Chapitre 9 – La mission ou la vie
- Alors?
- Toujours pas au point… Et vous?
- Chou blanc.
- Pff… On n'y arrivera jamais.
Sakura se laissa tomber contre le dossier de sa chaise d'un air abattu. Elle se tenait assise à une table, un plateau repas peu appétissant devant elle non entamé. Kakashi venait d'apparaître à la fenêtre ronde que Sakura avait laissée ouverte.
- Toujours pas faim? continua-t-il
- Non.
- … Tu vas devoir te faire examiner.
- Je suis médecin.
- Ça fait 2 jours…
- Eh bien? On en a vu d'autres!
Le Jonin ne répondit pas, accroupi sur le rebord de la fenêtre, sa main droite attrapant la bordure haute en point d'appui. Il souffla de dépit.
- Pas de trace du clan dans le secteur. Je mènerai mon enquête au marché nord de la ville cet après-midi.
- Parfait.
- Si nous ne trouvons rien, et qu'Ebizo-jiisama ne se réveille toujours pas aujourd'hui…
- Oui je sais. Nous rentrerons demain à Konoha.
- … Ca n'a pas l'air de t'enchanter.
Il n'avait pas fini sa phrase que Sakura était déjà levée, la main sur la bouche, courant dans les toilettes les plus proches. Le Jonin se tint la tête, les yeux clos, résigné. Il la fustigea du regard alors qu'elle revenait vers lui dix bonnes minutes plus tard, le teint livide.
- Sakura, quand vas-tu enfin te résoudre à te soigner ?
- Ca va passer… Je ne vais pas utiliser mes forces pour une simple gastro. C'est stupide.
- Nous sommes dans un hôpital… Demande à être soignée.
- Je croyais qu'il ne fallait faire confiance en personne?
Pour simple réponse, elle vit son plateau repas s'éloigner d'elle – non sans soulagement – pour terminer devant le visage de Kakashi qui, en légère position surélevée, pouvait manger tranquillement sans être visible de sa co équipière. Elle poussa un gémissement de dégoût, retenant un nouveau haut-le-cœur.
- Je retourne à mon travail cet après-midi… Je ne suis pas loin de parvenir à faire cet antidote. Mais vous avez raison… Je me sens surveillée.
Kakashi haussa les épaules d'un air peu surpris.
- Evidemment.
- Gaara est venu me voir ce matin pendant que vous étiez dans Suna… Il m'a posé beaucoup de questions.
- Il se doute qu'il y a quelque chose autour de ce parchemin qui le concerne… lâcha-t-il d'un ton neutre
- C'est heureux que nous travaillions sous sa protection. Sinon, nous aurions déjà été attaqués à nouveau.
- C'est sûr.
Trois jours étaient passés. Trois jours et trois nuits dans l'hôpital de Suna, à surveiller le vieil homme, guetter son réveil, préparer un antidote – il était probable que tout le poison ne soit pas dissipé, et Sakura était sûre qu'un antidote aiderait fortement à son réveil malgré ses récents soins -, apprendre la technique de guérison à Nori. Trois jours pour Kakashi de quête du mystérieux clan Suhyrama. Ils avaient eu l'autorisation de rester sur place pour dormir, profitant des chambres en étage dédiés aux étudiants pour leurs gardes de nuit. Le sommeil était léger, les nuits courtes, les lits inconfortables. Sakura placée sous la garde rapprochée de Gaara, Kakashi se permettait de s'échapper à longueur de journée dans la ville. C'était difficile pour la rose, et à la fois, c'était un soulagement.
Car elle essayait d'oublier ce fameux soir. Ce contact de cette main sur ses cheveux. Son regard intense et appuyé sur elle. La façon dont son corps et son esprit avait dérivé. Mais ce n'était pas simple, car à chaque approche du Jonin, même à quelques mètres, elle sentait son corps se réchauffer, et son cœur repartir. Elle ne se reconnaissait plus… Une vraie adolescente.
Cette fois, c'était l'odeur du plateau repas revenant indemne sur la table devant elle qui la fit revenir à la réalité. Le visage de Kakashi se déforma en une moue un peu dégoûtée.
- Il n'y a rien à faire… reniflant le plat avec dégoût Je n'arrive pas à avaler un seul aliment de cet hôpital.
- Soufflant de dépit … Vous et vos papilles délicates…
- Ne te moque pas, ce n'est pas moi qui suis malade.
Il gagnera cette manche, mais pas la guerre.
- Et que t'a demandé Gaara? poursuivit le Jonin
Elle lui répondit sincèrement, son esprit cependant encore ailleurs. Elle évoqua les questions du Kazekage, ses inquiétudes concernant le parchemin, sa confiance en eux et sa demande de rapport s'ils trouvaient quoi que ce soit d'intéressant.
- Et lui n'a vraiment aucune information?
- Aucune…
Elle avait envie de changer de sujet, mais se retint. C'est qu'elle avait gaspillé ses questions «spéciales Kakashi» de ces deux derniers jours. Elle devait mieux réfléchir. Ses nausées et douleurs abdominales l'avaient malheureusement un peu aidée à éloigner ses pensées mal placées envers le Jonin – qui pense à l'amour au milieu d'une gastro? dieu, quelle honte, elle ne savait plus où se mettre quand ses symptômes apparaissaient devant lui. Cependant, elle brûlait toujours d'en savoir plus, et son comportement à nouveau habituel envers elle l'avait aidée à reprendre le cours de ses questions.
«Pourquoi avez-vous abandonné votre poste de Hokage?» Première question gaspillée, l'avant-veille. «Déjà répondu», avait-il martelé entre deux pages de Icha Icha, allongé non loin d'elle. Il avait pris l'habitude de lire sa littérature préférée à ses côtés le soir, alors qu'elle s'acharnait à finir cet antidote quelle que soit l'heure du jour comme de la nuit. Elle s'était offusquée que «ce n'était pas mon rêve» était un peu trop vague, mais il avait répliqué par «oui mais c'est sincère». Perdu.
La deuxième question de la veille avait été un peu plus réfléchie, et était plus prometteuse. «Pourquoi êtes-vous seul?» Elle l'avait posée une boule dans la gorge, le cœur battant, se demandant si cette question n'était pas trop intime. Encore allongé à ses côtés, tournant une page de son livre orange, dans la même position que la veille, il fit d'abord mine de ne pas comprendre.
«- Je ne suis pas seul. J'ai Gaï Maito avec moi.
- Soyez sérieux… Je vous parle d'être en couple.
- Eh bien?
- Je vous rappelle la règle: être sincère.
- Pourquoi, est-ce si impensable que nous soyons ensemble?
- Oui.
C'était sans appel. Elle répéta donc sa question, et il sembla prendre le temps d'y réfléchir sérieusement sans s'offusquer. Elle était excitée comme une gamine.
- D'abord, qui te dit que je le suis?
- … Vous passez vos soirées sur cette falaise…
- Eh bien? Toi aussi.
- … mal à l'aise Ce n'est pas pareil.
- …
- … Et je ne vous ai jamais vu avec personne.
- Et depuis quand cela te pose-t-il question, du coup?
- Essayant de jouer le jeu de la sincérité Je ne sais pas. Ces derniers temps. Depuis que vous avez laissé la place à Naruto pour diriger Konoha…
- … Je ne peux pas être en couple, coupa brusquement le Jonin en tournant une autre page
- Ah bon? Et pourquoi cela?
- Je ne le peux pas. C'est tout.
- Vous ne «pouvez» pas, ou vous ne «voulez» pas?
Il sembla réfléchir malgré son apparente désinvolture, le nez toujours dans son livre orange. Elle ressentit une hésitation dans ce silence, qu'elle ne coupa pas.
- Je ne peux pas.
Ses joues s'empourprèrent. Sa curiosité ne fit que s'accentuer: il voudrait mais ne le pouvait pas? Elle savait qu'il n'en dirait pas plus. «Une seule question par jour, Sakura»… C'était terriblement frustrant.
- Ruminant sa frustration Vous ne «pouvez» pas, Kakashi sensei, ce n'est pas une réponse…
- Eh bien, si… relevant le nez de son livre, son regard souriant dirigé vers Sakura Et c'est sincère.
- Mais enfin…
- Tu devrais regarder ce que tu fais… Ça déborde.
Elle avait passé les vingt minutes suivantes à nettoyer sa paillasse, et à énumérer tous les jurons qu'elle connaissait dans toutes les langues. Cela avait amusé le Jonin qui avait ri, et elle lui avait envoyé un tube à essai au visage qui avait fini écrasé contre le mur, qu'elle avait dû nettoyer aussi. Cela avait tourné à la taquinerie pendant une bonne partie de la soirée, et elle s'était surprise à oublier son malaise, son cœur battant et ses coups de chaud. A oublier Suna, Gaara, Ebizo, Sasuke, tous les parchemins de la Terre et tout ce qui pouvait être source de stress. Elle avait juste ri, elle avait été légère. Elle avait juste profité du moment présent, et bon sang, elle n'avait jamais ressenti un bien être tel que ce jour-là depuis longtemps.
Un brusque coup de poignard dans l'estomac tira désagréablement Sakura de son flash-back. Elle tourna la tête vers le Jonin qui semblait parti dans une analyse méditative du paysage à travers la fenêtre ronde. Elle le coupa dans sa contemplation, maitrisant mal la douleur sourde qui reprenait dans son abdomen.
- Bon, je vais retrouver Nori-san, déclara-t-elle en se levant brusquement.
- Lui jetant un coup d'œil dubitatif … Encore?
- Oui. En trois jours, il a beaucoup progressé.
- Il doit être doué.
- Il l'est.
Elle attrapa machinalement son plateau repas pour se diriger vers la porte de la petite salle sans même se retourner. Un sourire réflexe s'afficha sur son visage malgré la douleur alors qu'elle franchissait le palier de la porte et qu'elle marchait dans le couloir. Au delà de ses spasmes abdominaux quotidiens si désagréables, elle sentait ces papillons au creux de son ventre de plus en plus souvent. Cette sensation de chaleur agréable, qu'elle ressentait en voyant et en se remémorant le visage du Jonin à chaque fois qu'elle parlait de Nori. Elle s'imaginait de la jalousie de sa part, et vrai ou pas, ce petit jeu depuis trois jours l'excitait. Mais c'était parfois sa raison qui reprenait le dessus, lorsque l'image de Sasuke s'imposait à elle par-dessus celle du Jonin. La culpabilité l'envahissait alors, chassant ces papillons de son ventre, et l'écrasant d'un mal-être difficile à gérer.
Elle avait posé son plateau repas en cuisine et remontait dans les étages, direction son laboratoire pour reprendre ses analyses. Elle se laissa alors envahir par un autre sujet d'inquiétude, son chakra guérisseur s'infiltrant dans ses organes pour calmer la douleur, parvenant à calmer momentanément ces désagréments décidément de plus en plus envahissants.
Elle ne parvenait pas à se soigner. Elle ne comprenait pas pourquoi, mais dès qu'elle parvenait à se guérir et à soigner ses symptômes, ceux-ci revenaient en force quelques heures seulement après. Elle ne voulait pas l'avouer à Kakashi. Elle ne voulait pas l'inquiéter. Cependant, cela la perturbait, et elle avait un mauvais pressentiment.
Plongée dans ses pensées, arrivée au dernier étage de l'hôpital, elle observa la ville d'en haut, imaginant le Jonin dans celle-ci, en quête d'un membre de ce fameux clan Surhyama. Très étonnant qu'il ne soit encore pas parvenu à en trouver un seul… Était-ce une fausse piste? Peut-être perdait-il littéralement son temps. Peut-être pas.
Flash-back, trois jours auparavant, bibliothèque de Suna
Les clones de Kakashi et Sakura s'affairaient dans la bibliothèque, les uns assis, les autres debout, tous attentifs aux livres ouverts devant eux. Le bruissement des feuilles tournées régulièrement emplissait l'espace sonore, et recouvrait le rire sincère de la Sakura originale, toujours attablée à la même table, aux côtés d'un Kakashi souriant et décontracté.
- Je savais que vous ne preniez pas cette mission au sérieux, Kakashi sensei.
- C'est pour le bien de la mission, Sakura.
- Je pense qu'à ce niveau, vous pouvez prendre votre Icha Icha. Ne faites plus semblant, s'il vous plait. Vos larbins travaillent pour vous.
- Je préfère rester concentré.
- Bien sûr.
Ils riaient. C'était léger et puéril. Et bon sang, c'était amusant. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas juste amusée? Elle sut qu'elle avait perdu lorsque, après une demi-heure de recherche collective, elle vit disparaître brutalement tous les clones aux cheveux gris de la pièce. Les yeux mi-clos du Kakashi original s'écarquillèrent légèrement tout en récupérant la mémoire de ceux-ci. Il se leva et attrapa un livre remis à la hâte à sa place, pour l'ouvrir directement et feuilleter la page digne d'intérêt.
- Vous avez trouvé quelque chose ? Vraiment ?
Les clones roses disparurent eux dans un bruit sourd de livres tombant au sol. Elle jura.
- C'est… intéressant, déclara le gris d'un ton volontairement mystérieux tout en se laissant retomber sur sa chaise
- C'est-à-dire?
- … lisant en même temps qu'il parlait Un ancien clan du village de Suna. Un clan appelé «Surhyama». Il avait pour coutume d'utiliser un Fûinjutsu pour toutes les femmes de leur clan, de génération en génération. Et… continuant de poursuivre sa lecture, marquant un temps d'arrêt significatif … Et c'est un peu le même type de Fûinjutsu que le nôtre.
- Ah?
- Mmh… parcourant le livre en fronçant les sourcils Tout ça me parait un peu… Etrange. Je ne suis pas sûre que cela soit véridique. C'est une fausse piste…
- Quoi? Donnez-moi ça.
Alors qu'elle avait ramassé les livres de ses clones tombés au sol, elle lui arracha le sien des mains pour s'asseoir à ses côtés et lire à son tour la double page en question. Ses yeux alternaient de droite à gauche de plus en plus doucement, les sourcils froncés.
- Mmh… C'est effectivement un sort d'aliénation mentale comme le nôtre… Et c'est… les yeux révulsés Quoi? Qu'est-ce que c'est que ces façons de faire?
- Amusé J'étais sûr que l'idée te plairait.
- Ce sont des méthodes d'une autre époque, s'offusqua-t-elle en levant le nez de son livre
- Oh, la «sacro-sainte» liberté féminine… reprenant sa propre expression
- Quoi? en fureur Vous trouvez que brider mentalement les femmes dans un Fûinjutsu jusqu'à leur majorité pour les éloigner des hommes est une bonne idée?
- Tu as un peu mal lu, s'amusa-t-il en lui arrachant à nouveau le livre des mains. Elles sont scellées par ce sort, jusqu'à ce que il pointa du doigt la ligne concernée d'un air amusé leur père modifie celui-ci à leur majorité.
- lui tapant le bras du dos de la main d'un air outré Mais c'est encore pire!
- Quoi donc? Elles finissent bien par rencontrer la gent masculine.
- Un seul homme! s'étrangla-t-elle. Un seul! Lisant à voix haute avec dégoût «Seul un homme sincère et bien intentionné pourra alors approcher la jeune femme scellée par le Juinjutsu modifié»… Lugubre. J'ai l'impression de lire un mauvais conte pour enfant.
- Oh, pourquoi pas, après tout?
- Vous êtes tellement cynique.
- Quoi? C'est utile, quand on y pense. Cela leur évite de perdre leur temps.
- Eclatant d'un rire jaune Pourquoi, c'est perdre du temps que de s'amuser avant de trouver la bonne personne? Venant de vous, c'est juste…
- Si ce n'est pas la bonne personne on ne s'amuse pas.
Le rire sincère et bruyant de la jeune femme se stoppa net, ses yeux écarquillés sur le gris.
- Vous ne pouvez pas être aussi obtus…
- Quoi?
- Vous jugeriez quelqu'un qui s'amuse avant de rencontrer la bonne personne? Mais quel âge avez-vous, rappelez-moi?...
- 28 ans.
- … soupirant Depuis combien d'années avez-vous 28 ans, Kakashi sensei?...
- Comment cela? Depuis mon dernier anniversaire.
- Un discours pareil d'un homme lisant du porno du matin au soir est complètement improbable.
- Je ne juge personne. Je dis juste que je pense qu'on s'amuse surtout si c'est la bonne personne.
- … Seriez-vous un homme romantique, Kakashi sensei? gloussa-t-elle un peu fort malgré les circonstances
- … On ne m'a jamais dit que je l'étais.
- Vous n'en êtes pas étonné, bien sûr…
- … Qui sait.
Elle l'observa un peu mieux, l'homme toujours assis nonchalamment sur sa chaise en face de la sienne. Il lui portait un regard inégal, qu'elle ne savait interpréter. Elle tâcha de retourner au sujet initial, gênée de la tournure de la conversation.
- Bon. Et quand bien même ce clan utilisait le même type de Fûinjutsu que le nôtre, et alors? Nous sommes bien avancés.
- Il est noté que de nombreuses femmes de ce clan ont essayé de se soustraire à leur scellement… Les générations se succédant, ce type de coutume était de plus en plus décrié. Les femmes voulaient retrouver leur liberté. Elles voulaient pouvoir choisir.
Sakura aurait voulu lui envoyer une nouvelle pique – vous voyez, vous êtes un vieux pervers misogyne digne du siècle dernier – mais elle n'ouvrit pas la bouche. Son regard était trop déstabilisant, et elle préférait éviter de parler de son rapport aux femmes. Elle préférait éviter de penser qu'il était un homme, et qu'il pouvait être en couple. Elle préférait en rester au pervers asexué à la couleur de cheveux improbable, désintéressé du monde et de tout.
C'était plus facile pour soutenir son regard, et lui parler à peu près normalement. A peu près.
- J'imagine que si nous retrouvons des membres de ce clan, nous saurons comment elles ont fait pour se libérer de leur sort, modifié ou non… continua Kakashi tout en fermant le livre d'un air un peu songeur
Le tic-tac de l'horloge de la bibliothèque résonnait en arrière des deux habitants de Konoha, et fit réaliser à la rose qui tourna la tête vers l'objet rond l'heure qui s'écoulait. Elle ouvrit des yeux ronds.
- Quoi, déjà? C'est bientôt l'heure de retrouver Gaara? Ce n'est pas possible!
- Le temps passe vite hein?
Non. Ces derniers mois, le temps lui avait toujours paru long. Pour ne pas dire, interminable. L'attente de Sasuke qui n'arrivait jamais. Les journées à l'hôpital laborieuses. Ses journées de repos vides, sans but. Même les moments avec Sasuke passaient lentement. Elle eut un flash de leur dernier moment ensemble, cette nuit juste avant son départ, qu'elle refoula aussi vite qu'elle put.
Elle regarda du coup à nouveau d'un air incrédule cette horloge en arrière. C'était le temps de Suna. Les heures semblaient s'écouler plus vite qu'à Konoha, ce devait être le changement climatique? L'environnement étranger? L'adrénaline de la mission?
- En tout cas, j'ai gagné, lança d'un ton joyeux le Jonin en arrière des pensées de Sakura. Je vais devoir bien réfléchir à ton gage…
- Grimaçant Je pense que vous avez bien trop fréquenté Gaï Maito, ces dernières années…
Il ne répondit pas, le sourire aux lèvres. Non, les horloges de Konoha et de Suna n'étaient pas différentes. Elle se leva pour ranger le livre à quelques pas de leur table, le cœur battant. Elle aurait pensé que Kakashi Hatake serait un compagnon de voyage énigmatique, discret et peu bavard. Elle se surprit à le trouver finalement plus accessible à la discussion et aux plaisanteries qu'elle n'aurait pu le penser. Elle se surprit à penser qu'elle aimait ses taquineries, et que quand elle était avec lui, elle oubliait le monde qui l'entourait, et le temps qui passait.
Bon sang, s'était-elle rendu compte à quel point cette sensation était restée identique, trois jours plus tard? Les jours passaient et confirmaient ses premières sensations. Sasuke semblait loin, autant physiquement que mentalement. Rien n'importait d'autre que l'instant présent, les conversations, rires et taquineries avec cet autre homme. Autre homme si familier, et pourtant si improbable…
«Je ferai l'effort de te voir différemment, désormais.»
Elle sentit ses joues brûler malgré la température fraîche des couloirs plongés dans la pénombre. Comment lui avait-elle fait dire ça? Comment avait-elle pu s'emballer après, au moins dans ses pensées? Elle avait imaginé des choses... Son cœur se serra de culpabilité, repensant à Sasuke.
- Oh, Sakura-sama! Je vous cherchais!
Sakura sursauta, une femme de son âge debout devant elle dans l'encadrement de la porte du laboratoire.
- Nori-san voulait savoir si vous pouviez le retrouver à la salle d'examen numéro 4… demanda-t-elle un peu embarrassée. Il est en train de tester la technique que vous lui avez apprise sur une patiente, mais il a une difficulté…
- Bien, Niji-san. J'arrive.
- S'inclinant Arigato gozaimasu.
Sakura observa l'infirmière s'éclipser dans son dos. Elle fronça les sourcils en jetant un coup d'œil à ses fioles en arrière de la porte entrebâillée. Elle aurait voulu continuer ses recherches. Elle se résolut tout de même à rebrousser chemin, non sans retenir un souffle d'agacement. C'était à se demander si Nori cherchait à l'éloigner intentionnellement de son laboratoire…
Non. Ne pas aller dans le même sens que Kakashi. Elle n'allait pas devenir aussi méfiante que lui. D'autant que durant ces trois jours, il avait eu un comportement totalement normal. Le jeune homme avait pris des notes, écouté ses conseils avec une attention exemplaire, s'était entrainé sur le seul cas d'empoisonnement de l'hôpital dès le lendemain, et elle devait admettre qu'il était doué. Il parvenait à maîtriser partiellement la technique en un temps record. Cependant, c'était parfois dans les détails que se cachait le secret des techniques si complexes: il ne parviendrait pas à maitriser totalement la technique de sitôt. Mais elle avait réussi à lui donner les éléments de base, et il s'appliquait à commencer à pratiquer immédiatement, montrant sa motivation et son énergie à Sakura.
Elle repoussa la nouvelle nausée qui l'envahit d'un coup de chakra salvateur, pour se lancer dans les étages inférieurs et retrouver justement son acolyte du pays du Sable dans la salle d'examen désignée. Il était justement affairé au-dessus du corps d'une jeune femme d'un âge moyen, au teint livide et visiblement aussi inconsciente que maitre Ebizo.
- Merci Sakura-sama de venir jusqu'ici maintenant, je suis sûre que vous êtes pourtant bien occupée…
- Ne m'appelez pas ainsi, encore une fois... Qu'est-ce qui se passe? questionna-t-elle tout en s'approchant
Nori était concentré, ses mains appliquées sur les mêmes bulles d'eau que Sakura trois jours auparavant. Des gouttes de sueurs perlaient de ses tempes, et ses mains tremblaient légèrement.
- Vous avez autant de cas d'empoisonnement que cela ici?... s'étonna Sakura en toisant d'un air affligée le corps de la jeune femme
- Je ne vous ai pas demandé votre aide pour juste un ou deux cas dans l'année… Oui, il y a beaucoup de cas d'empoisonnement, ici. C'est une méthode très répandue pour se débarrasser des gens indésirables… Ca devient un vrai problème.
- Observant avec tristesse le jeune visage de la patiente Je vois …
- Je vous ai demandé car je ne parviens pas à attirer le poison dans mes mains cette fois-ci. Il y a comme une force à contre-courant qui…
Il se stoppa net, un flux noir parvenant dans les bulles à travers les incisions thoraciques qu'avait créé Nori. Sakura oublia ses réticences et l'encouragea, brusquement plus impliquée.
- Vous l'avez!
- Transpirant à grosse goutte Oui mais je… Je vais le lâcher, je le sens…
- Concentrée Attirez à nouveau votre chakra dans vos mains. Comme si vous l'aspiriez en vous. Ne vous inquiétez pas, le poison restera dans les bulles. Attirez-le ni trop fort, ni trop doucement, vous risqueriez de stopper le flux et de casser le fil de poison qui vient à vous. Vous devez y mettre tout juste l'énergie qu'il faut…
Le jeune médecin serra les dents et elle sentit que malgré ses explications, il allait rompre le mince filet noir de ses deux mains, trop fébrile. Elle posa alors ses mains sur les siennes sans réfléchir, insufflant tout juste le chakra nécessaire pour maintenir le filet de poison et l'aspirer à nouveau dans les paumes de Nori. Le visage de celui-ci s'illumina, observant le flux reprendre en débit et en intensité. Ils restèrent ainsi quelques secondes, les mains de Sakura sur les mains de Nori, jusqu'à ce que le flux diminue progressivement et disparaisse, le poison définitivement retiré du corps de la victime et flottant dans les bulles d'eau.
Ils restèrent haletants quelques instants, un peu hébétés. Sakura réalisa brusquement leur position un peu familière, et alors que Nori la dévisageait sans gêne, des étoiles un peu trop visibles dans les yeux, celle-ci retira ses mains tout en rougissant de gêne.
- Vous êtes vraiment doué, Nori-san… Il ne vous manque plus grand-chose.
- Vous… Vous dites cela pour me faire plaisir. J'ai encore du chemin à parcourir…
Il ne la quittait plus des yeux. Elle sentit un malaise l'envahir à nouveau et une douleur sourde s'emparait de son ventre. Il sembla percevoir la grimace qui s'affichait pourtant le plus discrètement possible sur son visage.
- Sakura-sama? Que vous arrive-t-il?
- A… Absolument rien. Une petite indigestion. Je me soignerai ce soir, j'ai du manger quelque chose dont je n'ai pas l'habitude.
- Oh… Je suis désolé. Le restaurant de l'hôpital ne propose vraiment rien de bien frais ni de ragoutant.
- Je vais m'y habituer. Il n'y a pas de problème.
Il se gratta la nuque, brusquement mal à l'aise.
- Qu'y a-t-il? questionna la rose
- Je… Je sais que vous rentrez bientôt chez vous, à Konoha. Mais… accepteriez-vous de partager un repas avec moi, avant de repartir? les joues rouges Un vrai! Je connais un petit restaurant à deux pas de l'hôpital avec des yakitori succulents!
Elle balbutia plus qu'elle ne répondit, prise de court et l'observant des pieds à la tête, brusquement mal à l'aise.
- C'est… C'est vraiment très gentil de votre part, Nori-san, mais… mais…
- En tout bien tout honneur, promis, ajouta-t-il précipitamment, voyant son hésitation
- Je… Je ne peux pas, je m'excuse. Je suis en mission, et…
Elle n'osa en dire plus, piquée par le visage brusquement déçu de son interlocuteur. Elle essaya de se justifier comme elle le pouvait.
- Ce n'est pas contre vous, Nori-san. Je dois me concentrer sur ma mission… Je dois veiller sur Ebizo-jisama. Je dois avancer sur l'antidote, et retourner dans mon pays pour faire revenir des renforts.
- … Des renforts? C'est-à-dire?
Elle allait en dire d'avantage, mais se tut par instinct. Il sembla perturbé, et elle ne savait plus si c'était leur conversation ou son refus de partager un repas avec lui. Il se reprit rapidement, toussant dans son poing, le regard vers le bas.
- Sakura-sama… Si vous changez d'avis…
- Bredouillant … Nori-san… Il n'y a pas que la mission, vous savez. Je…
La porte de la chambre s'ouvrit brusquement, faisant apparaître un soignant aux cheveux noirs, à l'embonpoint significatif et aux lunettes rondes tombant au bout de son nez.
- Nori-sama, la famille de madame demande des nouvelles… Ils s'inquiètent.
Nori souffla de frustration et jeta un dernier coup d'œil sur la rose, un petit sourire crispé au bout des lèvres.
- Merci pour tout à l'heure…
- C'est normal.
Elle le vit hésiter quelques secondes puis se retourner et disparaitre dans l'encadrement de la porte, frôlant son collègue qui se contenta de remonter ses lunettes au bout de son nez à son passage. Sakura débarrassa le matériel que Nori avait oublié d'évacuer lui-même, jetant gants, scalpel et autre instrument chirurgical, pour s'élancer dans le couloir à son tour et rejoindre les étages, son esprit à nouveau tourné autour de l'antidote. Elle essaya d'oublier ce moment de malaise, se demandant si elle serait obligée d'aller jusqu'au bout de ses explications la prochaine fois qu'elle le verrait.
Alors qu'elle atteignait son laboratoire, elle remarqua en se retournant la présence du soignant qui avait interrompu leur conversation quelques instants seulement auparavant.
- Qu'y a-t-il? Que faites-vous ici?
Il s'approcha d'elle sans un mot, attrapant son bras avec une force inattendue et l'attira dans le laboratoire dans lequel elle s'apprêtait justement à rentrer. Il claqua la porte derrière lui et elle aurait pu s'en insurger si elle n'avait pas tiqué au contact de sa main sur elle. Un fil d'électricité dans une enveloppe aqueuse. Sans surprise, elle vit brusquement le brun aux lunettes disparaître, prenant les traits du ninja argenté.
Ses traits révélaient une attitude soucieuse et réprobatrice.
- Tu ne dois pas parler de la suite de nos actions à quiconque, Sakura!
- Je n'ai absolument rien dit du tout! s'insurgea-t-elle
- Ne vois-tu pas qu'il cherche à t'amadouer? Ça fait trois jours qu'il cherche à te faire parler.
- Et ça fait trois jours que je ne dis pas un mot!
C'était vrai, et le Jonin en lâcha son bras, qu'elle retira avec force. Son regard émeraude était sévère et à son tour, elle commença à lui faire la leçon.
- Et je croyais que vous étiez reparti dans le village pour rechercher des informations sur notre clan?
- Je ne trouve rien.
- Le fusillant du regard Si vous m'espionnez ainsi depuis trois jours, évidemment, vous ne risquez pas de trouver quoi que ce soit.
- Nous devons garder un œil l'un sur l'autre.
- Parce que vous n'avez pas confiance en moi?
- Le regard fuyant Tu sais bien pourquoi.
- Vous avez peur que je sois attaquée ici, sous la protection de Gaara? Vous plaisantez?
- Je n'ai confiance en personne.
- Oui. C'est ce que je vois.
Elle attendait des excuses, ou une prise de conscience de l'argenté qu'il allait trop loin, lorsqu'une douleur intense lui coupa l'abdomen en deux. Elle gémit de douleur en croisant ses bras au nombril, se penchant en avant. Elle perçut la voix adoucie mais teintée d'inquiétude de Kakashi par-dessus sa tête.
- Sakura? … Pourquoi es-tu encore malade?
Elle ne répondit pas, se concentrant sur son chakra pour le diriger habilement dans ses tissus douloureux. Elle se concentrait, car cette crise était plus intense que la dernière. Tout comme la dernière l'était plus que celle d'encore avant. A chaque fois, elle semblait se guérir. Et a chaque fois, c'était encore pire quelques heures plus tard. Elle réussit à calmer cette nouvelle crise non sans peine, la sueur collant sa tunique à sa peau de manière désagréable. Elle releva la tête en soufflant avec soulagement, se retournant vers la paillasse de son laboratoire d'un coup d'œil inquiet.
- Il… Il faut absolument que je trouve de quoi faire cet antidote…
Elle avait évité le regard de Kakashi en se relevant. La faute à leur nouvelle complicité, ou simplement à son manque de discrétion, il sembla comprendre immédiatement.
- ... Ne me dis pas que…
- Quoi? bredouilla-t-elle en l'évitant du regard
- Sakura… Tu es empoisonnée? lâcha-t-il avec une inquiétude inhabituelle dans la voix
- Je… Je n'y ai pas pensé au début. La nourriture de l'hôpital est tellement infame, j'ai cru que…
A ces mots, elle sentit à nouveau les mains de Kakashi – les vraies, cette fois – lui attraper les bras et la forcer à le regarder dans les yeux, l'obligeant à pencher la tête légèrement en arrière.
- Est-ce que Nori t'a fait boire ou manger quelque chose avant-hier?
- Rouge, embarrassée par sa proximité avec le gris Pourquoi vous acharnez-vous contre Nori, rien ne nous dit que…
- Il n'y a que lui qui te parle, et que lui qui t'approche. C'est forcément…
- Ce n'est pas lui, arrêta la rose avec assurance.
- Ses sourcils blancs se fronçant Tu es beaucoup trop sûre de toi.
- Je crois surtout que vous VOULEZ que ce soit lui.
- J'aurais préféré que ce ne soit personne! brusquement sévère Et la question n'est pas là: tu SAVAIS. POURQUOI ne pas me le dire, Sakura?
- Le teint livide C'est… J'ai senti que quelque chose n'allait pas mais… Vous vouliez rester ici quelques jours, pour surveiller Ebizo. C'était votre plan. C'était une bonne idée, nous pouvions le surveiller, moi préparer l'antidote, vous chercher des informations sur…
- C'était un plan acceptable tant que l'un d'entre nous n'était pas condamné à la mort!
- Sifflant, se dégageant légèrement de son emprise Vous n'avez pas l'impression d'exagérer un peu? Je me soigne tous les jours, je ne vais pas si mal. Je suis sûre que c'est le même poison que maître Ebizo, ils n'ont pas dû avoir le temps d'en refaire un autre…
- Cynique Me voilà rassuré.
- Je suis presque sur le point de trouver l'antidote. Mais…
- … Mais quoi?
- Je pense qu'il me manque quelque chose pour y parvenir… Il me manque une baie. La plante qu'il me faut est en forêt, la forêt que nous traversons pour rentrer à Konoha…
Elle ne s'en était pas rendue compte, mais au regard que Kakashi lui renvoyait, son état devait être plus inquiétant que ce qu'elle ne voulait s'avouer. Pour simple réponse, il lui prit le pouls à son poignet et tira sa paupière inférieure d'un geste un peu brusque, les sourcils froncés de colère.
- Tu commences à avoir les yeux jaunes, et ton pouls est au moins à 120 battements par minutes. Peut-être au bord du coma, tu aurais trouvé l'intérêt de m'en parler?
Le deuxième point n'était pas dû au poison. C'était son pouls de base, tant qu'elle était à proximité de lui. Peut-être était-il dangereux pour sa santé. Elle se gardera bien de lui dire, mais du coup, il s'inquiétait plus qu'il ne le faudrait. D'ailleurs, elle ne l'avait jamais vu ainsi, et son attitude éternellement sereine et tranquille en prit un coup.
- Nous rentrons tout de suite, lâcha-t-il sans hésitation.
- Effarée Quoi? Hors de question, et la mission?
- La mission attendra. Ebizo-jisama est stable. Nous demanderons à Gaara ses personnes de confiance pour le surveiller jusqu'à ce qu'un membre Yamanaka ne vienne lire dans ses pensées.
- Vous savez bien que Gaara est entouré de traîtres, il ne peut pas savoir à qui faire confiance!
- Nous n'avons pas d'autre choix!
- Si! Je vais faire l'aller-retour pour chercher cette plante, et…
- Nous rentrons. Prend tout ce que tu as ici, et tu te soigneras en rentrant. Une autre équipe viendra prendre notre relève ici par la suite.
- Mais c'était votre plan de…
Elle n'en revenait pas de le voir perdre ainsi son sang-froid et elle se rendit compte que cela lui faisait perdre le sien. Il était tendu et en colère, et même lorsqu'ils avaient été attaqués dans cette auberge, elle n'avait jamais décelé ce stress qu'elle percevait ce jour chez lui. En fait, elle ne l'avait jamais vu autant troublé. Elle ne comprenait pas. Soit, elle était probablement empoisonnée. Mais elle se tenait debout, elle allait encore bien. Elle donnait le change. Elle était médecin, avec un antidote bientôt prêt. Son comportement lui paru excessif, et cela la perturba encore d'avantage.
Elle tressaillit en sentant les doigts de Kakashi attraper soudainement son menton pour imposer son visage à son regard d'un geste un peu vif.
- Je ne laisse pas mourir mes co équipiers pour le bien d'une mission.
Ses yeux émeraudes s'écarquillèrent devant ses yeux noirs mi-clos. En un instant, elle comprit. Son passé. Ses blessures. Elle ne savait pas tout, mais elle n'eut pas besoin de demander. Elle savait.
- Bon sang Sakura, on ne se laisse pas mourir pour un vieux parchemin du siècle dernier…
- Je suis capable de me soigner… répéta-t-elle inlassablement
C'était fugace, et elle aurait pu ne pas y prêter attention si ce simple mouvement oculaire pendant qu'ils parlaient n'avait pas déclenché une vague de désir au creux de ses reins. Puis il avait lâché son menton bien trop vite, et détaché son regard bien trop tôt. Elle resta quelques instants dans la même position, la bouche légèrement entre ouverte, comme sonnée.
- Pardonne-moi… tout est de ma faute, lâcha-t-il en se reculant
Elle l'aurait juré. Il avait fixé ses lèvres quelques instants. Ses doigts avaient tremblé sur son menton, et elle avait cru un instant qu'il allait juste l'attirer à lui. Comme ce fameux soir. La normalité retrouvée des trois derniers jours s'effondra en un instant. Kakashi sensei redevenait Kakashi. La relation de maître à élève se brisait, laissant la place à cette relation homme femme à nouveau, si déstabilisante.
- … De votre faute? chuchota-t-elle, la gorge nouée. Qu'est-ce qui est de votre faute?
Il était méconnaissable. Loin de son flegme habituel et de sa désinvolture légendaire, elle le trouva nerveux comme jamais, sautant sur le rebord de la fenêtre comme un oiseau s'apprêterait à s'envoler de son nid.
- On part tout de suite, déclara-t-il d'un ton brusquement autoritaire
- Kakashi sens… Kakashi… Répondez-moi, s'il vous plait…
Elle l'observa dans cette éternelle position accroupie caractéristique, au bord de cette fenêtre ronde, et bon sang, elle recommença à divaguer. A s'imaginer se faufiler entre ses genoux, là tout de suite, poser ses mains sur l'intérieur de ses cuisses, et sentir sa main grande et puissante appuyer contre son dos, écrasant sa poitrine contre son buste, confondant leurs silhouettes. Sentir ses lèvres embrasser son cou, encore et encore, sentir ses mains se glisser sous sa tunique et prendre possession de son corps, sentir son odeur se confondre avec la sienne, entendre sa voix grave et masculine lui susurrer à l'oreille des choses inavouables.
- Prend tout, coupa Kakashi en lui désignant du menton sa paillasse et le fruit de ses recherches. Il faut s'en aller.
Elle cligna des yeux, extirpée brusquement de son rêve éveillé. Elle avait oublié de respirer quelques instants. Elle s'exécuta sans plus de cérémonie, trop perturbée par ce qu'elle recommençait à imaginer, et encore plus perturbée par ce que cela signifiait.
Elle ne pouvait plus se mentir à elle-même.
Elle désirait terriblement cet homme.
- N'oublie rien… Nous ne pourrons pas revenir ici.
Elle avait envie de pleurer. Quelque chose lâcha en elle à cet instant, sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Des larmes inexplicables montaient, qu'elle essayait de ravaler, avec toutes les peines du monde. Pourquoi? Alors qu'elle avait enfin récupéré Sasuke? Le destin se moquait d'elle. Ou était-ce elle qui se moquait de lui?
Elle essaya de faire redescendre le tsunami qui semblait s'emparer de son corps et de son esprit, en revenant sur Terre comme elle le pouvait. Elle passa une main rageuse sur ses yeux humides, dos au Jonin, tout en continuant de tout récupérer et de tout jeter dans une besace au cuir rouge épais.
Une attirance sexuelle, rien de plus. Cela avait déjà dû arriver à Ino, avec Asuma Sarutobi. C'était le béguin de l'ancienne élève avec son ancien maître. C'était classique. Elle passait du temps avec lui, seul à seul. Cela allait passer dès qu'elle ne le verrait plus.
Cela allait passer. Cela DEVAIT passer.
- Je dois retourner voir Nori-san, réussit à articuler Sakura. Je lui dois une réponse pour… pour…
- L'invitation au restaurant?
- Brûlante Vous nous espionniez?
- J'ai entendu. d'un ton glacial Tu ne dois pas manger au restaurant avec cet homme.
C'était reparti.
- … Pourquoi?
- C'est dangereux.
- Avec raideur … J'irai au restaurant avec cet homme si je le souhaite. Je n'ai aucun ordre à recevoir de vous.
- …
- le regardant avec défi J'accepterai sa proposition. Cela consolidera les relations entre Konoha et Suna, et je pourrai lui apprendre plus en détail ma technique. Beaucoup de gens souffrent d'empoisonnement ici, et cela sera vraiment utile.
Elle avait tout oublié. Qu'elle avait déjà failli refuser son invitation, pensant à Sasuke, mortifiée. «En tout bien tout honneur», avait-il pourtant dit. Désormais, elle mourrait d'envie d'y aller. Juste pour ce qu'elle ressentait encore une fois, là, tout de suite. Ce chakra disloqué émanant de Kakashi, qui persévérait à paraître intouchable.
Elle sentait qu'en fait, elle le touchait. Elle osait penser qu'il était jaloux. C'était improbable, et puis de toute façon, il l'avait dit seulement la veille: il ne pouvait pas être en couple. Malgré cela, son imagination l'embarquait dans des scénarios improbables.
- Très bien, coupa Kakashi, à mille lieux des pensées de Sakura. Tu te sens alors, là, ce soir?
- Grimaçant rien qu'à la pensée de l'odeur de nourriture C'est… Ce soir, c'est un peu ambitieux…
- Demain alors.
- … agacée de l'admettre Je ne suis pas sûre de me sentir mieux demain…
- …
- J'ai compris, s'insurgea-t-elle en lançant sa besace par-dessus son épaule.
- Ne t'inquiète pas, il t'attendra.
- Les joues brûlantes Il n'a rien à attendre! Je ne suis pas intéressée! Je reviendrai à Suna plus tard, et je finirai de lui apprendre cette technique. Point barre.
Elle passa devant lui, les yeux de Jonin la suivant sans un mot. Les hommes étaient-ils tous à ce point si stupides? Ne voyait-il pas ce qui était devant ses yeux?
- Je vais lui dire que nous partons.
Un silence magistral lui répondit. Elle attendit cependant que le Jonin daigne la suivre, un souffle agacé perceptible alors qu'il se levait du rebord de la fenêtre. Elle se rua littéralement dans le couloir, dévalant l'escalier, sa besace en bandoulière dans le dos. Ses joues se rosirent encore alors que ses pensées embrouillées se redirigeaient vers l'homme qui la suivait juste derrière elle.
Elle devait vite retrouver Sasuke. Revenir à sa vie normale, à ses repères. S'éloigner de Kakashi. Rapidement.
Au lieu de cela, c'est la main de celui-ci collée sur sa bouche qu'elle sentit, son dos se plaquant contre son torse. Elle étouffa un cri de stupeur en attrapant cette main qui ne se décollait pas, alors qu'elle se sentait entrainée malgré elle dans une sorte de placard rempli de matériel médical, sombre et étroit. Plusieurs sets de pansements et de seringues tombèrent au sol, manquant de les faire trébucher, jusqu'à ce que le Jonin se plaque lui-même au mur. Les yeux de Sakura s'écarquillèrent pour s'habituer à la pénombre brutale, et alors qu'elle retrouvait ses sens et qu'elle percevait les faibles lueurs de la lumière du couloir qui parvenaient faiblement dans le placard, elle perçut des voix à travers la fine cloison sur laquelle Kakashi était appuyée.
- … Qu'est-ce que c'était? demanda une voix familière à la rose à travers le mur
- Rien, il y a des rats dans cet hôpital… C'est une catastrophe. Probablement encore l'un de ces rongeurs…
- C'est peut-être aussi deux personnes dans le placard qui nous écoutent…
- … Ou qui font autre chose, ajouta une troisième voix en riant grassement
- Arrêtez d'être parano. Notre ex Hokage a été vu en dehors de la ville il y a un instant, et sa petite protégée est au dernier étage au laboratoire…
- Vous ne voudriez pas vérifier que…
- Stop. Revenons à nos moutons.
Sakura frissonna. Kanata, sans l'ombre d'un doute. Les deux autres voix… Elles ne les reconnaissaient pas. Des complices, probablement... Bon sang. Kakashi avait dû les entendre dans le couloir, alors qu'elle ne s'était même pas aperçue qu'elle avait déjà descendu plusieurs étages et qu'elle s'apprêtait à arriver dans la chambre d'Ebizo. Elle était tellement perturbée… Elle devait se reprendre.
- Gaara est venu voir Sakura Haruno ici même à l'hôpital ce matin, reprit l'une des deux voix inconnues. Ils se sont beaucoup parlé… Je n'ai pas réussi à intercepter ce qu'ils se sont dit. Mais ce n'est pas bon signe…
- Il commence à se poser des questions, gronda la voix du conseiller Kanata
- Il ne doit pas savoir, entonna le troisième
- … Après tout, s'il savait… Tout cela n'est-il pas de l'histoire ancienne? Cela ne changerait plus rien. Ce qui a été fait a été fait…
- Vous oubliez ceux qui sont responsable de ce qui s'est passé, s'agaça à nouveau le vieux Kanata, parlant probablement de lui-même.
- Bon… En tout cas, il a demandé une surveillance particulière autour d'Ebizo-jiisama. Des hommes qui ne sont pas au courant. Nous sommes coincés… Nous ne pouvions pas savoir que Sakura-sama était si brillante!
- Arrêtez de dire pareilles sottises! gronda Kanata
- Il faut reconnaître que nous n'avions pas prévu cela, continua la troisième voix. Désormais, il serait très suspect que maître Ebizo meurt ces prochains jours… Nous devons continuer de le maintenir en vie tant que Gaara se méfie. Il est de toute façon improbable qu'il se réveille… Même sans aucun sédatif, il est encore profondément endormi, et ne présente aucun signe de réveil.
- Bon travail… jeta encore Kanata, un sourire probable aux lèvres. Bon. Nous devons être patients. Surveillez les agissements des deux étrangers, et maintenez-les loin de cette chambre autant que possible.
- Je… Sakura Haruno aurait parlé de faire venir des renforts.
- Des renforts? s'inquiéta le vieux conseiller. Qui ça?
- Je ne sais pas, elle n'en aurait pas dit plus…
- … Je ne vois pas ce qu'ils pourraient faire de plus. Mais dans le doute, ne les lâchez plus d'une semelle. Que l'un de nos membres ait un œil sur eux en permanence.
- Qui les a attaqués il y a quelques jours dans leur chambre ?
- Aucun d'entre nous. Nous devons enquêter là-dessus. Je ne sais pas qui ils sont, mais ce sont des imbéciles. Cela les a rendus plus suspicieux que jamais.
La main du Jonin s'éloigna des lèvres de Sakura pendant le court silence qui suivit. Elle restait muette de stupeur, réalisant ce qu'elle venait d'entendre. Comment savaient-ils pour les renforts? Etait-il possible que ?... Non, ce n'était pas la voix de Nori. Pourtant...
- Que chacun retourne là où il doit être. Faites en sorte que nos deux étrangers ne s'éloignent plus d'ici.
- … Je suis quand même étonné que Sakura-san ne soit pas encore morte, ajouta Kanata d'une voix suspicieuse. Je n'ai encore jamais vu personne survivre aussi longtemps à votre poison familial, Jirachi-san…
- Il tue rapidement les civils. Les shinobis sont plus longs à achever… Mais ne vous inquiétez pas, c'est une question de temps.
Sakura avait commencé un juron qui finit à nouveau dans la paume de la main du Jonin. Elle attrapa le poignet de Kakashi de ses deux mains, le serrant sans le retirer. Elle sentait son propre souffle revenir sur ses lèvres, mélangeant sa propre odeur avec celle de la peau du Jonin.
- Elle essaie de faire un antidote…
- Un rire gras transperçant le mur Ha ha, l'idiote! Si elle savait. Mais c'est très bien, cela lui fait perdre du temps, et la tient occupée à quelque chose.
- Pourquoi dites-vous ça? Aucun antidote ne peut guérir cet empoisonnement?
- Etes-vous stupide? coupa Kanata Ce n'est pas un empoisonnement classique. C'est un don héréditaire de la famille Kaguerame. Jirachi Kaguerame, ici-même, fils de Itchi Kaguerame. Il n'y a pas d'antidote. N'est-ce pas?
- Pas connu en tout cas.
- Dans un sens… C'est mieux ainsi. Tout bien réfléchi, cela aurait été louche qu'elle meure à peine arrivée, à peine après maître Ebizo... Beaucoup trop louche. Elle mourra plus tard. Juste de quoi éviter d'éveiller encore plus les soupçons de notre Kazekage…
- Combien de temps prendra le poison pour faire effet sur elle ?
- Avec ses capacités, je suis incapable de répondre, répondit le probable dénommé Jirachi. Une semaine? Deux? Plus? Je ne peux pas vous dire.
- Et Kakashi Hatake? Vous n'avez pas réussi à l'atteindre?
- Non. Cet individu est plus imprévisible. Je ne l'ai jamais vu manger à l'hôpital, et il est en permanence à l'extérieur. Je le fais suivre, mais il n'est jamais au même endroit au même moment.
- Bon sang, il dort bien dans cet hôpital non? Mettez-le dans une gourde, un verre d'eau peu importe! Trouvez une solution!
- Je vais faire mon possible.
- Oui, faites-le, ordonna Kanata d'un ton brusque.
Un silence assourdissant s'installa dans le petit placard. Sakura réalisa brusquement sa proximité avec son ancien sensei – dieu, elle devinait le moindre détail de son anatomie à travers leurs habits respectifs – et elle se décolla légèrement de lui, se redressant tant bien que mal vers l'avant. Les mains de Kakashi glissèrent alors naturellement de la bouche de la kunoichi, et la rose les trouva bien moites. Elle se retourna d'un air interrogatif et découvrit avec étonnement son coéquipier debout et raide, le regard perdu sur un point imaginaire droit devant lui.
- … Kakashi sensei? chuchota-t-elle aussi doucement que possible Vite! Il faut partir!
Il semblait loin. Un peu ahuri. La porte de la chambre d'Ebizo s'ouvrit dans le couloir adjacent.
- Kakashi sensei? répéta-t-elle, un léger voile de panique dans la voix en tournant la tête vers l'entrebâillement de la porte. Eh, oh, à quoi pensez-vous? Kakashi sensei?
Les pas des trois hommes s'entendirent dans le couloir, à proximité immédiate de la porte de leur cachette de fortune. La panique s'empara de la rose, qui agrippa franchement les ourlets du gilet du Jonin en le secouant vigoureusement.
- Kakashi sensei, bougez-vous! Vous m'entendez? … KAKASHI!
Il écarquilla brusquement les yeux, clignant plusieurs fois des paupières. Son regard redescendit sur Sakura, son nez effleurant presque le sien, le souffle de la jeune femme sur son masque, ses yeux émeraudes inquiets. Il sembla reprendre vie et réaliser à nouveau sa présence, là, ici devant lui. Elle n'eut pas le temps de rajouter quoi que ce soit que la lumière du couloir envahit le petit placard, et que trois paires d'yeux scrutèrent l'endroit même où se tenaient Kakashi et Sakura.
- … Des rats hein?
Les trois hommes observaient les recoins du placard, scrutant les objets tombés au sol, sans trouver trace des deux espions. Un discret bruit métallique dirigea finalement les trois visages vers le haut, centrés sur la bouche d'aération entre ouverte.
- Merde ! jura le conseiller, les roues rougies de fureur Sonnez l'alerte! Surveillez toutes les sorties!
Kakashi et Sakura tâtonnaient le long des canalisations aussi vite que le pouvait leur posture peu confortable. Par chance, les bouches d'aérations étaient parsemées de trous, et une faible lueur leur parvenait, leur permettant de se repérer à peu près dans le dédale d'acier. Des rats les croisaient à contresens, faisant grimacer Sakura de dégoût.
- Qu'est-ce qui vous a pris tout à l'heure! jura-t-elle, inquiète. Vous ne vous sentez pas bien?
- Ça va bien. Dépêchons-nous de sortir avant que…
Trop tard. Ils avaient remonté à coups de coudes et de genoux une petite canalisation accessoire qui se devait être une sortie discrète, probablement dans un coin du toit du bâtiment. Il fallait croire que l'option avait été envisagée par l'ennemi, à entendre les bruits et cris juste au-dessus de leurs têtes.
- Bon… Je crois que nous sommes attendus.
- Ils sont… analysa Sakura à distance, fébrile … Ils sont nombreux! Au moins une trentaine, déjà!
- Rien qui ne puisse nous arrêter, non?
- Vous êtes un peu présomptueux… J'use la plupart de mon chakra à me soigner moi-même, et…
- Et moi je suis en pleine forme.
A ces mots, il disparut de son champ de vision. Elle n'avait pas sortie la tête hors du tuyau miroitant qu'elle aperçut Kakashi debout, ses mollets à hauteur de ses yeux. La trentaine de ninjas qui le toisait semblait sur le qui-vive, prête à bondir. Leurs capes ocres virevoltaient au vent, tout comme les cheveux en épis de l'ancien Hokage qui leur faisait face. L'air était irrespirable, plombé par un soleil brûlant.
- Hokage Kakashi Hatake, lança l'un des hommes tout en s'avançant, le regard moins déterminé qu'impressionné. Nous vous demandons, au nom du Kazekage, de retourner dans cet hôpital.
- Gaara n'a jamais ordonné cela.
- C'est son plus proche conseiller, qui parle en son nom.
- Il ne parle au nom de personne, et nous ne sommes pas vos prisonniers. Nous devons repartir à Konoha maintenant. Nous ne voulons pas d'affrontement.
- Pourquoi devez-vous repartir?
Cette fois, c'était une voix bien connue qui émana de l'arrière de Kakashi.
- Nous ne vous devons aucune explication, Kanata-sama, répliqua Kakashi en se retournant d'un ton dédaigneux
Le conseiller se tenait debout, essoufflé, le regard sévère. En arrière, deux hommes dont les visages étaient inconnus de la rose. Probablement le dénommé Jirachi, un homme grand et maigre d'un âge incertain, aux cheveux aussi blancs que la neige. Et un troisième que Sakura reconnut vaguement, probablement l'un des médecins de l'hôpital. Un homme trapu aux yeux sadiques qui ne lui avait pas inspiré confiance. Kakashi avait vu juste…
- Vous en devez, répliqua le conseiller. Depuis votre arrivée, il se passe des choses bizarres ici.
- A qui le dites-vous.
- Vous devez retourner dans cet hôpital pour finir de soigner Ebizo-jiisama.
- Je croyais qu'il était hors de question de l'approcher?
- … ses yeux dérivant sur Sakura, qui sortait tout juste de la bouche d'aération … Vous l'avez sauvé. Grinçant Suna vous en est reconnaissant. Maintenant, vous devez finir de le soigner, et permettre son réveil.
- Ce n'est pas ce que vous souhaitez…
- … Pardon?
- Vous ne voulez pas qu'on réveille l'homme que vous avez tenté d'assassiner, pas vrai?
Un murmure parcourut les lignes d'homme en face des habitants de Konoha. Des regards perplexes s'échangeaient, derrière le grognement outré du conseiller.
- Comment OSEZ-VOUS insinuer cela, Hokage Kakashi? C'est un affront à Suna, et…
- Nous vous avons entendu.
Sakura s'était levée, s'interposant entre Kakashi et Kanata. Elle oublia sa faiblesse et ses nausées, et son regard affronta celui du conseiller et de ses deux complices.
- Nous savons tout, asséna-t-elle avec amertume. Vous cachez quelque chose à Gaara. Vous avez empoisonné Ebizo pour qu'il ne parle pas… C'est VOUS qui l'avez assassiné!
Le vieux conseiller resta stoïque malgré les multiples regards qui se tournaient vers eux, ses poings serrés le long du corps, une perle de sueur glissant le long de son front plissé. Les deux hommes qui l'encadraient en arrière n'en menaient pas large mais restaient silencieux.
- Peut-être est-ce plus simple de dire la vérité, maître Kanata? lâcha Kakashi, tentant le tout pour le tout
- … Vous ne pouvez pas comprendre, dévia-t-il de manière un peu inattendue
- Qu'est-ce que vous cachez? Est-ce vraiment si important que cela?
- Nous voulons protéger Gaara. C'est tout.
- En tuant l'un des vôtres?
- …
- … Le parchemin de Suna est lié à Gaara, n'est-ce pas?
- Cette conversation est terminée.
Le blanc qui suivit ne fut interrompu que par le toussotement gêné de quelques shinobis en arrière de Kakashi, puis par le brusque scintillement de la main droite de ce dernier. Un hurlement d'oiseau se fit entendre, prenant de court les shinobis en arrière qui se reculèrent brusquement, éblouis par la lueur violette.
- Hokage Kakashi Hatake… se moqua Kanata, peu impressionné. En pleine période de paix, vous n'allez pas attaquer ouvertement Suna, n'est-ce pas? Avec tous les efforts que vous avez fait pour faire oublier la guerre…
- Je n'assassine plus d'être humain comme vous le faites sans une raison majeure, vous avez raison… le regard glacial Je peux juste vous rendre suffisamment infirme pour vous trainer jusqu'à Gaara.
- Vous n'avez aucune preuve. Tout cela est absurde.
- Vous irez dire cela à votre Kazekage.
La rose n'entendit pas tout à fait la réponse du conseiller. Elle n'entendit pas non plus ce qui se passa ensuite. La douleur qui l'envahit cette fois la fit partir loin de ce qui se passait autour d'elle. Elle sombra quelques instants dans un état de semi-conscience.
Lorsqu'elle reprit ses esprits, elle était dans les bras du Jonin. Comme lors de cette première nuit de fuite, alors qu'elle avait été attaquée. Ses bras puissants l'encerclaient encore une fois, la serrant contre lui, leurs corps ballottés selon les obstacles. La rose ouvrit franchement les yeux et aperçut l'entrée de Suna et ses gardes filer comme l'éclair, rapidement distancés par la cadence intense de la course de Kakashi.
- A… Attendez, s'insurgea Sakura, émergeant lentement On ne peut pas partir comme ça! Que faites-vous!
- Il a raison, répondit Kakashi sans s'arrêter. Je ne dois pas ouvrir un combat ainsi avec nos plus proches alliés…
- Vous croyez vraiment que d'autres se gênent? Ils m'ont empoisonné!
- Oui. Justement.
- Alors il faut les combattre! Les trainer devant Gaara! On ne peut pas…
- On n'a pas le temps.
- Comment ça, pas le temps?
- Je te l'ai déjà dit: je ne laisse plus mes coéquipiers mourir en mission.
- Kakashi sensei ne recommencez pas: je ne mourrai pas, et vous le savez bien. se débattant Lâchez-moi! Je vais me soigner à nouveau, j'ai encore de la réserve je vous ai dit!
- En avançant à ce rythme, nous devrions retrouver Konoha en deux jours.
Cette fois, la rose donna un coup de poing suffisamment chargé en chakra dans le thorax du Jonin pour le stopper net dans sa course. Il la fit tomber dans un nuage de poussière, jurant et portant sa main à son torse endolori.
- Grimaçant Sakura, mais qu'est-ce qui te…
- Allez-vous m'écouter, oui? Pour qui me prenez-vous, je ne suis pas un bête oisillon à sauver! Nous devons retourner à Suna pour livrer Kanata à Gaara, nous devons...
- Gaara sera prévenu. Ils seront punis, ce ne sera qu'une question de temps.
- Je fais demi-tour, ordonna-t-elle en se relevant
Elle aurait voulu acter ses dires. Repartir dans l'autre sens en courant, sans lui laisser d'autre choix que de la suivre. Mais elle réalisa à ses jambes flageolantes, à sa vision floue et à ses nausées désormais permanentes que cette dernière crise l'avait terriblement affaiblie. Elle s'était soignée dans les bras du Jonin comme elle avait pu, mais désormais, elle ne parvenait plus à revenir à un état de base normal. Le poison resurgissait probablement à chaque fois, en quantité d'autant plus importante qu'elle mettait d'énergie à le faire disparaître.
Kakashi se tenait là, debout, la main encore contre la poitrine. Son regard était inquiet, et elle n'aimait pas ça. Ses cheveux blancs lui donnaient un air soucieux anxiogène. Plus de sourire devinable sous le masque noir... Il se retourna un instant en arrière, guettant des mouvements qui n'existaient pas. Lorsqu'il ramena son regard à Sakura, il s'était approché d'elle et la fixait dans un mélange de tristesse et de résignation.
- … J'aurais aimé utiliser mon gage autrement. Mais tant pis… Ce n'est pas un gage, mais une demande. Je te demande cette fois s'il te plait de me faire confiance.
- Prise de court … Pourquoi? Pourquoi est-ce si important de…
- Je ne veux plus perdre personne.
- ... Je ne suis que...
- Je ne veux pas te perdre.
Elle se tut, la bouche entre ouverte.
- Et crois-moi. Tu peux mourir.
- Le cœur palpitant … Mais…
- Soigne-toi encore et suis-moi. S'il te plait.
Une demande ? Non, c'était une supplication. Le cœur de Sakura explosait. Le jeu de leurs échanges de regard remplaça les mots. Après d'interminables secondes de silence, elle fit semblant de lui obéir. Mais alors qu'un halo vert semblait montrer qu'elle se régénérait, elle se concentrait sur le regard de Kakashi. Sur ses paroles. Sur ce qu'il venait de lui dire. Ce qu'il lui faisait ressentir, là tout de suite, la régénérait plus que n'importe quel chakra ni n'importe quel sort.
Elle n'avait pas écouté ce qu'il avait dit en détachant son regard du sien, et bercée par les endorphines, elle l'avait finalement suivi.
Quelques instants avant, sur le toit de l'hôpital
- Maître Kanata, vous les laissez partir? Ils savent!
- …
- Maître Kanata! Devons-nous les arrêter? Les faire emprisonner?
- Tuez-les.
Les hommes se stoppèrent, stupéfaits. Des échanges de regards circonspects se devinaient dans les lignes. Le conseiller se tenait sur le rebord du toit, à l'endroit même où Kakashi s'était laissé tomber quelques instants plus tôt, Sakura dans les bras.
- Mais… Ce sont les protégés de notre Kazekage… gémit encore un autre shinobi. Et c'est le sixième Hokage, nous ne pouvons…
- Vous l'avez dit: ils en savent trop.
- En effet, mais peut-être pouvons-nous juste les obliger à revenir ici et…
- Ils ne se laisseront pas faire, imbécile! Ils vont rentrer, et parler. Ils vont comprendre, Ebizo vivant ou mort. Non, il ne faut pas les laisser s'échapper... Après tout, le désert est un endroit terrible pour qui s'y aventure sans ravitaillement et sans aucune préparation... Un accident est vite arrivé.
- … Mais…
Kanata perdit patience et se retourna, ses yeux sévères transperçant le soldat qui avait osé insister.
- J'ai dit: tuez-les.
