Il était de notoriété publique que le bazar regorgeait de potions en tout genre et Hermione avait à cœur de préserver cette réputation.

À travers l'oculus, les nuages se répandent dans le ciel en volutes d'encre sombre tandis qu'elle feuillette assidûment un vieil ouvrage intitulé Herbologia Arcana : Botanique Enchantée à l'Usage des Âmes Épuisées et des Sorciers en Mal de Sérénité. Si le titre prête à sourire, le défi consiste ici à trouver une alternative à la Siofra Elegantia une racine fréquemment utilisée pour induire un état de relaxation profond. Hermione l'avait employée pour réaliser une mixture qu'elle avait baptisée Somnium memoriae, un élixir ayant pour ambition de permettre à tout un chacun de revivre ses souvenirs les plus heureux à travers les rêves.

La tentative originelle s'était soldée par un cuisant échec mais elle avait toutefois abouti à quelque chose de fort intéressant. Il en avait émergé une synergie particulière dont les effets s'approchaient davantage de ceux d'un aphrodisiaque onirique que de l'exploration de souvenirs recherchée. Le rouge de ses joues et l'indicible sensation au fond d'elle après le protocole d'expérimentation l'avait poussée à n'en dire mot à personne, mais fallait bien avouer que l'expérience n'avait pas été désagréable...et il y avait un marché pour tout. La formule avait donc été retranscrite avec application puis conservée pour être peaufinée ultérieurement.

À mesure que les heures s'égrenaient et que les recherches se révélaient infructueuses, la posture droite et maîtrisée avait laissé place à une posture que son assistante nommait affectueusement "posture de la crevette" : le dos voûté plus que de raison et le visage bien trop proche des pattes de mouche des livres étalés sur la table.

D'un geste lent, Hermione se redresse en soupirant, roulant ses épaules en arrière, provoquant un craquement satisfaisant le long de sa colonne vertébrale.

- Je m'y remettrai après le déjeuner, rien de concluant non plus de ton côté ?

En réponse, un long silence, seulement troublé par le bruit de la pluie qui commence à tomber. Hermione se retourne et découvre Carmine assoupie sur la causeuse. Soudain, celle-ci tressaille et, d'un bond, se redresse, faisant tomber l'épais ouvrage qu'elle consultait quelques minutes plus tôt.

- Pardon, pardon ! J'ai fermé les yeux un instant pour réfléchir et...

- Ne t'inquiète pas, j'ai peut-être un peu exagéré sur le temps alloué aux recherches ce matin. C'est le moment de prendre une pause déjeuner.

Carmine observe le visage d'Hermione. D'après ses traits tirés et les cernes sous ses yeux, il était évident qu'elle y avait passé bien plus que la matinée. Si elle se ménageait déjà rarement, ces derniers temps avaient été particulièrement intenses et elle avait vu Hermione consacrer ses jours et ses nuits à boucler les commandes de la boutique.

- Ça nous fera du bien, concède l'assistante avec douceur. J'ai préparé un Dahl de lentilles et des cookies à la noisette ! Ils sont juste...

Le tintement familier du carillon en provenance du rez-de-chaussée lui coupe la parole.

- Neville ! Il est rentré ! s'exclame-t-elle, adressant à Hermione un visage radieux.

À peine a-t-il franchi la dernière marche que Carmine se précipite vers lui, dépose un baiser sur sa joue avant de l'assaillir de questions :

- C'était bien, ton colloque ? Vous avez bien mangé ? Il paraît que les Italiens excellent en cuisine ! D'ailleurs, j'ai préparé à manger, on allait passer à table, viens !

Et elle ne s'arrête plus, emportée par l'excitation.

Neville éclate de rire face à ce flot ininterrompu et pose ses mains sur les épaules de sa cousine.

- Carmine, doucement ! Je suis là pour toute la journée.

Ses yeux pétillent encore d'excitation mais elle semble s'apaiser.

D'un geste affectueux, il lui ébouriffe les cheveux, et elle souffle pour dégager la mèche qui lui tombe maintenant devant les yeux.

- Tu as raison. Je suis contente que tu sois rentré, ça fait deux mois ! Je vais servir le repas, allez-vous installer ! ajoute-t-elle d'une voix enfantine avant de s'évanouir dans les escaliers.

Hermione, restée en retrait, observe la scène, troublée par cette facette de Carmine qu'elle n'avait encore jamais perçue. Son regard se perd un instant dans l'atmosphère feutrée de la pièce, où la lumière tamisée se mêle au bruit de la pluie qui tambourine à présent contre les carreaux. Lorsque Neville s'approche elle se laisse envelopper dans une étreinte chaleureuse.

- Tu vas bien ? demande t'il en resserrant ses bras autour de épaules de la jeune femme. Elle en avait presque oublié le réconfort d'une étreinte amie et ferme les yeux pour apprécier la quiétude qu'elle procure. Le col de la chemise de Neville est doux et parfumé. Un peu plus et elle pourrait s'y endormir. A regret, elle s'éloigne doucement et annonce d'un air mutin :

- Oui. J'espère que tu as encore de l'énergie, on en a des choses à discuter si tu veux que le boutique continue de tourner !

- Autant qu'il en faudra, ne t'en fais pas. J'emmène Carmine en ville ce soir, mais on a tout l'après-midi pour discuter des détails administratifs et des nouvelles cultures dont tu me parlais dans ta lettre. Je sais que j'ai été absent longtemps cette fois ci et…

- Tout se passe bien à l'atelier, ne te tracasse pas. Elle s'en sort parfaitement et je gère le reste en ton absence, comme convenu.

De l'étage inférieur leur parviennent des bruits de vaisselles et de couverts qui s'entrechoquent avec un peu trop d'ardeur, laissant supposer une probable rencontre avec le sol. Hermione pose une main rassurante sur l'épaule de son ami puis de se dirige vers les escaliers :

- Mais je crois bien qu'il vaudrait mieux que j'aille vérifier ce qui se passe si on espère que le bazar tienne encore un peu sur ses quatre murs.


Il est près de 13h lorsque Carmine repousse d'une main son assiette à dessert, où ne subsiste plus l'ombre d'une miette de cookie, et lance un regard en coin à son cousin.

Eh bien, tu nous as parlé en long, en large et en travers de toute ces fabuleuses plantes et créatures que tu as pu voir, mais plus un mot sur cette fille dont tu nous avais tant rebattu les oreilles la dernière fois...comment déjà ? Lola ? Non... Luna !

Elle mordille doucement sa lèvres inferieure comme pour tenter de réprimer la moue malicieuse qui monte déjà jusqu'à ses yeux.

Neville fixe la toile au-dessus de la cheminée. Une femme en jupon assise dans l'herbe y tient une tasse de thé. Elle semble passer un moment plutôt désagréable étant donné l'étrange inclinaison de ses sourcils et l'expression de détresse qu'elle arbore. Expression qu'il partage probablement à cet instant.

- Elle était là aussi au dernier colloque, celui sur la co-évolution magique et les symbioses entre espèces. Mais on a peu parlé, je crois qu'elle était trop occupée à pister les chuchoteurs introduits dans le bâtiment.

- Et qui sont donc ces fameux chuchoteurs ? demande Carmine, bien trop investie.

- Des sortes de petites créatures espiègles qui s'amusent à écouter les conversations des autres et à venir les répéter à n'importe qui pour semer la zizanie. Bref, disons qu'elle m'a un peu recalé quand je lui ai proposé mon aide et après ça on ne s'est pas revus.

- Oooh...Ça sera sûrement, et bien…mieux la prochaine fois !

La jeune femme, le rouge aux joues, se tortille sur son siège en cherchant Hermione du regard, laquelle lui fait signe de laisser couler, non sans avoir préalablement levé les yeux au ciel. Neville avait toujours eu tendance à être un tantinet dramatique concernant les histoires de cœur.

- Il serait temps de s'y mettre, annonce-t-il avant de commencer à débarrasser les assiettes. Hermione, on se retrouve au bureau dans 5 minutes ?


Il fait un froid mordant dans le bureau. D'un geste machinal, Hermione fait défiler les dernières pages du livre de compte avant de le refermer :

- Je crois qu'on est à jour pour la comptabilité. Le calendrier de culture pour La Serre aussi, pas besoin de d'ajouter de nouvelles variétés cette saison, on continuera la collaboration avec la ferme des Weathes. D'ailleurs, tant que j'y pense: j'ai soumis le dossier pour la mise en service des Portoloins portables au ministère, on devrait recevoir les autorisations sous peu. Carmine pourra s'y rendre seule comme ça.

La jeune femme se recule dans son fauteuil, resserrant un peu plus contre elle la fine couverture. Avec ses murs lambrissés, ses poutres apparentes et les grandes fenêtres à croisillons qui laissent entrevoir le ciel voilé, le bureau ressemble un peu à une cabine de pirate. Lorsque Neville n'est pas là, elle aime s'y réfugier pour travailler ou simplement se retrouver seule avec elle-même et laisser ses pensées vagabonder dans lumière ambrée des chandeliers. Dommage qu'il y fasse encore aussi frais à cette période. Elle se perd à imaginer les braises rougeoyantes d'un poêle à bois quand la voix de Neville la ramène à la réalité.

- ... , avec ce sort, je pense vraiment qu'on pourrait optimiser le stockage, qu'est-ce que tu en penses ?

Elle tourne vers lui des yeux des yeux hagard.

- Désolée, j'ai complètement décroché, tu peux reprendre depuis le début s'il te plait ?

Son ami lui saisit la main avec douceur, le visage envahit par un air soucieux.

- C'est moi qui suis désolé, je débarque comme une fleur et te demande de m'aider à rattraper tout ce que j'ai manqué, alors que ça fait des mois que tu te décarcasses toute seule. Je vais ralentir le rythme pour être plus présent, que ce soit à la serre ou ici.

La jeune femme pose la tête sur son bras.

- Je te l'ai déjà dit, ne t'en fais pas. On s'est lancé là dedans tous les deux et je savais à quoi m'attendre, tu ne m'as rien caché sur ton emploi du temps. Qui plus est, la boutique fonctionne bien, c'est moi qui fait du zèle. Sa voix se veut tendre mais le ton est ferme.

Neville dodeline de la tête et pince sa lèvre inférieure dans une moue juvénile contrastant avec ses traits masculins. Elle le sent hésiter.

- Bien, comme tu veux, mais promets-moi de te reposer et de lâcher tes travaux en cours dès maintenant. On va dîner chez les parents de Carmine ce soir. Tu pourras profiter de l'appartement, te faire couler un bain ou... Enfin, tu fais comme tu veux, mais je pense que ce serait une bonne idée...

Il s'emmêle dans ses mots. L'écho du jeune garçon maladroit qu'il était transparaît alors qu'il cherche comment la réconforter.
Hermione laisse échapper un petit soupir. Il est adorable quand il s'inquiète, et cela lui réchauffe le cœur.

- Promis.

Le cœur plus léger, Neville dépose un baiser sur son front et s'apprête à se lever, mais elle l'arrête en resserrant ses doigts glacés sur son bras.

- Attends, je dois t'informer de quelque chose qui ne va pas forcément te plaire.

Elle avait hésité à le mettre au courant. Peut-être n'était-il pas nécessaire d'en parler. Après tout, la boutique recevait toutes sortes de clients, des plus aimables à ceux qui n'avaient aucun savoir-vivre, en passant par les plus louches et les plus mystérieux. En seulement quelques mois, elle avait eu à faire à bon nombre d'hurluberlus, ce qui l'avait parfois amenée à considérer son opinion sur l'humanité sous un autre angle. Mais elle n'avait encore jamais eu à traiter avec les fantômes du passé, qui plus est lorsqu'il s'agissait de les aider. Et la voilà, transpercée par cette culpabilité brûlante et galopante qui lui délie la langue.

- Draco Malefoy. L'autre jour il est passé à la boutique pour acheter un bouquet.

Les sourcils du botaniste s'arquent dans une interrogation non dissimulée et son silence l'invite à poursuivre.

- Il avait aussi besoin d'un charme, il semblerait que sa mère n'arrive plus à dormir. Je ne pense pas qu'il ne savait que nous tenions la boutique… Il doit repasser en fin de journée pour le chercher.

Elle serre nerveusement ses mains et observe sa réaction. Avant qu'il ne reprenne la parole, un flot de pensées défile dans ses yeux pendant une poignée de secondes qui semble durer une éternité.

- J'espère seulement qu'il le mérite vraiment. Tu sais déjà que tu n'as pas besoin de mon approbation ou quoi que ce soit d'autre, si tu as accepté, je te fais confiance. Il s'interrompt à nouveau. Je vais devoir y aller, fais bien attention à toi, d'accord ?

Elle acquiesce et il sort de la pièce, soulagé d'avoir tempéré les émotions qui agitaient son âme avec une brutalité à laquelle il n'était pas accoutumé.


L'encre de la nuit a englouti lumière du jour et Malefoy n'était pas pas venu.

Hermione ajoute dans le chaudron quelques pétales d'héliotrope qui se fondent immédiatement dans le blanc opalescent de la préparation. D'eux ne subsiste que l'écume qui se forme à la surface du liquide bouillonnant. Elle y jette également une pincée de Siofra Suave, et le mélange se pare de teintes dorées qui veinent son blanc d'albâtre. Elle n'avait finalement pas changé la plante, seulement sa variété, et abaissé son dosage pour tenter de trouver l'équilibre avec le reste de la mixture.

- Bien, si ça fonctionne, au moins, je n'aurai pas perdu ma soirée à attendre pour rien au lieu de me reposer. Evidemment qu'il n'allait pas revenir. Si les Malefoy étaient des gens de confiance, ça se saurait, maugrée-t-elle, agacée. Elle porte le mélange à ses lèvres et souffle dessus pour le faire refroidir. La cloche de l'entrée des visiteurs sonne et le fracas de l'orage s'engouffre dans la boutique.

- On va fermer, désolée !

Elle encapsule rapidement le produit et essuie ses mains pour venir à la rencontre du visiteur éconduit afin de s'assurer qu'il rebrousse chemin.

- Eh bien, je croyais que vous ne viendriez pas, persifle-t-elle en guise de salutation acerbe à celui qui vient de franchir le seuil de la boutique. Quand on manifeste un vif intérêt pour quelque chose de délicat à obtenir, la moindre des choses serait d'être à l'heure !

- Navré, j'ai eu un empêchement à gérer, ça a pris plus de temps que prévu, s'excuse-t-il, attendant sa sentence alors qu'elle l'observe attentivement.

Il est trempé et a visiblement été surpris par le temps capricieux, qui ne lui a guère laissé le temps de lancer un basique Impervius. L'eau ruisselle sur ses tempes, son cou, et dégouline d'à peu près tous les pans de ses vêtements.

La sorcière se dirige vers le comptoir pour en sortir le flacon renfermant la solution de Vyspérine.

- Je vais avoir besoin du contenant et des cheveux.

À son tour, Draco s'approche, non sans laisser derrière lui un sillage mouillé.

Il lui tend le bijou, qu'elle prend au creux de sa main : un orbe en verre dont l'extérieur est finement gravé de lignes entrecroisées formant un motif délicat. Il est maintenu par un cerclage argenté qui le relie à une chaîne. L'objet est plutôt joli et élégant, pense-t-elle, semblable à une planète délicate et fragile. Il sort ensuite une petite paire de ciseaux de sa poche, et elle l'observe couper soigneusement une mèche humide derrière son oreille.

L'immuable rictus de mépris qu'elle a vu si souvent se former sur ses lèvres semble s'être à jamais dissipé du visage de l'homme qu'elle à devant elle. Il est élégant, poli, mais il y a autre chose sous ce vernis qu'il s'efforce de maintenir et qu'elle brûle de comprendre.

Ou bien est-ce simplement ce satané syndrome de la sauveuse qui te pousser à aider tous les petits chiots désœuvrés que tu rencontres ?

Elle rejette immédiatement cette pensée et saisit ce qu'il lui tend avant d'être heurtée de plein fouet par la situation.

Sombre idiote, ce n'est pas pour sa mère qu'il en a besoin, c'est pour lui, réalise-t-elle abruptement devant la mèche de cheveux pâles quelle tient du bout des doigts. Sa gorge lui semble se nouer et elle se sent stupide de ne pas l'avoir réalisé sur le moment. Bien. Au fond, ça ne change rien, se rassérène-t-elle.

Elle décide de feindre en avoir toujours eu conscience et s'applique à dévisser le couvercle du tube, le manipulant avec précaution pour adjoindre quelques cheveux au mélange.

L'air lourd de la boutique, chargé des arômes des potions et de l'orage qui tonne au-dehors, semble s'épaissir autour d'eux. Draco observe chacun de ses gestes en silence et elle se concentre sur le bijou dans une tension muette. Sans qu'elle prononce quoi que ce soit, le liquide semble se mouvoir pour absorber complètement le nouveau composant avant de développer des tons aux nuances miellées.

D'un geste du poignet, elle libère la substance. Celle-ci suit la trajectoire de sa baguette, avant de se fondre à travers la paroi de verre de la sphère pour en emplir le cœur.

- Voila. Il faut le porter en continu pour que l'effet soit délayé au fil de la journée et que le corps retrouve un cycle normal. On constate parfois des nausées, maux de tête ou de la fièvre les premiers jours mais ça reste assez rare.

Il acquiesce sans un mot. Une émotion fugace, peut-être du soulagement, traverse son visage mais la jeune femme se trouve bien incapable de la décrypter.

Draco ouvre le fermoir de la chaine pour y accrocher l'autre moitié. Dans un mouvement lent, le globe glisse sous le col de sa chemise, entre ses clavicules et repose désormais sur son sternum.

- Faites le test pendant quelques jours pour déterminer s'il faut ajuster le dosage. Prévenez-moi s'il y'a des effets secondaires trop brutaux.

- Merci. Le paiement, comme convenu dans nos échanges.

Il relève brièvement les yeux et son regard accroche celui d'Hermione, en proie aux doutes qui se fracassent au fond d'elle.

- Le transplanage est restreint dans les zones commerciales mais nous avons une pièce dans l'arrière-boutique qui le permet. Vous pouvez l'emprunter si vous souhaitez rentrer chez vous sans affronter le mauvais temps... propose t'elle, hésitante.

Il détourne légèrement la tête.

- C'est très aimable , mais sauf si l'envie de ramasser mes morceaux disséminés partout dans l'atelier vous attire, il serait préférable pour moi d'éviter en ce moment.

Immédiatement, il regrette le ton sarcastique dont il vient de faire preuve et son visage pâlit. Pas que le sarcasme soit interdit, mais il aurait préféré éviter cette rémanence de l'ancien abruti qu'il avait pu être devant elle.

Hermione serre les lèvres et le dévisage, cherchant une réponse appropriée, avant de finalement hausser les épaules d'un air détaché, comme si le regret absolu de cette proposition et l'envie de le gifler ne l'avaient pas traversée.

- La prochaine fois, contentez-vous de refuser poliment, ça suffira.

- Pardonnez-moi. Les vieilles habitudes ont la vie dure. Je suis un imbécile qui ne sait toujours pas parler correctement à qui que ce soit. Draco se frotte l'arrière du cou. C'est simplement que je ne suis plus capable de transplaner correctement depuis quelques temps.

Hermione incline légèrement la tête, surprise par cette franchise inhabituelle avant de prendre une grande inspiration. Laisser sa rancœur, présente et passée, de côté, serait peut être un acte de maturité, autant essayer.

- Et bien, je peux faire du thé ou du café en attendant que ça se calme, propose-t-elle au dépourvu.

Draco relève les yeux, visiblement surpris par l'offre.

Elle lui offre un sourire hésitant mais chaleureux:

- Juste pour que vous ne soyez pas obligé d'affronter la pluie, précise-t-elle en se redressant. Et pour que vous ne vous désartibuliez pas, bien sûr.

- Alors un thé ira très bien. Merci.

Avec douceur, il la laisse passer devant lui et dans son sillage emprunte le grand escalier qui mène sur la mezzanine.

Et tant pis si mon monde s'écroule à nouveau, songe la jeune femme en grimpant les marches.