Stiles n'aimait pas conduire vite, surtout pas avec sa Jeep. La vieille carlingue tenait le coup… Restait à savoir pour combien de temps. Une chose était cependant certaine : si l'hyperactif ressortait vivant de cette espèce de kidnapping, il la ferait réviser par un vrai garage au lieu de la réparer lui-même comme il en avait l'habitude… Juste au cas-où, parce qu'il savait que la vitesse ne faisait aucun bien à Roscoe. Ne l'avait-elle pas lâché, une fois où il avait testé ses capacités par pure curiosité et qu'il l'avait poussée… Un peu trop fort ? Si, et il s'en souvenait fort bien. Ainsi, il pria. Il pria pour qu'il ne se passe rien, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait aucune idée de la manière dont le malade à l'arrière pourrait réagir si la voiture tombait subitement en panne.
Et l'air de rien, Stiles apprécierait de survivre. S'il lui arrivait parfois d'avoir quelques pensées peu reluisantes qu'il ne confiait à personne, l'idée de mourir ne lui avait jamais réellement ni complètement traversé l'esprit. Il avait toujours trouvé un moyen de contourner sa propre noirceur, histoire de la contrôler de l'extérieur et de ne pas la laisser prendre le dessus sur ce qui, pour lui, comptait réellement. Il avait coutume de dire que la vie, aussi horrible puisse-t-elle être parfois, valait tout de même la peine d'être vécue.
Autant dire que finir égorgé dans sa propre voiture à cause d'un hypothétique problème technique ne l'enchantait pas des masses.
- A droite.
La voix de son agresseur, dont il entrevoyait à peine le visage dans le rétroviseur tant la nuit était sombre, était particulièrement froide, presque dénuée de toute émotion. Et puisqu'il lui donnait l'information – l'ordre – au dernier moment, Stiles faillit rater la sortie en question, mais il réussit de peu à l'atteindre. Rouler à cette vitesse en ville et recevoir ce genre d'indications aussi tardivement… Stiles se musela autant qu'il le put. Des remarques désobligeantes et sarcastiques nées de sa peur, il en avait à revendre : mais pour sa vie, il valait mieux qu'il se taise. Obéir restait malheureusement sa meilleure option – et c'était à regret qu'il s'exécutait. Ceux qui le connaissaient savaient à quel point il n'aimait pas l'idée même de se soumettre à quelqu'un en tant que tel – ce n'était ni dans sa nature, ni dans son caractère. Les mains serrées à outrance sur le volant, il se força à suivre la route, à mémoriser tous les détails qui pourraient lui être utiles. S'il devait être amené à faire la route en situation inverse – dans le cas où il réussirait, par miracle, à fuir –, mieux valait qu'il sache par où passer. Heureusement pour lui, il possédait une excellente mémoire qui ne lui faisait que rarement défaut. Pour cette fois-ci, elle n'en avait pas le droit.
Si Stiles s'attendait à devoir sortir de la ville et s'arrêter devant un manoir paumé en pleine campagne, il eut la surprise d'entendre son kidnappeur lui dire de ralentir alors même qu'ils étaient en train de pénétrer dans un lotissement.
- Arrête-toi ici ! Fit-on brusquement.
Et Stiles eut si peur, en sentant la lame frotter légèrement contre sa peau, et enfonça l'arrière de son crâne contre l'appui-tête alors qu'il freinait brusquement… Juste au cas-où, pour ne pas s'égorger lui-même par accident en pilant… Un peu fort. Le cœur battant à tout rompre, il resta là, figé, les mains sur le volant, la tête presque rejetée en arrière. Stiles se demanda, en maudissant tous les noms des dieux qu'il connaissait, pourquoi un taré s'était introduit dans sa voiture et se servait de lui comme chauffeur de taxi. Son entourage disait souvent qu'il cherchait les embrouilles, mais… Pour cette fois-ci, Stiles n'avait rien fait et il pouvait le jurer sur la tête de n'importe qui et ce, même s'il détestait ce concept.
Il écouta religieusement les consignes de l'individu tout autant qu'il considéra ses menaces avec sérieux. S'il lui aurait en temps normal rétorqué qu'il ne ferait rien car il avait bien compris, avec cette lame sur la gorge tout le long du trajet, que cet homme était foutrement sérieux dans ses revendications, Stiles garda le silence. La probabilité de mourir était, dans ce cas précis, trop forte pour qu'il l'ignore et même si sa vie n'était pas rose, vivre lui faisait sacrément envie. Et puis il y avait Liam, qui trouvait le moyen d'être dans un coin de sa tête. On disait souvent que la proximité de la mort favorisait les pensées essentielles : s'occuper de son invité en était une, parce qu'il était… Fragile, au tout début de ce qui pouvait ressembler à une forme de reconstruction et qui, à la longue, devait tendre complètement à cela. Et même si leur rencontre était plus que récente, Stiles s'était d'ores et déjà attaché à lui. Bordel, Liam était encore trop fébrile pour accepter la proximité de qui que ce soit – lui mis à part et encore, il avait longuement travaillé à cela. S'il disparaissait, comment ferait-il ? Voilà ce qu'était pour lui une pensée essentielle. Parce que Stiles se savait profondément utile à la renaissance de Liam pour la simple et bonne raison qu'il connaissait son état pour l'avoir déjà plus ou moins vécu.
Alors il écartait, à côté de cela, le visage d'une autre personne, qu'il aimait profondément mais avec qui la relation n'était rien de plus que liée à leur travail commun. Et Stiles était intimement convaincu que son hypothétique disparition ne lui ferait pas grand-chose, au loup de ses rêves. Peut-être un peu de peine, et encore. L'humain ne se considérait pas comme quelqu'un de marquant, que l'on gardait longtemps à l'esprit, mais il se savait utile. Alors s'il y avait le moindre espoir pour lui de se sortir de cette situation, il était parfaitement prêt à le saisir. S'il fallait pour cela qu'il s'écrase et garde le silence malgré son envie d'en découdre verbalement… Soit. Son audace n'effacerait jamais le fait que la peur ne lui était pas inconnue, bien au contraire.
Ainsi, il obéit à la moindre des demandes de son kidnappeur et sortit de la voiture en respectant chacune de ses consignes à la lettre. Stiles espéra secrètement que cette enflure était un loup-garou car ainsi, il serait aisé pour lui de le mettre au tapis : il avait toujours sur lui un petit quelque chose à l'aconit. Et sinon, s'il n'était rien de plus qu'humain… Stiles connaissait des petites techniques d'auto-défense, mais rien de probant si son adversaire savait se battre ou possédait une arme comme celle de son potentiel agresseur. L'homme, cagoulé, passa derrière lui et pressa à nouveau la lame contre sa gorge.
- Avance tout droit.
L'ordre avait claqué, aussi sèchement que tous les autres mots prononcés par ce type, dont la voix lui disait vaguement quelque chose. Enfin, le cœur de l'hyperactif battait si fort qu'il ne faisait pas vraiment cas d'hypothétiques souvenirs qui lui seraient très probablement inutiles dans les minutes qui suivraient. Tout ce qu'il savait et ce qu'il retenait, c'était… Qu'un type avait attendu qu'il finisse de travailler, s'était caché dans sa voiture… Pour l'enlever. La suite, il ne la connaissait pas vraiment tant le nombre de scénarii possibles était grand. En tous les cas, la manière dont l'individu se collait à lui pour le pousser à avancer tout en lui montrant qu'il n'était libre d'aucun mouvement ne voulait rien dire. Stiles savait juste qu'il arrivait sur le perron d'une maison et qu'il serait à l'intérieur d'ici quelques petites secondes – trop courtes à ses yeux. Ça pue, se dit-il sans cesser de regarder la porte qu'il voyait se rapprocher lentement mais sûrement de lui, ça pue, ça pue, ça pue... De sa vie, Stiles ne s'était jamais senti aussi menacé. Il y avait bien des fois où l'on avait tenté de l'intimider, mais ça n'avait pas été plus loin que des mots, quelques menaces physiques ou verbales tout au plus.
Et puis soudain, un tissu humide recouvrit à la fois sa bouche et son nez.
Sans reconnaître l'odeur, Stiles comprit à la faiblesse qui l'envahit soudainement ce qui était en train de lui arriver, ce que son agresseur lui faisait respirer de force. Retenir sa respiration ? Inutile, il n'y arriverait pas, en sachant qu'il n'avait pas eu le temps d'emmagasiner un peu d'air en réserve. Alors s'il se débattit, ce fut de manière si légère et si inutile que l'homme n'eut aucun mal à le maîtriser. Il libéra même sa bouche et son nez du tissu et, sans cesser de le tenir contre lui, ouvrit la porte sans aucun problème. Stiles n'avait pas perdu connaissance, pas vraiment : son corps était juste… Partiellement anesthésié, vidé de sa force. Mais sa conscience, elle, restait là. Plus lente, elle lui envoyait tout plein de signaux d'alarmes avec un tel manque de vitalité que l'hyperactif n'y réagissait pas vraiment – il n'y arrivait pas. Et pourtant, il continuait de sentir son cœur battre à une vitesse folle. La peur ne le quittait pas.
C'était d'autant plus vrai qu'il se retrouvait complètement à la merci de cet homme… Et qu'il ne pourrait littéralement rien faire pour l'arrêter, même s'il le voulait.
- Tu vas me le payer, entendit-il vaguement avant de se retrouver projeté au sol, à l'intérieur de la maison.
Le choc physique fut si fort et si brutal que son souffle se coupa une seconde.
