R-wing «Sullut's Eye», limite stellaire de Dvar.
Jay avait maintenant quitté le système de Dvar depuis plusieurs heures. Le stress et la fatigue accumulée commençaient à faire leurs effets et elle éprouvait une terrible envie de dormir.
«Impossible de piloter dans cet état», se dit-elle. «Je n'ai pas d'autre solution que de me mettre à la cape en pilotage automatique le temps de récupérer».
Elle réfléchit un instant.
En espérant que le droïde dans mon dos ne donne pas ma position…
Elle parcourut le tableau de bord et trouva le clavier des transmissions. Elle allait l'éteindre lorsqu'une voix métallique retentit dans ses écouteurs :
-C'est idiot ce que vous allez faire là.
-Et pourquoi donc ?
-Vous allez couper le bus principal du vaisseau. Il faut un code pour interrompre les communications.
Elle retint son index.
-Qu'est ce que tu propose tas de cuivre ?
-Je ne devrai pas vous conseiller. C'est de la collaboration avec l'ennemi. Mais…
-Mais quoi ?
-J'ai la responsabilité de préserver le vaisseau.
Jay profita de l'ouverture.
-Bien. Coupe donc les transmissions toi-même.
Le clavier s'éteignit.
-Tu as un nom d'usage ?
-Uriel.
Jay en fut un peu étonnée. Les droïdes de service élevé portaient en général des prénoms féminins.
-Ton pilote est une femme ?
-Oui. Cai Seida. Tu porte sa combinaison. Est-t-elle vivante ?
-Je n'en sais rien. En tout cas je ne l'ai pas tuée…
-C'est bien.
Une pause, puis Jay reprit la parole :
-Uriel, je vais dormir. Si tu veux m'asphyxier dans mon sommeil fait-le vite et bien, car autrement ton vaisseau en souffrira.
Elle prit un de ses sabres laser, le braqua vers l'arrière au-dessus de son épaule et l'alluma. Le dard rouge flamba dans le cockpit.
-Tu as vu ?
-Oui.
Elle éteignit le sabre, allongea son siège et sombra instantanément.
Quand elle émergea du goudron du sommeil, elle avait faim.
-Uriel, il y a quelque chose à manger à bord ?
-Il y a des rations liquides dans le compartiment de droite.
-Et à boire ?
-Vingt litres. Le tube est au-dessus du compartiment.
«Hum… de quoi tenir une dizaine de jours. J'espère que je ne dois pas aller à l'autre bout de l'univers», pensa-t-elle.
Elle ouvrit le compartiment, prit une ration et commença à la manger.
«Pas mal… en tout cas meilleure que les nôtres…», pensa-t-elle un peu désabusée.
Il fallait maintenant passer aux choses sérieuses. Elle savait que ce vaisseau était quasiment indétectable dans l'espace, mais, revers de la médaille, il était très peu courant et serait immédiatement repéré dans n'importe quel astroport.
De plus, activer l'holocube dans l'habitacle serait instantanément enregistré par le droïde derrière son dos.
Elle avait toujours la possibilité d'effacer sa piste en détruisant le vaisseau et l'astromech avec, mais sa formation de pilote lui avait inculqué le respect des machines et elle n'envisageait cette solution qu'en dernière extrémité.
Il fallait donc se poser quelque part, quitter le R-wing pour lire le message et connaitre la destination finale, puis aviser ensuite comment y parvenir de la façon la plus discrète possible.
Elle réfléchit et fit appel à sa mémoire.
«Il me faudrait une base isolée, une piste de dégagement ou quelque chose comme ça… »
Les belligérants avaient en effet du créer tout un réseau de spacioports de campagne pour servir de point de ravitaillement ou de poste de secours avancé. Le problème était que le domaine de l'Empire se réduisant, leur nombre diminuait aussi.
Elle pesa le pour et le contre et finit par se décider.
«Je tenterai ma chance à Mimbres. Les républicains l'ont dépassé, mais la base est tellement petite que normalement ils n'ont pas du perdre du temps à l'envahir…»
Elle appela Uriel et lui communiqua les coordonnées de la planète. L'astromech lui confirma un délai de deux heures de trajet en hyperdrive. Elle confirma l'ordre.
«Il doit normalement y avoir une ou deux navettes de liaison sous container étanche. Avec ma puce impériale je devrai pouvoir en activer au moins une. Si elles y sont toujours bien sûr…»
Elle se cala et laissa faire le droïde pour le trajet.
Vaisseau amiral ex-républicain RSV115 «Emancipator».
Un grand calme régnait dans le poste de commandement, un peu irréel après la brutalité de l'opération commando dont il avait été le théâtre. Ne subsistait qu'une large flaque de sang séché au pied de la passerelle, là où Youlia avait abattu un des trooper déguisés.
Les différentes stations avaient été reprises par des opérateurs impériaux qui s'affairaient en silence devant leurs écrans et claviers.
Crebs, qui avait été allongé au pied de la passerelle juste à côté de la flaque, commença à remuer. Un Death trooper le remarqua et fit signe à Isse.
-Va chercher un infirmier, répondit-il. C'est un représentant impérial, il vaut mieux le garder en bon état.
Le soldat d'élite sortit.
L'infirmier arriva un bon quart d'heure après.
Isse l'accueillit sans aménité :
-C'est maintenant que t'arrives ? Heureusement que ce n'est pas une urgence !
-J'ai du passer par l'extérieur commandant. Le temps de mettre une combinaison et de me faire guider par votre gars…
Isse soupira, un peu agacé.
-Bon, c'est l'envoyé impérial au bas de la passerelle. Il a été mis sous sédatif. Regarde si tout se passe bien…
-C'est vous qui l'avez drogué ?
-Mais non, abruti !
Il s'arrêta d'un seul coup et dit.
-Mais comment c'est arrivé au juste ?
Il se tourna vers Jed, toujours plaqué contre la baie.
-Eh scorpion, qu'est-ce qu'il s'est passé avec la seringue ?
Jed pesa soigneusement ses paroles :
-J'était avec une blessée. Vous l'aviez faite prisonnière et elle s'est débarrassée de ses gardiens avec ça. Elle s'en est servie comme fléchette pour l'endormir.
-Ah ouais ! Intervint l'infirmier. Je comprends maintenant. J'en ai eu trois comme ça en bas.
Il ausculta Crebs qui remuait de plus en plus.
-Ça va, il émerge. C'est bien dosé, ça assomme, mais pas létal. Il va juste être un peu pâteux pendant une heure ou deux après son réveil.
-Il en a encore pour combien de temps ? demanda Isse.
-Je dirai… Environ une demi-heure.
-Le prisonnier est blessé aussi. Jette un coup d'œil.
L'infirmier fit un geste de la main pour dire à Jed d'approcher. Le lieutenant se leva et s'assit par terre, le dos contre une console. Le secouriste regarda le pansement souillé.
-C'est avec quelle arme ?
-Blaster individuel, répondit Jed. A bout portant.
L'infirmier sortit une petite paire de ciseaux et entreprit de découper la bande. Ceci fait, il annonça au prisonnier :
-Il faut que j'arrache. Ça va faire mal.
-Allez-y, répondit Jed sans émotion.
Le pansement fut arraché d'un coup sec, déclenchant par la même occasion une importante hémorragie. L'infirmier plaqua immédiatement une plaque de gaze sur la plaie. Jed était resté muet.
-Je dois nettoyer. Ça va piquer encore un peu.
-Faites.
La plaie fut lavée. Le secouriste vit au dessus la marque du poignard.
-Vous avez drainé ?
-Oui, pour pouvoir respirer.
-Quelque chose a du dévier le rayon. Vous devriez être mort...
-Certainement la crosse de mon blaster. Il s'était enrayé.
L'infirmier lui colla un pansement propre.
-Vous allez garder une sacrée cicatrice.
-Sans importance. Je ne suis pas un chippendale !
La plaisanterie était médiocre, mais elle fit quand même sourire le secouriste.
-C'est terminé. Vous pouvez retourner à votre place.
Isse n'avait rien perdu de la conversation. Il héla Jed qui s'était relevé.
-Eh ! Approche scorpion !
Le lieutenant s'avança et s'arrêta à deux mètres du colonel qui était assis sur l'escalier de la passerelle. Les Death Trooper l'encadraient comme une forêt de basalte.
-Raconte un peu. Qu'est-ce que tu fiches ici ? Le LRSS est plutôt planétaire non ?
-J'étais détaché comme agent de liaison auprès de la flotte.
-Ah bon ? Tu dois savoir des trucs alors…
Jed ne put s'empêcher de sourire.
-Je savais peut-être des trucs, mais ça n'a pas servi à grand-chose. Je me suis retrouvé aux arrêts pour avoir mis en garde l'amiral…
-C'est qui votre amiral ?
-On cherche à tirer les vers du nez, hein ? répliqua Jed en souriant. Bon, c'est Armand Rousseau, conclut-il.
-Connait pas.
-Il a été nommé juste après la destruction de votre étoile noire. Personne n'a compris.
-Ouais. Chez nous c'est pareil. Notre amiral sort de prison.
Un silence. Isse reprit.
-On va aller dormir. Toi, tu reste là, contre la baie. On va t'apporter un tapis de sol. Pas la peine de te dire de ne rien tenter.
Jed hocha la tête. Isse ajouta.
-Tes potes tiennent toujours. On verra bientôt quoi faire de toi.
-On est sorti d'hyperdrive ?
-T'as bien vu.
-On est où ?
Le commandant des Death Trooper éclata de rire.
-Tu me prends pour un imbécile ?
-Je n'oserai pas colonel, ma vie est entre vos mains, répondit Jed avec un grand sourire.
Le rire reprit.
-T'es un vrai comique toi ! Bon, allez, va dormir.
