Bonjour, un chapitre un peu plus petit mais ça sera plus simple pour le découpage :). Bonnes fêtes de fin d'année à tous !
Ps: Si vous avez des recos lectures/films je suis preneuse !
Une éclaircie traverse paresseusement le chemin de traverse, illuminant de son éclat éphémère la petite cuisine du bazar.
Hermione observe Draco imprimer un lent mouvement de va et vient sur la pâte sablée. Sous le rouleau, celle-ci prend sagement le diamètre idéal.
La jeune femme appréciait la technique et les défis créatifs qu'offrait la pâtisserie mais elle n'avait toutefois jamais réussi à dompter cette part de mystère qui pouvait transformer une recette scrupuleusement suivie en catastrophe, ce qui avait le don de l'agacer profondément. Si ce n'était pour assister Carmine, elle y aurait accordé un intérêt moindre et s'en serait probablement tenue à ses potions.
Malgré ses protestations une demi-heure plus tôt, Draco gére parfaitement le déroulé de la préparation, aussi le laisse-t-elle mener les opérations.
La coupure encore vive sur sa pommette pâle semble cicatriser correctement et dans quelques heures il n'en subsisterait plus une trace. Elle s'attarde un instant sur la ligne de sa mâchoire avant de s'aventurer vers sa gorge, faisant mine d'ignorer l'évidence qui s'impose à elle. Il est beau, et visiblement, cette fois, ça ne la laisse pas insensible.
D'ordinaire, elle s'attachait peu aux considérations physiques bien que cette sorte de prise de conscience ce soit déjà produite par le passé, que ce soit pour Neville, quand le passage à l'âge adulte l'avait littéralement recomposé, ou même Harry. Mais la constatation restait platonique, factuelle. Présentement, elle est accompagnée d'autre chose, dont elle ne saisit pas encore bien les contours. Quelque chose entre l'inquiétude et l'attraction.
La sensation diffuse dans sa poitrine l'incite à vérifier qu'il n'a pas remarqué son regard trop insistant. Non. Il est bien trop absorbé par sa tâche, quelque part dans une bulle hors du monde, canalisant les derniers fragments de la colère qui l'agitait un peu plus tôt. Sauvée, elle soupire intérieurement.
-Je ne savais pas que tu avais une appétence pour la pâtisserie, débute-t-elle, en terminant d'ajuster le préchauffage du four.
Les muscles du cou de Draco semblent se tendre légèrement, puis il déclare, très doucement :
- Mmmh...comme on a pû en discuter, on avait du temps à tuer au manoir. En réalité, c'est surtout une passion que s'est découvert mon père, et dans laquelle j'ai essayé de l'accompagner. Je ne saurais dire si j'aime vraiment ça ou pas.
Visiblement interloquée à l'idée d'imaginer Lucius Malefoy réaliser une Charlotte aux fraises, la sorcière s'efforce de ne pas recracher le lait chaud qu'elle sirote et ses sourcils se figent en un froncement curieux qui arrache un petit sourire à Draco.
- Fais pas cette tête Granger, lui lance-t-il, taquin. Mais c'est vrai, c'est un peu étrange, n'est-ce pas ? Sachant qu'il n'avait probablement jamais cuisiné de sa vie avant cette...retraite forcée.
En disant cela, il dépose la pâte sablée au fond d'un moule à tarte et entreprend de la piquer de la pointe d'une fourchette.
- On peut découvrir de nouvelles choses à tout âge, il n'est jamais trop tard pour changer ses perspectives, répond la jeune femme avec une vigueur franche.
Un petit rictus pince les lèvres de Draco, creusant une fossette sur sa joue droite.
- Certes. Mais n'imagine pas qu'il a fait volte face parce qu'il réalise de délicieux entremets. Il est différent, c'est certain. Mais pas au point de renoncer à ses formalités de sang pur et à l'éclat de notre nom.
Il espère ne pas paraître dur dans ses mots, mais il ne veut pas qu'un jour, et cela arriverait fatalement, elle soit déçue.
- Qu'importe les événements passés, reprend-il, il voudra restaurer son pouvoir, d'une manière ou d'une autre. C'est une soif qui ne tarit jamais, même si elle s'est adoucie derrière le poids du temps et de la honte.
Malgré l'air stoïque et détaché qu'il arbore, Hermione peut presque sentir le creux qui se forme dans son estomac. Elle commence à le reconnaître, ce masque qu'il revêt pour éviter qu'on ne lise en lui. Pour dissimuler ses failles. Pour farder d'humanité la noirceur lovée au fond de son âme.
- Mais il reste mon père, lâche-t-il en perdant soudainement sa concentration, ses mains s'immobilisant.
Elle se glisse à ses côtés et lève vers lui un menton déterminé.
- Tu as changé, je suppose qu'il le peut aussi.
Changé. Ça y ressemble peut-être, mais le poison ne se transforme pas en miel. Les Malefoy sont viciés jusqu'à la moelle, tous autant qu'ils sont. Je ne fais pas exception et mon père encore moins. Les mots ne franchissent pas sa bouche.
Il soutient son regard avec une intensité presque magnétique pendant quelques instants avant de finir par sombrer, captif de ses prunelles ambrées. Elle cille. La chaleur de son âme fait vibrer quelque chose en lui et une pulsion égoïste achève de lui tordre le ventre en même temps que ses beaux principes.
Il voudrait la serrer à nouveau contre lui, raviver le souvenir de la nuit passée, panser son propre cœur dans la tendresse de ses bras. Passer ses doigts derrière sa nuque, approcher son visage du sien, effleurer lentement ses lèvres.
Tout abandonner.
Mais il n'en fait rien. Il ne peut pas, quand bien même elle accepterait quoi que ce soit de lui.
Ses pensées font trop de bruit sous son crâne.
Bientôt, tout s'effondrera.
Il finit par hocher imperceptiblement la tête. L'heure n'est pas aux tragiques ruminations et il décide de profiter de l'instant, du temps qui lui reste avec elle.
- Bien, la pâte est prête. On la met au four et on s'attaque à la suite ? propose-t-il en attrapant un couteau et une planche d'un geste presque trop brusque.
Pendant qu'il presse vigoureusement les citrons , la jeune femme mélange le sucre en poudre et les oeufs dans une jatte en inox. Elle s'apprête à récupérer le jus pour l'incorporer à son mélange, mais elle s'interrompt brusquement, surprise.
Le métal froid de la chevalière de Draco vient de frôler sa main pour arrêter son geste.
- Je voudrais essayer quelque chose, tu me fais confiance ?
Ce bref contact semble avoir calmé la tempête qui couvait en lui. Elle repose le réservoir du presse agrume sur le comptoir.
- D'accord. Un sourire s'intensifie sur ses lèvres, alors qu'elle s'interroge sur ce qu'elle vient d'accepter.
Draco s'éclipse un instant avant de revenir avec une branche de ce qui semble être de la verveine. Il plonge délicatement les feuilles lavées dans le jus des citrons pressés, réglant le feu en position basse.
- Juste une touche. Ça ajoutera de la profondeur. On va devoir patienter un peu, mais... tout à l'heure j'ai cru comprendre que tu voulais discuter, ajoute-t-il en se tournant vers sa mallette.
Il en extrait un papier éclaboussé de fines gouttes de sang.
- Désolé pour... ça, laisse-t-il échapper, désignant la tâche pourpre d'un geste contrarié
Hermione s'empare du document sans un mot, satisfaite de ne pas avoir eu à insister à nouveau pour ouvrir le sujet. La trêve était passée, et il était temps de revenir à l'essentiel.
Elle fait un peu de place sur le plan de travail et commence à étudier le dessin.
- Cette dague... C'est pour elle que tu es allé voir Karswick ? D'où vient-elle ? demande-t-elle en scrutant les gravures avec attention.
Accoudé à ses côtés, Draco croise les bras, pensif.
- Oui. J'ai besoin d'en savoir plus à son sujet pour... mon affaire. C'est une Veyr d'obsidienne retrouvée en Écosse, dans le caveau d'une ancienne propriété appartenant à un client de mon père. Il a racheté les lieux il y a quelques années et a récemment décidé de faire expertiser ce qui s'y trouvait. Ce type d'arme est rare par essence, mais celle-ci semble particulière, et pas nécessairement dans le bon sens du terme.
Il choisit ses mots avec soin pour éviter de l'alarmer inutilement.
Les notes herbacées et citronnées du mélange commencent à saturer l'air autour d'eux.
- Les livres que j'ai consultés et les personnes que j'ai rencontrées jusqu'ici n'ont pas été d'une grande aide pour élucider tout ça, poursuit-il, évitant délibérément de mentionner l'épisode de la Méduse ou la condition de Misha. Certains textes étaient caviardés de manière magique, ça cache quelque chose. Je suspecte que la lame soit maudite.
Hermione assimile les informations, ses yeux toujours rivés sur la réplique de papier.
- Maudite ? Et Karswick ? Il n'a pas pu te renseigner ?
- Il a confirmé qu'elle était bien d'origine gobeline. Il a aussi semblé s'intéresser à ce symbole, celui en forme de demi-lune. Mais il n'a rien ajouté de concret, je n'ai pas pu répondre à ses...exigences. Tu as pu voir la conclusion de notre échange, fait-il en touchant sa pommette.
Elle relève la tête, intriguée.
- Qu'est-ce qu'il a exigé ?
- Des fantaisies idiotes, rien que je puisse lui donner. Il semble que l'argent ne l'intéresse plus... Je vais devoir trouver autre chose.
Hermione passe une main sur ses tempes, déjà en quête de solutions.
- Si c'était si important, tu aurais dû m'en parler plus tôt... on savait tous les deux qu'il était fourbe et instable. Il y avait d'autres voies.
Dans son ton résonne une préoccupation sincère teintée d'un petit air de "je te l'avais dit" délicatement agaçant, mais parfaitement touchant.
Draco inspire lentement.
- Je ne voulais pas te déranger, et encore moins te mêler à tout ça. Ça ne t'aurait rien apporté. Je ne veux pas t'exposer.
- T'aider ne me dérange pas, tu sais. Au contraire, j'ai besoin de me sentir utile auprès des gens qui... ont de l'importance pour moi. Ne t'inquiète pas pour ça.
Ce qu'elle vient de confier de manière si anodine pèse soudain comme une chappe de plomb sur ses épaules.
Elle prie pour ne pas regretter d'avoir mis des mots sur ses émotions, d'avoir offert ainsi son cœur malmené et son amitié dans la fragile confiance qu'elle lui accordait.
Draco serre imperceptiblement les poings. Les mots ont pénétré son être avec une profondeur dont elle n'a probablement pas conscience.
Ne gâche pas tout. Ne la laisse pas s'investir trop loin dans tes histoires, même si elle ne te demande rien, s'entend-il penser.
Hermione arrange une mèche de ses cheveux et lisse son tablier. Sans lui laisser le temps de réagir à sa tirade, elle enchaîne rapidement, son doigt pointant le symbole en demi-lune :
- Ce symbole-là, il me semble incomplet. Je ne peux pas dire pourquoi, simplement une intuition. Tu es sûr de n'avoir rien trouvé d'autre ?
Il secoue la tête, et elle se plonge dans une intense réflexion.
- Je suis presque sûre que tu ne me dis pas tout mais...je connais quelqu'un aux archives du ministère. Avec les bons leviers, il pourrait nous avoir accès à certains ouvrages et informations... disons, peu accessibles. Je peux lui demander.
Draco la dévisage, incertain.
- Tout ça, rien ne t'oblige à y prendre part. Ce qui m'arrive, ce n'est pas ton problème et je ne veux pas que tu te retrouves impliquée dans quelque chose qui pourrait te nuire.
Son ton est presque froid.
- Si je me lance, tu sais très bien que je n'abandonne jamais.
Draco secoue la tête.
- C'est bien ça, le problème, Granger.
- Si on doit travailler ensemble, tu vas devoir te faire à l'idée que je suis aussi têtue que toi, sinon plus, annonce-t-elle, attrapant un torchon pour essuyer machinalement ses mains. Je vais envoyer un hibou pour prendre rendez-vous. Pour le reste... Je te l'ai déjà dit, je gère. Mais avant tout, terminons cette tarte. Rien que l'odeur est déjà à se damner.
- Merci, murmure-t-il finalement, baissant les armes devant le feu de sa détermination.
Elle sort la pâte du four et Draco s'empare du jus de citron, qu'il filtre et fait cuire doucement au bain-marie après l'avoir mélangée. Une fois l'assemblage terminé, Hermione s'exclame joyeuse :
- Et voilà !
Elle porte la maryse à ses lèvres charnues pour goûter un reste de crème.
- C'est tellement bon ! Elle savoure les notes acidulées avec un plaisir non dissimulé.
- Montre moi , intime-t-il en attrapant la maryse pour goûter à son tour, du bout de la langue.
- Dis donc, elle est bien pointue, une vraie petite langue de Serpentard, souffle Hermione sur un ton badin.
Il esquisse un sourire, léchant le citron qui perle sur ses lèvres.
Je doute que tu sois prête à discuter de ses talents maintenant.
La réplique sulfureusement inappropriée lui traverse l'esprit et se fracasse aux portes de ses contradictions internes.
- Je ne répondrai pas à cette provocation, Mademoiselle Gros Cerveau, réplique-t-il finalement en passant derrière elle pour ranger le reste du matériel.
