L'air était humide et froid, le genre à le faire frissonner sans discontinuer. Le genre également à lui filer la crève et, très vite, à le clouer au lit pour plusieurs jours. Quoique cette éventualité n'était pas à l'ordre du jour, pour Stiles… Qui doutait un peu du fait qu'elle puisse finir par exister tant la situation actuelle était critique pour lui. Respirer était un enfer – cet enfoiré lui avait brisé une côte, peut-être deux. Que dire du froid qui l'envahissait, transperçait son corps de part en part ? Il lui semblait augmenter cette douleur qu'il sentait malgré l'espèce de drogue qui alourdissait chacun de ses membres. Stiles sentait tout, sans pouvoir bouger outre mesure.

Et il avait froid, parce que ses vêtements ne le couvraient plus.

Il n'avait plus que son boxer sur lui. Devait-il s'en estimer heureux ? Stiles avait véritablement eu peur lorsque son agresseur s'était mis à lui arracher ses vêtements avec un calme particulièrement glaçant. Car après la menace était effectivement venue cette froideur terrifiante qui montrait le contrôle de chacun de ses gestes.

Alors l'hyperactif, qui avait retrouvé une part de lucidité, ne savait pas vraiment ce qu'il était censé penser, mais une chose était certaine : la peur qu'il continuait de ressentir, elle, était bien réelle. Car si l'homme n'avait rien fait de plus que le frapper et le déshabiller, rien ne lui disait qu'il n'allait pas finir par subir d'autres sévices dans la foulée. En tout cas, Stiles ne pourrait pas se défendre. A moitié nu, les chevilles attachées aux pieds de la chaise et les poignets liés dans son dos… Sa marge de manœuvre s'avérait très proche de zéro. Hurler ? Outre le fait qu'il n'en avait pas la force, le maître des lieux l'avait bâillonné et, comme si cela ne suffisait pas, installé dans cette espèce de… Cave sommairement aménagée. Même si sa vue était floue, Stiles avait aperçu un vieux matelas des plus sales, une couverture, un seau duquel se dégageait une odeur nauséabonde… Et un bureau recouvert d'un fatras sans nom. Il y avait de tout : des vêtements semblables à des chiffons, des outils, des espèces de cordes… A côté de conserves et autres déchets. De façon générale, l'air était dans ce sous-sol aussi lourd que putride.

Et Stiles ne donnait pas cher de sa propre peau. Pourtant, il savait se défendre – vivre entouré de bêtes poilues l'avait obligé à se former un minimum. Mais les techniques du serveur marchaient dans la mesure où il était conscient et maître de lui-même. Pas faiblard, entravé par des liens, le corps en compote suite à un passage à tabac qui l'avait miraculeusement laissé conscient… Et puis il y avait ce froid qui lui cisaillait le corps. Stiles frissonnait fort et ça lui faisait mal. Ayant retrouvé quelques pans de sa lucidité, il se dit naïvement que le pire était passé, que sa destinée était de croupir ici, dans cette cave… Dans laquelle il avait des chances de terminer ses jours – il s'en donnait trois, quatre, grand maximum. Car techniquement parlant, il ne pouvait pas faire grand-chose… A part réunir ses trois neurones les plus vifs et échafauder un plan d'évasion qui n'aurait que très peu de chances d'aboutir.

Or, une vague glaciale s'abattit sur lui… Avec une violence égale à celle d'un coup porté sans hésitation aucune. Stiles ferma les yeux fortement, accusa l'attaque… Cette eau glacée qu'on lui avait balancée dessus sans vergogne. Sa respiration se fit un peu plus rapide, un peu plus irrégulière aussi et Stiles ressentit l'envie de pleurer… Aussi fort et simplement qu'un enfant. Pourquoi l'avait-on pris pour cible ? Le visage de son bourreau lui disait vaguement quelque chose, oui, mais… La façon dont il attrapa son menton et le força à le regarder le coupa efficacement dans ses réflexions. Ces yeux bleus, il les reconnaissait… Sans pouvoir statuer sur l'identité de ce psychopathe. Dans son esprit, une brume des plus opaques ralentissait le train de chacune de ses pensées.

- Pas assez abîmé, finit par en conclure l'homme, l'air fermé.

L'instant d'après, la tête de Stiles partait sur le côté dans un bruit mouillé.

xxx

Derek n'avait pas l'habitude que Stiles l'appelle, même si c'était pourtant ce qu'il avait fait au début de leur relation. Elle n'avait pas grand-chose d'amical, rien d'amoureux : le serveur avait eu l'air de s'être pris d'affection pour lui et… Avait cherché par tous les moyens à faire en sorte de faire efficacement connaissance avec Derek. Ce dernier n'étant pas du genre à parler à outrance, lui avait rapidement fait comprendre qu'il n'aimait pas parler, qu'il détestait l'idée qu'on puisse le forcer à faire quoi que ce soit, et qu'il mordait – au sens propre du terme. Au départ, Stiles n'avait pas eu l'air de comprendre, alors le loup-garou, fidèle à ses principes, ne s'était pas forcé outre mesure et avait fait preuve d'une froideur exemplaire.

Ainsi, les appels et tentatives de rapprochement – même si c'était amical, Derek n'en voulait pas – s'étaient espacés, voire raréfiés… Au point que leurs seules entrevues téléphoniques étaient, pour la plupart, l'initiative du loup-garou – lorsqu'il avait besoin de quelque chose. Parfois, Chris lui demandait d'ailleurs de transmettre un message à Stiles, un changement dans son planning… Des choses de ce genre. La dernière fois qu'il avait appuyé sur son nom dans ses contacts avait été pour une raison toute personnelle et absolument pas formelle : Derek s'était inquiété pour Stiles, parce qu'un fou furieux dont on avait sauvé le compagnon, l'avait pris en grippe et directement considéré comme le fautif dans cette histoire. Si Stiles avait en effet pris Liam sous son aile et tout fait pour l'arracher des griffes de ce Brett dès qu'il en avait eu l'occasion, Derek lui-même n'aurait jamais pensé que l'homme puisse éprouver une haine aussi forte à son égard… Et en même temps, l'humanité inhumaine de certains ne devrait plus l'étonner, à force. Pourtant, il continuait de se faire avoir, comme un bleu. De laisser sa naïveté lui laisser imaginer que peut-être, les choses changeraient, que l'humain « s'humaniserait » à nouveau. Derrière son air grognon, Derek s'avérait en réalité être un parfait utopiste… Tout en ayant conscience que prendre ses désirs pour des réalités n'avait jamais réellement fonctionné en ce bas-monde.

Ainsi, voir le nom de Stiles s'afficher sur son écran l'inquiéta quelque peu car même si le jeune homme aimait se donner l'air désinvolte, lorsqu'on lui demandait quelque chose et qu'on l'exhortait à s'y tenir… Il écoutait. Et ces dernières années, il n'avait pas fait un écart… Surtout qu'à cette heure-ci, Stiles devrait non seulement être rentré chez lui, mais il devait sans doute être au lit… Ou grignoter, comme il le faisait parfois après le travail. Car même s'ils se voyaient peu en dehors de celui-ci, Derek connaissait certaines de ses habitudes, dont celle-ci.

Alors, Derek choisit de ne pas le faire attendre plus longtemps et décrocha en soupirant, activa dans le même temps le haut-parleur. Il n'aimait pas les appels, il n'aimait pas parler, il n'aimait pas devoir tenir une conversation. Sa voix, il fallait la mériter, et ne jamais la monopoliser plus longtemps que nécessaire. Pas qu'il déteste les gens : il avait simplement un peu de mal avec tout ce qui concernait, de près ou de loin, le social. Ainsi, prendre la décision d'accepter de travailler pour Chris avait été pour lui extrêmement difficile – mais de par la nature silencieuse de son métier, il s'y était accommodé. Il y avait bien sûr quelques inconvénients, comme des collègues quelque peu bavards – Stiles – ou des clients dont la véritable nature se révélait généralement avant leur départ – le bourreau de Liam. Des gens comme ceux de la seconde catégorie, il y en avait des tas, mais il fallait avouer que celui-ci lui avait véritablement fait peur.

- J'espère que tu as une bonne raison de m'appeler à cette heure-ci, fit-il d'un air qui se voulait peu avenant, parce que j'étais sur le point d'aller me coucher.

Il n'avait trouvé que ça pour cacher cette inquiétude qui, au fur et à mesure que les secondes passaient, gagnait en ampleur. Derek ne voulait néanmoins pas envoyer de faux signaux à son collègue et que celui-ci pense qu'il pouvait recommencer à l'appeler quand bon lui semblait. Qu'il réponde cette fois-ci… N'était rien de plus qu'une exception à la règle qu'il avait lui-même établie. Puis il était tard et Derek ne savait pas comment il devait appréhender cette situation… D'autant plus qu'il était réellement fatigué. Stiles, lui, avait toujours l'air de manquer de sommeil : ce n'était pas étonnant, s'il appelait les gens à cette heure-ci…

Oui mais voilà, Stiles ne lui répondit pas. A travers le combiné, Derek n'entendait rien, si ce n'est un silence… Particulier, qui lui fit froncer les sourcils.

- Stiles ? L'appela-t-il.

Rien. Derek se tut un instant, avant de laisser à nouveau son surnom couler entre ses lèvres d'une façon un peu plus… Interrogatrice, pressée. Pourquoi l'hyperactif ne lui répondait-il pas ? Le silence, encore. Puis, du bruit. Quelque chose de flou, mais de régulier. Des pas, peut-être. Derek sentit l'irritation le gagner et manqua de raccrocher sans prévenir tant il appréciait peu le fait qu'on puisse se jouer de lui, le piéger par téléphone : un canular, ça ressemblait bien à Stiles. Néanmoins, son pouce se figea au-dessus de l'écran, sans jamais appuyer sur le petit logo rouge.

Enfin, il perçut autre chose. Un sifflement, une… Respiration. Irrégulière, haletante, saccadée. Pénible. Une sorte de souffle ténu.

Puis, à nouveau le silence. Quelques secondes plus tard, un ricanement discret, mais si sinistre que Derek ouvrit la bouche, sans être capable de prononcer le moindre mot, ni même de demander que cette hypothétique plaisanterie cesse..

Une tonalité particulière retentit finalement. L'appelant avait raccroché.