Dathomir, nouveau temple jedi.
Le conseil se tenait dans la salle commune, une pièce aveugle, nue, à peine meublée d'une table et de quelques sièges banals et usagés. Sur les murs étaient épinglées des affiches de propagande impériale appelant à la discipline, à l'engagement et à bien d'autres choses encore pour le plus grand bien de l'Empire. Pour qui avait connu la magnificence du temple jedi de Coruscant, le lieu transpirait la médiocrité et l'ennui.
Dans ce terne décor résonnait la voix du responsable du temple. Il s'agissait d'une femme âgée, aux cheveux gris ramenés en arrière dans un chignon chétif. En contradiction avec son apparence, le maintient était ferme et la voix claire et énergique.
-Un message est arrivé ce matin par la voie prioritaire. Je vous ai réuni pour vous informer de ce que vous aurez à faire.
Elle reprit :
-Une personne doit arriver sur cette planète et nous devons la prendre en charge. Une femme. Une impériale. Elle s'appelle Jay Hawkers.
L'assemblée, un peu passive au début, manifesta quelques signes d'intérêt.
-Qui est-ce ? Questionnèrent plusieurs voix.
-Une pilote de chasse, un as de la flotte impériale.
-Pourquoi elle ?
-Ça ne vous concerne pas.
Un silence, puis elle reprit :
-Elle doit arriver accompagnée.
-Par qui ? Demanda un des protagonistes.
-Par…
Elle hésita un peu.
-Wolfgang Bujac.
Toute l'assistance sursauta.
-Ce chien de l'Empire !
-Ce traitre !
-Ce boucher !
La présidente de l'assemblée coupa le brouhaha d'une voix forte et tranchante.
-Silence !
Ella ajouta :
-Les ordres sont les ordres ! Le Nouveau Conseil a approuvé !
Le calme se rétablit instantanément.
Elle regarda l'assistance. Des jeunes, beaucoup de jeunes. Pour des raisons de sécurité, ils ne portaient pas la tunique des padawan.
Le temple, ou ce qui en tenait lieu, était situé juste à coté de la prison impériale de haute sécurité. Cet emplacement avait été retenu en vertu du principe qu'on inspecte rarement autour de sa maison, et jusqu'à présent ce choix avait été judicieux.
Le chef reprit la parole en s'adressant à un jeune élève en tenue de manœuvre de soute:
-Toi, ouvre l'œil. Tu vois tout passer sur l'astroport, s'il arrive quelque chose d'inhabituel préviens-nous immédiatement.
Le jeune padawan acquiesça sans un mot.
Elle se tourna ensuite vers un homme plus âgé, qui se tenait un peu à l'écart à coté de la porte d'entrée.
-Cliff, je te charge des laissez-passer. Vois ce que tu peux ramasser.
Cliff travaillait à la prison. Il était là depuis tellement longtemps que plus personne ne lui prêtait la moindre attention. Il répondit :
-Pourquoi des laissez-passer ? Ce sont des impériaux non ?
-Ce n'est pas une mission officielle. Les réguliers ne doivent rien savoir.
-Ça ne va pas être facile de les récupérer. Rien que pour passer les contrôles…
Le chef fit la grimace.
En effet, dès la défaite d'Endor, l'Empire avait commencé à évacuer les prisonniers pour les transférer à Coruscant. La ligne de front se rapprochant, la fréquence des navettes avait baissé, ce qui avait fortement augmenté la tension sur la planète.
Le conseil des Sœurs, contesté par les seigneurs de la guerre des systèmes proches, trouvait de plus en plus pesante la présence en force de l'Empire. Plusieurs ultimatums avaient été adressés à la garnison, tous repoussés faute de moyens d'évacuation.
Dans cette situation confuse, la ville et la zone militaire de l'astroport étaient sous la loi martiale et le couvre-feu y était strictement appliqué.
-Il le faudra bien pourtant. Organise une diversion si nécessaire, répondit-elle.
Elle repensa à Bujac.
«Que diable va-nous ramener ce renégat ?», ne put-elle s'empêcher de se dire.
L'exécution de l'ordre 66 et l'avènement de l'Empire et n'avait pas fait que dévaster l'ordre jedi. Il avait fait aussi éclater la communauté des survivants. Certains avaient choisi un camp. Sans ambiguïté. Pour d'autres c'était plus compliqué…
Elle n'avait tout dit à l'assemblée. Deux enveloppes scellées accompagnaient le message. L'une ne devait être ouverte que si Bujac arrivait, seul ou accompagné. L'autre uniquement si Hawkers arrivait seule. Que les deux cas soient prévus était assez intrigant en soi.
Frégate d'assaut républicaine «Angel of Mercy», orbite de Dvar.
Le vaisseau tout entier fut secoué par l'onde de choc. L'officier de quart poussa un bon coup de gueule :
-Quel est le taré qui se permet…
Il se tut, fauché en plein élan. Le vaisseau qui venait de sortir d'hypervitesse à cinq cent mètres à peine de la frégate était effilé et sa carène n'était que force et agilité. Les larges panneaux diélectriques de son fuselage indiquaient un appareil de guerre électronique ou de commandement.
-Un clipper ! remarqua une des consoles de veille.
-Un Nuba-class… renchérit un autre technicien. C'est de la grosse légume…
Une voix métallique claqua à la console radio :
-Clipper «Gontchard» demande autorisation d'aborder !
-Donnez vos codes, répondit l'opérateur.
Un bref moment s'écoula, puis le technicien releva le nez de son écran et s'adressa à l'officier de veille :
-Chef, bon pour les codes. Ils demandent à être reçu par le commandant.
-Je vais le prévenir. Dites à la soute de connecter une passerelle.
L'officier appela le capitaine tandis que le clipper entamait ses manœuvres d'approche. Du fait de sa taille, le vaisseau ne pouvait entrer dans la frégate, aussi le transfert devait-il se faire par une manche souple tirée entre les deux sas, ce qui fut fait par les soutiers de la frégate.
Une fois la pressurisation établie, l'officier de quart vit deux silhouettes s'engager dans le tube. Il ne vit pas d'uniforme.
« Des civils ? Que viennent-ils faire ici ? » Se demanda-t-il. « Une enquête sur la destruction du «Sword of Law» ? »
Les silhouettes disparurent dans le sas de la frégate.
Le capitaine accueillit immédiatement les deux visiteurs. Les présentations furent expédiées sans cérémonies :
-Eliab Gazni, commandant de l'«Angel of Mercy».
-Mes respects, commandant. Je suis Loth Cunard, envoyé spécial du haut conseil et voici Thérèsia Gilow qui m'accompagne en tant qu'enquêtrice hors cadre.
L'enquêtrice saisit immédiatement la parole :
-Commandant, hormis l'attaque de la flotte impériale, avez-vous détecté une infiltration ?
-Une infiltration non. Mais un vaisseau non identifié a quitté la planète il y a deux jours.
-Une exfiltration alors ? Vous voulez dire qu'il n'a pas été détecté à l'aller ?
-Affirmatif. Il y a eu une période entre la destruction du «Sword of Law» et notre arrivée où il n'y a pas eu de surveillance.
Loth intervint :
-Il y avait pourtant bien un satellite de veille ?
-Il a été endommagé par les débris de la bataille spatiale.
-Et ce vaisseau, on sait où il est allé ? reprit Thérèsia.
-Non. Quand il a vu qu'il était détecté, il a déclenché un brouillage intense et a disparu.
-Ce n'est pas courant. Un impérial aurait accepté le combat… nota Loth.
-On a enregistré sa signature et les données sont parties au quartier général pour analyse. Ce fait excepté, rien de suspect n'a été constaté.
-On dit que des vaisseaux de contrebandier arrivent à passer…
-C'est exact. Ils sont construits en matériaux non réfléchissant. Mais justement, ce vaisseau-la était différent.
Un silence s'établit, puis Loth reprit la parole :
-Conduisez-nous au prisonnier. Nous venons le prendre en charge.
Le commandant et ses deux visiteurs empruntèrent quelques couloirs pour finir par arriver en face d'une porte gardée par un planton en arme, un Dresselien peu souriant et concentré.
Le commandant fit un signe au soldat qui s'écarta de la porte. Ceci fait, il déclencha le déverrouillage avec son badge et le panneau coulissa.
Un rectangle sombre leur apparut.
-L'éclairage, ordonna le commandant.
Le soldat se retourna vers l'écran à coté de la porte et la lumière se fit. Les deux envoyés jetèrent un œil à l'intérieur.
Un homme âgé était accroupi en tailleur en face de la porte, dos à la paroi. Il était vêtu d'une combinaison bleue pâle, sans col ni poches. Ses chevilles et ses poignets étaient entravées au sol par des câbles composites. En regardant plus attentivement, les deux jedi virent que la main droite était absente.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé avec sa main ? demanda l'enquêtrice.
-Il nous a été amené comme ça, répondit le commandant. L'agent de renseignement de «Biem Hoa» pourra vous en dire plus.
Loth crispa les mâchoires. Celui-là, il allait l'entendre ! Ne pas avoir mis tout de suite un gibier pareil en isolement ! Et pourquoi s'était-il laissé prendre d'ailleurs ?
Il se retourna un peu sèchement vers le commandant :
-Nous allons prendre ce prisonnier en charge. Veuillez le faire entraver.
-Il a été scanné ? demanda Thérèsia.
-Oui madame, répondit le commandant.
«Il vaudrait mieux», pensa l'envoyé spécial. «Et même comme ça il y aura intérêt à rester sur ses gardes».
-Vous avez trouvé des choses ?
-Oui. Sa main gauche est aussi artificielle et une dague laser y était cachée. Il nous l'a donnée.
-Donnée ? Volontairement ?
-S'il avait refusé, nous la lui auront tranchée elle aussi.
Les deux jedi se turent pendant que le prisonnier était sorti de sa cellule. Loth s'adressa à celui-ci d'une voix sèche :
-En route Wolfgang !
L'homme suivit. Il n'avait prononcé un mot depuis l'ouverture de sa cellule.
Les deux jedi et leur prisonnier reprirent le tunnel pour retourner à leur vaisseau. Le sas fut refermé et le tuyau souple déconnecté par les deux manœuvres perché sur des manipulateurs.
Thérèsia fit assoir Bujac sur un siège et attacha chevilles et poignets. Au milieu de l'avant-bras droit une plaque dotée d'un anneau avait été implantée. Elle y passa le câble d'entrave et le tendit.
Ceci fait, Loth rompit le silence.
-Pourquoi es-tu venu ici ?
-Sur ordre.
-Tu te fous de moi ? Nous savons que tu t'es porté volontaire. Pourquoi ?
-Je ne parlerai que devant le Haut Conseil.
-Putain, mais tu n'y arriveras jamais ! On a ordre de te ramener sur Kuat où tu seras jugé, condamné et exécuté !
Le prisonnier haussa les épaules.
-Si c'est exact, vous allez faire une grosse connerie.
Loth soupira, exaspéré. Thérèsia prit la parole :
-Ça n'aurait pas un rapport avec la force brute ?
Wolfgang ne cilla pas. L'enquêtrice reprit :
-Nous aussi nous avons nos canaris. Ça fait un mois que nous pistons cette force et nous savons qu'elle se situe de votre coté.
Pas de réponse.
-Nous passerons à «Biem Hoa» recueillir les pièces et le rapport de l'officier de renseignement. Après, ce sera le retour sur Kuat… conclut Loth.
Et il repartit vers le poste de pilotage pour donner les ordres.
