Un jour, Stiles avait proposé à Derek de lui passer un double de ses clés pour qu'il puisse venir quand il le voulait. Le loup-garou ayant trouvé cela étrange et n'étant pas particulièrement fan du côté un peu trop ouvert de ce collègue bavard et bruyant, avait poliment refusé. A ce moment-là, il n'avait pas la moindre envie de se rapprocher de ce Stiles Stilinski – lui parler, c'était déjà trop. Derek n'avait d'ailleurs pas compris comment un humain le connaissant à peine pouvait faire montre d'une telle confiance – stupide, si on lui demandait son avis – à son égard.
Sauf qu'aujourd'hui, il aimerait bien les avoir, ses clés. Bien sûr, parce que cela lui aurait évité de sortir ses griffes au beau milieu du couloir pour insérer l'une d'elles dans la serrure de la porte surmontée de l'étiquette « Stilinski :D ». Ses yeux la croisant, Derek poussa un profond soupir. Dessiner un smiley aussi niais à côté de son nom de famille… Il n'y avait que Stiles pour faire ça. Il n'en utilisait même pas dans ses messages, d'ailleurs. Chacune de ses actions était une blague, de toute façon.
Mais son enlèvement, lui, était malheureusement bien réel.
Derek jeta un nouveau coup d'œil derrière et autour de lui : personne. Quelques instants plus tard, il termina son affaire et la serrure cessa de lui résister. Elle était vieille et mal foutue, de toute façon – très facile à ouvrir sans clé, finalement. Le loup-garou poussa un profond soupir. Au moins, il avait la preuve que ce n'était pas ici que Stiles avait été kidnappé – autrement, celui qui l'avait appelé n'aurait pas réclamé Liam. Il se trouvait donc ici, en « sécurité ». Et encore, le concept était à revoir. Une fois que cette histoire serait terminée, Derek se ferait un plaisir de lui enseigner les rudiments de la survie. Stiles avait beaucoup de choses à apprendre dans ce domaine.
Penser à cette idée ne l'aida pas toutefois pas à décolérer. Autant dire qu'il espérait que le petit blond que son collègue gardait chez lui pour l'instant se montre coopératif. Parce que de son côté, Derek n'était pas certain de réussir à se montrer très patient. Il était tard, et quelqu'un qu'il connaissait bien s'était fait enlever. Si l'on ajoutait à cela le fait qu'il semblait vraisemblablement mal en point et que son ravisseur ne lui laissait que peu de temps pour remplir sa part du marché… Il n'était pas si difficile de s'imaginer l'état mental dans lequel nageait Derek. Il savait sans savoir, n'avait en sa possession que de maigres informations qu'il ne pouvait pas se permettre de prendre à la légère.
La serrure lui céda après quelques essais et Derek abaissa la poignée sans hésitation aucune. Par contre, il n'oublia pas de refermer la porte derrière lui avança d'un pas décidé à l'intérieur de ce petit appartement qu'il commençait à connaître. Son odeur et son ouïe l'informèrent sur la position précise du petit blond – réveillé, d'après les battements quelque peu irréguliers de son cœur. Une aubaine : Derek n'aurait ainsi pas besoin de perdre du temps à le réveiller. Tant mieux, parce que deux heures, ça passait vite et il en avait déjà consommé une partie pour venir ici. Maintenant, restait à voir si Liam serait d'accord pour lui donner les informations dont il avait besoin pour agir librement.
De toute façon, Derek ne lui laisserait pas d'autre choix que celui-ci. Liam coopérerait, qu'il le veuille ou non. Le loup-garou n'aimait pas penser de cette manière, elle lui donnait l'impression d'être quelqu'un d'autre, un prédateur. Néanmoins, s'il comptait faire au mieux pour ne pas se montrer trop brusque, il savait que la situation exigeait de lui une fermeté certaine. S'il s'était agi d'une histoire d'argent, Derek ne se comporterait pas ainsi : mais c'était d'une vie humaine dont on parlait.
Peut-être même deux, finalement.
Derek débarqua dans la chambre de Stiles sans aucune délicatesse, sans frapper à la porte, sans s'annoncer d'aucune manière. Cela ne lui était même pas venu à l'esprit dans la mesure où il avait d'autres chats à fouetter. Prendre des précautions pour ne pas brusquer le jeune blond… A cet instant, c'était du luxe.
Et pourtant, peut-être qu'il aurait dû faire cet effort.
Car le visage de Liam lui apparut instantanément livide, empreint d'une terreur difficile à imaginer, mais très aisée à sentir – autant pour un humain que pour un loup-garou.
Le problème, c'est que Derek était trop tendu pour prendre son mal en considération ou du moins, comme il devrait l'être. Le temps pressait et son cœur se serrait… Car même s'il n'avait jamais été très proche de Stiles, il ne se voyait pas accepter l'idée qu'il puisse disparaître outre mesure.
- L'adresse de ton ex, lâcha-t-il soudainement.
Derek n'avait pas l'énergie de chercher ses mots : il usait des premiers qui lui venaient. En somme, il allait droit au but.
Mais Liam se redressa vivement et recula jusqu'à ce que son dos heurte la tête de lit. Inutile de décrire l'expression on ne peut plus terrifiée de son visage tant elle était parlante. Le jeune homme… S'attendait à voir Stiles. Il entrait doucement, s'annonçait toujours d'une façon ou d'une autre avant de s'immiscer dans cette chambre qui était la sienne. Puis il avait généralement l'air ouvert, souriant, rassurant.
Tout le contraire de cet homme dont il se souvenait parfaitement malgré le fait qu'il ne l'avait véritablement vu qu'une fois.
- J-je…
Il devait parler et c'était visiblement ce qu'attendait son visiteur, mais il avait bien trop peur pour dire ce qui lui venait, d'autant plus que l'information qu'il lui demandait… Elle lui faisait mal, elle lui faisait peur. Elle le terrifiait, le ramenait à un temps à la fois si loin et si proche qu'il n'arrivait pas à… Réfléchir correctement.
- Il me faut l'adresse de ton ex, le pressa Derek en faisant deux pas dans sa direction.
Liam sentait que son cœur battait vraiment très… Trop fort. Vite, aussi. Il lui faisait mal à la poitrine. Mais l'homme lui faisait peur. Il tenta de reculer davantage, de s'éloigner de cet intrus qui, à cet instant, ne lui inspirait rien de bon. Peut-être parce qu'il dégageait quelque chose de… Enfin, une sorte de colère. Et la colère rimait avec douleur, pour Liam.
C'était d'autant plus vrai que l'homme voulait connaître l'adresse de Brett, le premier à avoir laissé sa colère s'exprimer sur lui. A l'avoir sali de toutes les manières, sous prétexte qu'il l'énervait. L'ire, cette émotion si particulière, avait un pouvoir monstrueux sur les gens. N'importe quel être humain pouvait se retrouver transformé et adopter un visage monstrueux à cause d'elle. Brett était adorable, au début. Puis, chaque chose que faisait Liam avait commencé à l'agacer, à changer son comportement, sa façon d'agir avec lui. Les mots étaient devenus très durs, peut-être même plus que ses poings.
- Liam, j'ai besoin de l'adresse de ton ex, bordel !
Le visage de l'homme l'exprimait de plus en plus clairement, cette colère. Et sa voix… Elle en était empreinte. Liam crut que son cœur allait cesser de battre tant la douleur qu'il crut ressentir dans la poitrine fut énorme. Devant ses yeux dansaient de bien malheureux souvenirs… Des souvenirs si récents qu'il les confondit un instant avec la réalité.
Des souvenirs qui le poussèrent à accéder à sa demande des plus pressantes pour essayer d'éviter de subir quelque violence que ce soit. Alors même s'il interpréta la demande de Derek comme un retour certain en enfer pour lui, le blondinet s'efforça de coopérer.
Par réflexe, il chercha à protéger sa tête de ses bras alors que Derek faisait un nouveau pas dans sa direction. Et articula péniblement, d'une voix plus que tremblante, l'unique adresse qu'il connaissait, la seule que Brett voulait qu'il retienne.
