l'information à sa tête, qui crut qu'il se trouvait encore dans un de ces cauchemars dont seul son inconscient avait le secret.
Des nuisances, sonores et lumineuses, vinrent s'ajouter tout aussi brusquement au capharnaüm qu'était son réveil… Car en plus d'entendre la porte s'ouvrir brutalement, Stiles vit à nouveau, grâce à la lumière de la lampe de chevet qui venait d'être allumée. Sa respiration, d'ores et déjà complètement irrégulière, se coupa un instant. Il en mit, des secondes, pour reconnaître les visages de ses coéquipiers, lesquels se rapprochaient dangereusement de lui. Il ne détailla ni leurs traits, ni leur expression respective – il avait tout, sauf la tête à se la jouer analyste. Dans sa tête régnait le chaos le plus complet, duquel une pensée unique sortit lorsqu'il comprit finalement qu'il était éveillé.
Les somnifères n'avaient pas eu l'effet qu'il attendait. Ils l'avaient aidé à s'endormir, oui… Mais leur prise n'avait pas été suffisante pour dominer ses cauchemars. Et ce constat le choqua au point qu'il le rendit momentanément sourd – les voix d'Isaac et Jackson, il ne voulait pas les entendre. Le simple fait qu'il ait compris que ce moyen-là n'avait pas fonctionné suffit à lui donner l'impression que tout son monde s'effondrait.
Si même ça, ça ne marchait pas, que lui restait-il? Que pouvait-il faire pour espérer dormir?
Stiles se redressa péniblement sans se soucier des regards qui pesaient sur lui, des questions qui fusaient de part et d'autre de son corps et qui flottaient dans l'air, dans l'attente d'une réponse… Une réponse qui ne vint pas sous la forme de mots. Mais la gorge de Stiles se serra au point qu'il fut impossible pour lui de contenir l'émotion qui le prit. Ce désespoir soudainement devenu viscéral. Il ne savait plus quoi faire. Il avait tout essayé, tout… Et pourtant, ses nuits restaient un enfer. Il n'avait même pas envie de deviner la durée de son sommeil tant il avait peur d'être déçu par la réponse. Le pire dans tout cela? Il se sentait aussi épuisé qu'avant son coucher… Peut-être même plus.
Alors c'est sans retenue aucune que les derniers bastions de sa résistance tombèrent et qu'il craqua lamentablement.
