Stiles avait tendance à mettre de côté la parole des gens qu'il considérait soit comme agaçants, soit comme carrément nuisible… Et Jackson faisait partie des deux catégories, pour lui. Cependant, ses mots ne voulaient pas sortir de sa tête: plus il essayait de les en faire partir, plus ils s'accrochaient à lui – et il comprenait parfaitement pourquoi.

Parce qu'en plus d'avoir du sens, ils étaient carrément véridiques. Oui, Jackson avait raison, il aurait dû rembarrer Scott. En plus, Stiles n'aimait pas qu'on lui marche dessus. Chaque fois que l'on essayait, on en payait le prix fort. Pourtant, avec son meilleur ami, les choses étaient différentes, il le… Laissait faire. Bien sûr, il haussait le ton lorsque Scott dépassait certaines limites mais Stiles se rendit compte d'à quel point c'était peu… Parce qu'il lui arrivait d'autoriser à son alpha des choses qu'il ne tolèrerait jamais venant d'autres personnes. Oh, rien de bien important, des détails à l'apparence insignifiante… Mais des choses dont il ne pouvait nier l'existence.

Stiles s'interrogea longuement sur ce fait qu'il trouva de plus en plus impossible à nier au fur et à mesure de ses réflexions. Sa conclusion? Il réservait effectivement un traitement de faveur à Scott, sans savoir vraiment d'où ce comportement venait. Pourquoi lui passer ce qu'il ne cautionnait pas concernant les autres? En amitié, il ne fallait pas faire du deux poids deux mesures, encore moins dans ce genre de cas. Scott n'était pas extrêmement correct dans certaines paroles qu'il avait pour lui, c'était un fait.

Et il trouva vachement stupide de s'en rendre compte presque uniquement parce que Jackson le lui avait dit. On parlait tout de même du kanima, le riche et arrogant Whittemore qui n'avait, par le passé, que rarement hésité à le descendre, à le rabaisser pour un rien, comme si cette activité lui procurait un plaisir indécent.

Alors le temps passa, et il rumina, arborant un sourire de façade lorsqu'il le fallait. Dans ce genre de moments, il n'avait pas envie qu'on le dérange dans sa réflexion en essayant de savoir ce qui le tourmentait. Ses problèmes et questionnements ne regardaient que lui et c'était à lui seul de décider quand il voulait les partager. En l'occurrence, se confier n'était pas à l'ordre du jour. En l'état actuel des choses, il considérait que même Lydia ne lui serait pas d'un grand secours et puis… Il ne se voyait tout simplement pas lui parler de ça. A personne, d'ailleurs. C'était trop bête.

Le lendemain, il était un peu plus ouvert et détendu. Parce qu'il avait réfléchi et en était venu à la conclusion qu'il exagérait peut-être un peu sur certains points mais qu'à la moindre incartade de Scott, il réagirait.

En le rembarrant, comme disait Jackson.

Voilà, même si sa réflexion et sa façon de penser étaient quelque peu altérées par rapport à la veille, il n'en restait pas moins convaincu du fait qu'il devait s'affirmer un peu plus, davantage auprès de lui. Cela ne pourrait lui apporter que du bon. Dans la vie, il fallait affirmer sa place, parfois sans arrêt et Stiles savait qu'il ne le faisait pas assez. Son truc, c'était de laisser la place aux autres, jusqu'à oublier d'en prendre un peu pour lui-même. Un vieux réflexe qu'il avait acquis malgré lui à la mort de sa mère. Il était petit, il avait du chagrin, mais son père aussi. Il avait vu qu'on le choyait davantage lui parce qu'il avait une petite bouille… Et qu'on n'accordait à Noah que des sourires désolés. Stiles avait toujours trouvé cette différence de traitement injuste, surtout lorsqu'il avait été témoin de la descente aux enfers de son pauvre père.

Enfin, c'était du passé et par chance, cela faisait des années qu'il n'avait plus été saoul. Il buvait un peu de temps en temps, mais jamais jusqu'à laisser l'alcool le diriger. Il était hors de question que la boisson le soumette à nouveau, qu'elle fasse perdre des couleurs à ses journées, qu'elle le prive de tous ses bonheurs, et surtout… Qu'elle lui fasse oublier qu'il avait un fils à charge, et non l'inverse. Le fait est que Stiles avait gardé un souvenir très précis de cette époque et qu'il en avait tiré ses propres conclusions. Le problème avec lui, c'est que dès qu'il prenait une décision de ce genre ou qu'il changeait sa façon d'être pour certaines personnes, ou il l'appliquait à tout le monde, ou il ne faisait finalement rien. Avec lui, il n'y avait pas de demi-mesures. Il ne serait pas contre l'idée, il ne savait juste… Pas comment faire et ne s'en souciait finalement pas plus que ça.

Alors même si ça allait un peu mieux, son humeur restait légèrement maussade. Pas assez pour marquer son visage, mais suffisamment pour qu'il ait l'impression que le brouillard régnait dans sa tête – qu'il sentait prête à exploser à tout moment. Puis il était fatigué. Réfléchir à outrance n'était jamais une bonne chose, surtout lorsque cela ne menait à rien. Il comprenait certaines choses, en mettaient d'autres de côté… Mais il n'avançait pas au sens propre du terme. Ainsi, il choisit de se concentrer sur des mots-clés qu'il lui fallait absolument appliquer – sans demi-mesure aucune. S'affirmer. Envoyer Scott bouler si besoin.

C'est pour cette raison qu'une bouffée de colère l'envahit lorsque son meilleur ami apparut dans son champ de vision. Il envisagea même directement de lui reprocher sa conduite de la veille et de lui expliquer qu'il en avait assez de sa façon de le traiter… En ajoutant qu'il serait peut-être judicieux de faire attention à lui sur le plan surnaturel, à ne pas l'envoyer au casse-pipe alors que sa condition humaine le rendait particulièrement fragile sur le plan physique.

Mais Stiles ne dit rien de tout cela, et pour cause: non seulement il n'en eut étrangement pas le courage, mais en plus, Scott lui coupa l'herbe sous le pied.

Comme il avait l'habitude de le faire récemment, le latino le salua d'une accolade avant de passer un bras autour de ses épaules et d'avancer tout en lui parlant. A ce sujet-là, il y eut d'ailleurs du neuf puisqu'il commença directement par s'excuser concernant ses mots de la veille. Stiles le regarda avec un étonnement non feint tant il était peu habitué à le voir quémander son pardon… A tel point qu'il tut le fait que leur proximité le dérangeait toujours autant.

Scott ne fit toutefois pas dans la finesse et lui expliqua qu'il était un peu fatigué hier, qu'un rien l'agaçait… Et que les mots qu'il avait eus à son égard n'étaient pas très justes au regard de tout ce qu'il lui apportait en général. Ses explications étaient d'une simplicité folle, à son image… Et c'est peut-être pour cela qu'elles fonctionnèrent. Parce que Stiles n'était malheureusement pas pourvu d'un détecteur de mensonge comme ses amis les loups-garous. Il ne décela donc pas le moins du monde celui qu'avait déclamé son ami avec tant de naturel. On vantait souvent la rapidité d'esprit de Stiles, l'intelligence de Lydia ou encore la ruse d'Isaac, mais l'on oubliait toujours le fait que Scott savait s'y prendre pour faire adhérer autrui à sa cause.

Puis il avait sur Stiles un pouvoir si grand qu'il n'était pas si difficile que cela d'endormir ses doutes. Il suffisait d'utiliser les bons mots et de lui parler comme il l'avait toujours fait: en se positionnant comme son meilleur ami… De toujours.