Derek n'aurait jamais cru qu'il se retrouverait à appeler – ou plutôt rappeler – Stiles de son plein gré. Le téléphone, ce n'était pas son truc et entendre la voix de son collègue… Pas le soir, et encore moins au travers d'un combiné, lequel la rendait un peu nasillarde alors qu'elle ne l'était guère.

Le pouce du loup-garou appuya encore et encore sur l'icône du petit téléphone en haut de la fiche de contact… Qui n'avait pas de photo. Derek n'avait jamais pensé à en prendre une. Lorsqu'il s'était retrouvé à enregistrer le numéro de Stiles parce que celui-ci l'avait quelque peu harcelé pour qu'il le fasse – sans se départir de la gentillesse et de l'énergie qu'on lui connaissait.

Et cette absence de photo eut beau n'être qu'un détail aux yeux de Derek, il se sentit comme… En faute. Comme si ne pas mettre d'image était une erreur et qu'il devait la réparer au plus vite. Or, il n'en avait pas les moyens actuellement. Le petit bonhomme gris dans son rond blanc le toisa de son absence de regard… Et prit d'un coup toute la place sur l'écran. Mais Derek remarqua finalement deux icônes : un téléphone vert à gauche, rouge à droite. Il le rappelait. Stiles le rappelait ! Le loup-garou décrocha sans hésiter une seconde, incapable de contrôler ce début d'inquiétude qui le prenait. Pour une raison qui lui échappait, il avait besoin d'avoir de ses nouvelles. Ce souffle, celui qu'il avait perçu lors du premier « appel »… Ne lui disait véritablement rien qui vaille. En fait, Derek n'avait pas voulu s'avouer qu'il l'avait fait frissonner au point de vouloir s'assurer que Stiles allait bien, qu'il avait juste… Voulu lui faire une blague pour le chercher parce que… Enfin, c'était Stiles, il n'avait parfois pas besoin d'une raison pour titiller autrui – surtout lui.

Alors Derek s'attendit à entendre un rire, sa voix pas si nasillarde que cela le narguer en lui demandant s'il avait eu peur pour lui avant de lui affirmer avec fierté qu'il l'avait bien eu…

Mais c'est à nouveau ce souffle tremblant et irrégulier qu'il entendit nettement. Le même souffle qui le fit frissonner à tel point que les poils de ses bras se hérissèrent tout de suite. Or cette fois, il n'osa pas l'appeler, prononcer ce surnom que tout le monde usait comme d'un nom comme les autres… Par peur que l'appel coupe à nouveau. Alors il ne dit rien, écouta malgré lui ce putain de souffle.

Jusqu'à ce qu'il disparaisse… Et qu'une voix se décide à rompre le silence.

- Je ne sais pas quel nom se cache derrière « Sourwolf », mais tu dois être proche de ce serveur de pacotille.

Ce dernier mot fut littéralement craché par cette voix… Qui ne lui disait absolument rien et pourtant… Il la connaissait, non ? Il la connaissait forcément. C'était en tout cas ce que son instinct lui hurlait à cet instant.

- Ecoute-moi bien, parce que je ne me répèterai pas deux fois. Ton pote a quelque chose qui m'appartient… Et ce qui est dommage, c'est qu'il n'est pas en état de parler.

Derek cligna des yeux, peinant à réaliser l'ampleur de ce qu'il était d'ores et déjà en train de comprendre. Aussitôt, le visage du jeune homme qu'il avait viré du bar-restaurant lui vint en tête. Il se remémora cette fois-ci ses traits avec une aisance folle, se rappela ses mots, ses menaces. Sentit son sang se glacer à l'idée que Stiles puisse hypothétiquement être entre ses mains.

En fait, il se refusa à le croire et le fit savoir à cet homme. Pourtant, c'était bien lui qui avait en sa possession le téléphone de son collègue puisqu'il l'appelait avec… Et il entendit cette pourriture rire avant de s'arrêter et de laisser le silence régner.

Silence qui fut interrompu par les vibrations du téléphone de Derek… Dont le souffle se coupa purement et simplement lorsqu'il découvrit le contenu de la notification… Du message qu'il venait de recevoir. Court, il était accompagné d'une photo… Qui parlait bien plus que n'importe quel mot.

Alors Derek dut user de toute sa force mentale se retenir pour ne pas réduire son téléphone en bouillie tant la colère se mettait à le submerger. Sa puissance, phénoménale, rendit son contrôle on ne peut plus difficile. Elle était arrivée d'un coup, sans prévenir. Derek n'avait ni voulu y croire, ni réaliser : cette photo l'y obligeait. Il ne chercherait à la décrire d'aucune manière mais une chose était toutefois certaine.

Elle le foutait dans une rogne dont il ne saurait délimiter la teneur.

- Qu'est-ce que tu veux ? Siffla-t-il entre ses dents, la mâchoire si serrée qu'il la bougeait à peine.

Derek n'était pas du genre à exploser en tant que tel – à moins qu'il soit certain de pouvoir réduire l'ordure responsable de sa colère en bouillie. Qu'importe l'ire qui le prenait, il ferait tout pour la contrôler et agir le plus intelligemment possible. Dans le cas présent, cet homme retenait Stiles et l'état de ce dernier était assez parlant pour qu'il prenne son bourreau au sérieux.

- Mon mec. Petit, blond, yeux bleus. Je ne sais pas où ton pote l'a caché, mais je veux le récupérer. Il est à moi.

Malgré sa fureur contenue, Derek se figura parfaitement la gueule d'ange de Liam… Et retint une autre forme de colère qui le prenait. En réalité, elle était multiple tant il avait de raisons de vouloir réduire en bouillie cette pourriture qui prenait son soi-disant petit-ami pour sa propriété. Il l'avait frappé… Traumatisé.

Et faisait payer à Stiles le fait de l'avoir sauvé, d'avoir voulu lui rendre sa liberté.

Derek serra les dents. Son regard, que l'on connaissait vert d'eau, eut l'air de devenir noir, moucheté d'innombrables éclairs… Avant de s'illuminer d'une teinte bleu électrique… Flamboyante de rage.

- Je vais laisser un peu ton pote cogiter, histoire de lui faire comprendre qu'il n'a pas à s'occuper de ce qui ne le regarde pas. Par contre, si tu veux qu'il s'en sorte vivant, il va falloir me rendre ce qui est à moi.

Alors il lui donna une heure et un lieu de rendez-vous. Assez éloigné du centre-ville et au beau milieu de la nuit. Derek n'en fut pas surpris et accepta chaque condition que lui imposa le bourreau de Stiles, le petit-ami de Liam, sans en discuter une seule. De toute façon, il avait conscience de ne pas être en position de force… Et que négocier pourrait s'avérer risqué. Si cet homme avait été capable de lever la main sur celui qu'il était censé chérir, il n'hésiterait pas à tuer Stiles, qu'il n'avait vraisemblablement pas hésité à kidnapper pour récupérer celui qu'il considérait comme son dû.

Les yeux de Derek ne redevinrent pas humains, pas même lorsque le corbeau raccrocha. Mais s'il s'était retenu de broyer son téléphone, il n'hésita pas une seconde à le lancer contre le mur face à lui avec une haine sans nom. Il n'avait bien évidemment pas mis toute sa force dans son geste, auquel cas il se retrouverait bien emmerdé pour la suite.

Car si Derek avait fait mine d'accepter toutes les conditions émises par Brett sans sourciller, cela ne voulait pas dire qu'il comptait les respecter. Il n'avait pas de plan à proprement parler… Mais des idées qui fusèrent dans sa tête, il n'en manqua pas. Le regard toujours cyan, il récupéra son téléphone par terre, fit fi de son écran fissuré, se saisit de ses clés et sortit de son appartement en trombes – sans oublier toutefois de le fermer derrière lui.

Il n'avait que deux pauvres heures devant lui pour agir.