Liam peinait à respirer convenablement, mais il n'osait pas demander à Derek de baisser la vitre de la voiture. En fait, il faisait tout pour ne pas montrer son inconfort et se faire discret… Car si le conducteur de cette Camaro l'avait emmené dans son véhicule sans faire usage de la moindre forme de violence, il n'était pas dit qu'il ne finisse pas par lui faire goûter son poing. Enfin, Liam pensait cela du fait qu'il ne le connaissait pas vraiment et qu'il restait marqué par ces années traumatisantes rythmées par les coups et les humiliations. Autant dire que ce n'était pas demain la veille qu'il cesserait de se méfier des autres. Stiles faisait un peu une figure d'exception, et encore… Parce qu'il avait travaillé à cela de jour comme de nuit. Sauf qu'il se trouvait actuellement dans une position qui requerrait probablement un échange.

Liam contre Stiles.

Et si le premier se doutait du fait que le second ne voudrait sans doute pas ça, il n'était pas dupe : ce Derek, lui, ne se creuserait sans doute pas la tête pour trouver une autre solution. Il le « rendrait » à son compagnon pour pouvoir récupérer son ami, son collègue. Pour Liam, c'était logique. Triste et terrifiant, mais atrocement logique.

- Tu as besoin de quelque chose ?

La voix du conducteur le sortit si brutalement de ses pensées que Liam ne put retenir le sursaut qui le prit. Derek lui jeta un coup d'œil. En plus de se sentir à des kilomètres, sa terreur se lisait sur son visage.

- Si t'as soif, j'ai une bouteille à l'arrière. Si t'as faim, il va falloir patienter un peu.

Aucune chaleur ne transparaissait dans sa voix tant il était tendu, préoccupé par une situation qui le dépassait. Il avait toutefois essayé de la rendre la moins agressive possible : il n'avait pas la moindre intention de faire du mal au petit blond.

Or, celui-ci ne dit rien, tut ce besoin que Derek devinait sans en déceler la nature précise – d'où ses indications. Il avait préféré lui présenter les choses ainsi plutôt que de lui faire des propositions. Ainsi, Liam était libre, aussi bien de ses choix que de ses actions. Sauf qu'il ne semblait pas le saisir. Derek devait avouer qu'il ne l'avait pas amené dans la voiture de la plus agréable des manières. Il était cependant d'humeur trop sombre pour lui expliquer le plan qu'il avait prévu.

Mais Liam, dans son angoisse, n'en devenait pas aveugle. Il voyait le paysage défiler et… Cela faisait déjà un moment qu'ils roulaient.

- On ne va pas à l'adresse que je t'ai donnée, osa-t-il balbutier au bout d'un moment.

Il s'agissait d'une évidence dont il commençait à peine à se rendre compte. Derek lui répondit qu'ils se rendaient effectivement au lieu de rendez-vous décidé par Brett. Ces mots, il les avait presque crachés tant la rage bouillonnait en lui. Il céda finalement à quelque chose, une idée contre laquelle il se battait à cause de la maîtrise imparfaite de ses émotions.

- Je ne te livrerai pas à lui.

Devant l'air on ne peut plus craintif et dubitatif de Liam, Derek prit sur lui pour dissimuler à ses yeux terrifiés cette colère qui faisait rage en lui. Il n'avait vraiment pas envie de parler, de prononcer un mot de plus… Mais il ne fallait pas que le blondinet claque sous son nez. Ni qu'il fasse de crise d'angoisse.

- Je vais le maîtriser, finit-il par lâcher. J'ai juste besoin qu'il te voie pour éviter… Des dégâts collatéraux.

Il avait terminé son explication en esquissant un geste vague de la main. Car malgré sa vitesse surhumaine et ses sens suraigus, Derek avait peur qu'il fasse quelque chose. Qu'il se saisisse d'une commande, qu'il appelle quelqu'un… Et que ses chances de revoir Stiles se rapprochent de zéro.

Il s'agissait d'ailleurs de l'exacte raison pour laquelle il n'agissait pas seul.

- Je suis prêt à parier qu'il garde Stiles chez lui, ajouta-t-il. Qu'il ne l'aura pas amené sur le lieu du rendez-vous qu'il m'a donné.

Et il espérait sincèrement que cette idée plus que probable ne voulait pas dire que Brett l'avait tué.

xxx

Théo siffla.

- Coquet, fit-il pour lui-même en admirant la façade proprette de la maison.

Un endroit en apparence tout à fait normal mais qui, de ce qu'il en savait, avait été le théâtre de nombreuses horreurs. Une prison à l'extérieur doré pour mieux dissimuler son intérieur taché de sang. Théo n'avait aucun mal à imaginer la chose et se fit la réflexion qu'il valait toujours se méfier des endroits comme celui-ci, à l'image de ces couples parfaits, de ces familles idéales. On tombait souvent de haut en découvrant la vérité cachée sous le tapis. Par chance, Théo n'avait aucune réelle attente et des horreurs, il en avait déjà vu un grand nombre dans sa vie. Sa simple existence en était une, alors à partir de là, bien peu de choses pouvaient le surprendre.

Il dut cependant avouer qu'imaginer le simple fait que l'on y retienne son collègue ne le remplissait pas de joie, bien au contraire. Derek l'avait également informé que c'était là qu'avait vécu le petit blond qu'il avait croisé chez Stiles. L'état du visage de ce Liam, lorsqu'il l'avait rencontré quelques jours plus tôt, lui en disait désormais long sur ce qu'il avait pu se passer à l'intérieur de cette maison.

Autant dire qu'il n'était pas des plus optimistes quant à l'état de Stiles. D'ailleurs, il n'était même pas certain de l'y trouver mais Derek était intimement persuadé qu'il y serait. Il voyait mal son kidnappeur l'amener sur le lieu de l'échange sans être certain de récupérer son ex petit-ami. Le loup-garou avait d'ailleurs émis une autre hypothèse : que ce Brett ne compte tout simplement pas libérer Stiles. Ça reste une possibilité, se souvint d'avoir pensé Théo lorsque Derek lui avait fait part de cette idée morbide. Oui, peut-être que Brett avait pour intention de faire une pierre de coup : récupérer son sac de frappe et dans le même temps garder le nouveau qu'il venait d'acquérir… S'il ne l'avait pas déjà tué. Théo n'y croyait pas trop mais ne considérait néanmoins pas cette hypothèse impossible. Il devait s'attendre à tout.

Et n'avait pas franchement envie qu'elle se réalise.

Alors il cessa d'observer la maison et ses alentours pour se concentrer sur un moyen d'entrer. Théo fit dans le simple. Une fois devant la porte d'entrée, il sortit les griffes et trifouilla la serrure jusqu'à ce que celle-ci lui cède. C'était là où il appréciait le fait d'être une chimère : ses attributs lupins avaient l'avantage d'être un peu plus fins que la normale, mais pas moins solides. En d'autres termes, crocheter des serrures se révélait d'une simplicité enfantine.

L'entrée qui donnait sur la pièce de vie était plongée dans l'obscurité la plus totale, à tel point que Théo dut tâtonner pour trouver un interrupteur et allumer la lumière. Mais ce n'était pas ce qui le dérangeait à l'heure actuelle.

L'odeur lui sautait aux narines avec une violence certaine. Pourtant, la chimère savait d'instinct que la source de cette fragrance morbide n'était pas là, près de lui. Sa source restait proche, mais pas assez pour qu'il puisse l'avoir dans son champ de vision. Elle lui confirma néanmoins, par sa simple présence, que Stiles était effectivement ici.

Maintenant, restait à le trouver.