Le chapitre était plus difficile à écrire que prévu et j'ai fini par le scinder en deux sinon c'était trop long :).
Sur un autre point, j'écris environ un chapitre par semaine, parfois c'est plus rapide, parfois plus long, du coup la publication est aléatoire. N'hésitez pas à me dire si un jour fixe c'est plus simple. Prenez soin de vous !
La pluie, diluvienne, comble le silence de la pièce alors que les doigts de Draco se referment autour du nœud de sa cravate dans une dernière tentative pour l'ajuster parfaitement.
Son regard glisse vers le bureau débordant de documents épars. Parmi eux, le message d'Hermione, reçu le matin même. Il n'y avait pas encore répondu.
"Un chocolat chaud et une partie de tarot ce soir avec Carmine et moi pour se réconcilier ? Je l'ai ouvert hier, il est vraiment très beau, il faudra m'en dire plus. -H"
Le ton léger du message ne fait que renforcer l'étrange décalage qu'il ressent chaque fois qu'il pense à elle.
Il attrape une plume et rédige une réponse aussi sobre que possible :
"Pas ce soir. Trop occupé. Une autre fois peut-être. -D."
Murmure, nichée sur le rebord de la fenêtre, tourne la tête vers lui comme si elle attendait son signal.
- Fais vite, chuchote-t-il, et retourne à l'appartement ce soir.
La chouette s'envole dans un bruissement d'ailes.
Le reste du bureau est littéralement recouvert d'ouvrages tirés de la bibliothèque du manoir. Des grimoires aux pages jaunies lui rappellent les heures d'étude qu'il doit encore consacrer à la Veyr d'Obsidienne et à la malédiction qui emprisonne Misha.
Ce soir, cette tâche s'efface devant le devoir familial. L'heure du dîner chez les Greengrass approche et avec elle la perspective d'une union devenue soudain réalité. Une réalité qui pesait plus lourd que prévu sur ses épaules.
Rien de plus qu'une transaction, une alliance évidente entre fortune et réputation. Il avait toujours su que cela arriverait. Il ne serait ni le premier, ni le dernier, à le vivre. Cela avait toujours été ainsi. Et cela lui importait peu. Jusqu'à maintenant.
Draco serre les mâchoires, les doigts crispés sur son col parfaitement ajusté, comme pour contenir les émotions qui menaçaient de se frayer un chemin jusqu'à la surface. Il sait parfaitement ce qui a changé. La poursuite d'une chimère, d'une fantaisie lovée dans les tréfonds de son cœur, d'une rédemption qu'il a cru entrevoir...
Mais il n'a pas le droit de désirer, de rêver à autre chose. Et c'est probablement mieux comme ça. Son avenir était ici et il était tout tracé.
Le craquement de la porte suivi d'un bruit léger lui indique que sa mère est entrée dans la pièce.
- Tu es magnifique, mon chéri. Elle s'approche de lui pour ajuster un pli imaginaire sur sa cravate puis, dans une tendresse infinie, pose sa main contre son visage.
- Tu feras honneur à la famille Malefoy , comme toujours, murmure-t-elle. Je sais que ce n'est pas facile, mais Astoria est tout ce que nous avons toujours espéré pour toi. Je suis certaine que vous serez heureux tous les deux.
Draco hoche la tête. Le visage de Narcissa s'illumine d'un doux sourire, aveugle aux tourments qui assaillent son fils.
- C'est la meilleure chose pour toi, pour notre famille, conclue-t-elle.
Une sincérité absolue se reflètent dans ses yeux, le forçant a réfréner ses doutes et à lui sourire en retour.
- Je comprends mère, je ferai de mon mieux. Les mots lui brûlent la gorge alors que son sang se glace dans ses veines.
- Il est bientôt 19h, je vais récupérer les fleurs, va rejoindre ton père. Et elle se hâte d'un pas gracile.
Lucius est déjà dans le hall, ajustant ses manches pour couvrir le bracelet chargé de contrôler ses déplacements. Malgré le poids des années passé reclus au manoir, il dégage encore cette aura imposante.
Il lève les yeux à l'approche de son fils.
- Bien. Tu es prêt ? demande-t-il sans détour.
- Oui, père.
Draco se place à ses côtés, ajustant machinalement ses boutons de manchettes.
- Les Greengrass sont un bon choix, poursuit Lucius. Leur fortune s'effrite, mais leur réputation reste irréprochable et ce sont des sang-pur. C'est exactement ce dont nous avons besoin.
Un bon choix. Pour qui ?
Draco acquiesce d'un simple mouvement de tête, partagé entre l'amertume et la résignation. Il connaît par cœur ce discours qui tourne en boucle comme un disque rayé.
Son père se tourne vers lui.
- Le Gala qui approche n'est pas qu'un bal, Draco. C'est une déclaration. Nous devons nous en servir pour amorcer notre réintégration dans la société. Astoria et son nom seront nos alliés.
Narcissa réapparaît, interrompant leur échange. Elles porte une élégante composition florale ou s'entremêlent des roses et les camélias blancs.
- Allons-y, annonce-t-elle avec un sourire.
Astoria les accueille dans le grand hall de la demeure Greengrass, vêtue d'une longue robe satinée sur laquelle dansent des teintes ivoire. La coupe flatte parfaitement sa fine silhouette, dévoilant ses épaules nues sur lesquelles tombent des cheveux d'un noir de geai. Le contraste avec sa peau diaphane est à couper le souffle. Une incarnation de grâce et d'innocence. Pour ne rien gâcher, un délicat sourire teintée de politesse et de retenue s'épanouit sur ses lèvres pourprées lorsqu'elle reçoit le bouquet de Camélias que lui tend Narcissa.
- Quelle joie de vous recevoir, c'est très aimable à vous, murmure la jeune femme d'une voix douce, portant les fleurs à son visage pour en humer le parfum délicat.
Dans un geste fluide, elle se retourne pour les guider.
- Je vous en prie, suivez-moi.
Ils traversent un long corridor qui s'enfonce dans les entrailles du manoir pour rejoindre une spacieuse salle à manger aux tons mordorés. La pièce en elle même est agréable, mais a clairement perdu de sa superbe. Si l'ensemble converse une certaine élégance, les tapisseries, dont les motifs dorés peinent à briller, semblent ternies par le temps. Tout comme les tableaux qui ornent les murs.
Evangeline et Thomas Greengrass viennent à leur rencontre dans un empressement à peine dissimulé.
- Je vous en prie, mettez-vous à l'aise, ma femme va se charger de nous apporter le diner, encourage-t-il avec un grand sourire.
Les Malefoy prennent alors place sur les chaises aux assises défraichies, tandis que leur hôte leur sert du vin. Un parfum délicat de viande rôtie et d'épices s'échappe du couloir.
- À nos familles, commence le patriarche Greengrass avec une voix posée.
Draco esquisse un sourire convenu, imitant son père en levant son propre verre, tandis que Narcissa offre un hochement de tête gracieux.
Evangeline Greengrass revient alors auprès d'eux, portant un plateau surchargé d'assiettes soigneusement dressées. Le rouge de ses joues trahit l'effort qu'elle tente de dissimuler.
- Pardonnez-nous cette simplicité, commence-t-elle , nos elfes de maison sont… disons, un peu indisposés ces derniers temps.
Draco note la façon dont elle évite soigneusement le regard de son mari. Lucius, fidèle à lui-même, reste impassible. Narcissa, en revanche, réagit avec tact et délicatesse.
- Vous êtes une hôtesse remarquable, Evangeline. Vos efforts sont tout à fait charmants, et cette table est magnifique.
Le début du repas est ponctué de discussions légères, insignifiantes, sur le ministère et les dernières lois adoptées, avant de rapidement dériver vers la raison pour laquelle ils étaient tous assis ici à cette table. Le fameux gala annuel des Nott. L'événement qui réunissait tout le gratin de la communauté magique sous prétexte de mettre en lumière un sujet important. Cette année, la protection des créatures magiques menacées en Écosse. Un événement à ne pas manquer si on voulait voir, ou être vu.
Draco enfonce inconsciemment le métal de sa chevalière dans sa paume. Chaque mot sur la "bonne impression" dont leurs parents respectifs les abreuvaient lui donne envie de quitter la pièce. Mais son visage reste figé, un masque de neutralité à toute épreuve.
- Ce gala est une opportunité parfaite de montrer l'unité et la respectabilité de nos deux familles. Vous serez le couple idéal, assure Madame Greengrass d'une voix douce, une lueur de satisfaction dans les yeux.
- Vous mettez la barre bien haut, mère, répond Astoria avec modestie, baissant les yeux en esquissant un sourire poli.
Draco sent qu'il doit réagir. Cela fait trop longtemps qu'il n'a pas décroché un mot. Il ajuste sa posture et force un ton chaleureux et encourageant, presque charmeur.
- Je suis sûr que vous la franchirez sans effort.
Ses yeux captent ceux d'Astoria. Elle semble si tranquille, mais il y perçoit comme une sorte de résignation muette.
Alors qu'ils terminent le dessert en échangeant des platitudes convenues, Draco remarque le regard insistant d'Evangeline sur sa fille.
- Souhaitez-vous voir le jardin d'hiver ? lui propose alors Astoria, son sourire courtois taché par une lassitude dissimulée.
- Volontiers.
À travers l'immense verrière perce la lumière vaporeuse de la lune. Le ciel, étrangement clair, dévoile une voûte céleste étincelante, presque irréelle.
- C'est un faux, murmure Astoria en désignant le plafond. Mon père a fait installer ce charme il y a longtemps, quand j'étais enfant. J'adorais regarder les étoiles, mais d'ici, on ne les voyait presque jamais.
Leurs pas les mènent jusqu'à une immense fontaine au cœur du jardin. Les plantes exotiques aux feuillages éclatants baignent l'espace d'une humidité chaude et apaisante, illuminés par la lueur des lucioles qui virevoltent autour d'eux.
- Vous êtes très élégant, comme toujours, dit-elle en s'asseyant sur le bord en pierre.
- Et vous, vous êtes splendide, répond simplement Draco. Vous semblez si sereine, ajoute-t-il, cherchant à se montrer agréable.
- Je dois dire que je suis plus pragmatique que sereine, répond-elle, son regard se perdant dans le bassin de la fontaine. Je sais ce que j'ai à gagner. Vous êtes attirant, intelligent, et nous avons le même âge. J'aurais pu tomber sur bien pire. Vous n'êtes pas un mauvais choix.
Elle rit doucement. Un rire qui contraste avec les propos sans détours qu'elle vient de tenir, si bien que Draco en est presque surpris.
Pas un mauvais choix.
Elle lui sourit, presque désolée, comme si elle comprenait l'ironie de la situation. Astoria semblait voir en lui un moindre mal, un partenaire respectueux et honorable, même s'il ne serait peut-être jamais un homme aimant.
- Mais vous, Draco, votre cœur est-il déjà pris ? Qu'est-ce qui vous fait hésiter ? Vous n'avez pas l'air particulièrement enthousiaste.
- Non. Il marque une pause. Et rien qui concerne cette alliance. Ne vous inquiétez pas.
Alliance, il ne pouvait pas se résoudre à appeler ça autrement.
- Nous savons tous les deux que ce n'est pas une question de ce que nous voulons. Son sourire se fâne, comme si elle avait abandonné l'idée de faire bonne figure et qu'elle jouait ses dernières cartes. Mais cela ne nous empêche pas d'y chercher... de l'amusement, si nous apprenons à nous connaître. Peut-être même une certaine forme de confort charnel.
Il ne répond pas immédiatement, fixant le ballet des lucioles qui illuminent l'obscurité du jardin.
- Je suppose que nous faisons ce qu'on attend de nous, effectivement.
Elle était belle, sublime même. Ne pas la désirer était probablement insensé mais à cet instant, il n'avait aucune envie de l'imaginer partager son lit.
Drainé de toute énergie, il revêt son masque d'impassibilité et lui offre son bras pour regagner la salle à manger afin de prendre congé.
De retour au manoir Narcissa déclare avec satisfaction :
- C'était parfait.
Il acquiesce et se contente d'embrasser ses parents avant de se détourner vers la cheminée. L'idée de se rendre chez Blaise lui traverse brièvement l'esprit, mais il choisit finalement le réconfort de la solitude. Il avait besoin d'air, d'espace, d'un lieu où personne ne l'attendait. Demain il se remettrait au travail.
Attrapant une poignée de poudre de cheminette, il annonce sa destination et les flammes vertes le transportent jusqu'à Londres.
Un silence feutré l'accueille, Murmure n'était pas encore revenue.
Un détour par le placard à digestifs et le voilà affalé dans l'un des grands fauteuils en cuir de son salon, un verre whisky pur feu à la main. A ses lèvres il porte le verre, savourant la brûlure familière qui descend dans sa gorge, avant de laisser ses pensées s'échapper, brutales et désordonnées.
Il revoit Astoria. Douce. Pragmatique. Résolue. Un joli trophée, un bon choix. Et sa mère, si convaincue que tout irait pour le mieux…
Non, tout n'irait pas pour le mieux. Tout était sens dessus dessous dans son putain de cerveau.
Draco pose la tête contre le dossier du fauteuil, inclinant son verre à moitié vide pour en avaler une autre rasade et se resservir. Le liquide ambré tremble dans ses mains.
Il redresse les épaules, inspirant profondément pour apaiser sa poitrine comprimée par la culpabilité. Tout en lui suintait l'échec. Il avait échoué à être ce fils exemplaire, à se montrer à la hauteur des attentes de ses parents. Il n'avait rien prouvé, rien arrangé, rien accompli. Misha était toujours enchaînée dans son boudoir, sa famille n'était pas plus respectable qu'avant. Et maintenant… maintenant, il en venait même à douter de ses propres devoirs.
Ses doigts jouent avec le pendentif de Vyspérine rougeoyante suspendu à son cou. Hermione Granger. Qu'est-ce qu'il ressentait vraiment pour elle dans cette histoire ? Paradoxalement, elle faisait partie des rares perspectives tangibles et rassurantes de son univers. Il se sentait bien quand il était avec elle. Mais peut-être n'était-elle qu'une quête désespérée de plus pour effacer ses erreurs. Elle méritait mieux que ça.
Il serre le pendentif dans sa paume et, alors que l'alcool commence à envahir son corps et dégripper les mécanismes de son cerveau, il sent les fleurs de l'amertume éclore sous sa peau. Ses yeux s'ouvrent, fixant le plafond, le cœur furieux.
Assez. Tout ça était stupide. Il penche la tête en arrière, les yeux mi-clos, essayant de chasser ses pensées parasites quand un "toc, toc" sec brise le silence.
Qui, à cette heure-ci, pouvait bien vouloir quoi que ce soit de lui ?
Le verre toujours en main, il se lèvre pour aller ouvrir.
Sur le palier, il découvre Hermione, emmitouflée dans un long manteau vert forêt, un gros thermos entre les mains et Murmure perchée sur son épaule.
- Granger, qu'est-ce que tu fous ici ? lâche-t-il d'une voix grave, légèrement éraillée.
- Bonsoir également. Vois ça avec ton oiseau, Malefoy, pas moi, rétorque Hermione. Le bout de son nez est légèrement rosît par le froid. Il est venu me trouver, paniqué, et m'a menée ici.
Il baisse les yeux vers Murmure, posant sur elle un regard accusateur.
- Visiblement, je vais devoir apprendre à cette andouille à s'occuper de ses affaires. J'avais pourtant rédigé une note assez claire, il me semble.
- Je sais lire, ne t'en fais pas, réplique-t-elle avec un sourire désarmant. Mais elle avait l'air… insistant. Sa lèvre inférieure tremble légèrement et son regard glisse sur le verre qu'il tient à la main. Elle n'ajoute rien .
Draco soupire, écartant un peu plus l'embrasure de la porte.
- Entre.
